15 octobre 2007. Vingt ans après la tragédie qui emporta Thomas Sankara et douze de ses compagnons, ses partisans n’ont pas oublié. Une marée noire venue des quatre coins de la capitale a pris d’assaut, très tôt, le cimetière de Dagnoën, où reposent les 13 compagnons. L’événement cette fois, c’est la présence de la veuve du président Sankara. Elle est venue, elle a déposé une gerbe sur la tombe de son époux et est repartie sans aucune déclaration.

L’image la plus attendue ce 15 octobre 2007 fut le dépôt de la gerbe de fleurs sur la tombe du président Thomas Sankara par son épouse Mariam Sankara. On a cru un instant qu’elle ne viendrait pas. La foule compacte massée dans le cimetière était devenue au fil des minutes intenable. Le service de sécurité du comité d’organisation a vite fait de jeter l’éponge. Les quelques policiers municipaux commis au maintien d’un semblant de discipline ont épuisé toutes leurs stratégies de communication pour faire reculer la foule hors du périmètre de sécurité. Même les quelques coups de matraque n’y purent rien. Samsk Lejah s’essayait également à discipliner une foule qui, visiblement, n’avait point d’oreille ; elle voulait tout voir, et de très près.

Norbert Tiendrébéogo fit son apparition vers 16h. Il signifie à la foule que Mariam Sankara ne peut pas venir s’il n’y a pas de discipline. Ceux qui sont aux premiers rangs daignent enfin s’asseoir. Mais l’arrivée de Me Sankara déclenche une hystérie collective. Quand, à 16h 35, la veuve la plus célèbre du Burkina fait son apparition sous forte escorte dans le cimetière de Dagnoën, la foule se déchaîne. Elle est conduite devant la tombe de Thomas Sankara, s’incline et dépose la gerbe de fleurs. Elle est reconduite très rapidement à son véhicule, sous les acclamations de ceux qui sont restés, vingt ans après, les inconditionnels de Sankara. Un appel aux sankaristes sera lu plus tard dans une pagaille indescriptible d’où retentissaient des slogans révolutionnaires. Le dytaniè met fin à la cérémonie, prolongée par la sono qui distillait les tubes de Tiken Jah Fakoly et de Samsk Lejah.

Sous forte escorte, Me Bénéwendé Sankara de l’Union pour la renaissance/Mouvement sankariste (UNIR/MS) arrive à s’extirper de la foule pour rejoindre son véhicule. Il est tout de suite pris d’assaut par les journalistes. Il critique le système Compoaré, impunité et corruption. Il met cette mobilisation exceptionnelle sur le compte du ras-le-bol du peuple, qui aspire à un vrai changement. Tout juste à côté de lui, Norbert Tiendrébéogo, leader du Front des forces sociales (FFS), s’exprime au micro d’une radio locale en langue mooré. Le ton est le même : appel au changement.


Changement dans la procession

Une procession devait partir du siège du comité d’organisation du "20e anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara" situé au 1200 Logements. Elle devait être rejointe au niveau de la Sorbetière sur l’avenue Babanguida par Mariam Sankara pour rejoindre le cimetière. Ce ne fut pas le cas. Quand ceux qui étaient déjà au cimetière ont appris la nouvelle , ils ont décidé de rejoindre la procession. Ce qui fut fait en quelques minutes. Finalement, c’est au pas de course que tout le monde a rejoint le cimetière pour attendre Mariam Sankara.


. Le service d’ordre a manqué de prévisibilité. Le dispositif mis sur pied a été vite débordé, et on a frôlé des incidents graves lors des bousculades. Heureusement, il y a eu plus de peur que de mal.


. Certaines personnes ont manifesté leur mécontentement face à la forte visibilité de l’UNIR/MS à travers les pancartes. "C’est pas la campagne !" a pesté un militant d’un autre parti.

Par Abdoulaye Tao

Le Pays

LAISSER UN COMMENTAIRE

Saisissez votre commentaire svp!
SVP saisissez votre nom ici

19 − cinq =