Il est l’un des rescapés du coup d’Etat sanglant du 15 octobre 1987 qui a emporté le leader du Conseil national de la révolution (CNR), Thomas Sankara, et une douzaine de ses compagnons. Lui, c’est Halouna Traoré, venu solliciter nos colonnes pour, dit-il, présenter ses vœux, pour le moins atypiques et déroutants, au peuple burkinabè à l’occasion du nouvel an. (chapeau de l’article dans l’Observateur)

Cet article n’apprend pas grand-chose sur le 15 octobre dont il est pourtant le seul rescapé, mais le plus intéressant en la matière ce sont les réactions sur le net du site du journal l’Observateur à l’adresse http://www.lobservateur.bf/spip.php?article10188#forum39674  (La rédaction du site thomassankara.net)

 

Qui êtes-vous pour ceux qui ne vous connaîtraient pas ?

Très modestement, je suis le citoyen Halouna Traoré, un Moaga de Côte d’Ivoire originaire de la région du Nord- Burkina, précisément de la commune de Bassi dans le Zondoma. J’étais un CDR (Comité de défense de la révolution) que d’aucuns appelaient à l’époque CDR brouette. Mais si c’est ce que je sais de la brouette, j’étais une brouette constructrice.

Officiellement, je suis un administrateur civil. Mais ce n’est pas tout mon background. Je lis et je m’informe beaucoup. J’ai fait d’autres écoles. En religion, j’ai été à l’école du sophisme, j’ai fait de l’aïkido en arts martiaux. Enfin, moi je bouge pour savoir, car l’ignorance est une grande maladie qui vous conduit à des travers. Il faut donc la vaincre à tout prix.

 

Vous êtes aussi un rescapé du 15-Octobre. Qu’êtes-vous devenu depuis ?

Voilà une date, le 15 octobre, qui divise le Burkina. Il y a de cela déjà 21 ans (silence) que j’ai commencé à réfléchir, à méditer, à penser, à « kalwater », c’est-à-dire à faire des kaloua. Oui, j’ai fait des efforts pour comprendre la situation qui m’est arrivée, à défaut d’en avoir l’explication chez mes parents ou des gens qui sont plus cultivés que moi.

Je suis donc rentré en moi-même pour chercher la solution à mon sort. Je constate que le 15-Octobre est une question qui continue de diviser les Burkinabè. Or, pour sortir de l’ornière et aller un tant soit peu au développement, il faut que les Burkinabè, toutes tendances confondues, apprennent à envelopper les questions qui les divisent. Ils n’ont qu’à les reporter à une date ultérieure.

 

A votre avis, pourquoi le 15-Octobre continue de diviser ?

Il y a d’un côté…Vous connaissez… Ecoutez, ne me poussez pas aux évidences. Enfin, je veux dire que les uns manifestent leur joie, d’autres portent le deuil et il y en a aussi qui le vivent en direct. Il faut dire que la division des Burkinabè autour du 15-Octobre s’est manifestée au grand jour depuis le 20e anniversaire de cette date.

 

Auquel des camp s’identifie M. Traoré ?

Moi, je vis en intimité mon 15-Octobre. Je n’aime pas exposer ce que je ressens quand c’est fort. Les Mossis disent que ce qui est beau reste dans le ventre. En ce qui me concerne, mon éducation ne me permet pas de faire certaines choses.

 

Comment expliquez-vous votre position sur le 15-Octobre ?

Elle est d’intime conviction. Laissez-moi vous dire que j’ai fait un parcours du combattant pour arriver à savoir ce minimum de vérité qu’on ne peut pas partager avec tout le monde. Lorsque vous faites de grandes découvertes, les gens ne mesurent pas les efforts que vous avez faits pour en arriver là. Sur le 15-Octobre, je ne dis pas que j’ai une religion, mais j’ai une conscience suffisamment mûre qui me permet d’avancer.

Retenez tout simplement que moi, je n’ai plus de problème avec mon 15-Octobre. Et il faut que les responsables de ce pays apprennent à faire une croix sur cette histoire du 15-Octobre. Ce fut un spectacle désolant, qu’il faut tout faire pour éviter à l’avenir. Il ne doit pas y avoir de manifestations contradictoires. Mon ami, est-ce qu’on peut aller à une autre étape ?

 

L’avènement du 15-Octobre était-il inévitable selon vous ?

(Silence). Inévitable ou pas, moi je considère cela comme un accident de l’histoire. Il y a des évènements qui, quand ils arrivent dans votre existence, vous choquent et vous meurtrissent. Mais le problème souvent, ce n’est pas la perte. La vraie question, c’est de savoir qu’est-ce qu’on fait du reste, notamment les leçons qu’on tire de la perte… Je constate que les Burkinabè, comme des Africains d’autres pays, font du folklore autour du 15-Octobre. Or, c’est une date qui doit amener à méditer et à poser les jalons d’un avenir radieux…Plus jamais ça parce qu’on a perdu beaucoup ce 15 octobre-là.

Quand on entre dans les explications, même celles-ci sont faussées parce que la base éducationnelle des uns et des autres qui apprécient laissent à désirer. Si vous entrez dans les ABC, on vous dira que « quand Dieu ne tue pas, le roi ne tue pas ». Pour les gens vulgaires et qui ne font pas d’effort pour comprendre certaines choses, le Moogho était organisé avant l’arrivée du colon. Voilà ce que je peux dire du 15-Octobre et je souhaite que nous avancions.

 

Quel rôle avez-vous joué sous le CNR ?

J’étais un militant depuis l’université et pas n’importe lequel. Je vous avoue que pour me mobiliser, c’est très dur. Mais quand je m’engage, je ne me retourne plus. C’est la fermeté et la globalité chez moi. Sous la révolution, j’étais de ceux-là que d’aucuns qualifiaient de « militants convaincus et sincères ».

Oui, j’étais un CDR consciencieux et proche de ceux qui pensaient la révolution. J’ai eu le privilège de les connaître tous. C’étaient nos aînés et nous aimions aller à leur école et écouter leurs joutes oratoires. A cette école de la révolution, à la présidence, j’étais un propagandiste fieffé. Je ne faisais rien d’autre que ça. Et comme le milieu révolutionnaire ou communiste est très complotant, il y avait des complots 24h/24, à l’image de ce qui se passe au far-west.

Chacun se méfiait de l’autre et c’était de règle. Et il faut être de cette confrérie pour le comprendre. On exige de vous une chose et son contraire. Et souvent, c’est de la délation positive, mais il faut tenir. Voilà un peu l’univers dans lequel nous vivions.

 

Regrettez-vous aujourd’hui d’avoir participé activement à la révolution ?

Je ne suis pas homme à regretter. Je dis et je le répète que si c’était à refaire, je suis candidat, mais un candidat qui tire leçon de tout ce qui s’est passé. Le problème, ce n’est pas perdre, c’est savoir comment rebondir. Tout ce qui a été fait n’était pas négatif. Dans la matière que nous avions pour faire cette révolution, tout le monde n’avait pas mon niveau.

Moi, j’étais un universitaire ; j’ai refusé d’aller en France à cause de la révolution. Ce qui veut dire que j’ai payé un grand prix. Je vous disais tantôt que quand je m’engage, je ne recule pas. Pourquoi voulez-vous alors que je regrette ? Je ne regrette rien ! En positif comme en négatif, le contexte expliquant les choses, j’assume et j’admire certains de nos camarades qui sont encore sous le feu de l’action et qui font pratiquement le même boulot.

 

Est-ce que vous pouvez nous projeter un peu le film du 15-Octobre ?

Généralement, quand on me pose cette question, je dis que tous les Burkinabè n’ont pas 45 ans. Or ce film est interdit à projeter aux moins de 45 ans. Veuillez donc vous en tenir à ce que j’ai dit. L’Etat doit avoir une philosophie éducative et pédagogique. Ne faites pas comme les westerns, qui projettent interdit aux moins de 18 ans et on vous présente l’horreur à l’état naturel.

Non, il faut avoir un peu de tenue. J’ai été formaté dans une éducation, voilà pourquoi je dis que le 15-Octobre en live ou en différé, ce n’est pas un évènement à commenter. Souvent, je dis que c’est un bal masqué de sorciers. Ça se passe entre révolutionnaires. Chacun en quittant chez lui n’a pas dit à son papa qu’il s’en va faire la révolution.

Chacun a pris sa responsabilité tout seul ; il va et ce qui lui arrive, c’est à ses risques et périls. Chacun de nous avait des cadavres dans son armoire. Si on nous disait de les sortir… Bref, c’est la danse macabre sous la révolution, qui mange ses propres fils. Mon frère, pour tout le respect que je vous dois, épargnez-moi cette histoire de match en direct du 15-Octobre, car il est interdit aux moins de 45 ans.

L’année où on fera sortir les vertus du 15-Octobre, on en reparlera. Les contradictions ne doivent jamais monter à un niveau où il faut passer au western, à la liquidation physique. Ce n’est pas bon. Ça a été peut-être les conséquences de l’ignorance. On a probablement étudié le marxisme un peu à l’envers. Au Burkina, pensons les solutions. Avec les traditions, il y a certaines choses qu’on ne doit pas faire. Pouvez-vous maintenant tourner la page sur le 15-Octobre ?

 

Ok. Mais avant, dites-nous comment vous avez échappé à ce carnage.

C’est comme si vous demandiez au bon Dieu pourquoi il m’a fait venir sur terre ! Moi-même, je ne puis vous le dire. Pourquoi le bon Dieu m’a fait venir sur terre ? Le miracle qu’il a effectué, c’est que mon papa a rencontré ma maman. Et ça s’arrête là. Le reste, vraiment, ce sont des questions de cabale. Je dis, encore une fois : oublions ce spectacle, le vedettariat, laissons le 15-Octobre où il est enfoui. Les Dioula disent qu’il faut laisser le fétiche dans le sac pour l’adorer.

Parce que le fétiche ne présente pas bien. Ce n’est pas tout qu’il faut exposer. A vouloir tout savoir, on finit par ne rien savoir et on devient ridicule, on s’offre en spectacle. Peut-être que l’Europe nous a habitués à ça. Il faut tout expliquer. Ils nous demanderont un jour de leur dire comment nous entrons avec nos femmes pour faire les Burkinabè. A-t-on besoin d’aller à l’école pour le savoir ? Mon frère, encore une fois, sur cette histoire du 15-Octobre, laissons le fétiche dans le sac, continuons de l’adorer et évitons le spectacle désagréable de manifestations contradictoires.

Au juste, que devient Halouna Traoré ? Voilà enfin une bonne question ! J’ai été décoré en 2007 chevalier de l’Ordre national du mérite. Je suis dans un bureau d’études au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation. Permettez-moi d’en rire. Je ne m’ennuie pas, mais je suis un peu gêné par les questions de la République, parce que je travaille en dessous de mes capacités.

Jusqu’à présent, je n’ai pas atteint ma vitesse de croisière comparé à quand j’étais à la Présidence. Moi, je ne suis pas un fonctionnaire du dimanche ; j’aime mon pays. Laissez-moi vous dire qu’après le coup d’Etat, je me suis permis de faire du sport de masse dès le 17 octobre 1987. Et depuis lors, tous les matins, je cours. La raison à cela, c’est que pour moi, les évènements du 15-Octobre faisaient déjà partie de l’histoire et qu’il faut continuer de travailler. Malheureusement, c’est ce que les gens ne comprennent pas. Moi, j’ai le culte du travail et j’aime travailler comme un âne.

J’aime qu’on me prenne au sérieux. Je ne suis pas content parce que mon pays est malade du comportement de ses fils. Il y a beaucoup de choses à refaire dans l’éducation des citoyens. Les gens ont oublié leurs traditions si bien qu’ils ne savent plus ni d’où ils viennent ni où aller. La circulation est à l’image de ce que nous faisons de notre pays. Le Burkina est à repenser.

 

Qu’est-ce qu’il faut pour guérir le Burkina de ces maux ?

De quoi a besoin un malade si ce n’est d’un médecin traitant ? Quand un patient est admis à l’hôpital, la première des choses, c’est de procéder à un diagnostic. Le premier symptôme sur le Burkina malade, c’est l’insuffisance d’instruction… depuis le Burkina de Maurice Yaméogo, en passant par Sangoulé Lamizana, Saye Zerbo, le président Jean-Baptiste Ouédraogo, le regretté président Thomas Sankara jusqu’au Burkina actuel du camarade président Blaise Compaoré.

Chacun d’eux a été un docteur au chevet du Burkina. Tous ont eu le souci du bien-être du Burkina. Mais que faut-il prescrire pour sortir ce pays de l’ornière ? C’est la plus grande préoccupation. Qui que vous soyiez, à cette position, vous avez des obligations. Aujourd’hui, je le comprends mieux qu’avant. Toute personne qu’on met à leur place est obligée de régler les carences. Pour encourager ces docteurs au chevet du Burkina, chaque citoyen de l’équipe médicale, où qu’il se trouve, doit mouiller le maillot.

L’infirmier-major n’est rien d’autre que le Premier ministre, Tertius Zongo, arrivé des USA avec toute sa hargne et sa bonne volonté. Il est venu trouver les gens dans de mauvaises habitudes. Il est difficile de réussir dans un environnement malsain et de délation. Au Burkina, il y a une pandémie d’indiscipline qu’il faut soigner. Prenons l’exemple du drapeau.

Avant, quand l’école était respectable et produisait des citoyens dignes de ce nom, les enfants entraient alignés dans les classes. Mais voyez aujourd’hui : ils y entrent comme les moutons et les chèvres s’introduisent dans la bergerie. Ça donne les résultats que vous savez, c’est-à-dire des instruits analphabètes.

C’est ce qui explique ce que vous voyez également dans la circulation : Ils brûlent les feux, détournent et sont contents de se construire seuls. Le Burkina mérite son rang dans le monde. On ne peut pas être compétitif quand on est malade. Malheureusement, on ne rend pas compte aux enfants, dans les classes, de l’état réel du Burkina. Il faut leur dire : « Ça ne va pas au Burkina. Votre pays n’est pas en situation de guerre, mais il est dernier. Tout le monde doit travailler à sortir le Burkina de sa situation actuelle ».

On appelle cela un investissement dans l’industrie des esprits, comme on le fait en Inde. Il faut le faire aussi au Burkina. Rompons avec la guerre des clans, le régionalisme et l’ethnocentrisme pour un vouloir commun. Dans un match, quand les joueurs d’une équipe sont solidaire et conscients qu’ils doivent tous mouiller le maillot pour marquer des buts, la victoire est assurée.

Mais, au Burkina, chacun trouve que c’est le gouvernement et le président qui doivent tout faire. Même si on est opposé au pouvoir, quand on aime son pays, il faut, pour l’intérêt supérieur de la nation, appuyer les leaders du moment. Car, un capitaine dans une équipe, à ce je sache, n’est pas celui qui est chargé de marquer. Il faut être collectif et quand on joue bien, les buts, entendez par là les victoires, viennent tout seuls naturellement.

Au Burkina, on ne l’a pas encore compris. Regardez le comportement des Burkinabè entre eux-mêmes : il n’y a pas de solidarité. Comme j’aime à le dire, la circulation est l’exemple type de cette pandémie d’indiscipline ou d’incivisme, qui sévit dans notre pays. Il est temps d’y mettre de l’ordre.

 

Vous êtes habillé en faso dan fani (habit en pagne tissé au Burkina). Etes-vous nostalgique de la période révolutionnaire ?

C’est une option. Je suis prêt à vendre l’image de mon pays chaque fois que j’en ai l’occasion. Je n’ai rien contre ceux qui adorent la cravate, c’est leur droit, mais j’estime qu’en tant que Burkinabè, je dois valoriser mon pays, qui n’a rien à envier à d’autres en matière de costumes. Les Français aiment bien leur pays, pourquoi Halouna Traoré n’aimerait pas son Burkina ? C’est ma façon de valoriser mon pays. Et je pense que c’est une obligation morale pour moi.

 

Etes-vous engagé dans un parti politique ?

Je ne suis pas partisan. Je ne suis pas programmable comme une machine. J’ai beaucoup de mes camarades qui militent dans les différentes formations politiques. Ils me connaissent, mais quand on se rencontre, c’est la courtoisie. Moi, je suis aligné derrière le docteur de tous, notamment celui qui est aujourd’hui chargé de soigner le Burkina, M. Blaise Compaoré, pour qu’il fasse progresser le pays. C’est mon devoir. Mon parti, c’est le Burkina, que le capitaine dirige.

 

Mais que faites-vous quand le capitaine laisse le bateau aller à vau-l’eau ?

Mon éducation ne me permet pas de juger les erreurs du capitaine. Dans quelle famille au Burkina, le père va donner des instructions et ses membres vont se permettre d’en discuter la pertinence ? D’aucuns trouveront que je suis pour la dictature. Mais voyez vous-même où sont la Chine et le Japon aujourd’hui. Ces pays sont passés par là.

Nous serons toujours en retard tant que nous perdrons le temps à discuter de tout, même pour mettre le sel dans la sauce. Il n’est pas donné à tout le monde d’intervenir sur toutes les questions. Nous avons des traditions qu’il faut respecter. Là encore, le législateur burkinabè a fait preuve de myopie. Il n’a pas intégré dans tous les textes la chefferie coutumière.

 

Vous auriez eu des dépressions nerveuses consécutives à la boucherie du 15-Octobre. Si oui, comment vous vous portez aujourd’hui ?

Il y a dans la vie des hommes des moments assez difficiles où on n’arrive pas à gérer beaucoup de choses : la pression, les manques, les chocs ; j’avoue qu’après les évènements, j’ai fait des dépressions, mais c’est maintenant de l’histoire. Je tiens bien sur mes deux jambes. Je me suis traité comme il fallait chez les psychiatres et chez les traditionnels, qui font des efforts méconnus officiellement.

Tout au long de notre entretien, vous avez dû remarquer des traces, c’est-à-dire des parties choquantes. Comme l’on dit, le progrès est aussi scientifique. Il a rendu certains fous, mais moi, j’ai été un fou conscient. Grâce au bon Dieu, aux ancêtres et aux parents, je me porte mieux aujourd’hui.

 

Vos vœux au peuple burkinabè pour 2009 ?

Comme je le disais tantôt, le Burkina est malade du comportement de ses enfants, y compris moi-même. Il faut que nous nous ressaisissions. C’est un combat national, et il faut vaincre le regard que les autres ont sur nous, le pays de la pauvreté et de toutes sortes de misères. Il nous faut donc nous unir, avec une vision commune, car c’est par l’unité et la détermination que nous finirons par vaincre le regard que les autres ont sur nous. C’est ainsi que nous pouvons réussir.

A l’aube donc de cette année nouvelle, je souhaite à tous les Burkinabè de toutes les tendances politiques jusqu’aux écoles que les gens apprennent à mouiller le maillot ; de donner le meilleur d’eux-mêmes où ils sont. Car, désorganisés et indisciplinés, nous ne viendrons jamais à bout des maux qui minent notre société.

Qu’ils conjuguent le verbe travailler à tous les temps. Les critiques doivent se faire dans le respect d’autrui, qui finira par vous écouter. Nos grèves doivent être faites à l’image des pays de l’Orient. C’est-à-dire que le jour où nous décidons d’aller en grève, on doit travailler jusqu’à la nuit sans descendre. Dans le contexte de la pauvreté, on ne doit pas se permettre de refuser de venir au travail.

Avant de terminer mon propos, je demande pardon pour ma liberté de ton à tous ceux qu’elle aurait froissés. Je n’ai pas partie liée avec quelqu’un et ne parle pas non plus pour plaire à quelqu’un, mais pour être conforme à mon éducation et pour plaire à mon seigneur et au dieu de mon cœur ; c’est à eux seuls que je rends compte. L’homme est cet être qu’on ne peut pas satisfaire.

 

Etiez-vous partisan de la Journée nationale de pardon du 30 mars 2001 ?

Oui, j’ai été bénéficiaire de ce pardon. J’ai même reçu une indemnité pour ça. Il a eu des côtés négatifs comme positifs. Mais le pardon est un pardon. Même s’il n’est pas badigeonné. C’est comme quand vous recevez une femme qui boîte. Ce n’est pas parce qu’elle boîte du pied que ses autres parties ne sont pas bonnes. Pardon ou pas pardon, cela n’enlève rien à ma volonté de voir mon pays avancer.

Nos morts, il faut les laisser en paix. Pensons plutôt à ce que nos héros voulaient faire de ce pays. Les générations futures auxquelles nous allons léguer le pays s’interrogeront sur ce que nous avons fait de notre vivant pour que le drapeau du Burkina monte au firmament. Le jour où les enfants de ce pays se rassembleront autour d’un chef, d’un guerrier pour porter haut le flambeau de ce pays-là, et qu’on nous comptera parmi les Nations qui gagnent, tous nos héros et nos morts dans leur tombe nous apprécieront.

Je voudrais saluer enfin le recours à nos traditions pour régler certaines crises sociales. C’est un riche patrimoine que nous devrons à tout prix sauvegarder. Les gens sont férus de la connaissance, de ce que les autres ont laissé alors qu’eux-mêmes sont pauvres de ce qu’ils ont trouvé à leur naissance ici. Voyez un peu partout en Afrique : nous avons des sociétés traditionnellement organisées.

La France, à laquelle nous aimons nous référer pour un oui ou pour un non, a ses traditions ; le Burkina, le Mali, le Ghana, le Bénin, le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Maroc, pour ne citer que ces pays-là, ont aussi leurs traditions, qui méritent d’être étudiées et respectées. Les communautés pluriethniques vivaient dans une symbiose parfaite.

Il faut faire une étude sociologique sur ces expériences formidables. C’est vrai qu’il y a souvent eu des couacs. Mais ces sociétés, avec des méthodes de règlement de conflits, ont toujours permis d’éteindre les foyers de tension.

Entretien réalisé par  Hamidou Ouédraogo

 

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