Le 4 août 1983, un groupe de jeunes officiers prend le pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat et instaure une Révolution. L’expérience a été de courte durée tant les intérêts des acteurs de cette Révolution étaient divergents. La suite, on la connaît. Les contradictions ont été résolues dans le sang un certain 15 Octobre 1987.

Les révolutionnaires d’Août 1983 avaient un slogan :  » La Révolution est venue pour donner et non pour prendre. « . Vingt trois (23) années après, beaucoup de choses se sont passées. A l’époque des faits, la Haute-Volta indépendante avait aussi 23 ans et les acteurs révolutionnaires n’hésitaient pas à qualifier les années ante- révolutionnaires de 23 années de néocolonialisme. Le 4 Août dernier, comme par coïncidence, le papa du Président Thomas Sankara, leader de la Révolution, tirait aussi sa révérence.  » La coïncidence n’est que du hasard  » avait dit Amadou Hampâté Bâ. Mais les dates obligent à faire des parallèles sans toutefois tirer des conclusions objectives. Toutefois, beaucoup sont du même avis que Sembène Ousmane qui affirmait : « Je n’aime pas les héros parce qu’ils meurent jeunes.  » Ceux qui sont d’avis contraire pensent pourtant que ce sont eux qui façonnent le monde. De Che Guevara à Amilcar Cabral et bien d’autres, l’humanité retient d’eux des hommes qui ont marqué leur existence. Dans le lot, Sankara est celui qui a fait parler de lui au cours de la dernière décennie de la Guerre froide. Véritable tribun, il ne passait pas inaperçu. Nationaliste irréductible, le Président Thomas Sankara est rentré dans l’Histoire officielle du Burkina, à la faveur du coup d’Etat du CMRPN ( le Comité Militaire pour le Redressement et le Progrès National) appelé à l’époque par ses détracteurs de régime des Colonels. Il avait été sollicité certainement pour sa forte influence dans l’aile jeune de l’armée. Secrétaire d’Etat à l’information, Thomas Sankara ne tardera pas à se brouiller avec ses aînés colonels pour incompatibilité de ligne politique.

Une personnalité hors paire

Ainsi, on retiendra de lui cette phrase acerbe adressée aux tenants du pouvoir de l’époque : « Malheur à ceux qui bâillonnent leurs peuples « . Quelques temps après, il est mis en quarantaine pour  » offense à la hiérarchie « . De sa résidence surveillée à Dédougou, il va jouer un rôle prépondérant dans le renversement des colonels. Il se retrouve donc propulsé après le coup d’Etat du 7 novembre 1982 au poste du Premier ministre. Dans l’équipe du Président Jean Baptiste Ouédraogo, ses compagnons Jean Baptiste Boukary Lingani, Hien Kilmité et bien autres y occupent des postes. Le premier est le secrétaire permanent du Conseil du Salut du Peuple (CSP) et le second son adjoint. Des dissensions surgissent entre les deux composantes du CSP. L’aile dite progressiste composée essentiellement des jeunes officiers venant des écoles militaires et le bord qui soutenait le chef d’Etat major, le Colonel Somé Yorian Gabriel (que d’aucuns appelaient cube maggi pour avoir participé à tous les putschs antérieurs). Le dénouement de ce malaise a eu lieu le 17 mai 1983 avec l’arrestation de Thomas Sankara et de Lingani.

D’autres tentent une résistance au camp Guillaume Ouédraogo en vain. Seul le Centre de Pô avec le Capitaine Blaise Compaoré réussit à tenir tête aux putschistes.

La tactique de Blaise

Dès le 20 et 21mai 1983, les élèves et étudiants sont dans les rues sur instigation de certaines organisations de gauche pour exiger la libération du Capitaine Thomas Sankara et du Commandant Jean Baptiste Lingani, tous deux pris dans le filet des forces contrôlées par Somé Yorian. Blaise Compaoré s’échappe et organise la résistance. La jeunesse s’enrôle dans l’armée rebelle et Pô devient un foyer de résistance. Ce qui deviendra par la suite, le foyer incandescent de la Révolution. Trois mois après, les capitaines prennent les rênes du pouvoir et proclament la Révolution L’avènement du 4 Août n’a pas surpris les observateurs de la scène politique de l’époque. En son temps, Maître Stanislas Bénéwendé Sankara de l’UNIR/MS était étudiant. Il s’en souvient :  » Le 4 Août a coïncidé avec les grandes vacances. La nuit, aux environs de 21 heures, on a entendu les crépitements des armes, mais on se posait des questions parce que bien avant, il y avait eu l’explosion de la poudrière du nouveau camp devenu camp Sangoulé Lamizana. Dès lors, que nous avons appris à la Radio que c’est le Capitaine et ses compagnons qui ont pris le dessus, nous avons laissé exploser notre joie. » Malgré l’instauration du couvre feu, d’aucuns tenaient à sortir manifester leur joie, mais il y avait la peur des balles perdues. Le lendemain, la foule a déferlé dans les rues pour manifester sa joie. Le délégué CDR (Comité de Défense de la Révolution) du quartier Saint, Norbert Tiéndrebeogo, aujourd’hui président du Front des forces sociales (FFS) se rappelle son calendrier le 5 août  » Le 5 Août 1983, dans la matinée, nous nous sommes rendus au camp Guillaume. C’est le Capitaine Henri Zongo qui nous a reçus. Le conseil qu’il nous a donné, c’est de nous organiser en CDR. Compte tenu de sa position au sein du Conseil National de la Révolution (CNR), il n’était pas question pour lui de s’impliquer dans les tâches révolutionnaires au quartier. Parce que sa famille était dans l’un des quartiers saints.  » Des bureaux provisoires sont mis en place dans un premier temps. Ils ont abouti par la suite aux bureaux définitifs.

L’espoir assassiné

Les tâches de ce qu’on a appelé le changement qualitatif et quantitatif ont commencé. Des travaux d’intérêt commun aussi. Il fallait s’attaquer à l’insalubrité. Chaque week-end, le peuple était à la tâche. La formation politico-idéologique était de mise. Les fonctionnaires en bénéficiaient à travers l’école 11-0-1 et 11-0-2. Dans les secteurs, c’étaient les veillées-débats avec des gens comme Kader Cissé, Valère Somé, Basile Guissou, Oumarou Clément Ouédraogo …

A l’Université, deux positions prévalaient. Les étudiants étaient divisés entre les adhérents au mouvement et les autres.

L’Association Nationale des Etudiants du Burkina (ANEB) qui se réclame pourtant d’un syndicat révolutionnaire s’était démarquée du CNR. Pour l’ANEB, ce n’était pas une Révolution. Il ne s’agissait ni plus ni moins que d’un coup d’Etat militaire. Elle s’alignait ainsi derrière la position du PCRV. Il y avait des étudiants qui étaient solidaires du CNR et estimaient que les aspirations des autorités étaient nobles. Parmi ceux-ci, Maître Bénéwendé Stanilas Sankara :
« J’était responsable culturel des CDR de l’Université. Je ne militais dans aucun groupuscule révolutionnaire. J’étais guidé par le choix des responsables au plus haut niveau à sortir le pays de l’ornière. » Des dissensions ne tarderont pas à naître au sein des révolutionnaires. Des groupuscules communisants vont les exacerber. Ces malentendus seront transportés à l’Université. Dans les secteurs, l’aile pro-Sankara est écartée de la tête des CDR au profit des gens proches de Blaise.

Toutes sortes de rumeurs se propagent. Les chefs historiques de la Révolution sont pris à partie selon les camps. Le 4 Août 1987, Sankara utilise un ton apaisant et indique que le peuple a beaucoup travaillé et qu’il doit souffler. Le grand projet pour la 5è année, c’est la création d’une organisation unitaire pour regrouper toutes les organisations révolutionnaires. Peine perdue. Son élimination était déjà programmée.

A Tenkodogo, lors du 4e anniversaire du Discours d’orientation politique (DOP), l’étudiant Jonas Somé s’attaque ouvertement au président Sankara. C’était sans doute un élément de l’autre bord. Certains proches de Sankara l’informent d’une conspiration en préparation. Le 15 Octobre, dans la soirée, aux environs de 16 heures, Sankara et ses proches collaborateurs sont littéralement arrosés de balles. Le sort de la Révolution venait d’être définitivement scellé. Les nouveaux maîtres proclament la Rectification pour migrer par la suite dans le libéralisme. Pour les admirateurs de la Révolution, c’était la fin d’un espoir. Pour ses pourfendeurs, comme Salfo Albert Balima, l’auteur de  » Légende et Histoire des Peuples du Burkina-Faso « , c’était  » la fin d’un cauchemar « . C’est dans le sang que l’expérience révolutionnaire a dit adieu au Burkina. Elle a marqué en quatre d’années d’existence, l’Histoire d’un pays qui cherche à sortir des sentiers battus n

Merneptah Noufou Zougmoré

Moussa Zongo (Stagiaire)

Source : l’Evènement N°97 15 aout 2006 http://www.evenement-bf.net/pages/dossier_2_97.htm

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