Le 18 octobre dernier, presque 28 ans jour pour jour après l’ignoble assassinat du leader Thomas Sankara, Bruxelles a accueilli les leaders de cette génération qui se revendique de lui et qui portent haut le flambeau des convictions que l’ancien Président du Faso a transmis aux Burkinabés et aux Africains.

Sankara a éduqué ses concitoyens à rester conscient par rapport à ce qu’ils étaient en droit d’attendre de leur gouvernement. Son assassinat et les 27 ans d’oppression qui ont suivi nous ont laissé croire que tout était perdu. Mais c’était simplement le temps que ses enfants grandissent et que ses idées germent. Depuis 2014, le Balai Citoyen a démontré aux peuples leur capacité à dire « NON » et leur devoir de mettre en place un gouvernement qui portera dignement leurs voix et défendra leurs intérêts.

Il avait fait du Burkina Faso une nation souveraine.

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En tournée en Europe, et malgré un agenda surchargé, Sams’k LeJah et Smockey, les deux porte-paroles du Balai Citoyen n’ont pas pu résister à l’appel insistant des diasporas burkinabé et africaine de Bruxelles. Les communautés africaines se sont ainsi mobilisées en moins de dix jours pour faire venir les leaders du Balai.

Salle remplie à ras-bord…

La salle de l’Horloge du Sud, célèbre restaurant et véritable lieu d’accueil des activités associatives africaines de Bruxelles, était remplie à ras-bord pour écouter ceux dont le Mouvement a grandement contribué à chasser le dictateur Blaise Compaoré et à mettre en échec le putschiste Diendéré. Malgré que cette « causerie » comme l’ont dénommée eux-mêmes les intervenants ait eu lieu un dimanche, on a dû refuser du monde. Avec le vétéran de l’Union des Populations du Cameroun du Bénélux, Samuel Njufom, chargé de leur donner le change, et l’activiste Kalvin Soiresse Njall en modérateur, les deux leaders ont tenu en haleine le public pendant un peu plus de deux heures sur les derniers événements et les questions politiques qui touchent le Burkina-Faso et l’Afrique en général. Dans un style humoristique et décontracté, ils ont édifié le public sur leur parcours, leur combat d’aujourd’hui et les perspectives d’avenir en ce qui concerne le Burkina-Faso et l’Afrique.

« Les enfants de Sankara ont bien grandi… »

Sams’k Lejah et Smockey n’ont cessé de le marteler en évoquant leurs parcours respectifs, leur engagement a été enclenché et a été profondément marqué par l’action du président Thomas Sankara dont l’assassinat a été un véritable choc pour eux. Rappelant son statut de pionnier sous la révolution sankariste, Sams’k LeJah a expliqué le rôle déterminant que le message de Sankara a joué dans le tournant pris par sa vie, notamment son choix de devenir un artiste engagé. Smockey quant à lui a expliqué que le puissant message de Sankara qu’ils partageaient tous deux, les a amenés à unir leurs forces pour créer le Balai Citoyen afin de mener à bien une révolution non seulement politique, mais aussi et surtout une révolution dans les mentalités.

Répondant à une question sur les objectifs du Balai Citoyen en tant que Mouvement, ils ont précisé que le Balai n’était pas seulement né pour chasser Blaise Compaoré, mais qu’il portait également un véritable projet de société. Le Mouvement reste mobilisé pour les futurs défis qui attendent le Burkina-Faso et l’Afrique. La résistance jusqu’à la victoire contre le putsch de l’officier félon, Gilbert Diendéré était une preuve palpable de cette détermination.

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« On vote, on reste »

S’exprimant sur les futures échéances électorales, les deux artistes ont informé le public sur le nouvel objectif du Balai dénommé « On vote, on reste ». Désormais, les fraudes électorales n’auront plus droit de cité au Burkina-Faso. Ainsi, une campagne de vigilance sera menée vers les citoyens burkinabé afin qu’ils soient attentifs à ce qui sera fait de leur bulletin de vote. Ainsi, concrètement, jouant son rôle de sentinelle, le Balai exhortera les citoyens à ne pas se détourner du processus électoral une fois leur bulletin glissé dans l’urne. Il faudra rester physiquement le plus possible près des bureaux pour vérifier et assister au dépouillement.

Le Balai Citoyen s’inscrit durablement dans un projet sankariste, celui du changement des mœurs politiques. Une fois le nouveau président et les nouveaux députés élus, ils seront surveillés de près par les mouvements citoyens et sociaux qui ne manqueront pas de les rappeler à l’ordre lorsqu’ils dévieront de la trajectoire qui mène vers une république exemplaire.

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Ci-dessous une video de la soirée


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La nécessité d’une coalition panafricaine des Mouvements Citoyens

Interrogés sur les soubresauts politiques au Congo-Brazzaville du dictateur Sassou Nguesso, au Burundi où Nkurunziza massacre son propre peuple, en RDC et d’autres pays du continent, Sams’k LeJah et Smockey ont insisté sur le travail de réseautage et de construction d’une coalition des mouvements citoyens panafricains afin de définir des stratégies communes de lutte et de faire aboutir aux niveaux politique, économique et social, les idéaux panafricains de souveraineté et de respect de la volonté des peuples africains. Ils n’ont pas manqué de fustiger tous ces dictateurs ou apprentis-dictateurs qui souhaitent s’éterniser au pouvoir ainsi que leurs soutiens occidentaux.

À noter que les militants du Mouvement citoyen de la RDC Filimbi exilés en Belgique, et qui étaient présents à cet événement ont abondé dans le même sens.
Les leaders du Balai Citoyen ont achevé cet événement en effectuant des rencontres informelles avec des Mouvements de la diaspora qui luttent sur des questions touchant la condition des Africains sur le continent et en Europe : les Burundais, Congolais, Djiboutiens, Mauritaniens, etc.

Comme l’avait prédit Toussaint L’Ouverture deux siècles plus tôt : On peut abattre le tronc de la liberté, mais ses racines sont profondes, et il repoussera. L’arbre de Sankara a poussé, donné des branches, des feuilles, des fleurs et il continuera à porter ses fruits.

KALVIN SOIRESSE NJALL (membre du Cercle Félix Moumié, Coordinateur du Collectif Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations en Belgique)
KETLYN NASSAR

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