publié sur http://demain2015.blogspot.fr le 26 janvier 2015

Par Souleymane Ouedraogo

Le Burkina Faso a connu une révolution culturelle entre 1983 et 1987. Cette révolution portée par Thomas Sankara, un homme visionnaire, charismatique, honnêteté et intègre était entièrement dévouée à la cause de l’émancipation du peuple. La plupart des grandes idées défendues il y a 30 ans sont encore aujourd’hui au cœur des luttes pour l’émancipation économique, sociale et politique des peuples africains.

Les idées et principes qui ont guidé la révolution Burkinabé n’ont pas disparu avec l’assassinat de Thomas Sankara. Ces idées et principes ont contribué à guider le peuple burkinabè qui a ainsi pu réaliser l’insurrection populaire du 30 octobre 2014 et chasser le régime Compaoré qui a fait beaucoup de mal au peuple allant jusqu’à formater un nouveau type de burkinabè pour qui l’accumulation et la possession de biens matériels est une fin en soi.

De nos jours, la réussite sociale passe par l’étalage de signes extérieurs de richesse: voiture de luxe, maison de haut standing, célébrations grandioses d’anniversaire, de baptême, de pèlerinage, de funérailles, de mariage, de décoration … Toute occasion est bonne pour faire des exhibitions et des fêtes. Toute exhibition ou fête a un coût lié à la corruption et l’enrichissement illicite. Par tous les moyens. « Si tu n’as rien, tu n’es rien ». Alors le suivisme s’est développé. Chacun voulant imiter le train de vie de son voisin.

La révolution culturelle de l’impunité a été dès lors sanctifiée. On a pillé les ressources destinées à l’accès à l’eau potable, à la santé, à l’éducation, à l’agriculture, aux logements sociaux, à la création d’emploi pour les jeunes … L’écart de niveau de vie entre riches et pauvres augmente sans cesse. Hôtels, boites de nuit et restaurants chics, cliniques, instituts de beauté et établissements d’enseignement privés aux coûts exorbitants. Banques et établissements financiers se multipliant et donnant l’impression que le pays est devenu une blanchisserie d’argent à ciel ouvert.

L’argent facile engendre les plaisirs futiles. Les plaisirs futiles conduisent au vice. Et le vice attire le crime et les réseaux mafieux: drogue, prostitution, fausse monnaie, braquage, assassinats crapuleux, trafics en tout genre (d’enfants, d’organes humains…), contrefaçons (produits alimentaires, médicaments, œuvres d’art…) ; Toutes les conditions semblaient réunies pour faire de l’existence des populations un enfer sur terre. …

On dit que plus la nuit devient noire, plus le jour approche. C’est ainsi que, comme une délivrance, l’insurrection populaire a eu lieu. Ce combat doit être poursuivi et les valeurs incarnées par la révolution culturelle sous l’ère Sankara doivent être complètement restaurées. La transition actuelle est le fruit de l’insurrection populaire. Des oiseaux de mauvais augure qui ont été très actifs pour faire échouer Sankara et qui ont fini par rallier ceux qui l’ont criblé de balles s’agitent pour délégitimer notre victoire collective. Et soudain après des décennies de servilité, ils donnent de la voix, revendiquant des mesures exceptionnelles à des autorités de la transition faisant face à des exigences de toutes parts. Une partie de l’armée est aussi particulièrement en première ligne et refuse de céder un seul pouce de ses avantages et privilèges.

La transition n’est pas parfaite. Elle ne pouvait pas être parfaite du point de vue de tout le monde étant donné le principe de large consensus édicté par la charte. On fera avec. Mais en attendant, nous avons l’occasion rêvée de mettre en place les conditions nécessaires en vue d’arriver à façonner les armes idéologiques et politiques afin de déconstruire les concepts égoïstes et antisociaux du système déchu et de construire nos propres concepts basés sur notre culture et nos réalités. Les questions de vérité, justice et réconciliation nationale, les réformes constitutionnelles, politiques et institutionnelles, les réformes électorales, les finances publiques et le respect du bien public, la gestion des médias et de l’information ; Toutes ces questions doivent trouver au moins un début de réponse au niveau de la commission de la réconciliation nationale et des reformes dont la loi organique fixant les attributions, la composition, l’organisation et le fonctionnement a été votée le 23 janvier par le CNT.

L’insurrection populaire est bel et bien achevée depuis le 31 octobre 2014. Il nous reste à mettre en œuvre la nouvelle révolution culturelle qui ne sera ni prolétarienne, ni maoïste, ni marxiste-léniniste ni même foncièrement Sankariste.

NOUS serons cette révolution.

Pour cela, NOUS devons accepter de changer.

NOUS devons être moins égoïstes, moins jaloux de la réussite et des mérites d’autrui.

NOUS devons être moins individualistes et arrêter de construire uniquement pour soi et sa famille.

NOUS devons être plus volontaire, plus engagé, plus critique, plus autocritique, plus citoyen.

NOUS devons accepter de changer.

NOUS devons être le changement que NOUS voulons voir autour de NOUS.

En avant pour la nouvelle révolution culturelle !

Souleymane Ouedraogo

Souleymane Ouedraogo est membre de la coordination du balai citoyen. Il anime une excellent page sur facebook (voir https://www.facebook.com) , dans laquelle il commente et publie de nombreuses informations sur la situation dans le pays et parfois aussi à l ‘international.

Il est aussi musicien, sous le nom de Basic Soul, et une page lui est consacrée sur notre site à http://www.thomassankara.net

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