Je voudrais avec la permission des chefs d’État non membres du Litptako-Gourma ici présents dire un mot au sujet de cette organisation insuffisamment connue, mais dont l’activité intéresse particulièrement trois États enclavés. Trois États liés et enchaînés. Trois États que sont le Mali, le Niger et le Burkina Faso. La présence, au moment de cette intervention, des chefs d’État non-membres de l’Autorité du Litptako-Gourma représente pour nous un témoignage et un soutien moral dans cette action que nous avons débutée lorsque la sécheresse et les multiples difficultés avaient attiré de façon particulièrement poignante notre attention sur la nécessité de s’unir pour survivre. Du reste, j’ai bon espoir que tous, ou tout au moins certains d’entre eux nous rejoindrons incessamment.

Je suis embarrassé de devoir mettre un terme à ce que nous avons commencé depuis hier ou avant-hier avec tant de joie, avec tant de bonheur, mais hélas ! Les bonnes choses ont aussi leur fin, et il va falloir finir, il va falloir conclure.

Je voudrais à cet instant dire que notre communauté, la CEAO, a regagné en vitalité, en dynamisme. Notre communauté a regagné un espoir, de par la qualité de nos travaux. Les résultats qui ont été présentés tout à l’heure dans le communiqué final traduisent une part, mais seulement une part de ce que nous sommes décidés à partir de maintenant à faire pour cette CEAO.

Ses vertus, ses compétences, ses capacités sont nettement établies, son développement, son élargissement progressif également, car maintenant nous sommes passés de 6 à 7 membres, témoignage de l’intérêt que de plus en plus, d’autres États africains accordent à notre CEAO. Les travaux n’auraient pas pu se tenir dans les conditions que nous connaissons, nos conclusions n’auraient pas pu sortir malgré les séances marathon auxquelles nous avons été soumis, si chacun de vous ne m’avait permis, ne m’avait donné la possibilité de conduire les débats au rythme que j’ai estimé être le meilleur pour pouvoir respecter vos calendriers respectifs qui sont extrêmement chargés. Comme nous avons gagné du temps et combien nous avons été efficaces ! Mais c’est le lieu de souligner avec force la qualité du travail que la commission de mise en œuvre de nos propres directives a pu produire. Cette commission, que la presse a déjà baptisée “les incorruptibles”, et je pense qu’ils ont bel et bien mérité ce qualificatif, a parfois dans l’adversité, souvent dans l’incompréhension, mené un travail harassant, un travail ingrat. En effet, rien de plus difficile que de se livrer à la critique des autres, rien de plus difficile que d’ambitionner la reconstruction de ce que l’on a entrepris de détruire. Et cependant ils sont parvenus à nous proposer en des termes clairs, en des termes simples, des voies pour refaire la CEAO en la purifiant, en la débarrassant de tout ce qui entrave sa marche radieuse. Cette commission est digne d’intérêt et nous souhaitons qu’après la CEAO, cette même commission puisse offrir ses services à d’autres organisations sœurs qui en ont certainement bien besoin. Les mérites reviennent à vous, messieurs les chefs d’État qui aviez choisi parmi nos collaborateurs les plus efficaces, les plus avertis pour mener ce travail, ce travail de qualité que bientôt à Nouakchott, nous aurons l’occasion d’adopter définitivement, car il faut adopter ces travaux, amendés certainement de nos observations pertinentes mais respectées dans leur forme essentielle.

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Je voudrais également vous remercier pour les efforts que vous avez autorisés afin que la CEAO aille toujours de l’avant dans son assainissement. Et cet assainissement est rendu nécessaire par ce qui nous saute aux yeux, à savoir certaines médiocrités qui avaient côtoyé dangereusement la qualité, le sens de l’honneur, de la dignité, le sens du bien collectif que nous avons voulu installer ici à la CEAO. Cette médiocrité qui se traduit, qui s’exprime parfois par des attaques sourdes entre agents, entre travailleurs de la CEAO, nous l’avons combattue, nous l’avons dénoncée et je suis persuadé que nous irons toujours plus loin pour que les hommes de qualité qu’il y a à la CEAO puissent toujours trouver, de la part des chefs d’État de la CEAO, du soutien nécessaire pour leurs actions, ils en ont besoin et ces hommes-là existent et nous devons à tout moment les encourager.

S’agissant du contentieux du FOSIDEC, notre victoire contre le vol a été d’affirmer la collégialité, la solidarité des sept États ; sept États décidés à combattre vigoureusement la pratique qu’aujourd’hui nous dénonçons et que l’on se plait à qualifier “d’affaire Diawara”. Cela a été une victoire car, comme vous le savez, certains ont essayé de naviguer entre les eaux contradictoires, de supputer et de vouloir exploiter ce qui aurait pu être des contradictions entre nous. Hélas pour eux ! et heureusement pour nous, l’entente est totale. Ensemble nous avons réaffirmé notre conviction, notre foi que les Tribunaux populaires de la révolution devront aller jusqu’au bout, envers et contre tout pour châtier ceux qui ont volé, pour moraliser ceux qui attendent de l’être pour ramener ici les 6 milliards et demi, si tant est que nous puissions récupérer quelque chose.

Mais nos assises ont connu le succès dont nous nous félicitons grâce à la participation de ces nombreux invités qui ont accepté de faire le déplacement de Ouagadougou, qui ont accepté de venir être témoin avec nous de ce qui se construit pour demain, qu’ils en soient tous remerciés. Qu’ils soient remerciés au nom des 40 millions d’habitants de la CEAO. Qu’ils soient remerciés également pour les contributions qu’ils nous ont annoncées, qu’ils soient remerciés pour les efforts qu’ils ont déjà déployés et qu’ils soient remerciés pour ce qu’ils feront pour nous dans le futur, car ils restent pour notre CEAO des partenaires privilégiés. Ces résultats, nous les avons également et surtout obtenus grâce à vous-même messieurs les chefs d’État. Et c’est pourquoi il me plaît de souligner la part importante que la République togolaise a eu à prendre au long de ces travaux pour ce succès. Le président Eyadéma, l’homme de la paix, cet homme de la paix qui, s’il est absent de corps, reste néanmoins présent parmi nous en la personne de son ministre, mais également de par cet esprit tout à fait africain qui l’anime. Et nous saluons donc le président Eyadéma.

Nous saluons également le président Abdou Diouf qui nous a assisté de ses conseils, qui nous a entouré de son attention particulière. Comment évoquer le nom de ce grand africain sans penser à la peine qu’il se donne pour la cause africaine ? Celui qui tout au long de son mandat de président en exercice de l’OUA parcourt notre Afrique et va au-delà de l’Afrique à la quête de tout ce qui peut contribuer à nous débarrasser de l’oppression, de l’exploitation, de tout ce qui peut nous aider à en finir avec l’apartheid et de tout ce qui peut nous permettre de ramener partout en Afrique la paix là où elle n’existe pas encore. Eh bien, que le président Abdou Diouf soit remercié, lui dont les voyages à l’étranger ne sont plus un événement : le seul événement aujourd’hui, c’est quand le président Abdou Diouf rentre au Sénégal.

Le président Mathieu Kérékou de la République populaire du Bénin nous a fait l’honneur de venir, de revenir ici au Burkina Faso. Révolutionnaire vigilant, anti-impérialiste convaincu et conséquent, le président Mathieu Kérékou a toujours su prendre la parole, a toujours su s’engager dans les combats les plus justes et les plus dignes de l’Afrique. Sa présence parmi nous est un levain supplémentaire pour les luttes que nous-mêmes engageons ici et pour les espoirs et succès que nous souhaitons pour son pays, son peuple et pour notre peuple comme pour tous les autres peuples d’Afrique. Qu’il soit remercié.

Je voudrais également remercier le président Moussa Traoré qui a accepté de faire le déplacement de Ougadougou, qui a accepté de venir fraterniser avec nous dans ce cadre qui s’appelle la CEAO, mais également rencontrer le Burkina Faso ce pays frère. Je voudrais donc demander au président Moussa Traoré qui va dans quelques instants devoir nous quitter, qu’il transmette au peuple malien, aux Maliennes les sentiments de fraternité, de joie et d’allégresse que le peuple burkinabè a éprouvé en le voyant passer dans les rues de Ouagadougou. Lui que nous accueillons comme un hôte burkinabè ; le président Moussa Traoré sera notre messager auprès du peuple malien pour lui dire ce que nous sentons et que nous n’avons pas fini d’exprimer tout au long de son séjour trop bref, et nous savons qu’il reviendra.

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Le président Lansana Conté malgré ses multiples tâches, ses multiples occupations, malgré tout ce qui le retient à Conakry a accepté le déplacement de Ouagadougou. Il a accepté de faire le déplacement pour venir apporter à ses frères chefs d’État, le soutien de la Guinée ; la Guinée qui a déjà frappé aux portes de la CEAO et qui bientôt va entrer. Nous connaissons également toute la sympathie qu’il a pour le Burkina Faso et nous ne manquerons pas en retour de lui exprimer ce que nous éprouvons pour le peuple guinéen. Le président Lansana Conté a relevé des défis contre lesquels seul le courage, seules la détermination et la seule foi en un peuple qui lutte, peuvent permettre d’escompter des victoires certaines. Que le président Lansana Conté et son peuple soient remerciés et félicités.

Le président Seyni Kountché n’est pas là. Nous savons pourquoi. Mais sachez également que son absence a été vivement regrettée. Son absence a été vivement regrettée en raison des liens particuliers qui le lient à nous-mêmes ; en raison également de la clairvoyance, de la sagesse dont il aurait pu nous faire bénéficier s’il avait été présent. Mais heureusement qu’il s’est fait représenter par son Premier ministre. Un homme dont la pondération, un homme dont la perspicacité ne cessent de nous étonner, mais ne cesseront également de constituer pour nous, pour nous tous des gages pour la qualité d’autres travaux, d’autres efforts que nous aurons à entreprendre ensemble. Que le Premier ministre, le président Seyni Kountché et le peuple nigérien soient remerciés.

M’adressant à mon frère et ami Maaouya Ould Taya, je voudrais le féliciter au moment même où il va prendre les fonctions de président en exercice de la CEAO et de l’ANAD (pour l’instant je suis encore le président en exercice de la CEAO et de l’ANAD). Je voudrais le féliciter parce que je sais que le choix des chefs d’État a été un choix lucide, clairvoyant, à la hauteur des mérites de l’homme, à la hauteur des capacités de l’homme, à la hauteur également du soutien que le peuple mauritanien tout entier apportera à ce frère, à ce combattant. Je voudrais le féliciter parce que je sais par avance qu’il enregistrera des victoires éclatantes pour notre communauté. Je sais par avance qu’il pourra parachever ce que d’autres ont commencé avant lui, et qu’il ouvrira d’autres voies à notre communauté. Mais je voudrais être sincère avec mon frère Ould Taya et lui dire que je le plains également.

Je le plains parce que je sais que si un certain nettoyage a été entrepris ici à la CEAO, il reste que la mauvaise herbe repousse trop vite et qu’il aura à revenir très souvent à Ouagadougou pour continuer et pour parachever le ménage tant que la CEAO en a besoin. Je le plains parce que le temps qu’il a pu consacrer à la Mauritanie sera quelque peu détourné maintenant pour la CEAO mais nous en serons les bénéficiaires. Mais je le sais déjà prêt pour le combat de la CEAO et je voudrais féliciter et encourager le président Taya.

Enfin, je voudrais féliciter et remercier le président Houphouët Boigny qui a fait le déplacement de Ouagadougou après – je crois – plus de 15 ans qu’il avait quitté notre pays et disait-on, il avait promis de ne plus jamais y revenir. Mais nous avons amené ici le président Houphouët Boigny et le voilà ! Nous l’avons amené ici pour lui dire que nous savons qu’en 1946 un Africain impertinent, turbulent, irrespectueux à l’égard des Blancs, a eu à tenir des propos particulièrement violents et durs ; cet Africain-là a puisé la source de son énergie, la force de son combat ici au Burkina Faso. C’est pourquoi, de même l’eau revient à sa source, de même que l’oiseau aussi haut qu’il puisse monter, revient forcément sur terre, le président Houphouët Boigny qu’il le veuille ou pas ne pouvait pas ne pas revenir au Burkina Faso. Je le remercie donc pour tout ce qu’il a fait pour la CEAO, pour l’ANAD, tout le soutien qu’il nous a apporté et je lui demande de transmettre au peuple ivoirien frère, les sentiments d’amitié du peuple révolutionnaire du Burkina Faso. Que le président Houphouët Boigny soit remercié.

Le secrétaire général de l’ANAD, le général de brigade Jean Gomis est un habitué de Ouagadougou. Nous l’avons vu ô combien de fois dans cette ville ! Lui qui inlassablement a mené tous les combats, que l’ANAD connaisse la vitalité dont il a besoin. Le secrétaire général de l’ANAD mérite toutes nos félicitations et nos encouragements.

Enfin m’adressant à Monsieur Drissa Keita notre frère et ami, je voudrais le féliciter pour la hauteur de vue au moment où son pays décide de le rappeler très certainement pour de hautes fonctions ; je voudrais le féliciter ; je voudrais surtout dire qu’entre l’homme Drissa Keita et le Burkina Faso s’est instauré un climat sombre, triste, à un moment donné. Autant nous ne pouvons proclamer que demain nous ne rencontrerons pas d’autres difficultés, autant nous pouvons affirmer aujourd’hui que nous sommes capables de surmonter, de dépasser tout ce qui nous oppose à ce frère africain. Et c’est pourquoi nous avons décidé, au Burkina Faso souverainement, de lever temporairement la mesure qui frappait Monsieur Drissa Keita, et c’est pourquoi nous lui avons permis de venir assister à ces assises ; mais nous allons plus loin. Monsieur Drissa est ici chez lui au Burkina Faso et il n’existe plus de mesure le déclarant persona non grata.

Monsieur Drissa Keita est notre frère, notre ami car, pour ne pas être en contradiction avec nous-mêmes, nous devons nous souvenir que nous avions déclaré ici à Ouagadougou le 3 janvier 1986 que chaque Burkinabè devait avoir pour ami un Malien. Et Monsieur Drissa Keita est chez lui et est l’ami de tous les Burkinabè.

Messieurs les représentants, honorables invités, votre séjour aura été bref mais fructueux. Au nom du peuple burkinabè, je vous remercie tous, je vous donne rendez-vous à d’autres rencontres dans cette ville, dans cette ville de l’espoir, dans cette ville africaine et c’est pourquoi j’ai foi que chacun des États qui a reçu de la part de la ville de Ouagadougou une parcelle de notre terre libre et digne du Burkina Faso, mettra cette parcelle en valeur pour que chaque fois que l’on se rendra ici et qu’en marge des chancelleries, l’on puisse se sentir comme au Sénégal, au Togo, au Bénin, en Mauritanie, en Côte d’Ivoire, au Mali, en Guinée, au Niger. Eh bien, Messieurs les chefs d’État, le maire de la ville vous attend pour vos investissements prochains.

La patrie ou la mort, nous vaincrons !

Je vous remercie.

Source : Carrefour africain n° 928-929 du 4 avril 1986

Ce discours a été retrouvé et préparé pour la publication par Daouda Coulibaly, nous le remercions chaleureusement.
Les photos qui apparaissent sont celle qui accompagnait la publication de ce discours dans l’hebdomadaire Carrefour Africain.

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