Carlos Ouedraogo « Aucun artiste burkinabè ne peut faire acte de création sans porter en lui l’héritage de Sankara »

 

Vous trouverez ci-dessous une interview de Carlos Ouedraogo réalisée en juillet 2008, alors qu’il vient de se produire à paris dans son spectacle intitulé « Thomas Sankara la lutte en marche ». On trouvera une présentation de ce spectacle à l’adresse. Par ailleurs vous trouverez aussi à l’adresse , une interview vidéo Carlos Ouédraogo qui s’exprime plus longuement et plus complètement devant une caméra.

 

Bonjour, vous avez créé un spectacle actuellement à l’affiche à Paris dont le titre est : « Thomas Sankara, la lutte en marche… », vous annoncez la couleur.

La lutte en marche résume bien le contenu de mon spectacle. Parce qu’il est question de la longue lutte de résistance que les peuples d’Afrique mènent depuis des siècles. A la fois contre l’esclavage, la colonisation, la néo-colonisation, toute forme d’impérialisme et d’oppression. Dans ce cas de figure, Sankara intervient comme le dernier maillon d’une longue chaîne ininterrompue. Ayant été contemporain de Sankara, je ne pouvais que m’appuyer que sur ce que je connais…

Carlos Ouedraogo (août 2008)

Vous aviez quel âge lorsque Sankara été assassiné? Vous vous en souvenez bien?

En 1987, j’avais environ 18 ans. Bien sûr, je m’en souviens… ça a été un choc violent, profond. Une sorte de séisme continu. Le peuple burkinabè et africain en général a été violenté dans sa conscience. Ce traumatisme a besoin d’être pansé par plusieurs moyens… dont l’art est une des forme de thérapie.

Plus particulièrement quels souvenirs gardez-vous de la période révolutionnaire? Que vous en reste-t-il?

Je garde le souvenir de l’engagement, de l’optimisme, de la foi en l’avenir. De la conviction que tout était possible, réalisable, constructible. Le sentiment d’une profonde dignité, l’expression d’une liberté retrouvée.

Dans votre pièce, vous le situez dans la lignée de tous les combattants de l’Afrique…

Comme je le disais précédemment, il est le dernier maillon d’une longue chaîne ininterrompue de résistants africains. Mais en même temps le produit de ses prédécesseurs. C’est pourquoi de Toussaint Louverture, Marcus Garvey, Patrice Lumumba à Sankara, il y a approfondissement et continuité dans cette quête de liberté et de dignité. Son combat a été enrichi par l’héritage de ses aînés que d’autre poursuivront demain.

Vous empruntez les anecdotes que vous racontez à Alfred Yambangba Sawadogo… Pourquoi et comment cette idée vous est venue?

Lorsque j’ai eu l’idée d’écrire un spectacle sur Sankara, j’ai fait beaucoup de recherches sur l’homme et son œuvre. Et de toutes mes recherches, le témoignage d’Alfred Yambangba Sawadogo m’avait personnellement beaucoup touché et c’est ainsi que j’ai voulu  partager cette émotion ressentie avec mon public, dans un rapport de conteur. Cette approche d’Alfred n’est pas simplement anecdotique mais révèle les différentes facettes du personnage à travers une expérience intime de l’homme. Du coup, Alfred, dans mon spectacle devient un personnage central, à la fois conteur et conté. (NDLR : on trouvera la présentation du livre d’Alfred Sawadogo intitulé : « Le Président Thomas Sankara Chef de la révolution burkinabé »  à l’adresse )

Pourquoi une pièce sur Thomas Sankara? Quelle signification cela a-t-il pour vous?

Sankara a incarné et incarne l’espoir pour toute la jeunesse africaine dans cette tragédie que le continent vit encore aujourd’hui. Et pour moi, aborder Sankara c’était en quelque sorte redonner espoir et en même temps faire que l’on reconnaisse que le chemin parcouru est jalonné de grandes victoires et que l’avenir nous appartient et que la lutte est notre seul recours. A l’occasion du 20ème anniversaire de son assassinat, un devoir de mémoire s’imposait. J’ai eu l’idée d’écrire un spectacle sur Sankara. Le discours de Sarkozy à Dakar a été déterminent dans ma démarche : j’ai conçu ce spectacle comme une véritable réponse à l’ignorance et à la « n »ième tentative de falsification de l’histoire de l’Afrique.

On connaît déjà les musiciens nombreux qui évoquent Sankara dans leurs chansons, Didier Awadi, Smokey, Sams’K Le Jah, Georges Kaboré etc…, Après les premiers spectacles « N’do Kela » de Koulsy Lamko et « Mitterrand et Sankara » de Jacques Jouet, actuellement émergent Serge Aimé Coulibaly et Carlos Ouedraogo. Sans doute d’autres dont nous n’avons pas eu connaissance. Cela devient un vrai phénomène presque générationnel, d’une génération d’adolescents pendant la révolution… Sankara deviendrait donc une source d’inspiration pour des spectacles culturels.

« Un seul doigt ne peut ramasser la farine »… Il est depuis longtemps une source d’inspiration, parce que Sankara, c’est une philosophie, une vision du monde et un humanisme au vrai sens du terme. C’est toute une profondeur dont l’humanité entière a besoin pour son équilibre et sa survie. Voilà pourquoi cela ne peut qu’être une source d’inspiration pour les artistes, les penseurs de toutes générations.

Y a-t-il d’autres artistes au Burkina qui produisent des spectacles inspiré de Thomas Sankara?

Vous avez déjà cités les principaux… maintenant je pense qu’aucun artiste burkinabè ne peut faire acte de création sans porter en lui l’héritage de Sankara. Et cela va même plus loin : qu’aucun burkinabè ne peut poser un acte sans porter en lui cet héritage. Ce qui rend la situation actuelle du pays totalement schizophrénique !

Comment êtes vous arrivé à monter un tel spectacle à Paris?

J’aurais pu monter ce spectacle n’importe où. C’est un spectacle indépendant.

Vous allez la jouer au Burkina?

Dès que possible.

Sur quoi travaillez –vous actuellement? Quels sont vos projets ?

Je pars dans quelques jours avec « La prochaine fois, le feu »  de James Baldwin qui sera joué en Avignon du 14 au 27 juillet à l’Entrepôt dans une mise en scène de Jean-Claude Leprévost.

Par ailleurs je prépare une création sur le problème du racisme et de la falsification de l’histoire noire.

Propos recueilli pour le site thomassanakra.net par courrier électronique en Juillet 2008

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