Les promesses de déclassifier  “tous les documents produits par des administrations françaises pendant le régime de Sankara et après son assassinat, … couvertes par le secret national ” ont particulièrement retenu l’attention du collectif “secret défense, un enjeu démocratique” (voir aussi le communiqué du réseau international “Justice pour Thomas Sankara, justice pour l’Afrique” à http://thomassankara.net/declassification-documents-lassassinat-de-thomas-sankara-veillerons-a-promesse-soit-tenue/). C’est ainsi qu’il a réagi sans tarder en organisant une conférence de presse à Paris le 6 décembre (voir photo) dans laquelle il annonçait l’imminence d’une lettre au Président Emmanuel Macron pour lui demandder un rendez-vous. Nous vous livrons ci-dessous l’intégrale de cette lettre.

La rédaction


 

Monsieur le Président de la République,

Le Collectif « SECRET DEFENSE, UN ENJEU DEMOCRATIQUE » prend acte avec espoir de votre décision de déclassifier tous les documents français classifiés dans le dossier de l’assassinat de Thomas SANKARA.

La chronologie des affaires à travers l’Histoire depuis 1944 au moins, démontre la constance des blocages dans le temps, par la notion de SECRET-DÉFENSE, qui est utilisée de façon très large dans notre pays. Aussi, notre collectif souhaite que vous puissiez nous recevoir pour évoquer avec vous, à la fois, les obstacles que nous rencontrons, leurs conséquences et la nécessaire évolution juridique de cette notion de SECRET-DÉFENSE et de son contrôle pour la rendre compatible avec la Convention Européenne des Droits de l’Homme et les nécessités impératives de transparence d’un Etat démocratique.

Notre collectif, qui a encore vocation à s’élargir, réunit :

  • des familles et proches de victimes d’affaires criminelles, engagées aujourd’hui dans une dizaine de procédures judiciaires dans lesquelles le secret-défense compromet la manifestation de la vérité,
  • des historiens et historiennes confrontés au refus de l’Etat et de l’administration de communiquer des documents historiques, qui se trouvent entravés dans leurs recherches scientifiques
  • des journalistes, dont certains risquent leur vie en s’engageant au service du droit à l’information des citoyens
  • des membres d’associations à l’initiative d’actions judiciaires et de débats d’intérêt général, qui se heurtent au manque de transparence

Affaires regroupées par le collectif, et signataires :

  • Le massacre des tirailleurs « sénégalais » au camp de Thiaroye, le 1er décembre 1944 : Armelle Mabon, historienne, et les familles des victimes
  • L’assassinat du magistrat Bernard Borrel à Djibouti, le 18 octobre 1995 : Elisabeth Borrel, sa veuve ; André Lucas et Claude Chennevière, co-présidents du Comité de soutien à Elisabeth Borrel
  • L’assassinat de Robert Boulin, ministre en exercice, le 29 octobre 1979 : Fabienne Boulin, sa fille, présidente de l’association “Robert Boulin – Pour la vérité”
  • Le naufrage du chalutier breton “Bugaled Breizh”, le 15 janvier 2004 : Dominique Launay, président, et Jacques Losay, de l’association “SOS Bugaled Breizh”
  • Le rôle de la France dans le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 : François Graner, de l’association “Survie”
  • La « disparition » de l’universitaire Maurice Audin en Algérie en 1957 : Henri Pouillot, président de “Sortir du colonialisme”
  • L’enlèvement et la disparition de Mehdi Ben Barka à Paris, le 29 octobre 1965 : Bachir Ben Barka, son fils, président de “Institut Ben Barka – Mémoire vivante”
  • Les massacres d’Algériens à Sétif, le 8 mai 1945, et à Paris, le 17 octobre 1961 : Medhi Lallaoui, président de “Au nom de la mémoire”
  • L’assassinat de Thomas Sankara, président du Burkina Faso, et de ses compagnons, le 15 octobre 1987 :  Mariam, Sankara*Aïda Kiemde George fille de Frédéric Kiemdé et Bruno Jaffré, du réseau “Justice pour Sankara, justice pour l’Afrique”
  • La destruction en vol au-dessus d’Ustica, en Italie, d’un avion de ligne, le 27 juin 1980 : Rambaldo degli Azzoni, du “Comité français pour Ustica”
  • L’enlèvement et l’assassinat au Mali des envoyés spéciaux de Radio France Internationale (RFI), Ghislaine Dupont et Claude Verlon, le 2 novembre 2013 : Danièle Gonod, présidente, et Pierre-Yves Schneider, de l’association “Les Amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon”
  • Jeannine Cilia*, Président de l’Association de Soutien aux victimes de la Maison des Têtes de Toulon, 15 février 1989.

Nous vous prions d’agréer, monsieur le Président de la République, l’expression de notre respectueuse considération.

* L’accord pour signatures de Mariam Sankara et de Jeannine Cilia nous sont parvenues après l’envoi du courrier par la poste, mais nous les indiquons néanmoins ici.

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