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Ouagadougou le 26 juin 2013 (Photo Amidou Kabré)

De Thomas Sankara : la Révolution discontinue dans « la patrie des hommes intègres » ou Révolutions doubles au Burkina

Par Idrissa Diarra

Avec les récents évènements survenus d’Octobre 2014 à aujourd’hui, le Burkina Faso illustre un modèle particulier de Révolution, satisfaisant aussi bien le sens stricte étymologique du vocable que son sens, répandu de nos jours, et lié aux mouvements sociaux, remontant à l’origine à l’histoire politique anglaise et celle présidant à la création des Etats Unis d’Amérique.

Dans sonTHomas-Sankara-300x261 (1) étymologie déclinée par l’Encyclopédia, le mot est tiré du bas latin et du latin chrétien revolutio signifiant retour (du temps), cycle. Son sens astronomique tiré du latin revolvere renvoie à rouler en arrière, à imprimer un mouvement circulaire. Ces deux acceptions convergent pour signifier en quelque sorte une répétition décalée dans le temps, un nouveau départ similaire à du déjà connu ! C’est dans cette signification première, que le terme Révolution a été employé dans l’Histoire, pour définir la restauration de la monarchie anglaise en 1660. Qui dit restauration, dit aussi, interruption, voire, discontinuité à un moment antérieur donné.

Cette première acception renvoie à l’image de la Révolution sankariste exécutée pendant quatre ans, puis stoppée de façon sanglante en 1987, au motif de rectification, qui va se révéler fallacieux à l’épreuve du temps ! Tous les mouvements de contestation du régime de Blaise Compaoré, se reconnaissant dans les vertus de l’œuvre de Thomas Sankara, et ayant culminé dans les mouvements violents d’Octobre 2014 et septembre 2015, peuvent s’inscrire dans cette volonté de retour, pour la répétition de l’expérience de 1983-87, dans un nouveau cycle. Par le fait du renversement du régime contesté suite à ces mouvements et son remplacement par d’autres organes de gestion du pouvoir, la deuxième révolution se trouve réalisée dans l’acception première, puisque les héritages de ce passé révolutionnaire que son le sens profond du nom du pays, la devise et autres slogans, loin d’être contestés, ont été plutôt abondamment utilisés. Sur cette base s’accordant pour référence d’origine, 1983, le Burkina Faso inscrit aujourd’hui à son compte, une double Révolution.

Puisque cette seconde Révolution utilise un important fond d’héritage de la Révolution sankariste à l’origine, il apparaît capital de relever la structure ou encore, le caractère révolutionnaire de cette période.

Dans sa célèbre théorie de la Révolution, Marx décline avec Lénine, des indicateurs et ses organes. Dans la vision scientifique de ces deux illustres penseurs, la Révolution est précédée par une crise inhérente aux contradictions et distorsions internes d’un système socio-économique et politique qui en est le  signe précurseur. La Révolution elle-même, s’offre comme une alternative en rupture avec le système qu’il change et elle est censée se conduire par des guides éclairés à l’avant-garde – fortement mobilisés – et encadrée par des partis politiques en phase avec ses aspirations.

La situation burkinabè de la fin des années 1970 illustrait une grave crise sociale et de gouvernement impliquant une forte mobilisation des syndicats, crise marquée par l’instabilité politique et un conflit plus ou moins ouvert de génération au sein de l’armée nationale. Les jeunes officiers qui se sont emparés du pouvoir de façon musclée, sinon violente, s’auto-estimaient sans doute, dans le rôle de guides avant-gardistes. Dans cette entreprise aventurière de prise du pouvoir en vue d’une restructuration de la société en profondeur, ils se sont non seulement entourés de personnels syndicaux et partisans de leur obédience gauchiste et, n’ont pas manqué de se doter d’instrument programmatique de leurs projets de changements profonds, incarnés dans les grands Discours d’orientation politique(1) et dans le plan quinquennal. Cette entreprise mettant en présence des initiateurs en nombre restreint, s’accompagnant par la suite par des adeptes, illustre avec éloquence la pensée de Jacques Ellul en 1969, quand il dit : « le Peuple ne fait jamais la Révolution ; il y participe.»(2)

De façon pragmatique, ces changements étaient visibles et palpable à travers le vaste chantier de travaux publics engagés sur le territoire national comme les programmes de logements sociaux à travers des lotissements d’envergure, et surtout, la formation civique, touchant le volet culturel de la Révolution, entre autres, « les trois luttes »(3), pour juguler la désertification. L’Administration quant à elle, n’a pas été épargnée, bien au contraire. Sa structure a changé fondamentalement à travers la mise en place de nouveaux organes de gestions et de contrôle que sont notamment les Comité de Défense de la Révolution (CDR). La rédaction administrative suit également le mouvement, notamment avec un nouveau nom du pays, – passant de la Haute Volta au Burkina Faso ou « Patrie de hommes intègres » pour impulser l’élan d’intégrité -, avec un nouvel hymne, une nouvelle devise, de nouvelles symboliques comme l’armoirie, les couleurs nationales…

Le coup d’arrêt porté à la Révolution avec l’assassinat de son leader suivi de 27 ans de règne du régime Compaoré, dût s’accommoder de ce legs révolutionnaire, malgré les innombrables efforts déployés, pour dissiper les souvenirs marquant du passage du Conseil National de la Révolution (CNR). Dans ces efforts de travestissement de l’Histoire, comptent malheureusement le jugement manquant de lucidité et d’objectivité de certains analystes.

Sur le plan humain, les jeunes générations inondées dans l’éducation civique de 1983 à 1987, et mêmes celles d’après, constituent une masse significative, certains disséminés dans les OSC et partis politique. Ce capital humain à la conscience citoyenne élevée, remplit en termes d’effectif, toute la condition optimale à l’avènement d’une Révolution bottom up (ascendante), c’est-à-dire, la forme de Révolution voulue spontanément par la masse ou encore le Peuple, dans sa large majorité. Cette condition, aujourd’hui, largement à l’actif du CNR, a permis de réaliser la Deuxième Révolution burkinabè en cours.

Si à la Première Révolution du début des années 1980 réalisée dans le contexte de la Guerre froide se référait sans doute au marxisme-léninisme comme figure et idéologie emblématiques, la Deuxième elle, trouve sa référence dans la figure symbolique de Thomas Sankara, vue comme un rempart, par une certaine opinion populaire, visiblement majoritaire !

En s’inspirant des théories économiques de Juglar et de Kondratiev, il apparaît pertinent d’affirmer qu’il existe des typologies de Révolutions. Celles de cycle long, celles de cycle court, celles ascendantes (bottom up) prise en main par une masse importante du Peuple et couramment défendue comme Révolution et celle descendantes (top down) dont l’initiative prend source auprès de quelques citoyens éclairés, s’engageant dans une longue et difficile démarche de changements profonds.

Cette typologie autorise de dire à la fois, selon l’angle d’observation, que le Burkina Faso a réalisé à ce jour, une Double-Révolution comprenant la mère – d’origine top down, – et la fille en l’espace de trois décennies, ou tout simplement, une Révolution discontinue et mutée, dans un cycle long de trois décennies, ayant pour père fondateur incontestable, le Président Thomas Sankara, Capitaine de son Etat.

  • Discours d’Orientation Politique (DOP) du 02 octobre, prononcé par le Président Thomas Sankara.
  • Wikipédia, L’encyclopédie libre (site web), Révolution (politique et sociale) https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_(politique_et_sociale), site visité le 02 octobre 2015.
  • Luttes contre les feux de brousse, contre la divagation des animaux et engagement au reboisement à grande échelle.

Idrissa Diarra

Précurseur de l’Initiative pour l’érection du Site de l’Assemblée nationale en Musée à ciel ouvert, Politologue, Secrétaire Exécutif du Mouvement de la Génération Consciente du Faso (MGC/Faso)

Courriel : [email protected]

Site Web : www.erigan-musee.com

SOURCE : http://www.burkinaonline.com/wp/de-thomas-sankara-la-revolution-discontinue-dans-la-patrie-des-hommes-integres-ou-revolutions-doubles-au-burkina/

04 août 2016.

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