Dans ce que nous avons trouvé à propos de votre biographie, il est dit que vous avez été bercé par la culture traditionnelle mossi, orale on va dire, contes et légendes, que vous avez découvert la musique occidentale à 5 ans ? Vous pouvez préciser car vous résidiez en ville, n’est-ce pas ?

Effectivement, j’ai grandi à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Cependant, j’ai eu l’occasion de passer du temps au village lors des vacances scolaires, ce qui m’a permis d’être en contact avec un univers plus traditionnel que l’environnement citadin qui faisait mon quotidien. De plus, nous recevions souvent des visiteurs du village dans notre maison familiale. J’ai donc entendu des conversations qui faisaient référence à la culture traditionnelle mossi pendant toute ma jeunesse, quand bien même je me revendiquais comme un enfant de la ville.

Le nom Sankara est issu de l’ethnie Silmi Mossi, provenant d’un métissage entre les peuhls et les mossis, est-ce à dire que la plupart d’entre eux, en particulier ceux qui sont en ville ne sont plus que de culture mossi ?

Je ne suis pas en mesure de parler au nom de tous les Sankara ; en ce qui me concerne, j’ai en effet grandi dans un entourage mossi et je connais très peu la culture peuhl.

On lit aussi que vous étiez moins heureux que les enfants du village qui marchaient pieds nus. Vous le pensez réellement ? La vie à Ouagadougou était donc si différente ce celle du village ? Kaya est aussi plutôt une ville qu’un village non ?

Ce que j’ai voulu dire, ce qu’en tant qu’enfant, je percevais la vie au village comme idyllique, empreinte de mystère, loin des réalités de la modernité citadine. Il ne faut pas oublier que j’y passais les vacances, aussi j’associais le village à un moment de liberté, de jeu, d’insouciance. Et effectivement, Kaya est une ville, en terme administratif. Cependant, dans les années 70-80, elle s’apparentait davantage à un gros village par rapport à Ouagadougou.

<doc947|left>Revenons à la musique, ces contes racontés par les vieux, en particulier au village, n’étaient pas accompagnés de musique ?

Les histoires que j’ai entendues comportaient des passages chantés, mais ceux-ci n’étaient pas accompagnés d’instruments de musique.

Faites-vous la part des choses dans cette culture ? Je veux dire que les mossis constituent l’ethnie du Burkina la plus centralisée et que par le passé il ne faisait pas bon être dans des castes (couches) subalternes car on pouvait vous forcer à faire le travail forcé ou bien à partir à la guerre. Que reste-t-il de tout ça dans la culture orale ?

Je n’ai pas connu l’époque dont vous parlez ! Bien sûr, il est vrai que la culture mossi a eu tendance à s’imposer aux autres ethnies par le passé, et aujourd’hui encore… Pour ma part, je considère que nous avons un patrimoine burkinabé et non pas seulement mossi, un patrimoine très riche en termes de rythmes, de mélodies, etc. Une hiérarchisation des ces cultures orales serait aberrante. Je m’inspire d’ailleurs des rythmes de ces diverses origines (dagari, …)

Quels sont les thèmes que traitent les chansons que vous avez composées ? Avez-réécrit la musique de vieux contes ou de vielles légendes, ou en avez-vous composé vous-mêmes ?

Laissez-moi vous donner quelques exemples de thèmes abordés dans mes compositions : « Kudumdé » (les coutumes) est un appel à la jeunesse burkinabé pour que celle-ci se réapproprie les valeurs ancestrales d’hospitalité, de partage et de tolérance, face aux tentations de la modernité. « Saaga » (la pluie) est une invocation aux ancêtres d’apporter la pluie au Burkina Faso. Dans certaines de mes compositions, je m’appuie effectivement sur des comptines, telles que « Pulho » où j’évoque une histoire d’amour greffée sur une comptine.

En fait ce que vous faites, c’est de recréer l’univers de ces contes en les accompagnant de musique « moderne », on va dire… Y a –il une musique traditionnelle mossi ? J’imagine que la guitare n’existait pas au village mais y a-t-il d’autres instruments qui auraient pu inspirer les accompagnements de guitare que vous inventez ?

Il existe bien évidemment une musique traditionnelle mossi très riche, mais je n’ai pas eu la chance d’y être initié. J’ai reçu ma formation musicale à l’école de musique de Ouagadougou, et je reste malgré tout un « homme moderne », aussi les arrangements que j’imagine sont liés à des instruments modernes.

Vous commencez votre carrière musicale donc par de la musique moderne, quand replongez dans l’univers traditionnel ?

La musique que je compose est certes moderne, mais elle puise toute son essence dans l’univers traditionnel, je considère que je suis déjà « plongé » dedans ! Certains de mes arrangements musicaux incluent d’ailleurs des instruments traditionnels.

Qu’est ce qui vous a fait monter à Paris ?

Mon épouse est française, et après quelques années passées en Afrique, nous avons décidé de nous installer à Paris.

Comment vous en êtes-vous sorti au début ? Quels sont les contacts qui vous ont permis d’émerger un peu.

Les premiers contacts que j’ai eu pour jouer en France se sont faits par l’intermédiaire d’amis musiciens, mais très vite j’ai eu l’opportunité de faire des rencontres dans les lieux de concerts, très actifs sur Paris, mais également par le biais des réseaux sociaux qui permettent d’entrer en contact avec un grand nombre d’amateurs de musique et d’organisateurs de concerts, en France comme à l’étranger.

Vous ne vivez pas encore totalement de votre musique, mais vous commencez à tourner un peu ?

Effectivement, les opportunités se multiplient au fur et à mesure : plus on est « exposé » via des concerts, des diffusions radio, etc., plus on a de chance de faire les « bonnes » rencontres qui amèneront d’autres scènes…

Bientôt un album ?

J’espère cette année puisque je suis à la recherche d’une production.

Nous allons terminer par la question traditionnelle que nous posons aux artistes burkinabè interviewés sur thomassankara.net. Que représente Thomas Sankara pour vous ?

Thomas Sankara représente beaucoup, il est difficile de répondre en quelques mots ! Si je dois souligner un aspect de son œuvre qui m’a influencé, il s’agit de son action pour le développement de la culture burkinabé : j’ai notamment des souvenirs d’enfance concernant les petits chanteurs au poing levé. Aujourd’hui, je déplore le fait que la plupart des jeunes burkinabés écoutent uniquement des musiques importées, que ce soit la variété internationale ou les « coupé-décalé ». Face à cela, l’héritage de Thomas nous rappelle que nous avons une magnifique culture dans laquelle nous n’avons pas fini de puiser pour de nouvelles créations.

Propos recueilli par mail en janvier 2013 pour le site thomassankara.net

LAISSER UN COMMENTAIRE

Saisissez votre commentaire svp!
SVP saisissez votre nom ici

16 − onze =