Quartier Tampouy, nord de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Deux jeunes rappeurs se rencontrent en 2000 et décident de former le groupe « Faso Kombat ». 11 ans après, ils sont l’un des groupes rap les plus reconnus du Burkina Faso. Composé de Peace Malkhom et David le combattant, le duo est souvent décrit comme les meilleurs chroniqueurs de leur société. Les deux artistes ont choisi le nom « Faso Kombat » pour revendiquer le combat pour leur patrie, plus précisément par la valorisation de la culture burkinabè. Ils appellent leur style musical « afro hip hop » : leur identité s’inscrit dans un savant mélange entre rap (en français, dioula, et mooré ), rythmes du terroir burkinabé comme le warba ou le wiré etc… Ainsi, ils s’inscrivent pleinement dans le mouvement hip hop, tout en ayant un public élargi grâce à la modernisation de rythmes traditionnels. Faso Kombat est donc une fusion entre deux poètes modernes, chacun rappeur, chanteur, musicien.

Le groupe s’est fondé en 2000, mais il a fallu attendre 2002 avant de les entendre sur une première compilation produite au studio Abazon, « la part des ténèbres ». Leur chanson, « diplomés paumés » leur a valu un franc succès auprès de la population : ils y dénonçaient le manque de perspectives professionnelles des étudiants. Puis vint en 2004 le premier album « Parcours de combattants », en 2007 le deuxième opus « Diamant et miroir », puis en 2010 « Z’enfants de la patrie ».

Faso Kombat a donc aujourd’hui trois albums à son actif, et de nombreuses tournées, notamment au Brésil, dans plusieurs pays d’Europe et d’Afrique. David et Malkhom ont également collaboré avec de nombreux artistes, et ont notamment participé à une création de danse contemporaine, de Serge Aimé Coulibaly, nommée « A benguer ». Cette aventure leur a ouvert d’autres perspectives.

Comme bon nombre d’artistes d’Afrique et d’ailleurs, Sankara est une bonne source d’inspiration pour le groupe. Les rappeurs de Faso Kombat citent souvent Thomas Sankara, notamment dans un morceau, sorti en 2007, intitulé « martyrs » (extrait de Diamant et miroir), où l’ancien président prend place aux côtés des « martyrs » africains ou noir américains. Le groupe jouit d’une grande popularité dans le pays, que ce soit dans la capitale, comme dans les autres villes, et également dans les villages. Au niveau international, la diaspora burkinabè soutient les deux artistes en les invitant à participer à des manifestations culturelles. Malkhom et David vont jusqu’à suivre certaines idées politiques de Thomas Sankara dans leur propre quotidien.

« Beaucoup disent battez-vous pour vous au lieu de vous battre pour le pays, mais je vois pas la différence parce que y a pas quelqu’un qui va prendre une truelle ou une brouette et aller construire quelque part qu’on appelle pays, chacun construit devant sa porte et c’est ça le pays. » (FASO KOMBAT, émission sur la radio nationale le 8 septembre 2011).

Ils investissent l’argent gagné grâce à leur carrière musicale dans des petites entreprises qu’ils créent dans leur quartier. Ces projets s’accompagnent toujours d’un discours concernant la construction du pays en référence à Sankara, ainsi que de s’assurer une certaine stabilité financière, pour la bonne marche de leur carrière musicale. Ils sont décrits comme les rappeurs « les plus intègres » du Burkina Faso, alors même que le symbole de l’intégrité au Burkina Faso est Thomas Sankara.

« Ce qui m’a accroché chez Sankara c’est surtout sa facilité à communiquer avec les gens, il avait une facilité avec les mots du peuple, il s’exprimait et tout le monde comprenait, ça c’était fort pour un président parce qu’en général, surtout les présidents africains, ils ont un discours que le peuple ne comprend pas. Chacun est assis on croit comprendre mais en réalité on comprend pas réellement ce qu’ils disent. On comprend les phrases mais à la fin on ne retient rien de ce qu’ils ont dit. Sankara c’était pas ça, c’était tout à fait le contraire, chaque phrase qu’il sortait avait déjà tout dit et c’était clair dans la tête de tout le monde. Ça, ça m’a plu, et son combat était vraiment trop noble, il est l’un des seuls présidents africains à être mort pauvre. Il lui arrivait même de demander de l’argent à ses gardes du corps. Tu vois, des 1000 ou 2000 FCFA à ses gardes du corps, tellement il vivait avec le peuple, dans le peuple, il avait son salaire normal. Il n’avait pas un endroit où il partait prendre l’argent mettre dans sa maison, comme ceux d’aujourd’hui, tu vois. Peut être aussi son côté artiste, parce qu’il jouait a la guitare, peut être c’est pour ça aussi qu’il est resté un homme du peuple. Pour ça on ne peut pas se permettre de l’oublier. Son message était tellement clair, très explicite. »

Cet extrait d’entretien réalisé avec Malkhom fait écho avec la manière dont Faso Kombat envisage la musique rap : les textes doivent selon eux être le plus clair possible afin que même les « non avertis » puissent comprendre, en y ajoutant des références (musicales reconnues comme traditionnelles, et historiques) qui font sens pour un public diversifié. Cette ouverture leur a valu le titre prestigieux de « kundé d’or » aux victoires de la musique burkinabè en octobre 2011, c’est-à-dire le trophée de « meilleur artiste 2011 », toute musique confondue.

Anna Cuomo



le Clip de la chanson « Martyrs »

La chanson « martyrs » est issue du deuxième album, diamant et miroir, sorti en 2007. Elle a été enregistrée en duo avec le chanteur burkinabè Alif Naaba. Elle rend hommage aux grands hommes, notamment Sankara et Zongo pour le Burkina. L’album traite de sujets variés tels que l’amitié, le ghetto, les femmes, les origines, etc.


http://www.youtube.com


Pour contacter Faso Kombat

Sur facebook : https://www.facebook.com

Par mail : fasokombattant at yahoo.fr

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