ISBN 978-3-939313-23-6 BBDA N°082 1693

Octobre 2012, 222 pages,

Les Editions Kraal, Ouagadougou

Présentation du livre. 4ème de couverture

– Je suis entrain d’écrire un livre.
– Et de quoi parles-tu ?
– De ce que je n’ai pas pu dire au journal.
– Fais attention de ne pas heurter des susceptibilités.
– Je fais plutôt attention de ne pas travestir la vérité.
– Méfie-toi de la parole, mon fils. C’est une espèce vivante bizarre. Elle est la seule de toutes à ne pas accoucher de ses enfants. Elle enfante plutôt sa mère ! La parole est comme une étendue d’eau : elle peut noyer celui qui s’y baigne. La parole est comme une braise ardente : elle peut brûler celui qui la ranime. La parole est comme une bête féroce : elle peut dévorer celui qui va à sa chasse.
– Je loue ta sagesse, vieille dame de Souroukoukin, mais la parole me brûle les lèvres. JJ faut que je m’en débarrasse.
– Tu as perdu la voix !
– J’ai aiguisé ma plume !
– Réfléchis bien à ce que tu vas écrire ! Remue la langue sept fois avant de parler.
– Je recouperai plutôt l’information plusieurs fois avant de la publier.
– J’ai l’impression que nous disons la même chose, mon fils.
– Oui, vieille dame, nous parlons le même langage, dans des langues différentes. En fait, c’est toi qui m’inspires, toi, ma plume et mon égérie, rna douceur et ma douleur, mon cachot et mon Gassé Galo.

Présentation de l’auteur

yacouYacouba Traoré est journaliste à la Télévision du Burkina, depuis 1985. Recruté comme journaliste reporter au plus fort de la révolution, II gravira les échelons pour occuper les postes de rédacteur en chef en 1992, directeur de la Télévision nationale en 2005, et directeur général de la Radiodiffusion télévision en 2009. Il occupa également de 1996 à 2001 le poste d’attaché de presse de l’ambassade du Burkina Faso en France.

Yacouba Traoré est titulaire d’une maîtrise en lettres modernes obtenue à l’université de Ouagadougou, Zogona, et d’un DEA en sciences de l’information et de la communication obtenu à l’université de Paris-il, Panthéon, Assas.

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Nos commentaires

Yacouba Traoré, journaliste de télévision a ressenti le besoin d’écrire… Il nous livre cet ouvrage, rempli d’anecdotes sur sa vide journaliste. Il faut dire qu’il a traversé bien des périodes mouvementées. Deux ans de révolution, l’assassinat de Thomas Sankara, la rectification, « la démocratie ».

Comme de nombreux journalistes il apparait assez fier de son métier, se délectant de nous raconter quelques ficelles du métier pour traiter un sujet en gardant l’attention du téléspectateur.

Bien sur nous attendons de lui autre chose. Cette partie occupe un bon tiers du livre. Nous nous voulons savoir comment un journaliste comme lui, à un tel niveau, a-t-il vécu ces évènements historiques qui ont marqué l’histoire du Burkina?

Force est de reconnaitre que pour l’essentiel nous restons sur notre faim. On trouve bien quelques passages intéressants, comme par exemple un incident lors de la semaine de la culture à Gaoua où s’affronteront des leaders de la révolution sur le fait de savoir s’il faut délivrer un prix ou pas à la meilleure troupe de danse. Sa conclusion c’est qu’il en tire une haine farouche contre les intellectuels révolutionnaires qui s’affrontaient à la tête du pouvoir. On aurait aimé quelques noms car beaucoup d’entre eux ont rejoint rapidement Blaise Compaoré, par conviction ou par peur! Et c’est bien eux qu’il a servi en restant à la télévision non?

Il nous fait part un peu plus loin de sa tristesse à la mort de Thomas Sankara, comme l’ont ressentie sans doute nombre de burkinabè de l’époque. Nous aimerions qu’il nous en raconte un peu plus alors, sur les états d’âme des journalistes. Car tout de même ! On avait tué l’un d’entre eux, Bamouni Paulin. Ignoraient-ils donc comment étaient traités, ceux qui n’avaient pas renié leurs opinions et qui n’avaient pas pu fuir. La période fut particulièrement violente, comme on le sait.

D’ailleurs Yacouba Traoré est envoyé en reportage à Koudougou. Il revient bredouille et n’a rien vu. Mais il est journaliste. Il a certainement appris ce qui s’était passé. Le massacre des officiers aux lance-flammes, les corps trainés par des jeep au marché? Il aurait pu nous dire quelles informations a-t-il eu à ce moment là.

On apprend que Blaise Compaoré, dont il avoue qu’il a fini par l’admirer, n’appelle jamais directement les journalistes. S’il est resté si longtemps à cette place… c’est bien qu’il soutient le président! Car chacun sait que cette télévision, même s’il faut reconnaitre de gros progrès, et un professionnalisme accru reste un instrument de propagande.

Par contre Thomas Sankara appelait de temps en temps, du moins cite-t-il deux exemples. Une fois pour signifier à une speakerine qu’elle doit s’habiller en faso Dan Fani, le fameux habit issu de la culture traditionnelle, tissée localement à partir du coton local, une autre fois pour signifier qu’il ne faut pas à l’avenir montrer son épouse, Mariam Sanakra à la télévision, lorsqu’elle assiste à des réunions de l’UNICEF.

Nous avons noté le questionnement, à la fin du livre particulièrement pertinent. Tout au long de sa carrière, a-t-il informé ou a-t-il fait de la communication, se demande-t-il? Ce questionnement nous apparait comme un aveu… du moins nous le prenons comme tel. Car pour qui connait le Burkina, les journalistes qui informent, qui vont à la recherche de sujets, qui font de reportages, de l’investigation, il y en a de plus en plus. La qualité de la presse s’en ressent et la concurrence est vive. Mais ils ne travaillent pas pour la télévision.

A-t-il voulu soulager sa conscience? Dans ce cas, on attend le livre suivant. A-t-il voulu nous faire partager ses questionnements à la fin de sa carrière? Il n’est pas jamais trop tard pour bien faire.. mais rajoutons.. peut mieux faire.. beaucoup mieux.. Il a certainement beaucoup à dire.

Pour le reste, reconnaissons que malgré toutes nos réserves, il faut saluer ce livre. C’est une première, à part quelques ouvrages de dirigeants de la révolution. Il y a une volonté d’être sincère, même si les limites sont vite atteintes. C’est mieux que de ne rien dire. Et puis c’est bien écrit, agréable à lire.

Mais tout de même, monsieur Yacouba Traoré, vous ne pouvez en rester là. Alors racontez nous en un peu plus s’il vous plait. La soif de témoignage reste forte, pour nous qui aimons votre pays, mais aussi pour la jeunesse du Burkina à qui on a tenté de cacher un pan entier de son histoire. Votre responsabilité est grande en tant que journaliste. Alors allez plus loin, dites en plus.. Beaucoup plus!

Bruno Jaffré


Sommaire

Chapitre I : Ki-Zerbo s’en est allé : faites-moi une fausse ouverture à la manière du griot

Au commencement étaient les femmes. Appelez-les Zara

Vérifier et recouper l’information : un impératif

Le piège est dans la langue

Présenter le JT, c’est donner du style à un contenu

La leçon du griot

Chapitre II : Mon confrère Léonard Zangré s’est pendu ce matin, victime d’une fausse attaque

Salut, l’artiste

Les vertus du narcissisme

Journaliste et « révolutionnaire » !

Les enfants de Mao ne savent pas danser le tiwaga

Les voix de ma conscience

Confessions

Chapitre III : Un déluge de bombes s’abat sur mon village : des interviews de guerre pour sublimer ma douleur

L’humanisme du journaliste et la cruauté de l’interview

Rendez-vous manqué avec Kadhafi

Chapitre IV : Le lion a fui ce soir : service minimum dans la couverture d’un événement de portée exceptionnelle

Des tests de mobilisation au clash de l’implosion

J’ai perdu mes réflexes

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Contact

ISBN 978-3-939313-23-6

Les Editions Kraal

Tél. : 226 70 71 51 12

mail : jprosperbazie at yahoo.fr

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