Hommage à Arba Diallo

Par Philippe Ouedraogo

La nouvelle de la brusque disparition, dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 2014, de Hama Arba DIALLO, Député et Maire de la commune de Dori, Président du parti PDS/METBA, s’est répandue comme une trainée de poudre dans les villes de Ouagadougou et de Dori, dans tout le pays et même sur les réseaux sociaux.

De toutes les villes et villages du Burkina Faso, des capitales de pays voisins, les membres de sa famille, ses amis ou ses camarades, sont interpellés pour vérifier la nouvelle et connaître les causes de cette stupéfiante disparition à laquelle beaucoup ont du mal à croire. Comment lui, qui paraissait si plein d’énergie, qui discutait au téléphone la veille même dans la soirée, avec des correspondants de différents pays, qui avait des rendez-vous inscrits à son agenda pour les jours à venir, avait-il pu ainsi quitter définitivement ce monde, quelques heures seulement après le passage de ses derniers visiteurs ?

Mais c’était hélas la cruelle vérité du jour !

Depuis le 1er octobre 2014, l’Assemblée nationale a perdu celui qui, par son humour imperturbable mais toujours caustique, obligeait à une réflexion plus critique et plus objective tous les camps en débats.

La commune de Dori a perdu le Maire visionnaire qui, à force de réflexions et d’audace, de programmes pertinents et ambitieux, de projets à multiples composantes, menés avec ténacité effectivement à terme, a si heureusement changé la physionomie de la ville.

Le parti PDS/METBA a perdu le président dont la présence, l’expérience et l’activité, apportaient toujours aux responsables et aux militants, l’assurance que des voies existaient pour une solution aux problèmes rencontrés.

L’opposition burkinabé a perdu celui qui par son âge crânement assumé, sa présence constante et visible à toutes ses manifestations, ses déclarations claires, fermes et responsables, donnaient cette caution supplémentaire de sagesse qui consolidait l’adhésion des plus jeunes à ses combats démocratiques !

L’homme que beaucoup pleurent aujourd’hui, dans tout ce Burkina où il s’était fait connaitre, part en laissant dans ce monde une épouse et sept (7) enfants, aujourd’hui inconsolables d’avoir perdu un mari et un père prévenant et particulièrement affectueux, même si le temps qu’il pouvait leur consacrer était réduit par celui que lui prenaient ses responsabilités professionnelles ou politiques.

Car Hama Arba Diallo a vécu, tout au long de ses soixante quinze ans, une vie longue, pleine et exaltante.

Issu d’une famille dont le père lui-même avait été militant de la lutte pour la dignité, l’égalité et la liberté de l’homme noir à l’époque de la dure tutelle coloniale, il avait lui aussi pris conscience des injustices et de brimades que subissait son peuple et du caractère factice et trompeur de l’indépendance de son pays. C’est pourquoi il s’est lui aussi, très tôt, avant même de débuter sa vie professionnelle, intéressé aux questions politiques.

Après ses études supérieures aux Etats-Unis, successivement au Blufftow College dans l’Ohio, à l’Albany State Teachers College, à Columbia University de NewYork, puis à l’Institut des Hautes études internationales de Genève en Suisse, il est rentré au pays et a pris service au Ministère des Affaires étrangères, en 1965. Maîtrisant parfaitement le français et l’anglais, il a fait ainsi partie des premiers diplomates voltaïques qui ont reçu une formation spécifique de niveau supérieur.

De 1965 à 1979, il sera successivement du Service Presse et Traduction, 1er Secrétaire d’Ambassade à Washington de 1966 à 1969, Chef de service puis Directeur de la coopération internationale de 1970 à 1976, Chargé d’affaires à l’ambassade de Lagos de 1976 à 1979. C’est notamment en tant que Directeur de la Coopération internationale qu’il participera aux négociations pour l’établissement de liens diplomatiques entre la Haute-Volta et la République populaire de Chine en 1973. De 1980 à 1983, il a été appelé, à Ouagadougou d’abord, puis à Washington, comme responsable de l’UNSO, l’Agence d’exécution du PNUD pour les projets d’appui au CILSS (Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel).

Très tôt cependant, peu après la naissance de ce parti, Hama Arba Diallo était devenu militant du PAI. Ses amis le surnommaient affectueusement « HO CHI MINH », en raison de la barbichette qu’il aimait porter, à l’exemple du père de la révolution vietnamienne. Plus tard, il sera chargé des relations internationales du PAI avant d’en devenir Membre d’honneur en 1993.

A l’avènement du Conseil National de la Révolution (CNR) en août 1983, Hama Arba Diallo sera rappelé de New York pour devenir le premier Ministre des Relations extérieures de la Révolution sous Thomas Sankara, de 1983 à 1984. A ce poste, il aura grandement contribué à faire connaître et apprécier la révolution burkinabé, ses premiers dirigeants et son pays. Il développera les relations de ce qui deviendra le Burkina Faso avec de nombreux pays d’Europe de l’Est, d’Asie (Chine populaire, Corée du Nord, Vietnam), d’Amérique Latine ou d’Afrique (Algérie, Lybie, Angola, Tanzanie).

Lorsque les chemins du PAI et du CNR divergeront, il connaîtra un temps l’internement en camp militaire, avant d’en être extrait en 1985 pour être nommé conseiller du Président du Faso. Après le 15 octobre 1987, il gardera cette fonction, puis sera envoyé comme Ambassadeur du Burkina Faso auprès de la République populaire de Chine, de 1987 à 1989. Brutalement rappelé à Ouagadougou après les évènements de septembre 1989, il obtiendra en 1990, sur sa demande, une mise à la retraite anticipée.

Il entamera alors une nouvelle carrière auprès des Nations Unies, dont il deviendra, de 1992 à 2007, le Secrétaire exécutif de la Convention des Nations Unies contre la Désertification. C’est de ce poste qu’il prendra sa retraite de fonctionnaire international.

En 2006, il a été élu conseiller municipal puis Maire de la Commune de Dori. En 2007, il a été élu député dans la province du Séno. En 2010, il fut le candidat des partis de la Coalition des forces progressistes à l’élection du Président du Faso. Il sera classé deuxième à l’issue du scrutin.

Lors de la fusion en mars 2012, des partis FASO METBA, LCB, PAI et PDS, il sera appelé à la présidence du nouveau parti, le PDS/METBA. Enfin, lors des élections couplées de décembre 2012, il sera élu à nouveau Député et Maire de Dori, au titre cette fois du PDS/METBA.

C’est donc cet homme, qui a connu une carrière professionnelle riche et complète, malgré des vicissitudes politiques, qui s’est vu confier des responsabilités politiques de premier plan, qui a obtenu des succès remarquables comme diplomate, comme gestionnaire d’institutions et comme Maire d’une grande commune comme Dori, qui nous a quitté sans prévenir, le 1er octobre 2014 !

Sa vie a toujours été occupée de manière pleine et active. Il s’est toujours montré soucieux de la situation de tous ceux, collaborateurs ou populations, dont il avait la charge. Il ne s’est jamais accroché à des privilèges, et s’est toujours montré disponible pour servir son parti et son peuple.

En particulier, comme Maire de la commune de Dori, il a apporté à cette ville, la qualité de ses relations, de son inventivité, de sa persévérance au travail et de l’efficacité de sa gouvernance, qui ont nettement contribué à changer, en huit ans, la physionomie de la ville et le développement de son arrière pays.

A l’annonce de son décès, et avant l’enterrement qui a eu lieu dans son petit village de Selbo, dans la commune de Dori, ses camarades ont reçu de nombreux messages de condoléances et de sympathie, émanant de diverses personnalités ou partis politiques des pays de la sous-région ouest-africaine. Lors de la nuit d’hommages organisée le 2 octobre 2014, l’Assemblée nationale, le gouvernement, l’Association des municipalités du Burkina, les ambassadeurs de nombreux pays, les institutions internationales, les partis politiques de l’opposition et de la majorité, la société civile, étaient représentés au niveau le plus élevé, et ont rendu hommage à son action de diplomate, de maire et d’homme politique.

La plupart de ces personnalités ont fait le déplacement jusqu’à Dori et Selbo le 3 octobre, pour assister à son enterrement. Une forte délégation de ses amis du Niger, conduite par le Ministre des affaires étrangères de ce pays, y était aussi présente.

Hama Arba Diallo a bien mérité de son peuple et de son pays ! Il n’aura pas vécu en vain ! Puissent sa vie et son œuvre servir d’exemple à beaucoup !

Ouagadougou le 10 octobre 2014.

Philippe Ouédraogo Ancien Secrétaire général du PAI

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