Nous publions ci-dessous un document datant de la période où le combat politique atteignait son paroxysme, qui allait préparer la révolution burkinabè. La LIPAD (Ligue Patriotique pour le Développement), était une émanation du PAI (parti africain de l’indépendance) qui lui restait clandestin. La LIPAD a ainsi pu à la fin des années 70, avoir une activité publique contribuant à la formation de la conscience politique anti-impérialiste des voltaïques.

Des dirigeants politiques comme Arba Diallo, Philippe Ouedraogo, ou Ibrahima Koné, par exemple, étaient des membres du PAI et de la LIPAD. Soumane Touré, aussi qui a eu un itinéraire politique différent. mais Ce dernier était alors un militant syndical populaire et respecté, particulièrement combatif et efficace dans l’organisation de son syndicat.

La rédaction.


A l’avènement du CMRPN, le Cardinal Paul Zoungrana a béni le changement de régime. Quand le CSP est arrivé au pouvoir, l’évêque de Ouagadougou a gardé le mutisme. La LIPAD et le journal des militaires l’ont alors « interpellé sur son silence ». Voici l’intégralité du document.

« Il y a deux ans, de retour du Vatican peu après le coup d’Etat du 25 novembre 1980 qui a renversé le gouvernement de la IIIème République du régime de Lamizana, vous avez promptement déclaré sur les antennes de la radiotélévision voltaïque le 2 décembre 1980, que le coup d’Etat du 25 novembre 1980 du CMRPN est une «grâce de Dieu » et qualifié par ailleurs le président et les membres du CMRPN « d’agents d’une providence, d’un Dieu qui aime la Haute-Volta ».

Vous substituant au peuple voltaïque pour traduire ses sentiments, vous avez ajouté que cet évènement a provoqué une « liesse de toute la population » à un moment où pourtant le CMRPN avait décrété le couvre-feu et interdit les rassemblements et les manifestations populaires. Depuis, vous avez, éminence, invariablement gardé un mutisme irréductible sur la politique du CMRPN qui, au mépris des libertés individuelles et collectives et des droits de l’homme, opprimait et réprimait les travailleurs et les organisations démocratiques et patriotiques avec une haine et une fureur inégalées dans l’histoire du peuple voltaïque.

Ainsi, éminence, vous avez gardé Le silence complet sur la suppression, par le CMRPN, du droit de grève en Haute-Volta, un droit internationalement reconnu aux travailleurs et que les travailleurs voltaïques ont toujours défendu au prix de sacrifices multiples et multiformes ; vous avez gardé un silence complet sur l’interdiction, le 24 novembre par le CMRPN, de la Confédération syndical voltaïque (CSV), la centrale syndicale la plus représentative et la plus combative, sur le « mandat d’arrêt national et international » lancé le même jour contre son secrétaire général Soumane Touré, ainsi que son arrestation le 9 septembre 1982, parce que à la tête du CSV et fidèle au profond attachement des travailleurs et du peuple voltaïque aux libertés démocratiques et syndicales, il refusait résolument de s’incliner devant ce « nouveau diktat » du CMRPN.

Aussi également, éminence, vous vous êtes tu sur « l’internement administratif » des dignitaires de la IIIème République par le CMRPN, ramassis d’individus corrompus, légers, frivoles qui avaient en commun le goût prononcé pour la luxure, les jouissances dans les boîtes de nuit et les maisons closes, et qui, escamotant de façon démagogique la juste revendication des centrales syndicales en date du 5 septembre 1979, exigeant la lumière sur la gestion des biens du peuple, voulait, par revanchardisme, régler les comptes à ses adversaires politiques. Faut-il rappeler que toutes ces mesures répressives, anti-démocratiques et anti-travailleurs, prises dans le plus complet arbitraire, étaient inspirées et soutenues par les alliés civils du CMRPN, en Particulier par Monsieur Alexandre Zoungrana, ancien ministre de la Fonction publique et du Travail du CMRPN, dont la haine implacable contre les travailleurs et Les organisations démocratiques ne s’est jamais démenti un seul instant du règne des potentats du CMRPN.

De même éminence, vous avez volontairement ignoré la violation flagrante de la liberté de presse et d’opinion par le CMRPN qui n’hésita pas à saisir arbitrairement le n°22 du Patriote, journal de la LIPAD, alors seulement au tirage et à emprisonner durant 3 semaines au camp CRS de Ouagadougou des responsables de ce journal, coupables d’avoir osé émettre une opinion sur l’acharnement enragé du CMRPN contre les libertés démocratiques et syndicales.

Les travailleurs voltaïques ont été très surpris par le mutisme du Cardinal sur les mesures de licenciement et de suspension, pour 5 à 6 mois et sans salaires, des centaines de travailleurs (dont des couples entiers), ainsi sanctionnés pour avoir protesté par une grève de 3 jours contre les violations injustifiées des libertés démocratiques et syndicales par le régime défunt des colonels. Il y a un mois que le CMRPN, le régime le plus répressif, le plus anti-travailleur, le plus anti-populaire et le plus antidémocratique de notre histoire politique a été renversé par le Conseil de salut du peuple qui, tenant compte des justes revendications des travailleurs et des démocrates voltaïques, a déclaré « caduque » l’ordonnance inique réglementant de façon draconienne le droit de grève, a rétabli la CSV dans ses droits et libéré son secrétaire général Soumane Touré.

Il y a un mois que les travailleurs et les démocrates voltaïques, après avoir vainement espéré une homélie du Cardinal où habituellement il aime à se prononcer sur la situation politiques du pays, s’impatientent de connaître sa réaction devant le coup d’Etat du Conseil de Salut du Peuple. Eminence la LIPAD, organisation Démocratique, anti-impérialiste de masse, défendant toujours aux côtés des travailleurs et des démocrates voltaïques, les libertés démocratiques et syndicales avec un haut esprit de sacrifice, partageant aujourd’hui leur impatience devant le mutisme du Cardinal, vous adresse très respectueusement trois questions :
– Comment éminence traduisez-vous actuellement les sentiments du peuple voltaïque devant le coup d’Etat du Conseil de Salut du Peuple ?

– Comment qualifiez-vous aujourd’hui, éminence, le Conseil de Salut du Peuple qui a déclaré « caduque » l’ordonnance réglementant le droit de grève, qui a rétabli la CSV, libéré son secrétaire général Soumane Touré, et a rétabli entièrement les droits des
travailleurs licenciés et suspendus par le CMRPN ?

– Que pensez-vous, éminence, de la mise en résidence surveillée des dignitaires de la IIIème République par le Conseil de Salut du Peuple alors qu’ils étaient enfermés pendant 2 ans sans que la plupart aient jamais été interrogés une seule fois sur leur
gestion, pendant que le CMRPN, dans sa politique partisane, laissait circuler librement et allègement d’autres politiciens convaincus de détournement de deniers publics ?

Nous vous prions de croire, éminence, à l’expression de nos sentiments très respectueux et patriotiques.

Ouagadougou le 7 décembre 1982

Le Bureau National de la LIPAD

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