Invitation du CDP à l’UNIR/MS : “Courtoisie de façade” pour un 20e anniversaire

 

Me Bénéwendé SankaraC’est à un échange épistolaire aigre-doux que se sont livré ces derniers jours Roch Marc Christian Kaboré, le président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), et Me Bénéwendé Sankara, celui de l’Union pour la renaissance/Mouvement sankariste (UNIR/MS).

Au premier qui l’invitait à participer au colloque sur le thème « Démocratie et développement en Afrique », prévu à l’occasion des manifestations commémoratives du 20e anniversaire de l’arrivée au pouvoir de Blaise Compaoré, le second, qui n’est pas loin de percevoir cela comme pure provocation, parle de « courtoisie de façade » et invite, à son tour, son interlocuteur à la commémoration d’un autre vingtième anniversaire : celui de l’assassinat de Thomas Sankara. Voici les correspondances que les deux personnalités ont échangées, respectivement le 22 août et le 3 septembre 2007, et que Me Sankara nous a fait parvenir.

 

Roch à Me Sankara « Votre présence va rehausser le niveau du débat »

Monsieur le président,

A l’occasion des manifestations marquant le 20e anniversaire de l’accession au pouvoir de SEM Blaise Compaoré, président du Faso, qui se dérouleront du 10 au 20 octobre 2007, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance que notre parti, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), organise un colloque international à Ouagadougou sur le thème : « Démocratie et Développement en Afrique ».

Ce colloque, qui se tiendra les 14, 15 et 16 octobre 2007 dans la salle des banquets de Ouaga 2000, donnera l’opportunité aux acteurs de la scène politique africaine et internationale d’identifier les pistes à même de contribuer de façon novatrice et efficace à la consolidation de la démocratie pour un développement durable en Afrique.

La direction politique nationale du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) serait très honorée de vous compter parmi ses invités, dont la présence contribuera à rehausser le niveau du débat et l’éclat particulier que nous voulons donner à cette manifestation.

Par conséquent, je vous saurais gré des dispositions qu’il vous plairait de faire prendre pour nous confirmer votre participation pour les modalités d’organisation. Vous en souhaitant bonne réception et dans l’attente d’une confirmation de votre participation, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

Démocratie – Progrès – Justice

Le Président du parti, Président du BPN,

 Roch Marc Christian Kaboré


Me Sankara à Roch C. Kaboré : « Nous ne pouvons faire cette commémoration ensemble »

J’accuse réception de votre correspondance n°2007/153/CDP/CN/BPN/BEN du 22 août 2007, par laquelle vous m’invitez à participer au colloque que vous organisez à « Ouaga 2000 » à l’occasion des manifestations marquant le 20e anniversaire de l’accession sanglante de monsieur Blaise Compaoré au pouvoir, le 15 octobre 1987, et je vous en remercie. Cependant, vous me permettrez de vous rappeler que cet anniversaire, heureux pour vous, correspond, hélas, pour la majorité des Burkinabè au point de départ d’une descente aux enfers au-delà même de l’hécatombe qui l’a marqué.

En outre, s’il peut être loisible à chacun dans un Etat de droit de fêter ou de faire le deuil de cet anniversaire selon son camp, il est difficilement compréhensible et justifiable dans ce même Etat de droit de disposer du cadre huppé de « Ouaga 2000 », tout en bloquant le cadre populaire de la Maison du peuple qui sied, nous vous le rappelons, aux gens du Président Thomas Sankara. C’est, Monsieur le Président, ce genre d’indice qui, au-delà de la courtoisie de façade que vous nous faites aujourd’hui, nous rappelle que la logique du « tuk guilli » reste le seul credo de votre régime.

En effet, il eût été plus pudique pour la mémoire collective, qui a été durablement meurtrie par la boucherie du 15 octobre 1987, que vous commémoriez plutôt le retour à une vie constitutionnelle normale et l’investiture de Monsieur Blaise Compaoré suite à l’élection présidentielle de 1992, même si nous savons tous les conditions dans lesquelles elle a été organisée.

A ce titre, il nous paraît utile de vous rappeler que la démocratie ne se mesure pas par les colloques, fussent-ils internationaux, ou par la marque des personnalités conviées. Elle est à portée de main dans l’association de toutes les forces vives de la nation à la gestion de la chose publique et dans la prise en compte des intérêts des plus démunis. La démocratie ne peut s’accommoder de la protection et de la prospérité d’un seul individu et de son régime au-delà et au mépris de toute autre considération de justice sociale et d’équité.

Pour ces raisons et bien d’autres encore, qu’il serait fastidieux d’énumérer ici, nous nous démarquons de cette mascarade de colloque, qui n’est qu’une tentative d’occuper le terrain pour essayer d’éclipser la commémoration internationale de l’odieuse forfaiture du 15 octobre 1987, que, nous le rappelons, des patriotes et des démocrates d’autres pays tenaient à organiser chez eux au regard de la stature planétaire acquise par le président Thomas Sankara.

Cette stature, faut-il le rappeler, s’est imposée au fil des ans à travers le monde en dépit de l’offensive déclenchée depuis le 15 octobre 1987 pour saper son image et sa mémoire, notamment la trouvaille de la valise d’argent vite rengainée, car nul n’a pu être dupé ici et ailleurs sur la probité inaltérable du Président Thomas Sankara. Cette stature n’est donc plus à faire, et ce n’est pas aujourd’hui que des colloques pourraient dévoyer le devoir de mémoire et la détermination des organisateurs de ce 20e anniversaire, dont nous avons une lecture si divergente que nous ne pouvons le commémorer ensemble.

Mais, s’il s’agit de démocratie, de bonne gouvernance, de lutte contre l’impunité, entre autres, notre commémoration, même si elle se tient dans un espace vert, puisque tout autre lieu convenable nous est fermé, se dépouillera des protocoles pour aborder les vrais enjeux de la libération et du développement de l’Afrique, et vous y êtes cordialement invité en retour. Dans cette perspective, je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Président, les assurances de ma considération distinguée.

Maître Bénéwendé S. Sankara

Président de l’UNIR-MS

 

Source Sidwaya http://www.lefaso.net

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