« Je pense qu’il devrait y avoir encore plus de spectacles engagés en Afrique, vue la situation du continent on ne peut pas laisser nos pays aux politiciens seuls« , interview de Serge Aimé Coulibaly

 

 Nous vous proposons une interview de Serge Aimé Coulibaly, chorégraphe burkinabé, qui a créé deux spectacles que nous présentons sur notre site : »Quand j’étais Révolutionnaire » à l’adresse et « Babemba« , un hommage aux quatre présidents, Nelson Mandela, Nkwamé N’Krumah, Patrice Lumumba et Thomas Sankara, que nous avons particulièrement aimé, présenté à l’adresse.   

Vous avez attiré notre attention lors de votre spectacle précédent que nous n’avons pas pu voir « Quand j’étais révolutionnaire ». Quelle a été votre itinéraire jusque là  pour  à produire coup sur coup deux spectacles en France?

La compagnie Faso danse théâtre dont je suis le directeur artistique, se produit en France depuis sa création en 2002. Il faut dire que la compagnie est basée  au Burkina mais elle a une antenne en France à Lille qui lui permet de se produit en Europe. Si nom, la compagnie a été aussi pendant 3 ans associe au Théâtre Le Grand bleu de Lille qui est un établissement national de production et de diffusion artistique.

J’ai tourné avec la compagnie Feeren du Burkina Faso en France de 1995 a  2001 puis je suis arrivé avec un contrat pour danser avec une compagnie dans le Nord de la France, puis après une audition j’ai intégré les Ballets C de la B de la Belgique avec qui j’ai travaille pendant 5 ans, et j’ai crée parallèlement ma propre la Compagnie le Faso Danse Théâtre. Avec laquelle j’ai créé en 2002 un solo de danse « minimini » autour de la liberté d’expression. En 2004 « Et Demain » une exploration sur la naissance de la violence liée a l’inégalité des classes sociales. En 2006 « A benguer » un spectacle sur l’immigration. Puis « Quand j’étais Révolutionnaire » en 2007 et actuellement Babemba.

Comment avez-vous été attiré par la danse ?

Je crois c’est juste une passion, une manière de s’exprimer par le corps que j’aime beaucoup. Tout a commencé depuis le lycée, ou je faisais du théâtre de la danse, puis après j’ai intégré  Feeren du Burkina Faso une compagnie professionnel qui alliait théâtre danse et musique. Et comme j’excellais plus en danse, j’ai continué dans cette direction en faisant des formations, des stages, et des rencontres.

Souvent les africains qui font de la danse ouvre des cours de danse africaine ici en Europe, vous êtes aussi passé par là ?

En arrivant pour travailler en Europe, c’était très clair pour moi, je ne voulais pas donner des cours je voulais en prendre plutôt, puisqu’au Burkina on n’a pas toujours l’occasion d’avoir une formation un perfectionnement en danse contemporain surtout.  Puis j’avais envie de faire de la création pas de donner des cours, c’est beaucoup plus difficile, de faire carrière en danse surtout contemporain en Europe mais s’était un vrai choix artistique, je voulais apprendre et fabriquer autre chose avec ce que je connaissais déjà.

Dans africaine ou « danse non africaine « , ça a de la signification pour vous ?

On oublie souvent que la danse évolue aussi en Afrique, les danses ont aussi évolué avec la société. Mais c’est très compliqué en Europe de parler de la modernité ou de la contemporanéité de la danse en Afrique, parce que tout se définit par rapport a la société européenne et souvent ce qui n’est pas reconnaissable par l’œil européen  venant d’Afrique est considère comme folklorique ou traditionnel. Il est très clair qu’il y a plusieurs formes et surtout plusieurs disciplines dans la danse en Afrique, par ce que nous faisons partir du monde et il est normal qu’on soit influence par le monde et la diversité dans chaque chose se trouve aussi.

Vous acceptez le qualificatif de « danse contemporaine »?

Bien sûr, dans le sens ou contemporain veut dire aussi aujourd’hui.

Votre spectacle est un hommage à 4 présidents africains ? Pourquoi le choix de Thomas Sankara, Nkwamé N’Krumah, Nelson Mandela et Patrice Lumumba?

En créant le spectacle Babemba j’avais envie de trouver des étoiles qui scintille dans le ciel d’Afrique, pour nous donner de l ‘espoir, je voulais trouver des gens auquel les jeunes d’aujourd’hui peuvent s’identifier, et surtout prendre exemple sur eux. J’ai évidemment choisi ceux qui ont marqué leur époque, avec des luttes significatifs, et à qui les jeunes s’identifient d’une manière ou d’une autre.

Nkrumah parce que père du panafricanisme, nous avons besoin d’une vraie unité pour espérer s’en sortir aujourd’hui en Afrique.

Lumumba est le symbole d’une lutte anticoloniale forte au Congo, 

Sankara pour avoir montrer que l’impossible est possible dans un des pays les plus pauvres du monde. Et surtout pour l’espoir qu’il a suscité dans la jeunesse en Afrique

Mandela, symbole de la lutte indéfectible, aussi symbole du pardon et de tolérance

Je les ai choisis aussi parce que je m’identifie à leur lutte.

Vous aviez quel âge pendant la révolution ? Vous vous en souvenez ?

J’avais 15 ans quand Sankara est mort, avant j’étais un pionnier de la révolution pendant pratiquement les 3 dernières années de la révolution.                             

Qu’est ce que vous en retenez ? Et de Thomas Sankara, en avez-vous des souvenirs précis marquants?

Quand je pense a la révolution, je vois déjà la mobilisation, j’ai le souvenir de rassemblement des  gens entrain de construire soit un dispensaire, une maternité  une école. Je vois la poussière qui se lève  l’effet du travail de la foule et je me rappel aussi très bien des Faso dan fan mon père et les oncles faisaient fabriquer pour aller travailler, et des gens qui se réunissait pour des opérations ville propre. De Thomas Sankara je retiens le sourire sur ces lèvres et de son bras la haut nous saluant lorsque, pionniers de la révolution du lycée Ouezzin Coulibaly, nous étions partis l’accueillir à l’aéroport de Bobo, je crois qu’il venait pour inaugurer quelque chose dans cette ville.

Vous inventez la danse engagée comme d’autres font de la chanson engagée? Ce n’est pas courant? Y a-t-il d’autres spectacles de danse qui font de même?

Je sais qu’il y a pas mal de chorégraphe militant, mais comme nous sommes dans un art qui ne parle pas, ce n’est pas toujours évident de voir l’engagement des un et des autres. Sinon, moi je pense qu’il devrait y avoir encore plus de spectacles engagés en Afrique, vue la situation du continent on ne peut pas laisser nos pays au politiciens seuls.

Carlos Ouedraogo nous a déclaré lors d’une toute récente interview :  » aucun artiste burkinabè ne peut faire acte de création sans porter en lui l’héritage de Sankara », qu’en pensez-vous?

Sankara a marque très fortement notre génération, et que tu le veuilles ou pas, on subit l’histoire d’une manière ou d’une autre. Et je pense aussi que tout artiste est influencé quelque part  par la révolution de Sankara.

Pour nous occidentaux, ne passons-nous pas à côté de votre message pour n’en garder que le spectacle visuel. Sans les paroles des chansons qui accompagnent les danses, nous ne comprenons pas toujours la signification des différents tableaux.  Que disent les paroles ?  Comment ont-elles été écrites?

Dans le spectacle Babemba la musique et les chansons sont effectivement très importantes, mais le spectacle est construit de telle sorte qu’on puisse retenir l’essentiel sans avoir forcement tout le fond. La plupart des chansons sont tirées de l’épopée mandingue, et le contexte historique des chansons n’est pas forcement très compréhensible par le commun des Européens, car c’est toute une autre civilisation dont on ne parle pas assez qui est même méconnue, c’est une culture très forte qui doit j’espère susciter une certaine curiosité. On a pensé à traduire les chants, mais cela ne suffisait pas. Au contraire ça perdait les gens encore plus, quand on ne connaît pas le contexte culturel pour lequel tel mot ou tel nom on été utilisé.

Chaque chanson a une signification très forte, comme Sondât, qui parle de la bravoure du fondateur du mandé Sundjata Keita et des luttes qu’il a menées ;  nous faisons souvent le parallèle avec la lutte menée par Sankara, Cheik Anta Diop, Mandela…

Il y a aussi Duga, qui est une chanson sacrée, chanté seulement que pour ceux qui ont à leur actif des hauts faits de guerre. Il n’y a que quelques uns au mandé qui ont eut droit à cette chanson. Nous l’utilisons dans une diagonale dans la pièce où Sankara est censé être en train d’être assassiné sauf qu’en recevant les balles il ne reste pas au sol, il est toujours debout et garde le sourire. Et c’est un ange qui  lui chante Duga.

Il y a  la chanson Miniamba, qui part d ‘une légende. Un boa géant qui protégeait le village et empêchait les gens de sortir et d’aller voir ailleurs, jusqu’au jour ou une femme a trouvé le moyen de sortir en lui chantant une chanson mais en promettant de revenir construire. Il y a la référence à l’Afrique actuellement, où les habitants ne peuvent presque plus aller ailleurs apprendre pour revenir construire. Les gros  boas actuellement ce sont les barbelés autour de l’Europe…..

Nous avons lu que Djénéba Koné, la griotte, est très connue au Mali ? Mais ce type de spectacle n’est pas courant au Mali. A-t-telle accepté facilement ? En plus une ou deux fois vous la faites danser avec les autres danseurs ?

Djeneba Koné fait son deuxième projet professionnel et elle est très jeune, elle était au contraire très enthousiaste pour faire ce projet avec nous elle chantait et dansait déjà au Mali à Ségou. Elle aussi avait envie de faire une expérience de création contemporaine. On espère partir jouer au Mali et surtout partout en Afrique, parce que ce sont les africains les premiers concernés par l’histoire qu’on raconte

Comment avez-vous rencontré les 3 autres danseurs qui dansent avec vous ? Quel a été leurs différents itinéraires?

Les 3 autres danseurs de la pièce sont des artistes professionnels que je connaissais déjà depuis longtemps au Burkina. J’ai déjà travaille avec eux dans des pièces précédentes. Et chacun a un parcours assez unique en tant qu’artiste chorégraphique. Lancina Coulibaly est chorégraphe aussi et membre fondateur d’une autre compagnie de danse contemporaine « kongo ba tria » il est actuellement prof de danse dans une université au Etats-Unis. Levy Tiriema Koama a lui aussi sa propre compagnie, et une démarche artistique singulière. Sigué Sayouba est un danseur exceptionnel qui danse avec les plus grandes compagnies du Burkina.

Comment est-il possible de « réussir » dans la danse en ayant commencé en Afrique ? Quelles structures existe-t-il là-bas pour accueillir et inciter les jeunes à faire de la danse ? Qui plus est de la danse que l’on peut qualifier de contemporaine ?

Actuellement au Burkina Faso on peut compter une trentaine de danseurs contemporains qui vivent presque essentiellement de la danse. Puisqu’il y a plusieurs structures là-bas qui créent des spectacles et récemment on vient d’ouvrir un centre de développement chorégraphique qui soutien les créations. Il y a aussi un festival de danse contemporaine qui a lieu tous les 2 ans qui draine des spécialistes du monde régulièrement. Et il est très possible de réussir dans la danse au Burkina mais il faut absolument avoir l’opportunité de pouvoir montrer son travail à l’extérieur, comme tout d’artiste d’ailleurs.

On connaît déjà les musiciens nombreux qui évoquent Sankara dans leurs chansons, Didier Awadi, Smockey, Sams’K Le Jah, Georges Kaboré etc…, Après les premiers spectacles « N’do Kela » de Koulsy Lamko et « Mitterrand et Sankara » de Jacques Jouet, actuellement émergent Serge Aimé Coulibaly et Carlos Ouedraogo. Sans doute d’autres dont nous n’avons pas eu connaissance. Cela devient un vrai phénomène presque générationnel, d’une génération d’adolescents pendant la révolution… Sankara deviendrait donc une source d’inspiration pour des spectacles culturels. ?

Sankara c’est notre histoire, et il est normal que nous nous en emparons, pour continuer quelque part la lutte. Et nous sommes de la génération qui a vu périr l’un des derniers espoirs en Afrique, il est normal que nous l’intégrons dans nos lutte individuel si on espère  un vrai changement dans ce monde.

Y a-t-il des structures efficaces au Burkina pour soutenir des artistes?

Il y a pas mal de structures assez efficaces qui soutiennent les artistes au Burkina, mais malheureusement ces structures manque de moyen.

Quels sont vos projets?

Déjà pouvoir montrer aux plus grands nombres de gens les 2 dernières créations que j’ai faites. Quand j’étais révolutionnaire, et évidemment Babemba. Si nom j’ai plusieurs nouveaux projets, qui sont plus des collaborations, avec d’autres artistes. En Hollande, en Angleterre.

Interview réalisée pour le site thomassankara.net  par courrier électronique en juillet 2008.

 

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