Jean Billeter a publié en août 2011, un roman intitulé « Les anciens dieux blancs de la brousse », ayant comme toile de fond la révolution burkinabè (voir la présentation à l’adresse). Il a accepté de répondre longuement à nos questions et nous le remercions. On y verra que ce roman est le fruit d’un long travail, d’écriture bien sur, mais aussi de recherche de documentation. Mais cette interview est aussi doublement intéressante dans la mesure, où Jean Billeter, nous expose très longuement comment se construit un roman. Et tous les écrivains n’ont pas de telles dispositions. Jean Billeter semble vouloir ne rien cacher de sa façon de travailler, de ses opinions, de son inspiration de sa méthode de travail. Bref une belle leçon qui ravira tous ceux aiment la littérature. Il montre ainsi le respect qu’il a pour ses lecteurs et ceus du site thomassankara.net. Merci à lui. La rédaction.


Vous êtes né en 47, et votre premier roman date de 2005, il a fallu attendre si longtemps?

Ma vie a été ainsi faite : j’ai pris la décision d’écrire alors que je venais d’atteindre la quarantaine. Écrire, cela a un prix. Sans doute n’avais-je pas envie, lorsque j’étais plus jeune, de payer le prix, préférant vivre et voir comment était faite la planète plutôt que de passer mes journées assis à une table comme un moine dans son scriptorium.

Aurai-je dû le faire plus tôt ? Le ressassement n’est pas mon fort. Je n’ai pas coutume de vivre comme la femme de Loth, en regardant en arrière. Dans mon passé, il y a ce dont je suis fier, ce dont je suis un peu moins fier et ce dont je ne suis pas fier du tout. Une vie d’homme, je suppose. Ni plus ni moins.

Comment est venu l’idée de ce roman, avec en toile de fond la révolution burkinabè?

Aussi loin que je me souvienne, l’Afrique a toujours fait partie de mon imaginaire.

Et pourtant, je suis né à Morges, une petite ville au bord du lac Léman, en Suisse, à la fin des années quarante. En apparence, rien à voir avec le continent africain… Mais une sœur de ma mère était missionnaire en Angola et mon père finançait diverses œuvres en Haute-Volta, une pouponnière à Ouagadougou et des dispensaires à Niabangaré, Djibo et Boromo. Un peu plus tard, ma sœur aînée est partie pour enseigner au lycée français de Loumbila, à Ouagadougou.
Aussi, lorsque, au début des années quatre-vingt, je décidai de voyager, ce fut tout naturellement l’Afrique de l’Ouest que je choisis. Les premières ébauches de ce roman datent de cette période ; il s’agissait de notes de voyages, de petits textes, de scènes de rue, de descriptions croquées sur le vif. Toute cette matière m’a servi ensuite à tisser la toile de fond.

Ce qui frappe c’est la volonté de coller au plus près de l’histoire, avec un travail très important de reconstitution. Pourquoi? D’autres sont plutôt attirés par une reconstitution mais à partir de leur imagination.

Dans tous mes romans, vous retrouverez ce mélange de reconstitution et d’invention (le premier est d’ailleurs entièrement bâti sur un tel panachage, qui fait du peintre suisse Louis Soutter un personnage de fiction). Cela ne s’explique pas. Ma sensibilité d’écrivain me pousse à donner à la fiction toutes les apparences de la réalité. C’est d’ailleurs un procédé littéraire bien connu, théorisé par Roland Barthes, qui lui donne le nom d’« effet de réel », qui vise à l’adhésion du lecteur à la « réalité de la fiction », en gardant toujours présent à l’esprit qu’un roman est par essence un artifice, un subterfuge (« l’art de l’illusion », disait Nabokov) et non une simple copie, fût-elle minutieuse, du réel. Comme le répétait avec tellement de pertinence le grand linguiste suisse Ferdinand de Saussure : « le mot chien ne mord pas ».

Quelles ont été vos sources?

Plusieurs livres m’ont été utiles, cités à la fin du roman, mais principalement les deux publiés par vous-même, très documentés et évitant le piège de la partialité (Biographie de Thomas Sankara et Les années Sankara) et celui d’Alfred Sawadogo (Le président Thomas Sankara), très pénétrant et très humain, présentant un magnifique portrait de Thomas Sankara « vu de l’intérieur ».

J’ai également bénéficié du témoignage d’amis burkinabé, faisant partie des élites, dont, pour certains, les études en France avaient été favorisées par mon père et qui avaient gravi les échelons de l’administration jusqu’à un niveau très élevé. D’autre part, il y avait beaucoup de jeunes, issus des couches populaires, avec qui je m’étais lié d’amitié lors de mon séjour au Burkina, et principalement deux militants « de base », qui m’ont servi à « donner de la chair » au personnage de Kouhamadi.

Vous avez voulu aussi reconstituer le français que l’on parle au Burkina. Je ne suis pas une référence sur le langage mais je n’ai pas retrouvé celui que je crois connaitre.

Ce n’est pas à un rigoureux travail de linguiste que je me suis livré, encore moins de philologue, n’en n’ayant ni les titres, ni les compétences. D’ailleurs, j’ai plus puisé dans le parler abidjanais que le parler ouagalais, et plus encore dans mon imagination, puisque j’ai forgé de toutes pièces nombre de mots et d’expressions. C’est à nouveau un mélange de réel et d’imaginaire. S’agissant d’un travail de romancier, c’est-à-dire d’illusionniste, j’ai non pas imité mais fabriqué un français « retour des Tropiques », faisant la part belle au goût du verbe des Africains, tout à la fois grandiloquent et cocasse, aussi éloigné que possible des misérables caricatures que sont le « français-tirailleur » ou le « petit nègre ».

En revanche, cette langue « africanisée » a été conçue pour former une entité lexicale propre. Pour traduire les sons, les couleurs et les odeurs, il me fallait un outil verbal neuf, le « français de France » ne me paraissant pas approprié à la complexité africaine. Il ne s’agit pas simplement d’un « français de la comtesse » auquel auraient été ajoutés quelques « africanismes » plus ou moins amusants pour faire couleur locale, mais bien d’une langue complètement autonome, qui fasse mouche, parce que riche d’affects et porteuse de jouissance. Il est par conséquent tout à fait normal que vous n’ayez pu la reconnaître puisque cette langue n’a jamais existé ailleurs que dans ce roman !

Deux règles essentielles ont présidé à cette création littéraire. Premièrement, j’ai soigneusement banni tous les mots à consonance volontairement péjorative, issus de la période coloniale, stigmatisant une soi-disant supériorité des Blancs sur les Noirs (par exemple : « case » est remplacé par « maison » ou « chambre », « haillon » par « habits » ou « cotonnades », « vêtu d’un simple morceau de tissu » par « drapé à l’antique », etc.). Deuxièmement, tous les mots sont mis sur un pied d’égalité, quelle que soit leur origine. Il n’y a ni italiques ni guillemets, qui ostraciseraient certains termes ou locutions, séparant visuellement et de manière péremptoire ce qui appartiendrait à un certain « folklore » africain de ce qui serait considéré comme du « bon français ». De même, il n’y a ni notes de bas de page ni glossaire en fin de volume, qui sépareraient un soi-disant bon grain d’une soi-disant ivraie. Cette langue se suffit à elle-même, le sens étant suggéré par le contexte ; certes, cela demande au lecteur un certain effort pour assimiler ce vocabulaire nouveau et sa syntaxe, surtout au début, mais cela permet de créer très vite, au travers de ce jeu de piste verbal, une connivence, une complicité, avec ce sentiment valorisant d’appartenir à une confrérie plus ou moins secrète, comme il en était des langues camouflées, le louchebem des bouchers des Halles, le javanais que nous pratiquions enfants pour ne pas être compris des adultes, ou comme il en est aujourd’hui du verlan dans les cités.

Vous laissez leurs noms à tous les militaires burkinabés, mais pas à d’autres protagonistes connus comme Valère Somé, Adama Touré, Vincent Sigué… et même Guy Penne. Pourquoi ce traitement différent?

La différence peut paraître ténue entre roman historique et livre d’histoire. Et pourtant, il y a un gouffre. Un historien est un enquêteur à la recherche de la vérité (le mot « histoire » forgé par Hérodote vient du grec histôr, « celui qui sait »). Il s’agit par conséquent d’un travail scientifique, guidé par les faits, les témoignages, les archives et la chronologie ; chaque allégation doit être pesée, examinée, approfondie, prouvée et argumentée.

À l’inverse, un romancier crée une œuvre d’art. C’est-à-dire un mensonge. Il refait le monde avec des mots, il ne l’imite pas, il n’est en rien lié par les faits ou la chronologie, il trie, il manipule, il invente, il omet, il rajoute. Un roman est un monde en soi. Pas un fac-simile. Sa seule « vérité » est sa faculté (ou non !) d’émouvoir le lecteur, de l’amuser, le troubler, le passionner, le choquer, l’attendrir, l’indigner ou l’émerveiller. Sa seule « limite » : l’ennuyer. En revanche, pour parfaire l’illusion, un roman peut parfaitement, ce qui est le cas ici, être ancré dans un contexte historique très précis. En gardant toujours en mémoire le mot de Paul Gadenne : « Pourquoi les gens ne veulent-ils pas voir que les romans sont des incantations ? »

Ainsi mes personnages gardent-ils leurs noms lorsque je reste au plus près de ce que l’on peut considérer comme leur vérité historique. C’est le cas en effet de Blaise Compaoré et de Thomas Sankara, dont les dialogues, à quelques menues exceptions, sont extraits d’interviews, de témoignages, d’articles de presse ou de biographies. Ceci dit, il faut bien comprendre qu’ils deviennent des personnages de roman, c’est-à-dire de fiction. Ce serait peut-être plus facile à expliquer s’il s’agissait d’un film, puisque ce ne serait bien évidemment pas Sankara lui-même qui jouerait, mais un acteur. Aucun spectateur avisé ne serait dupe de ce stratagème… !

En littérature, il s’agit pourtant de la même transmutation : le Sankara de ce roman est par essence un personnage fictif, puisque faisant partie d’une fiction.

En revanche, quand je prends de trop grandes libertés, en distordant la réalité, en la mutilant ou la surchargeant, les noms sont bien évidemment changés, le personnage de fiction devenant par trop éloigné de la personne réelle. Sans parler de ce qui pourrait tomber sous le coup de la diffamation… C’est le cas du personnage de René Puy qui certes emprunte quelques traits de Guy Penne mais n’est pas Guy Penne.

Voyez du côté d’Alexandre Dumas, maître du roman historique (exemple écrasant, j’en suis parfaitement conscient… !). Si vous voulez connaître la vie de Louis XIII, d’Anne d’Autriche et de Richelieu, vous pouvez consulter avec profit manuels d’histoire et travaux universitaires. Mais vous êtes parfaitement en droit de préférer Les trois mousquetaires, une œuvre de fiction qui, certes, « met en scène » Louis XIII, Anne d’Autriche et Richelieu mais où la « vérité historique » est largement écornée par la « vérité romanesque »… Il peut en être de même de la « vérité » géographique, transmutée en « vérité » romanesque : ainsi ai-je décrit le Ouagadougou des années quatre-vingt avec une certaine minutie, mais vous rechercheriez en vain le quartier de Coton-Graine sur un plan, car il n’a jamais existé ailleurs que dans mon imagination.

Au sens propre, les romanciers, du moins les grands romanciers (… et il resterait encore à prouver que j’en sois un !), sont des mythomanes, c’est-à-dire qu’ils fabriquent des mensonges universels à partir de bribes de réalité, comme le Dieu de la Genèse crée l’homme à partir de la poussière. Les grands romans, l’Odyssée, Oedipe Roi, la Divine comédie, le Don Quichotte, Macbeth, Phèdre, Robinson Crusoé, Le rouge et le noir, Les Hauts de Hurlevent, Madame Bovary, Une saison en enfer, Guerre et paix, Au cœur des ténèbres, la Recherche du temps perdu, Les frères Karamazov, Au-dessous du volcan, Le docteur Jivago, Le vieil homme et la mer, le Voyage au bout de la nuit, La condition humaine, Lolita, l’Archipel du goulag, ont façonné de la sorte nos mythologies anciennes ou modernes, preuve supplémentaire s’il en fallait de leur formidable pouvoir incantatoire.

Et vos personnages « blancs »? Ont-ils été inspirés par des personnages que vous aurez cotoyés?

Un personnage de roman ne naît jamais du néant, mais trouve habituellement ses racines dans le passé de l’auteur. Toutefois, mes personnages sont à de très rares exceptions la « copie » d’une personne que j’aurais côtoyée.

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Chaque écrivain a ses recettes, ses techniques. Les miennes consistent, dans un premier temps, à ne façonner que des archétypes : ici, l’ambassadeur, le vieux colon, le baroudeur, le journaliste, la cinéaste, l’aviateur, etc. Dans un deuxième temps, il convient de leur donner de la « chair », en procédant comme dans un puzzle, par petites touches ajoutées, ici une tournure, là une dégaine, par tout un assemblage de détails, de tics de langage, d’anecdotes. Par exemple, la façon d’être et de s’exprimer de l’ambassadeur de France m’a été « donnée » en assistant à l’interview d’une personne, qui n’avait rien à voir ni avec la diplomatie ni avec l’Afrique, par ma femme qui, elle, est historienne ! Un romancier est une éponge. Il écrit sans cesse. Toujours à l’affût.

Vous vous en prenez à la Françafrique, notamment à travers le personnage de Guy Penne qui apparait particulièrement brutal.

Le personnage de René Puy n’est pas Guy Penne, même s’il en est inspiré. Ce n’est pas une argutie ; hormis sa profession et son appartenance à la franc-maçonnerie, tout est pure invention. Le reste, par exemple la « brutalité » que vous soulignez, n’est que création littéraire.

Dans un roman choral, il n’y a pas de soliste : tout est vu, dit et fait au travers de nombreuses voix, semblables à celle du chœur des tragédies grecques. Il ne peut par conséquent être question, sauf à vouloir briser la structure narrative, d’interruptions intempestives où un narrateur omniscient ferait soudainement une apparition mélodramatique pour venir « expliquer » les choses. Afin de constituer ce chœur, il est nécessaire de « personnifier » les idées, les concepts, les mentalités ou les réalités, par exemple la Françafrique et ses méthodes musclées pendant la guerre froide. C’est en effet l’un des thèmes principaux de ce roman, mais au lieu d’en parler comme d’une entité sans visage, de manière plus ou moins objective, en prenant un ton doctoral, je l’ai « incorporé », c’est-à-dire que je lui ai « donné un corps », grâce au personnage de René Puy, qui endosse de ce fait l’arrogance, le mépris, la méconnaissance et la brutalité dont pouvait faire preuve la diplomatie française à l’égard de ses anciennes colonies.

De même, des personnages tels que Kouhamadi et Ezzard de Vicq « incarnent », c’est-à-dire qu’ils lui « donnent de la chair », à l’histoire de l’Afrique entre les indépendances en 1960 et la chute du mur de Berlin en 1989. À cette époque, les États-Unis, tout à leur guerre froide contre l’URSS, avaient confié à Paris et à Londres le rôle de gendarmes de l’Afrique. Quand les pressions ne suffisaient plus, la France utilisait la force en envoyant ses parachutistes : Foccart rétablissait ainsi M’Ba à Libreville, Giscard montait l’opération Barracuda en Centrafrique pour renverser Bokassa et Rocard matait les émeutes de Libreville. C’est cette brutalité-là que devait « endosser » le personnage de René Puy, pour la rendre palpable au lecteur, mieux qu’avec de longues et fastidieuses digressions. Et c’est contre cette brutalité historique que s’est dressé Thomas Sankara. Au péril de sa vie…

Dans votre roman, la mise à l’écart de Sankara le 17 mai 1983 est très clairement organisé par Guy Penne, mais par contre il n’y en est pas question pour l’assassinat de Thomas Sankara. Pourquoi?

Vous soulevez un point d’histoire et nous revenons à la même thématique que tout à l’heure : l’antinomie irréductible entre réalité et fiction. N’étant pas historien mais romancier, je ne suis pas tenu à la vérité historique, qui est scientifique, mais à la vérité romanesque, qui est par essence mensongère et dont le référent est l’adhésion du lecteur.

Je précise à nouveau que, même s’il en emprunte certains traits, le personnage de René Puy n’est pas Guy Penne, que le contenu de ses conversations avec l’ambassadeur de France et sa rencontre avec Jean-Baptiste Ouédraogo ne sont que pure invention. Je vous fais également remarquer que, d’un strict point de vue historique, Guy Penne n’était plus le monsieur Afrique de Mitterrand en octobre 1987, au moment de l’assassinat de Sankara. Depuis 1986, Jacques Chirac, premier ministre de cohabitation, avait rappelé Foccart à la tête de la Cellule Afrique de l’Élysée. Ceci dit, il paraît évident que Thomas Sankara a signé son arrêt de mort lors de la visite du président français en 1986, et de la joute verbale (improvisée ? j’en doute…) devant un Mitterrand livide de colère rentrée.
http://www.dailymotion.com/video/xfdtsk_fin-voyage-mitterrand_news

Il y a ce moment terrible où Mitterrand, dans sa réponse, pose la main sur l’épaule de Sankara assis. Il saute aux yeux qu’à cet instant le sort du PF est scellé… Le « dieu blanc » désigne ainsi la victime. (Au passage, appréciez l’éblouissante stupidité du commentaire du journaliste qui manifestement ne comprend rien à ce qui se joue sous ses yeux…) En revanche, pour répondre plus directement à votre question, rien ne prouve que la diplomatie française soit intervenue de manière directe dans cet assassinat ; disons, dans l’attente de preuves l’impliquant formellement, qu’elle a agi de manière détournée, en laissant faire, voire en encourageant ceux qui voulaient le départ de Sankara. C’est-à-dire sa mort. Et ils étaient nombreux à la vouloir, tant à l’extérieur, de Houphouët-Boigny à Kadhafi, qu’à l’intérieur même du pays.

Il y a d’ailleurs une ressemblance frappante avec le sort réservé à Patrice Lumumba après son esclandre devant un autre « dieu blanc », le roi Baudouin Ier. Tous deux, comme l’Antigone de Sophocle devant Créon, ont refusé de plier l’échine, ont bravé l’interdit en se rebellant, en osant dire la vérité… Une vérité qui n’était pas bonne à dire. Ce n’est donc pas une coïncidence si tous deux sont morts tragiquement assassinés. L’insolence est un crime de lèse-majesté que les « dieux blancs » laissent rarement impuni.

Il y a pourtant pas mal de témoignages qui vont en ce sens?
Certes, mais ils n’avaient pas leur place dans la structure narrative chorale.

Je peux comprendre la frustration que cela engendre pour ceux qui connaissent par le détail l’histoire du Burkina Faso. Mais, une fois de plus, la logique de l’histoire s’oppose frontalement à la logique romanesque. Par exemple ce que pourrait « endurer » un lecteur français, si on l’assommait avec des pages et des pages d’explications, de théories et d’hypothèses, comme il en serait d’un travail universitaire. Un roman, même de cette longueur, doit garder un rythme rapide et alerte, en usant d’ellipses, d’accélérations et de simplifications.

Illustrons cela, avec un rien d’espièglerie, je l’avoue, d’un exemple venant du jeu d’échecs : le grand-maître letton Aaron Nimzovitch, l’un des forts joueurs des Années folles, avait en sainte horreur la fumée de tabac. Un jour, pour le déstabiliser, son adversaire, le maître slovène Milan Vidmar, posa un magnifique cigare à côté de l’échiquier. Nimzovitch alla aussitôt se plaindre auprès de l’arbitre qui lui fit remarquer qu’il n’était certes pas autorisé de fumer pendant les parties, mais que rien dans le règlement n’interdisait d’avoir un cigare éteint à portée de main. Sur quoi Nimzovitch eut ce mot resté célèbre : « Mais il menace de l’allumer… Et, comme vous le savez, la menace est pire que l’exécution ! » Les bons romanciers gardent le cigare éteint. Il est infiniment plus menaçant éteint qu’allumé.

Il y a des scènes avec Blaise Compaoré et Sankara, pourtant vous abordez peu la tragédie de leur histoire, un lien fort, une amitié fraternelle .. I y aurait pourtant matière à romancer sur cette histoire…

J’ai un avis complètement opposé au votre. Délayer eût été une erreur. Pour accroître la tension dramatique, il ne fallait surtout pas broder. Ce qui demeure dans l’ombre – la menace du cigare éteint ! – ajoute à l’effroi… Comme le dit Dostoïevski dans Les frères Karamazov : « La beauté, c’est-à-dire l’harmonie, est une chose non seulement terrible, mais encore mystérieuse. » (c’est moi qui souligne). À nouveau, gardons-nous bien d’allumer le cigare ! En art, le flou, l’évanescent, le fuyant, le clair-obscur, l’ellipse donnent souvent des résultats bien plus dramatiques que la netteté crue d’un éclairage a giorno… On sait ce qu’en ont tiré des peintres comme le Carravage, des musiciens comme Debussy ou des romanciers comme Hemingway.

Une tragédie est une mécanique de haute précision, qui tue net, avec une froideur de glace, le couperet s’abattant, inexorable, impitoyable, à des années-lumière de ces romans policiers psychologiques où l’on finasse avec le lecteur en multipliant fausses pistes et péripéties : ici, seule la terrifiante inflexibilité du destin, qui est le ressort même du tragique, devait être mise en avant. Exactement comme chez Shakespeare, chez Euripide, Sophocle ou Eschyle, tout est écrit d’avance : les dieux ayant décidé de le broyer, le héros peut bien gigoter dans tous les sens, les oracles s’accomplissent à ses dépens.

Si les personnages européens ont une certaine profondeur, notamment un histoire personnelle, c’est beaucoup moins vrai il nous semble pour Sankara et Compaoré?

C’est vrai, vous avez raison, pour Blaise Compaoré ; ni sa famille, ni son enfance, ni sa jeunesse, ni sa vie d’homme ne sont évoqués. Il est, en effet, traité comme une « ombre »… L’ombre de son maître ?
En revanche, permettez-moi de ne pas être du tout d’accord en ce qui concerne Thomas Sankara. Certes, il n’y a pas de récit linéaire, ce qui eût été parfaitement contraire à la narration chorale, mais vous retrouverez disséminés ici et là son enfance, sa famille, ses études à Bobo-Dioulasso, puis au prytanée militaire du Kadiogo, à Antsirabé, son goût pour la musique, ses exploits militaires lors de la guerre contre le Mali, sa première expérience de ministre, son coup d’éclat lors du septième Fespaco avec sa fameuse formule : « Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple ! »…

Thomas Sankara apparait somme toute assez antipathique, contrairement à Blaise Compaoré… Ce n’est pas ce qui ressort de la biographie de Sankara où vous semblez pourtant avoir pas mal pioché? D’où vous viennent ces opinions?

Mon opinion n’a rien à voir là-dedans. Pour moi, romancier, cela n’a pas de sens… C’est un peu comme si vous me demandiez mon opinion sur le fleuve Volta. Le fleuve Volta est une réalité géographique, comme la vie de Thomas Sankara est une réalité historique. Si mon opinion avait quelque importance, j’aurai créé un personnage pour l’illustrer, comme je l’ai fait pour le fleuve Lissandra qui n’existe sur aucune carte géographique !

Le capitaine Sankara n’était ni un mou ni un tiède. Il n’y allait pas par quatre chemins. Il « tranchait », pour reprendre l’expression terrible de Mitterrand. Quoi de plus normal qu’il continue de « trancher » après sa mort, avec d’un côté des zélateurs qui font de lui un héros panafricain élevé au rang d’un Lumumba et de l’autre des détracteurs qui dressent le portrait d’un autocrate plus ou moins illuminé ? En accord avec mes origines suisses, et le goût pour le juste milieu qui leur est attaché, j’aurais tendance à incliner vers une solution médiane. En précisant que je ne suis pas un idéologue, encore moins un politologue, juste un romancier qui n’a aucune qualité pour distribuer des bons ou des mauvais points. J’utilise ces matériaux historiques uniquement à des fins littéraires, pour décrire la tragédie de deux frères, un thème qui traverse l’histoire de l’humanité depuis Caïn et Abel.

Toutefois, la perception qui est vôtre d’un Blaise Compaoré « mieux traité » n’est pas partagée, par exemple, par Alain Mabanckou, qui, lui pense exactement le contraire. http://blackbazar.blogspot.com.

Le principe même d’un roman choral, c’est-à-dire avec une quarantaine de personnages principaux, peut donner l’impression d’un Sankara « peu sympathique » si l’on s’en tient uniquement aux descriptions faites par les personnages français ou leurs affidés qui le considèrent ni plus ni moins comme le diable en personne. Mais cela est contrebalancé par le point de vue des Africains progressistes, par exemple au travers du personnage de Kouhamadi.
Peut-être est-il utile de rappeler que l’essentiel des apparitions de Sankara dans ce roman sont tirées de faits réels. L’une des seules libertés prises est le voyage en avion, totalement inventé, où il apparaît sous un jour jovial, drôle, enjoué, plein de vie et de malice, et à l’arrivée à Ouaga très profond et très humain lorsqu’il prend conscience du poids que l’avenir du pays va faire peser sur ses épaules, alors qu’il se sent si jeune.

Contrairement à ce vous affirmez, je ne vois là aucune trace d’antipathie. Au contraire, ses qualités sont mises en avant : une volonté de fer, un très grand courage physique, l’honnêteté, la droiture, voire un certain ascétisme, l’indépendance d’esprit, la fierté, le charisme, l’humour et surtout cette incroyable capacité à susciter l’enthousiasme faisant de lui un leader naturel.

Je ne laisse apparaître mon point de vue, ou plus exactement mes interrogations, sur la vie et l’œuvre de Thomas Sankara qu’une seule fois, dans la bouche du journaliste Weller, qui s’étonne de la notoriété universelle d’Ernesto Guevara, comparée à celle, confidentielle, de Thomas Sankara. La postérité peut se montrer bien ingrate, voire injuste… En remarquant que la plupart de ceux qui se réclament du Che n’ont aucune conscience politique. Serait-ce l’effet de cette photographie très romantique du Cubain, facilement imprimable sur des T-shirts ou des casquettes de base-ball ? Au Congo et en Bolivie, Guevara a connu deux échecs pitoyables, du point de vue politique et militaire, prenant des initiatives qui confinaient à la stupidité (par exemple en obligeant les Cubains qui l’accompagnaient à marcher pieds nus dans la jungle congolaise, parce qu’ainsi marchaient les Africains !), alors que l’ascension au pouvoir de Sankara a été menée de main de maître et ses nombreuses réalisations méritent l’intérêt, même si tout n’était pas parfait.

Votre livre ne traite que très peu de la période révolutionnaire, et elle parait bien noire… On a l’impression que vous épousez l’opinion de vos personnages blancs.

En effet, le roman saute à pieds joints par-dessus vingt ans d’histoire du Faso, en gros du 4-Août 1983 à l’enterrement du général Lamizana en mai 2005. D’un côté, je suis obligé de répéter que je n’ai aucune qualité pour expliquer, juger ou qualifier la période qui va du 4-Août à l’assassinat de Sankara. D’un autre côté, cette ellipse était nécessaire, la logique romanesque s’opposant une fois encore aux faits et à la chronologie : ajouter trois cents ou quatre cents pages aurait fait de ce roman un pavé parfaitement indigeste (et donc impubliable !).

Pour en revenir au fond de votre question, je dirai trois choses. Premièrement : une révolution n’est pas un « diner de gala », mais l’irruption de la violence dans une société. Pour ceux à qui cette violence est appliquée, parfois sans discernement, elle paraîtra bien « noire » en effet. Deuxièmement : quelle révolution n’a pas procédé par tâtonnements ? Même la grande révolution française a commis de nombreuses d’erreurs pour finir par se jeter dans les bras de Napoléon, certainement beaucoup plus despotique que le malheureux Louis XVI… Troisièmement : la défaillance des penseurs politiques après le 4-Août. C’est sans doute ce qui frappe le plus dans la période révolutionnaire. Au lieu d’aider les jeunes militaires à cadrer leur action à la tête du pays, à trouver des solutions adaptées à la situation, les civils se sont livrés à des luttes pour le pouvoir si bien que la révolution a été privée de sa richesse de pensée. En d’autres mots : prendre le pouvoir est une chose, l’exercer en est une autre.

Thomas Sankara avait-il tort ou raison politiquement, je ne saurais trancher. Et, d’ailleurs, je n’ai pas à trancher. C’est à l’histoire de le faire… En revanche, je comprends et je respecte l’admiration que lui vouent les jeunes Africains, reconnaissant en lui un « homme intègre », un patriote, qui voulait redonner fierté et espoir à une Afrique qui était bien mal partie…

Que serait devenu le Faso s’il avait vécu ? Personne ne peut le savoir. Aurait-il infléchi la révolution dans telle ou telle direction ? Mystère. La seule chose certaine, c’est qu’il a été assassiné (comment ? mystère encore, ce qui ajoute au tragique de son destin) et que Compaoré a « rectifié » la révolution, en défaisant une à une toutes ses réalisations. Cela était-il un bien ou un mal pour le Burkina ? Impossible de trancher. Le reste, c’est de l’uchronie, qui n’est ni de mon goût ni de mon ressort.

L’exécution de Ezz, un aviateur fils de colon dont la famille a beaucoup souffert au Congo, par Vincent Sigué est particulièrement horrible. Elle contribue aussi à ternir l’image de Sankara qui en a fait son garde du corps. Cette relation apparemment paradoxale aurait pu intéresser un romancier…

C’est aux historiens d’expliquer pourquoi Sankara, qui était la probité même, qui ne tolérait aucun manquement moral, a choisi comme garde du corps un homme aussi peu recommandable que Vincent Sigué ? Qu’est-ce qui pouvait bien les lier ? Cela reste aujourd’hui encore une énigme…

Mais, une fois encore, ce n’est pas à moi, romancier, d’expliquer quoi que ce soit.

Je garde le cigare éteint… ! C’est uniquement un matériau, dont je tire un ressort dramatique grâce à la figure effectivement monstrueuse de Fulgence Vinguissié, personnage pour partie inspiré de Vincent Sigué, qui n’est pas Vincent Sigué mais l’archétype de l’âme damnée, du « second couteau » pour parler comme Shakespeare, de l’exécuteur des basses œuvres, tels Ali Fadhul pour Idi Amin Dada, le lieutenant Zuzu pour Mobutu ou le capitaine Banza pour Bokassa.

Le rapprochement des ces trois noms avec celui de Sankara à de quoi choquer. Et c’est là toute l’énigme que vous signalez… Parce que le même rapprochement entre Fadhul, Zuzu, Banza et Sigué, lui, n’a rien de choquant, ce genre de tueurs et de tortionnaires s’épanouissant aux côtés de tyrans. Mais Sankara n’était pas un tyran ! Et pourtant il avait installé à ses côtés un tel homme… Mais une fois encore, ce n’est pas à un romancier d’« expliquer ». Le cigare éteint est plus mençant que le cigare allumé.

Votre livre se termine par l’enterrement de Lamizana… Quel rôle joue t il de votre point de vue?

C’est la clef de voûte du roman, « une de ces facéties absurdes, grandioses et dérisoires de l’histoire ». Toute la tragédie de Thomas Sankara, le « héros sacrifié », est résumée dans ces trois épithètes : absurde, grandiose et dérisoire. Absurde, parce que la mort d’un homme est toujours absurde, rien ne justifiant de recourir à l’assassinat pour régler des problèmes politiques. Grandiose parce qu’il voulait infléchir le destin d’un peuple et changer l’histoire. Dérisoire parce que, tandis que se déroulent les obsèques nationales de Lamizana, on apprend par les « pantalons blancs » que lui Sankara a été enterré en catimini, la nuit, dans le cimetière des indigents. Dérisoire également parce qu’au regard d’un Lumumba ou d’un Che Guevara universellement connus, Thomas Sankara est tombé dans les oubliettes de l’histoire, ne continuant de vivre que dans la mémoire d’un très petit nombre. Sans doute parce qu’il était irremplaçable. Tout tenait à sa personne, à son rayonnement ; lui assassiné, qui était capable de soulever l’enthousiasme, de reprendre le flambeau ? Manifestement, personne.

Vous y étiez semble t il ( à l’enterrement de Lamizana) tellement il y est décrit avec force détail? Avez-vous enquêtez vous même en plus de vos sources bibliographiques?

Non, je n’y étais pas. Mais je prends comme un très grand compliment le fait que vous ayez pu penser que j’y étais : cela indique que j’ai parfaitement réussi, du moins pour cet épisode, dans mon entreprise de donner à l’illusion romanesque toutes les apparences d’une vérité historique.

J’ajouterai ceci par parenthèse : le général Lamizana, toutes proportions gardées, mériterait également une place beaucoup plus importante dans notre mémoire collective, dans la lignée d’un Nelson Mandela. À savoir d’un sage africain, d’un rassembleur, d’un homme de paix et de réconciliation, si loin de tous les dictateurs bouffons et sanguinaires qui ont martyrisé ce continent.

Vous êtes romancier, mais vous semblez très rigoureux voir pointilleux à reconstituer l’histoire avec un grand H… Et vous ne semblez pas vouloir combler pas les trous. Or de notre point de vue, dans cette tragédie historique burkinabé il y a matière à roman tant les relations paraissent complexes, mal connues dans leur complexité. Un romancier aurait pu se saisir de ces histoires… Nous avons parlé des rapports entre Thomas Sankara et Vincent Sigué mais il en est de même de l’amitié fraternelle entre Thomas Sankara et Blaise Compaoré qui s’est terminé comme l’on sait. Vous ne vous êtes pas saisi en profondeur de ces sujets?

Écrire, c’est choisir. Sans doute un autre romancier aurait-il fait d’autres choix que les miens et aurait écrit un roman complètement différent… Ce roman, ce sont mes choix pleinement réfléchis et assumés. Tous les points que vous soulevez ont un intérêt historique certain, mais ils n’auraient fait qu’alourdir la narration. Combler les trous – c’est-à-dire allumer le cigare – eût été pour moi une tâche insurmontable et qui eût abouti à une impasse littéraire. De plus, ce roman n’est pas partisan, il ne privilégie aucune thèse, ne veut rien démontrer, simplement raconter la terre africaine. C’est un cri d’amour à un pays et un continent martyrisés. En revanche, vous avez tout à fait raison, il y aurait matière à fouiller pour un historien, ce que je ne suis pas : l’histoire du Burkina Faso attend toujours son Hérodote.

L’éditeur a-t-il accepté rapidement votre manuscrit ou bien a-t-il pris le temps de parfaire ses connaissances sur l’histoire du Burkina…

Très rapidement. En précisant ceci : d’autres éditeurs l’ont refusé, non pour des raisons littéraires, mais parce qu’un roman sur l’Afrique n’est pas considéré comme « vendeur ».

Vous semblez fasciné par le désert…

Comment ne pas l’être ? Traverser le Sahara au début des années quatre-vingt a été une des grandes expériences de ma vie. À cette époque-là, c’était encore possible (impensable aujourd’hui…). C’était, à mon sens, la meilleure façon d’aborder l’Afrique noire, en se débarrassant petit à petit de tout préjugé. Le désert est une ascèse. Il y a quelque chose de très mystique, dans le Sahara. Balzac, qui a parlé de tout, et en particulier du désert, en a donné probablement la meilleure définition : « Le désert, c’est Dieu sans les hommes. » L’avion va trop vite, vous transportant sans transition d’un monde dans un autre. Il faut, selon mon idée, d’abord « ramper » à travers le Sahara avant de découvrir l’Afrique noire dans toute sa splendeur. C’est pourquoi ce roman commence et finit dans les sables du Sahara…

Vous citez d’ailleurs le livre de Le Clezio.. et d’autres romans en plus des livres plus dicactiques dans une très longue bibliographie à la fin du livre… c’est original.. Les romanciers préfèrent ne pas trop dire qu’ils ont « pioché » dans d’autres romans, ou plutôt se sont inspirés…

Une œuvre d’art s’inspire toujours d’autres œuvres d’art. C’est un fait. Feindre de l’ignorer n’y changerait rien. En peinture, l’apprentissage passe par l’étude et la copie des maîtres qui ont précédé. En littérature, tout écrivain procède par imitation. Dans Les mots, Sartre raconte comment, enfant, il copiait non seulement les textes, mais aussi les poses des écrivains. Souvenez-vous également du paradoxe développé par Jorge Luis Borges dans la nouvelle Pierre Ménard, auteur du Quichotte, qui met en scène un auteur voulant « réécrire » le célèbre roman « à l’identique ». Borges en arrive à cette conclusion pour le moins stupéfiante que le texte de Pierre Ménard est supérieur à celui de Cervantès, alors qu’ils sont en tout points identiques.

On devient romancier parce qu’on a commencé par s’identifier à des modèles avant de se créer une écriture personnelle. Lorsque vous dites « piocher », selon une dialectique d’exemple et de contre-exemple, cela peut être l’inverse, en prenant l’exact contre-pied d’œuvres antérieures. Par exemple, Le Clézio, chantre des oubliés et des no man’s lands, est un maître dans un lyrisme que je dirais « minéral » : son désert est fait de cailloux, de vent, de silence, décrits de manière blanche, dure, tranchante. Au contraire, mes descriptions du Sahara sont enfiévrées, exaltées, beaucoup plus « chaudes », très proches finalement d’un romantique comme Eugène Fromentin et son Été dans le Sahara.

Et il y a les hommages et les clins d’œil. Ce n’est pas une coïncidence si, par exemple, l’un des personnages porte le nom de Korzeniowski, le vrai nom de Joseph Conrad, qui a écrit Au cœur des ténèbres, l’un des plus grands romans sur l’Afrique. De même, la Tantie J’ai Faim, Grosse Bouche et Arlette la Dakaroise sont à l’évidence la « réincarnation » des trois sorcières de Macbeth. Je pourrais continuer à citer de la sorte des dizaines et des dizaines d’allusions, d’évocations, de sous-entendus, de témoignages respectueux aux œuvres qui ont façonné mon imaginaire.

Sans avoir lu les autres romans, selon les comptes rendus que j’ai, celui-là apparait comme une rupture, un roman historique, et en Afrique. Vous avez une idée du prochain?

Une rupture ? Peut-être, en ce qu’il s’y déroule entièrement, mais l’Afrique pointait déjà son nez dans mes premiers romans et surtout dans le troisième, Parfois si louve…

Le prochain est achevé et sera publié chez le même éditeur en janvier 2013. Il s’intitule Un cantique suisse et se situe dans un petit port du Léman, à l’été 1938. Une autre charnière de l’histoire…

Propos recueillis par courriel en janvier 2012 pour le site thomassankara.net.

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