Jeunesse sankariste unie : « Le Burkina, un Etat sorcier qui mange ses fils »

Le président Thomas Sankara devrait avoir 57 ans le jeudi 21 décembre prochain. Pour « honorer sa mémoire, la protéger de l’oubli et des décombres », voici le cri du coeur de la Jeunesse sankariste unie (JESU).

« Peuple du Burkina Faso, vaillante et intrépide jeunesse,

Le camarade président Thomas Isidore Noël Sankara aurait eu le jeudi 21 décembre prochain 57 ans si la lâcheté des impérialistes et des traîtres de la Nation n’avait pu s’exprimer le 15 octobre 1987. Pour faire de la mystique, nous dirons que le Seigneur tout-puissant a fait en sorte qu’entre la date de nos indépendances formelles et la date anniversaire de celui qui devait rendre cette indépendance concrète il y ait dix jours. Les sages nous disent que dix sont égaux à un, et Thomas Sankara était celui-là. Mais ne nous éloignons pas de notre sujet du jour.

Peuple du Burkina Faso, vaillante et intrépide jeunesse, c’est avec un sentiment patriotique fort que nous avons décidé, en ce jour 11 décembre 2006 – jour anniversaire de l’indépendance de notre pays – de vous entretenir une fois de plus sur l’immense héritage d’une voie autonome et originale de développement de notre patrie que nous a léguée cette personnalité exceptionnelle qui a sacrifié sa vie pour sortir notre pays des ornières du sous- développement et de la dépendance inacceptable.

Le choix de la date anniversaire de notre indépendance formelle pour commémorer l’avènement au monde du camarade Président n’est pas fortuit. A travers la jonction de ces deux dates, la JESU souhaite mettre en exergue le lien causal direct qui unit l’héritage politique du camarade président et le développement sain et durable du Burkina Faso. En marquant désormais d’une pierre blanche ces deux événements, nous entendons honorer la mémoire du président, la protéger de l’oubli et des décombres dans lesquels veulent la plonger ceux qui croient que l’histoire nationale commence et s’arrête à eux, de sorte que le peuple, et surtout sa jeunesse, puisse un jour comprendre que l’action du président Thomas Sankara constitue la seule voie sans laquelle l’avenir de notre pays resterait sombre, très très sombre.

« Le Burkina, une mère ingrate »

Malheureusement, la Haute-Volta puis le Burkina Faso officiel ont été, de tout temps, une mère ingrate qui ne reconnaît pas à leur juste valeur les mérites de ses dignes fils. La conscience nationale a toujours été courte, si elle n’est pas tout simplement l’histoire des méchants vainqueurs. En effet, la liste de ces dignes enfants dont les actions ont contribué à relever la dignité, l’honneur et le respect de la patrie est longue. Pourtant, la place qui leur est consacrée dans les annales officielles de l’histoire de la patrie est infime, pour ne pas dire nulle. Méprisés, sinon combattus de leur vivant, ils sont nargués et traînés dans la boue après leur mort. Parfois, pas même une ruelle pour honorer leur mémoire.

Nous citons, parmi tant d’autres, Naba Wobgo, un des derniers grands à résister à la pénétration coloniale sur la terre sacrée de nos ancêtres, mais dont la mémoire, contrairement à celle du roi Béhanzin au Bénin, se perd au fil du temps ;

Daniel Ouezzin Coulibaly, dont le combat pour son pays et l’Afrique est reconnu et honoré ailleurs mais royalement ignoré dans son pays ;

Le professeur Joseph Ki-Zerbo qui, à titre posthume, n’a bénéficié de nos autorités que d’une distinction honorifique aux antipodes de sa haute stature intellectuelle, morale et politique. Comme l’opinion publique l’a bien exprimé, le professeur Joseph Ki-Zerbo mérite mieux que cela.

Comme dit tantôt, la liste des oubliés de la patrie est longue et la JESU, à travers la présente commémoration, affirme sa volonté de lutter pour la restauration de la conscience nationale par la prise en compte et le respect de la mémoire des fils, de tous les fils du Faso tant aimé. Dans ce cadre, la JESU va, en association avec d’autres organisations, initier une pétition à l’effet que l’université de Ouagadougou soit baptisée université professeur Joseph Ki-Zerbo.

Nous devons tourner définitivement la page de l’Etat sorcier et nécrophage qui mange ses fils jusqu’à la dépouille. Il y va de l’intérêt de tous, car : « Dis-moi comment tu as traité ton prédécesseur et je te dirai le traitement que te réserve ton successeur. »

Peuple du Burkina Faso, Vaillante et intrépide jeunesse, l’héritage du président Thomas Sankara est immense mais la reconnaissance nationale officielle, pour notre grand malheur, se fait attendre. Ce respect, cette considération, ne serait-ce que tacite, resteront un leurre si ceux qui ont un minimum de responsabilité sankariste ne s’organisent pas pour les défendre.

Thomas Sankara a été le président de la jeunesse. La jeunesse sankariste se doit d’assumer la part de responsabilité qui est la sienne dans le devenir du mouvement.

Ainsi, des actions, pour préserver la pureté de la mémoire et éviter les injures, vont être posées. A ce titre, des monographies sur le président Thomas Sankara seront éditées chaque année au profit de la jeune génération.

Au plan social, la JESU se battra pour la défense des masses laborieuses et contre la dissipation de l’héritage social de la Révolution par le biais des privatisations sauvages.

Pendant la période révolutionnaire, en effet, la santé, l’éducation, la formation professionnelle et, surtout, l’emploi ont constitué une préoccupation majeure de la politique nationale. La nationalisation des unités de production était une réalité que résumait fièrement un slogan affiché devant l’aéroport international de Ouagadougou : « Le Burkina Faso n’est pas à vendre ! »

Depuis, cette pancarte a été arrachée et remplacée par l’idéologie officielle qui est : il faut tout vendre, même le Faso. Ce fut dès lors le point de départ d’une vénalité généralisée, de bradages de toutes les entreprises à l’encan.

2007, année Thomas Sankara

Ironie du sort, l’année 2007, année du président Thomas Sankara, est prévue pour être l’année des grandes privatisations au Burkina Faso. Toutes les acquisitions faites à la sueur et pour le peuple sous le camarade président, dont les entreprises stratégiques (SONABEL, ONEA, ONATEL…), vont être bradées sous nos yeux. Les braves travailleurs et leurs familles seront jetés dans la rue, avec le long cortège de misère, de malheur et de déchéance sociale.

La jeunesse ne doit pas accompagner cette œuvre de dilapidation des acquis sociaux de la Révolution. La JESU va donc réaffirmer que le Burkina Faso n’est pas à vendre, et prendra attache avec les syndicats des secteurs visés pour, avec eux, organiser la lutte pour la défense intransigeante des travailleurs et de leurs emplois. Si l’année 2007 est l’année Sankara, l’année Sankara sera pour la JESU une année de grandes luttes sociales, culturelles et politiques.

Au plan politique, la jeunesse sankariste ne peut passer sous silence les déchirures vécues dans la famille avec leur corollaire d’adversité, tout cela sous le regard moqueur et amusé des ennemis du sankarisme. A ces aînés leaders pris dans l’engrenage de l’affrontement en public, la JESU demande de mettre la balle à terre. Elle leur rappelle cette pensée du camarade président qui dit : « Les Sankaristes doivent se convaincre d’une chose, c’est qu’il n’y a pas de honte à utiliser le débat démocratique pour faire triompher ses idées. Chaque fois qu’un sankariste gagne à lui une personne à partir d’un débat franc, sincère et courageux, il renforce le sankarisme. » Cela pour dire que chaque fois que des sankaristes se battent dans la rue, par journaux interposés, ils affaiblissent le sankarisme.

Elle les invite aussi à faire de l’année Sankara une année d’unité en acceptant la diversité. Cette unité peut prendre corps dans un cadre sankariste souple, renforcé par un mécanisme efficace de règlement pacifique des différends, dans lequel les organisations sankaristes, avant toutes décisions et actions, se concerteront.

Si les leaders sankaristes n’arrivent pas à réaliser ce minimum, et si l’année 2007 trouve en l’état le Mouvement, chacun prêchant dans sa chapelle, ils auraient trahi le président Thomas Sankara, les peuples et les jeunesses burkinabè et africaines, et la jeunesse sankariste se verrait dans l’obligation d’assumer entièrement ses responsabilités historiques.

Sans ce minimum d’unité dans l’action, point de crédit, et les rencontres du 15 octobre de chaque année au cimetière des martyrs seraient considérées comme purs simulacres pour profiter politiquement des populations. En clair, les sankaristes doivent accepter la diversité tout en bannissant l’adversité. C’est la condition fondamentale de survie du Mouvement.

S’unir de suite et maintenant ou mourir, la jeunesse sankariste se responsabilisera !

A bas l’impérialisme et ses valets locaux ! Vive le mouvement sankariste !
Vive la jeunesse sankariste !
Oser lutter, savoir vaincre ! »

La Coordination nationale

Article publié dans le journal le pays http://www.lepays.bf  daté du 20 décembre 2006

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