Ki Zerbo et Sankara

Ki Zerbo est décédé et nous n’aurions par du attendre sa mort pour parler de cette grande personnalité, historien mais aussi militant politique de premier plan. De nombreux hommages lui ont été rendus et nous nous y associons. Nous vous conseillons vivement la lecture de l’ouvrage intitulé « A quand l’Afrique », publié en 2003 aux éditions de l’Aube qui reprend les entretiens qu’il a eus René Holenstein entre 2000 et 2002. Il est disponible en poche et peu onéreux. Dans cet ouvrage Ki-Zerbo aborde l’ensemble des problèmes qu’affronte aujourd’hui l’Afrique, développe des analyses en profondeur sans concession et propose une vision prospective pour les dépasser les blocages actuels. Sa pensée apparait d’une grande pertinence et l’expression d’une grande clarté.

Mais l’entente n’a pas eu lieu entre Thomas Sankara et Ki Zerbo, entre le Burkina révolutionnaire et l’ancien militant du MLN.

Ce dernier a du quitté le pays. Mais plus grave, selon les sources, les CDR ont saccagé sa bibliothèque évaluée à 11000 livres, c’est en tout cas la version la plus couramment diffusée dans la presse burkinabé au moment de lui rendre hommage. D’autres disent que ces livres lui ont été restitués. Pour notre part nous avons entrepris de rechercher la vérité sur cette affaire. Nous vous la livrerons dès que nous l’aurons. Bien entendu nous faisons appel à vous si vous pouvez nous donner des informations.

Avant les interviews, nous vous livrons les pages du livre écrite par René Holenstein concernant la biographie de Ki Zerbo p. 193 et 194.

En 1983, un groupe de jeunes officiers prend le pouvoir sous la direction du capitaine Sankara. Une ère nouvelle commence pour la Haute Volta qui devient le Burkina Faso (« pays des hommes intègres ») à partir de 1984. Le Conseil National de la révolution prône la rupture totale avec l’héritage colonial  et une transformation sociale radicale qui accorderait aux masses paysannes une participation plus importante aux pouvoirs politique et économique. Sous la pression du nouveau gouvernement militaire, Joseph et Jacqueline Ki- Zerbo sont obligés de quitter le pays en 1983. « On l’a considéré comme un réformiste, dit Jacqueline Ki-Zerbo. Et en tant que bon historien, il a bien compris ce langage : il a donc décidé de partir ».  En 1985, un tribunal populaire révolutionnaire condamne Joseph et Jacqueline Ki-Zerbo par contumace à deux ans de détention et à une forte amende pour « fraude fiscale ». (Le jugement sera révisé après on retour d’exil et la Cour suprême prononcera un verdict de non-lieu). La bibliothèque des Ki-Zerbo est saccagée. En 1987, le président Thomas Sankara est assassiné lors d’un coup d’Etat qui pore au pouvoir Blaise Compaoré, son ancien compagnon de lutte.

Nous vous livrons ci-dessous un court extrait d’une interview de Thomas Sankara où il dit ce qu’il pense alors de Ki Zerbo. La critique est peu respectueuse. Sans défendre Thomas Sankara, tout juste peut-on rappeler que le parti d’alors de Ki Zerbo, le FPV (Front Populaire Voltaïque), il s’était allié avec le Front du Refus de Joseph Ouedraogo, une formation issue du RDA, et avait soutenu le CMRPN (Comité Militaire de Redressement pour le Progrès National). Par ailleurs, lorsqu’en mars 1984, le SNEAHV, le syndicat des instituteurs, dont les dirigeants sont considérés comme proches du FPV appelle à la grève, nombreux sont ceux qui pensent qu’il s’agit d’une tentative de complot contre la révolution alors bien fragile. Mille trois cent d’entre eux seront licenciés.

Le 11 juin 1984 encore 6 personnes dont 5 militaires seront exécutées pour tentative de coup d’Etat. Parmi eux, un neveu du dirigeant du RDA Gérard Kango Ouedraogo, Adama Ouedraogo commerçant. Selon Gérard Kango Ouedraogo, interview à RFI, son neveu avait rencontré Ki Zerbo, devant la cathédrale de Dakar, lors d’un voyage au Sénégal. Dénoncé par les CDR, il sera arrêté et exécuté à son retour pour tentative de coup d’Etat.

La tension était donc vive entre la révolution et les partisans de Ki Zerbo lorsque Sankara est interviewé, alors que l’interview se Ki Zerbo date du début des années 2000.

BJ 


Sankara parle de Ki Zerbo

Nicolini : Il y a un auteur burkinabè que vous connaissez évidemment bien et qui vit en exil : Ki-Zerbo. Avez-vous lu ses livres ?

Sankara : Oui, ses études sont très intéressantes. Mais il reste un Africain complexé : il est venu en France, il a appris, puis il est rentré au pays écrire afin que ses frères africains reconnaissent et voient ce qu’en France on n’a pas su voir, ni reconnaître. Rien de plus frustrant pour un Africain que d’arriver au summum sans avoir été consacré en France. Il se dit qu’au moins chez lui, on le reconnaîtra comme un grand.

Nicolini : Que devient-il ?

Sankara : Appelé par la révolution, il a fui. Je lui ai demandé de revenir à deux reprises. Mais il veut cacher ses échecs continuels. Il n’a jamais réussi au Burkina Faso, ni par la voie électorale, ni par la voie putschiste. C’est pour cela qu’il est parti. Je l’ai reçu deux fois avant son départ. Nous étions contents qu’il s’en aille car nous sentions qu’il avait vraiment très peur, et nous ne voulions pas qu’il en meure, qu’il finisse par nous claquer dans les mains, ce qui nous aurait valu des accusations terribles. Une fois parti, il s’est mis dans l’opposition active. Mais il peut revenir quand il voudra. La porte lui est ouverte.


Ki Zerbo parle de Sankara :

page 35 : »Chaque fois qu’on a essayé de faire une réforme micronationale d’un système, on  échoué en Afrique. Toutes les tentatives micro nationales de libération de l’Afrique – Sékou Touré en Guinée, Kwame Nkrumah au Ghana, Thomas Sankara au Burkina Faso – ont échoué en grande partie parce qu’elles ont été solitaires et non solidaires.

 Page 135 – 136

Questions : J’aimerais savoir pourquoi Thomas Sankara était opposé à votre parti et pourquoi vous étiez alors menacé au point de devoir vous exiler. J’ai l’impression que certaines des options de la période Sankara n’étaient pas pour vous déplaire.

Joseph Ki Zerbo : Je comprends que les gens se préoccupent de cette question parce qu’ils n’ont pas compris les prises à partie de la part du régime »révolutionnaire » instauré au Burkina Faso à partir de 1982-1983/ Mais je crois qu’il faut réfléchir avant de répondre à une telle question. Beaucoup de faits restent inconnus ou camouflés. Moi-même je n’ai pas été acteur. Par ailleurs, l’historien que je suis ne peut s’exprimer avec la rapidité du journaliste.

En fait je n’ai pas tellement connu Thomas Sankara, je l’ai rencontré une fois pendant une heure à peu près. C’était à mon retour au pays, après la prise du pouvoir le 4 août 1983. Au lendemain de mon arrivée, j’ai été mis en résidence surveillée. J’ai donc pris l’initiative de le rencontrer. La réponse a tardé. Probablement, cela reflétait les différences d’attitude à mon égard. La rencontre a finalement eu lieu au Conseil de l’Entente, en présence du chef de la gendarmerie. J’ai été frappé de la liberté de ses propos. Cela a été un échange assez franc et direct qui consistait à expliquer pourquoi ils avaient fait leur coup : « Nous avons pris le pouvoir, parce qu’il s’agissait de libérer notre peuple », disait Sankara. C’était une présentation de la révolution du 4 août 1983 ainsi qu’une mise en garde, au cas où certains décideraient de s’opposer à eux. Je lui ai répondu à ma manière, directement, pour dire que nous n’avions jamais exercé le pouvoir, que nous avions un programme, un idéal que nous défendions sans ambages depuis de longues années. Et si nous avions commis des erreurs (ce qui est inévitable en politique), il faudrait tenir compte aussi des acquis positifs de notre action.

Par la suite j’ai essayé de reprendre contact et demandé un autre rendez-vous. En vain. Après les attaques publiques contre moi, ce fut l’exil. Et c’est là où Sankara a pris l’initiative, par des personnalités mandatées, de me faire contacter à trois reprises. Le message était identique : « Il faudrait revenir; C’est votre pays, il a besoin de vous ». J’ai répondu que, sur le principe, il n’y avait pas de problème, mais pas dans l’immédiat, cela exigerait un peu de temps. Sankara était un patriote sincère et désintéressé, un idéaliste volontariste. Il n’a jamais réalisé assez tôt que les conditions objectives de la révolution n’étaient pas réunies. De plus le contexte s’opposait à la réalisation de son programme.

1 COMMENTAIRE

  1. > Ki Zerbo et Sankara
    merci d’avoir ouvert ce sujet car tous les hagiographes du « plus grand intellectuel africain » oublient bien que l’individu n’etait pas a la hauteur de ce qu’on a enfoncé dans nos cerveaux depuis des années. Cet individu de Ki zerbo pour moi n’est qu’un minable egocentriste egoiste frustré qui n’a fait que gambadé apres les honneurs, le pouvoir et les subsides des organisations internationales. Une telle mentalité n’a rien d’un intellectuel. un diplomé n’est pas un intellectuel. Sous la revolution on appelait ca « souffrir de la ‘diplomite' » c’est-a-dire de la maladie des diplomes. Ki zerbo pour a ete un inutile, l’exemple de « l’intellectuel » dont a souffert et souffre encore l’afrique: il a été la voix de son maitre qui l’a gratifié de son diplome pour mieux l’instrumentaliser. Sankara l’a bien compris et bien exprimé dans son interview. Decidement ce garcon sankara avait de la perception profonde des choses. D’aucun diront que je suis hagiographe, mais je regarde la realité en face, qu’elle me plaise ou non. regardons OBJECTIVEMENT chaque evenement: c’est cela l’approche scientifique et non les colorer avec nos visions subjectives. Passés les encensements, la vraie odeur reprend possesion de son espace.
    bientot ne nous demandera-t-on pas de le beatifier aussi, comme il avait preparé le terrain pour son pere? Que Dieu nous sauve de ces intellectuels-là.
    grand camarade

LAISSER UN COMMENTAIRE

Saisissez votre commentaire svp!
SVP saisissez votre nom ici

8 + 9 =