« La nécessité de libérer plus de la moitié du ciel »

Mémoire de Nina Morena de Suza

Travail de maturité sous la direction Mme Hurlimann

L’énoncé : La nécessité de libérer plus de la moitié du ciel est une formulation libre de la pensée de Sankara : en effet il était convaincu que l’émancipation de la femme est primordiale pour une société saine, la moitié du ciel étant une métaphore de la population féminine.

TABLE DES MATIÈRES

AVANT-PROPOS 1

1. PRÉSENTATION DU BURKINA FASO……2

1.1 Situation géographique……2

1.2 La population burkinabée……3

1.3 L’économie……3

1.4 Le statut de la femme……3

1.5 Les disparités homme-femme……4

1.6 Historique de la domination coloniale à nos jours……4

2. PRÉSIDENCE DE THOMAS SANKARA…..9

2.1 Biographie et prise de pouvoir…..9

2.2 Politique sankariste……11

2.3 Assassinat……13

3. SA LUTTE POUR L’ÉMANCIPATION DE LA FEMME…..14

3.1 La femme dans le Discours d’Orientation Politique (D.O.P.)…..14

3.2 L’Union des Femmes Burkinabées (U.F.B.)….15

3.3 Projets et réalisations…..16

3.4 Femmes et pouvoirs…..18

3.5 “ La libération de la femme : une exigence du futur. ”…..19

3.6 Critiques…..21

3.7 Synthèse…..21

4. TÉMOIGNAGES…..23

4.1 Introduction…..23

4.2 Interviews…..24

4.3 Synthèse…..35

5. CONCLUSION…..37

6. ANNEXES…..39

6.1 Interview…..39

6.2 Liste des sigles utilisés…..40

6.3 Chronologie des présidents du Burkina Faso…..41

6.4 Bibliographie…..41

REMERCIEMENTS …..43

Avant-propos

C’est un article intitulé “Il y a 17 ans mourait un altermondialiste avant l’heure” paru dans un quotidien qui est à l’origine de ce travail de maturité. Cet article décrivait les actions de Thomas Sankara, un révolutionnaire qui prit le pouvoir au Burkina Faso en 1983. Les deux éléments qui m’interpellèrent, furent sa personnalité charismatique et le Burkina. Je m’étais rendue dans ce pays en 2003, en participant à un camp interculturel organisé par Nouvelle-Planète . Ce voyage m’avait beaucoup marqué et fait naître en moi un grand intérêt pour ce pays d’Afrique de l’Ouest. Je suis revenue fascinée par les différences culturelles, boulerversée par certaines injustices notamment envers les personnes de sexe féminin, touchée par leur accueil chaleureux et leur sens du partage. La personnalité de Sankara, ses idées avant-gardistes et son idéalisme, dans ce contexte socioculturel, ont éveillé ma curiosité.

Ce travail m’a donc donné l’opportunité d’approfondir l’application de sa politique originale. L’égalité des sexes est un sujet au centre des débats, c’est la raison pour laquelle je trouvais intéressant d’observer la politique de Sankara menée en faveur des femmes, dans un pays africain, où la culture et les traditions placent la femme dans une position d’infériorité. De nombreux thèmes auraient pu être étudié à l’intérieur même de mon sujet, mais il m’a paru plus intéressant d’avoir une vue d’ensemble de cette politique féministe. Ma recherche s’est donc articulée autour de la volonté de ce révolutionnaire à lutter pour l’égalité homme-femme.

Elle peut être divisée en deux parties :
La première, composée des chapitres Présentation du Burkina Faso et Présidence de Thomas Sankara, a pour fonction de poser un cadre, afin de permettre la compréhension du contexte qui a vu émerger cette politique féministe.

La seconde partie contient deux chapitres complémentaires : le premier, Sa lutte pour l’émancipation de la femme, informe des actions menées de 1983 à 1987. Et le deuxième, Témoignages, a pour objectif d’illustrer cette politique par le vécu d’un nombre restreint de burkinabés ayant vécu sous la Révolution. C’est durant mon second séjour au Burkina en été 2005 que j’ai pu réaliser ces interviews.

Chaque chapitre est précédé d’une introduction et se termine par une brève synthèse, ceci permet d’éclairer le lecteur au fil des chapitres.

L’objectif de mon travail est une meilleure compréhension de la mise en application des idéaux de Sankara, ainsi que la confrontation aux expériences vécues par un nombre certes limité de burkinabés qui témoignent avec une vingtaine d’années de recul.

1. Présentation du Burkina Faso

Burkina Faso signifie “le pays des hommes intègres”, ce nom vient du mooré “ Burkina ” qui veut dire “ intégrité ” et “ Faso ”qui signifie “ terre ”, “ pays” en dioula. C’est Thomas Sankara, chef d’Etat entre 1983 et 1987 qui abandonna le nom de Haute-Volta pour celui de Burkina Faso. Ce pays sahélien n’est pas une bonne destination pour un safari, car il ne présente aucune richesse touristique selon les normes habituelles. Lorsque l’on va au Burkina, c’est avant tout pour son peuple qui a su conserver sa culture et ses qualités humaines. Malgré sa lutte quotidienne pour la vie, il prend le temps d’accueillir et de partager. C’est un océan de sourires, de chaleur humaine et de solidarité, tant de valeurs qui se font rares en Occident. J’ose avancer que c’est l’élément qui frappe le plus les voyageurs européens en tout cas, c’est ce qui m’a le plus touché et qui fait que j’affectionne ce pays.

1.1 Situation géographique

Le Burkina Faso, pays au nord-ouest du continent africain fait frontière avec le Ghana, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Bénin et le Togo ; il s’étend sur 274’200 km2, ce qui correspond à environ 7 fois la superficie de la Suisse. Il est composé principalement de trois zones :

La région sahélienne au nord avec un climat aride.

La zone soudanienne, où se trouve Ouagadougou la capitale, est la plus étendue, occupant tout le Plateau mossi ; depuis le Sahel en direction du sud, la végétation devient plus dense grâce à une plus forte pluviométrie.

La troisième zone est la soudano-guinéenne qui se situe au sud-ouest du pays, c’est la région où il pleut le plus (plus de1000mm/an, la même quantité annuelle qu’en Suisse) et où les températures se situent entre 12°C en janvier et 38°C en avril. Ce pays a un cycle de trois saisons : la saison sèche de mi-octobre à mi-mars où souffle l’Harmattan. La saison chaude de mars à juin, avec un soleil de plomb, fait monter les températures jusqu’à 40°C, voir même jusqu’à 48°C dans certaines régions. L’eau commence à manquer lorsqu’en juin arrive la saison des pluies qui dure jusqu’en septembre, c’est la période des semis. C’est la périodes dite de “ soudure ”, les récoltes précédentes s’épuisent et les prochaines sont encore loin. Les moyennes mensuelles des températures dépassent rarement 35°C .

1.2 La population burkinabée

Concernant sa démographie, ce pays africain a subi une évolution intense : dans les années 60 on comptait moins de 5 millions d’habitants, alors qu’aujourd’hui la population s’élève à 13 millions . Cette population burkinabée est composée de 65 ethnies différenciées par leurs langues, leurs traditions et coutumes. Les Mossis sont l’ethnie majoritaire (49%), les Peuls, les Gourmahtchés, les Bobos, les Bissas, les Samos et les Gourounis forment à chacun 6-7% de la population suivent avec 3-4% les Lobis, les Bwabas, les Sénafos, les Dioulas et les Markas . La langue officielle est le français, bien que chaque ethnie ait sa propre langue. Le dioula (langue venant du Mali voisin), le foulfouldé (des Peuls) et le mooré (des Mossis) ont le statut de langue nationale. Il y a trois religions présentes, le christianisme, l’islam et l’animisme . Mais il faut relever que quelque soit la religion pratiquée, l’animisme reste très présent et respecté. A propos de sa population, il faut relever qu’elle est très jeune ; en effet 47,5% de la population ont moins de 15 ans, 49,59% ont entre 15 et 64 ans et seulement 2,91% ont plus de 64 ans. Par ces chiffres on remarque que l’espérance de vie est basse, elle est de 46 ans pour les hommes et d’un an de plus pour les femmes. Par contre, le taux de fécondité par femme est très élevé: 6,3 enfants (en Suisse, il est de 1,3) ainsi que le taux de mortalité infantile qui est de 106,92%o .

1.3 L’économie

Le Burkina est l’un des pays les plus pauvres du monde, cela s’explique par sa croissance démographique et par l’aridité des sols. L’agriculture occupe près de 80% de la population active. Il s’agit de l’élevage, mais principalement de la culture du maïs, du sorgho, du mil, des arachides, du riz et du coton. Il faut relever qu’environ 3 millions de burkinabés ont émigré en Côte d’Ivoire pour travailler dans les plantations. L’aide internationale participe également pour une grande partie à l’économie du pays. Il convient par ailleurs de citer quelques productions minières minimes tels que le cuivre, le fer et l’or.

1.4 Le statut de la femme

La situation de la femme burkinabée n’est guère enviable. La culture africaine pose comme principe indiscutable la domination masculine. Dès leur plus jeune âge, les garçons apprennent le réflexe de domination patriarcale, tandis que les filles celui de soumission. L’irrespect dont elles sont victimes au sein de la communauté est révélateur. Il n’y a qu’à observer un instant le rapport entre genres ; les femmes sont au service des hommes, par exemple en leur servant leur repas, les hommes exigent qu’elles baissent le regard. Les femmes sont considérées comme des biens, ayant comme fonction de s’occuper de l’ensemble des tâches domestiques. Un homme ne s’abaissera jamais à une activité féminine, telle que préparer le repas ou chercher l’eau. La femme est de plus dépendante économiquement, ce qui la rend vulnérable. Dans la majorité des familles, lors d’une prise de décision, l’homme sera le seul à décider, même si cela concerne uniquement son/ses épouse/s. Le patriarche a tous les droits. Prenons un exemple basique, lorsqu’un enfant naît, le prénom attribué ne découlera pas d’un accord entre les parents, mais uniquement de la volonté du père. Pour bénéficier de tous les avantages, l’homme se réfugie hypocritement derrière le voile de la tradition.

1.5 Les disparités homme-femme

Au niveau de l’éducation, il y a de grandes disparités entre les hommes et les femmes ce qui se répercute sur toute la dynamique de cette nation. Les taux d’alphabétisation le montrent clairement :

Concernant les adultes en 2000, celui des hommes est de 34% tandis qu’il est seulement de 14% pour les femmes.

Concernant les plus jeunes entre 1996 et 2003, au niveau primaire le taux d’alphabétisation pour les garçons est de 32% et pour les filles 22% et au niveau secondaire il est pour les garçons à 12% et 8% pour les filles . Comme tous les enfants d’une même famille ne peuvent aller à l’école pour des raisons budgétaires, les familles privilégient la scolarisation de leurs fils et non de leurs filles, la principale raison est que l’on considère les filles plus utiles pour aider aux tâches domestiques dans la famille. De plus il faut relever que les filles se marient et ont des enfants très jeunes, ce qui ne facilite pas la poursuite d’études….

Gymnase cantonal du Bugnon, Lausanne Novembre 2005 Nina Morena de Souza – Travail de maturité dirigé par Mme Hurlimann

 

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