Roman policier 298 pages

Editeur : Editions La Citadelle editionslacitadelle at gmail.com

Contact auteur : alozano956 a gmail.com

ISBN-10: 2981410628

ISBN-13: 978-2981410627

Présentation de l’ouvrage

Antonio Lozano avait publié ce roman espagnol en 2006. Il n’avait pas pu être édité en français alors que pourtant, il avait été traduit dans cette langue. Nous avions pu lire cette traduction et avions donc publié un premier compte rendu de cet ouvrage (A voir cette adresse). Vous y trouverez aussi une interview de l’auteur.

En voici un extrait : « Dans son roman, Antonio Lozano aborde trois lignes narratives. Il entreprend tout d’abord le parcours humain et politique de Sankara et explique les circonstances dans lesquelles il a trouvé la mort le 15 octobre 1987. Il y trace ensuite le trajet des relations franco -africaines, de la Conférence de Brazzaville à nos jours. Finalement, il raconte comment Emmanuel Durant, journaliste français à qui Sankara allait dévoiler, le jour même de sa mort, les détails d’un complot extérieur, entreprend des recherches pour découvrir ce que le Président n’a finalement pu lui faire savoir. »

Il se trouve que depuis qu’il a écrit ce roman, plusieurs témoignages ont été recueillis particulier, notamment de compagnons de Charles Taylor affirmant avoir été sur les lieux. Antonio Lozano a donc réécrit dans cette version en française, qui reste une fiction, une nouvelle version de l’assassinat de Thomas Sankara.

Présentation officielle, 4eme de couverture

Le roman L’affaire Sankara est construit à partir de faits réels. Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara, président du Burkina Faso, est abattu par Blaise Compaoré, compagnon d’armes et ami, qui prit immédiatement sa succession à la présidence du pays. Ceci était l’aboutissement de l’étape révolutionnaire que tous les deux avaient mise en marche quatre ans auparavant. Un épisode unique sur le continent africain, qui éveilla de nombreuses adhésions parmi la jeunesse et de multiples craintes dans les pays voisins et dans la République Française. Avec cette œuvre brûlante, Antonio Lozano donne un nouvel éclairage sur la réalité qui est toujours d’une actualité frissonnante et nous offre un vibrant thriller politique, digne de la meilleure tradition du genre. Qui avait donné l’ordre à Compaoré de tirer sur Sankara ? Le journaliste français Emmanuel Durand avait interviewé le président juste avant sa mort. Son admiration pour cet homme, idéaliste, impertinent et charismatique, le conduit à entamer des recherches sur les trames secrètes qui font la politique en Afrique et à découvrir les souterrains dans lesquels se forgent les véritables relations entre les pays africains et les anciens colonisateurs. Une œuvre indispensable pour tous ceux qui aiment ce genre et qui met à nu la cruelle réalité de l’Afrique d’hier et d’aujourd’hui.

Présentation de l’auteur

Antonio Lozano est né à Tánger en 1956. Il suit ses études à l’École Normale de Grenade et travaille dans les écoles espagnoles d’Oujda et de Nador. Il s’installe en 1984 à Agüimes (Iles Canaries) et en 1987 il s’intègre à la municipalité comme élu, en tant que conseiller municipal pour la culture et le développement local. C’est sous cette responsabilité qu’il met en place le Festival del Sur-Encuentro Teatral Tres Continentes el le Festival Internacional de Narración Oral “Cuenta con Agüimes”, qu’il dirige toujours actuellement.

Il obtient sa licence de Traduction-Interprétation à l’Université de Las Palmas. Il quitte la municipalité en 2003 et occupe son poste de professeur de français au lycée d’Agüimes. Il est l’auteur de Harraga (Zoela, 2002) –prix Novelpol au meilleur roman policier publié en Espagne en 2002 et Mention Spéciale du jury du Mémorial Silverio Cañada au meilleur premier roman policier-, et de Donde mueren los ríos (Zoela, 2003), finaliste du prix Brigada 21. Son troisième roman, Preludio para una muerte , a été publié par Ediciones b en 2006. En mai de cette même année il reçoit le Prix International de Roman Policier Ciudad de Carmona pour son roman El caso Sankara . Il a obtenu le prix Benito Pérez Armas pour son roman Las cenizas de Bagdad , publié par Almuzara en 2009. Son dernier roman, La sombra del minotauro , est paru en juillet 2011. La maison d’éditions Almuzara a réédité Donde mueren los ríos en 2007.

Il a traduit à l’espagnol Kaidara, de Amadou Hampaté Bâ, Le faucon des mers, Cousine K, de Yasmina Khadra et Du malheur d’être arabe, de Samir Kassir.
En 2008 Harraga, traduit en français, a remporté le Prix Marseillais du Polar. Le roman est également traduit à l’allemand et au catalan. Donde mueren los ríos a été traduit à l’allemand et au français.

Nos commentaires

L’assassinat de Thomas Sankara, n’étant pas du tout élucidé, aucune enquête n’a encore été lancée et le pouvoir burkinabè fait tout pour qu’on ne sache pas ce qui s’est passé, un roman policier est une bienvenue. Nous avons déjà évoqué ici le livre de Jean Billeter « Les anciens dieux blancs de la brousse » voir à http://thomassankara.net/?p=1189, montrant que Thomas Sankara pouvait inspirer la littérature. Et pour cause, amitié trahie, complot, etc.. de quoi construire des histoires fortes et haletantes. C’est à quoi s’est attelé Antonio Lozano avec succès.

Bien sur ce livre est une fiction et son héros Emmanuel Durant une création littéraire. Pour autant Antonio Lozano, connait bien cette révolution et ce qu’il en dit est le fruit d’un important travail d’enquête, sur le pays, mais sur la personnalité de Thomas Sankara aussi.

Quant au récit de son assassinat et de sa préparation, du complot, il est certes le fruit d’une reconstruction, mais à partir de ce que l’on sait, des récits qui ont été faits jusqu’ici par le seul témoin vivant (voir à cette adresse ), mais aussi des différents témoignages recueillis, notamment des compagnons de Charles Taylor qui ont affirmé avoir été présents sur place (voir à cette adresse).

Le métier d’Antonio Lozano, en fait aussi un roman palpitant qui devrait ravir tout autant lecteurs assidus des romans policiers, que tous les admirateurs de Thomas Sankara, à l’affut de la moindre nouveauté paraissant permettant de calmer temporairement leur soif de tout ce qui peut leur en apprendre un peu plus.

Bruno Jaffré

Tables des matières

1. Ouagadougou, 15 octobre 1987. 15
2. Un autre gin, ami Albert. 26
3. Problèmes pour le gouverneur. 39
4. Liberté pour Sankara. 45
5. Une promenade au marché. 57
6. Le Général à Brazzaville. 79
7. “Aujourd’hui, 4 août 1983…”. 91
8. Treize tombes à Dagnoen.. 99
9. Le roi peut attendre. 121
10. “C’est moi ton peuple”. 136
11. Treize chemises et un Caterpillar. 150
12. Un beau prénom français. 179
13. Une femme incroyable. 188
14. Le voyage d’Albert. 205
15. La colère du Vieux. 234
16. Le jour des kalash.. 242
17. Bienvenu au pays de la Grande Vérité. 248
Épilogue…. 289

Extraits

OUAGADOUGOU, 15 OCTOBRE 1987

À six heures du matin, le président Thomas Sankara se réveilla en sursaut. L’oreiller trempé de sueur trahissait une nuit secouée, un sommeil agité par ces mêmes pensées qui l’avaient maintenu éveillé jusqu’à l’aube.

Mariam s’était déjà levée. Thomas savait que pour elle la nuit n’avait pas été paisible non plus. Les rumeurs sur l’affrontement entre Blaise Compaoré et lui circulaient dans les rues de Ouagadougou. Quelques semaines auparavant, elle avait été profondément émue par la lettre d’une amie dans laquelle elle lui faisait savoir avec certitude que les intentions du ministre de la justice étaient de supprimer tous les obstacles qui se dressaient sur la route qui menait à la présidence du Burkina Faso. Dès lors, elle vivait dans la crainte du moment fatidique. Les efforts qu’elle faisait pour se calmer, pour croire que les choses s’arrangeraient, qu’elle n’avait rien à craindre, que Blaise ne ferait jamais cela, étaient inutiles.

Thomas écarta la moustiquaire et s’assit sur le bord du lit. Auguste et Philippe devaient être déjà debout, se préparant pour aller au collège, étrangers aux soucis qui le maintenaient en éveil. Il décida de prendre son petit-déjeuner avec eux, il voulait leur parler, les aider à se préparer au rôle ingrat d’être les enfants du président. Ses responsabilités l’occupaient du lever au coucher du soleil, elles ne lui laissaient que peu de temps pour se consacrer à eux. Dans son for intérieur, il était en proie à une agitation qu’il essayait d’assumer comme s’il s’agissait d’un sacrifice offert par sa famille pour le rêve d’un nouveau Faso.

Il enfila son boubou et, comme tous les matins, il arpenta les dépendances de l’édifice présidentiel pour saluer les fonctionnaires, les employés, les cuisiniers et leur annoncer, en leur rendant visite, que rien ne lui échappait dans les affaires domestiques, malgré tous les soucis que lui occasionnaient les affaires d’État. Une fois dans la cour, il reçut, avec son habituelle satisfaction, le souffle des matins de son pays, quand le vent n’est pas encore brûlant et qu’il arrive chargé d’odeurs de mangue et de terre apportant les rumeurs d’une ville qui vient de s’éveiller.

Blaise Compaoré. Il se souvenait encore très bien des mois qu’ils avaient vécus ensemble à l’École des Parachutistes de Rabat, des longues conversations à la caserne et dans les bistrots de la ville où ils envisageaient conjointement de faire sortir leur peuple du chemin que la France avait tracé pour lui sur la carte de l’Afrique Occidentale. En parlant des temps nouveaux, leurs discussions se remplissaient de mots inconnus pour leur pays : liberté, indépendance, bien-être, dignité. Ils n’avaient pas encore trente ans et ils avaient déjà décidé que l’histoire de la Haute Volta ne s’écrirait pas sans leur concours.

Non. Blaise ne le trahirait pas. Ensemble, ils avaient fait la révolution ; ensemble, ils resteraient jusqu’à la fin. C’était son compagnon d’armes, son camarade révolutionnaire. Son frère.

Durant des années, ils avaient partagé la même table. Mariam lui avait servi le to tous les jours, le kédjénou dans les grandes occasions. Auguste et Philippe avaient mangé assis sur ses genoux. Main dans la main, ils s’étaient promenés avec lui dans les rues de Ouagadougou. Chez ses parents, il était un enfant de plus et l’amitié qui les unissait était devenue une légende pour le peuple burkinabè.

Il est vrai qu’ils ne s’entendaient plus très bien entre eux. Depuis que Blaise s’était marié, deux ans auparavant, ses visites à la famille s’étaient espacées puis s’étaient interrompues.

Dernièrement, beaucoup de personnes le prévenaient contre sa conspiration, le mettant en garde : “c’est un ambitieux”, “il veut ta place”, “il veut ta peau”.

Mais il restait son ami, son meilleur ami. Et lorsque ces personnes insistaient pour qu’il prenne les devants, il répétait la phrase de Robespierre : “Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner. Il n’est pas encore arrivé le temps où les hommes de bien pourront servir impunément la patrie. Tant que les hordes de bandits domineront, les défenseurs de la liberté ne seront que des proscrits.”

Non, jamais je ne lèverai mon petit doigt contre lui”, murmura-t-il pendant qu’il abandonnait dans la cour l’ombre du gigantesque flamboyant qui se dressait au centre. “Si je le fais, tout ce que nous avons construit ensemble s’effondrera et notre peuple sombrera de nouveau dans l’obscurantisme. Nous continuerons de parler, nous trouverons bien une solution à tout cela parce que nous sommes deux frères”.

* * *

Le capitaine Sankara n’avait jamais consenti que le personnel de la résidence présidentielle privilégie les siens. Seule Ernestine, qui travaillait déjà pour lui quand il était célibataire et qui demeura chez eux comme un membre de plus de la famille, était autorisée à s’occuper de la maison et des enfants. Dès le premier jour de son arrivée au pouvoir, il avait décidé que leur vie ne devrait guère changer pour eux. Il supprima de la résidence tout ornement qui pourrait laisser entendre qu’ils étaient différents de ce qu’ils avaient toujours été : les membres les plus jeunes d’une famille simple, austère, honnête….

Antonio Lozano

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