Semaine d’actions contre la dette et les Institutions financières internationales

Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara, dirigeant révolutionnaire alors à la tête du Burkina Faso suite au coup d’État populaire du 4 août 1983, est assassiné. Exactement trente ans plus tard, le CADTM tient à commémorer celui qui représentait un espoir d’émancipation pour les peuples voltaïque et africains.

« Oser inventer l’avenir »

Au virage des années 1980, le Burkina Faso et le Tiers-monde subissent de plein de fouet la crise de la dette. Il faut donc sortir de toutes relations de dépendances auprès des créanciers, qu’ils soient multilatéraux (FMI, Banque mondiale), privés ou bilatéraux, raison pour laquelle le pays ne connaîtra son premier plan d’ajustement structurel (PAS) et ses effets désastreux qu’après l’assassinat de Sankara et l’arrivée au pouvoir de Blaise Compaoré.

Autosuffisance alimentaire, campagnes de vaccination et d’alphabétisation, préservation de l’environnement, émancipation des femmes burkinabè, mise en place de tribunaux populaires de la révolution, construction du chemin de fer, réduction du train de vie des dirigeants et des hauts fonctionnaires sont autant de combats menés avec succès par le gouvernement Sankariste. Plus qu’une politique nationale, les luttes sociales engagées visent très clairement à s’opposer à l’ensemble des forces impérialistes et systèmes de domination en place à l’intérieur et à l’extérieur du pays. « La lutte contre la désertification est [qualifiée de] combat anti-impérialiste », les femmes doivent se défaire de la double domination impérialisme-patriarcat, le peuple entier doit se défaire des forces réactionnaires présentes au sein de l’ensemble des couches sociales, l’autosuffisance alimentaire vise, elle, à s’extirper de l’aide internationale, etc. La politique qui sera menée – dans une certaine mesure de concert avec la population burkinabè – est donc à la fois anti-impérialiste, anticolonialiste et contre le néocolonialisme, panafricaniste et internationaliste.

Regardez dans vos assiettes. Quand vous mangez les grains de mil, de maïs et de riz importés, c’est ça l’impérialisme. N’allez pas plus loin.

Pour autant, si les réalisations du gouvernement Sankariste en à peine quatre années sont immenses, il convient de garder une nécessaire distance critique. Les CDR (Comités de Défense de la Révolution), joueront par exemple un rôle majeur dans la neutralisation des appareils syndicaux pourtant indispensables à tout processus qui se considère démocratique.

« Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence ! »

Le discours de Thomas Sankara du 29 juillet 1987 appelait à constituer un front uni des États africains contre le remboursement de la dette et se suffit presque à lui-même pour comprendre l’étendue de la situation, tant il est riche, percutant et toujours d’actualité : « La question de la dette est une question [qu‘on ne peut] occulter […] et dont les origines remontent aux origines du colonialisme […], elle est une reconquête savamment organisée de l’Afrique. […] Faisant en sorte que [l’ensemble des États africains] devienne l’esclave financier, c’est-à-dire l’esclave tout court, de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie d’[y] placer des fonds avec l’obligation de rembourser » |1|.

30 ans plus tard, le Burkina Faso accuse d’un recul important dans nombre des secteurs susmentionnés. En cause, l’impact dévastateur des plans d’ajustement structurel imposés par le FMI – y compris après l’insurrection populaire d’Octobre 2014 et l’alternance politique – imposant une baisse des dépenses sociales corrélée à une hausse du remboursent des créances d’une prétendue dette extérieure, pourtant illégitime. Alors que 37 États ont « signé des accords » avec le FMI depuis 2012, dont 21 États africains, le CADTM s’insurge de ce retour à l’ajustement structurel et appelle conjointement les populations à faire pression sur leurs gouvernements et ces derniers à ne pas réitérer les erreurs passées.

A quoi cette dette a-t-elle servi ? A quoi sert-elle encore aujourd’hui ? De Mobutu à Idriss Déby et Alassane Ouattara en passant par le génocide des tutsis au Rwanda, financement de régimes corrompus et/ou dictatoriaux ; construction d’éléphants blancs dont on attend toujours les bienfaits à l’image du barrage Inga I-II-III en RDC ; soumission des États aux diktats des différents créanciers via l’exportation de cultures de rentes et l’exploitation des ressources naturelles et humaines. Trois décennies plus tard, si les visages ont changé, les acteurs et les mécanismes de domination restent eux identiques ou presque |2|.

5 octobre 1987, Thomas Sankara, dirigeant révolutionnaire alors à la tête du Burkina Faso suite au coup d’État populaire du 4 août 1983, est assassiné. Exactement trente ans plus tard, le CADTM tient à commémorer celui qui représentait un espoir d’émancipation pour les peuples voltaïque et africains.

« Oser inventer l’avenir »

Au virage des années 1980, le Burkina Faso et le Tiers-monde subissent de plein de fouet la crise de la dette. Il faut donc sortir de toutes relations de dépendances auprès des créanciers, qu’ils soient multilatéraux (FMI, Banque mondiale), privés ou bilatéraux, raison pour laquelle le pays ne connaîtra son premier plan d’ajustement structurel (PAS) et ses effets désastreux qu’après l’assassinat de Sankara et l’arrivée au pouvoir de Blaise Compaoré.

Autosuffisance alimentaire, campagnes de vaccination et d’alphabétisation, préservation de l’environnement, émancipation des femmes burkinabè, mise en place de tribunaux populaires de la révolution, construction du chemin de fer, réduction du train de vie des dirigeants et des hauts fonctionnaires sont autant de combats menés avec succès par le gouvernement Sankariste. Plus qu’une politique nationale, les luttes sociales engagées visent très clairement à s’opposer à l’ensemble des forces impérialistes et systèmes de domination en place à l’intérieur et à l’extérieur du pays. « La lutte contre la désertification est [qualifiée de] combat anti-impérialiste », les femmes doivent se défaire de la double domination impérialisme-patriarcat, le peuple entier doit se défaire des forces réactionnaires présentes au sein de l’ensemble des couches sociales, l’autosuffisance alimentaire vise, elle, à s’extirper de l’aide internationale, etc. La politique qui sera menée – dans une certaine mesure de concert avec la population burkinabè – est donc à la fois anti-impérialiste, anticolonialiste et contre le néocolonialisme, panafricaniste et internationaliste.

Regardez dans vos assiettes. Quand vous mangez les grains de mil, de maïs et de riz importés, c’est ça l’impérialisme. N’allez pas plus loin.

Pour autant, si les réalisations du gouvernement Sankariste en à peine quatre années sont immenses, il convient de garder une nécessaire distance critique. Les CDR (Comités de Défense de la Révolution), joueront par exemple un rôle majeur dans la neutralisation des appareils syndicaux pourtant indispensables à tout processus qui se considère démocratique.

« Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence ! »

Le discours de Thomas Sankara du 29 juillet 1987 appelait à constituer un front uni des États africains contre le remboursement de la dette et se suffit presque à lui-même pour comprendre l’étendue de la situation, tant il est riche, percutant et toujours d’actualité : « La question de la dette est une question [qu‘on ne peut] occulter […] et dont les origines remontent aux origines du colonialisme […], elle est une reconquête savamment organisée de l’Afrique. […] Faisant en sorte que [l’ensemble des États africains] devienne l’esclave financier, c’est-à-dire l’esclave tout court, de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie d’[y] placer des fonds avec l’obligation de rembourser » |1|.

30 ans plus tard, le Burkina Faso accuse d’un recul important dans nombre des secteurs susmentionnés. En cause, l’impact dévastateur des plans d’ajustement structurel imposés par le FMI – y compris après l’insurrection populaire d’Octobre 2014 et l’alternance politique – imposant une baisse des dépenses sociales corrélée à une hausse du remboursent des créances d’une prétendue dette extérieure, pourtant illégitime. Alors que 37 États ont « signé des accords » avec le FMI depuis 2012, dont 21 États africains, le CADTM s’insurge de ce retour à l’ajustement structurel et appelle conjointement les populations à faire pression sur leurs gouvernements et ces derniers à ne pas réitérer les erreurs passées.

A quoi cette dette a-t-elle servi ? A quoi sert-elle encore aujourd’hui ? De Mobutu à Idriss Déby et Alassane Ouattara en passant par le génocide des tutsis au Rwanda, financement de régimes corrompus et/ou dictatoriaux ; construction d’éléphants blancs dont on attend toujours les bienfaits à l’image du barrage Inga I-II-III en RDC ; soumission des États aux diktats des différents créanciers via l’exportation de cultures de rentes et l’exploitation des ressources naturelles et humaines. Trois décennies plus tard, si les visages ont changé, les acteurs et les mécanismes de domination restent eux identiques ou presque |2|.

La création d’un front uni contre le remboursement de la dette est la pire crainte des créanciers.

Pour avoir un rapport de force suffisant face aux créanciers – FMI, Banque mondiale, Club de Paris et Club de Londres –, deux ans après l’appel lancé par Castro en 1985, Sankara en appelait à constituer un « front uni d’Addis-Abeba contre la dette ». L’émergence d’un tel front n’aurait-elle pas favorisé l’annulation de la dite dette ? Brandir l’arme d’un front uni de pays contre le remboursement des dettes illégitimes est pourtant la plus grande crainte des créanciers. Une telle initiative, combinée à d’autres alternatives radicales visant à garantir la satisfaction des droits humains, contribuerait à renverser le cours de l’histoire.

À l’occasion de ce 30e anniversaire, le CADTM :

  • dénonce la perpétuation de ce système-dette, outil de domination politique et de transfert de richesses de la majorité de la population vers sa partie la plus riche ;
  • rappelle à ces mêmes institutions leur obligation de respecter et promouvoir les droits humains fondamentaux ;
  • dénonce tous les accords qui entravent la souveraineté des peuples et perpétuent les mécanismes de dépendance et exige leur abrogation ;
  • appelle les peuples à se mobiliser contre les politiques d’ajustement structurel et néolibérales, quelles que soient leurs nouvelles dénominations ;
  • appelle à la constitution d’un front uni de pays pour le non-paiement des dettes illégitimes ;
  • exige auprès du gouvernement français la levée du secret-défense sur l’assassinat de Thomas Sankara |3| quelques mois après son appel à la constitution du front uni contre le paiement de la « dette ».
Notes

|1| Thomas Sankara, discours du 29 juillet 87 lors de l’OUA à Addis Abeba. http://www.cadtm.org/Un-front-uni-contre-la-dette

|2| Anouk Renaud et Nicolas Sersiron, « Qui est responsable du sous-développement de l’Afrique : les femmes africaines ou le G20 ? », CADTM, 14 juillet 2017.

|3| Voir « Justice pour Thomas Sankara, justice pour l’Afrique »

Pour avoir un rapport de force suffisant face aux créanciers – FMI, Banque mondiale, Club de Paris et Club de Londres –, deux ans après l’appel lancé par Castro en 1985, Sankara en appelait à constituer un « front uni d’Addis-Abeba contre la dette ». L’émergence d’un tel front n’aurait-elle pas favorisé l’annulation de la dite dette ? Brandir l’arme d’un front uni de pays contre le remboursement des dettes illégitimes est pourtant la plus grande crainte des créanciers. Une telle initiative, combinée à d’autres alternatives radicales visant à garantir la satisfaction des droits humains, contribuerait à renverser le cours de l’histoire.

À l’occasion de ce 30e anniversaire, le CADTM :

  •  dénonce la perpétuation de ce système-dette, outil de domination politique et de transfert de richesses de la majorité de la population vers sa partie la plus riche ;
  • appelle à ces mêmes institutions leur obligation de respecter et promouvoir les droits humains fondamentaux ;
  •  dénonce tous les accords qui entravent la souveraineté des peuples et perpétuent les mécanismes de dépendance et exige leur abrogation ;
  • appelle les peuples à se mobiliser contre les politiques d’ajustement structurel et néolibérales, quelles que soient leurs nouvelles dénominations ;
  •  appelle à la constitution d’un front uni de pays pour le non-paiement des dettes illégitimes ;
  • exige auprès du gouvernement français la levée du secret-défense sur l’assassinat de Thomas Sankara |3| quelques mois après son appel à la constitution du front uni contre le paiement de la « dette ».
Notes

|1| Thomas Sankara, discours du 29 juillet 87 lors de l’OUA à Addis Abeba. http://www.cadtm.org/Un-front-uni-contre-la-dette

|2| Anouk Renaud et Nicolas Sersiron, « Qui est responsable du sous-développement de l’Afrique : les femmes africaines ou le G20 ? », CADTM, 14 juillet 2017.

|3| Voir « Justice pour Thomas Sankara, justice pour l’Afrique »

LAISSER UN COMMENTAIRE

Saisissez votre commentaire svp!
SVP saisissez votre nom ici

20 + 11 =