publié le vendredi 24 octobre 2014 sur http://www.lefaso.net

Quel avenir pour le sankarisme ? Quelle voie pour parvenir à l’unité sacrée des disciples du président Thomas Sankara assassiné le 15 octobre 1987 ? Quel rôle jouent les sankaristes dans la crise actuelle que vit le Burkina Faso. A ces questions, Me Bénéwendé Stanislas Sankara, président de l’Union pour la renaissance/Parti sankariste (UNIR/PS) et tout nouvellement porté à la tête du Front progressiste sankariste qui regroupe trois partis de l’opposition, répond sans ambages. C’était le jeudi 16 octobre dernier, soit au lendemain du 15 octobre, date anniversaire de la disparition du président Thomas Sankara. Me Bénéwendé Sankara revient également sur le dialogue initié par le chef de l’Etat, Blaise Compaoré, dont l’échec cuisant a conduit le gouvernement à soumettre au vote de l’Assemblée nationale un projet de loi appelant au referendum. Lisez !

Lefaso.net : Vous avez commémoré le 15 octobre dernier, le 27e anniversaire de la disparition du président Thomas Sankara. Comment vous sentez-vous après avoir sacrifié à ce rituel ?

Me Bénéwendé Stanislas Sankara : C’est une question à laquelle je n’avais jamais pensé. Parce que pour moi, les jours sont pareils. Quand je me lève un 15 ou un 1er octobre ou encore un 30 octobre, je sens le vide autour de moi. Parce que, pour dire vrai, la mort du président Thomas Sankara a beaucoup impacté sur ma propre vie.

De quelle manière ?

En 1987, j’étais en études et je suis rentré pour les vacances. Et les évènements du 15 octobre m’ont trouvé ici. Je pense que je fais partie de ceux qui se demandent toujours pourquoi on a tué Sankara. Qu’est-ce qu’on doit faire ? ou qu’est-ce qu’on peut faire ? Lorsqu’on commémore l’assassinat d’un homme illustre qui est aujourd’hui une icône comme le président Sankara, immédiatement, vous avez l’impression que le vide est toujours là. Aussi qu’un devoir quelque part vous appelle à suivre son exemple, à poursuivre son combat et à aller jusqu’au bout.

Pour cela, nous avons, au cours de la commémoration, pensé à ce que l’homme a fait il y a 27 ans de cela. Ses actes sont ineffaçables dans les mémoires. Nous regardons désormais l’avenir avec beaucoup d’optimisme car nous sommes de ceux-là qui pensent qu’on peut et qu’on doit faire comme lui. L’homme a été optimiste pour son pays, il n’est pas là mais nous sommes.

Si ce n’est pas un secret, qu’avez-vous dit au Président Thomas Sankara lors de votre recueillement ?

Je lui ai dit d’écouter nos prières.

Lesquelles ?

J’en arrive. Puisque vous cherchez à savoir ce que j’ai pu lui dans le secret de mon recueillement. Je le fais en toute sincérité. Quand vous avez l’occasion d’aller sur la tombe de quelqu’un comme Thomas Sankara, vous verrez que les âmes très sensibles versent tout de suite des larmes. On le voit à chaque 15 octobre. Certaines personnes se couchent même sur sa tombe. Cela est aussi un recueillement. Il en existe plusieurs types. Au-delà de se poser des questions du genre le « Pourquoi des choses ? », il faut surtout se demander qu’est-ce qu’on fait afin qu’il mérite le repos éternel ? Ce sont ces questions qui me préoccupent.

Lorsque je me recueille sur la tombe du président Thomas Sankara, je passe en revue ma vie. Je revois ma vie d’étudiant où j’étais militant CDR, notre engagement de l’époque. Et lorsque je vois comment la jeunesse se comporte aujourd’hui, je dis simplement au président Thomas Sankara de nous donner suffisamment de persévérance. Car comme lui-même le disait : « là où s’abat le découragement s’élève la victoire des persévérants ». Nous lui demandons de nous donner la tonicité qu’il a eue pour mener ce combat parce que c’est un métier ingrat.

Même au prix de votre vie ?

Bien sûr. Un révolutionnaire ne s’engage pas à moitié. Et même s’il le faut, il meurt les armes à la main.

le thème de la commémoration de cette année est : « L’idéal sankariste : une conception endogène de développement ». Qu’est-ce qui a présidé au choix de ce thème ?

Le thème s’inscrit en droite ligne du Projet de Sankariste que nous défendons. Nous l’avons toujours expliqué dans nos visions et dans notre programme politique. Quand vous lisez le Programme alternatif sankariste, nous prônons, en tant que parti socialiste d’obédience sankariste, le développement endogène participatif. Ce n’est pas seulement le président Thomas Sankara qui parle de développement endogène aujourd’hui. Il y a beaucoup d’idéologues, d’hommes politiques qui parlent de ce qu’il faut à l’Afrique, de ce modèle de développement.

En tant que sankaristes, nous sommes d’idéologie de gauche. Pour cela, nous nous démarquons de la gestion actuelle du pouvoir qui repose beaucoup plus sur une doctrine libérale. Même si le DCP aujourd’hui se dit de la Social-démocratie, force est de reconnaitre que, dans la pratique, ce n’est pas le cas.

En 4 ans de pouvoir, le président Thomas Sankara a apporté une touche particulière de par ses actions politiques. Nous, au sein de notre parti, avons fait une analyse scientifique avec des intellectuels qui ne sont pas forcément des sankaristes. Ils ont reconnu que la politique du président Sankara a donné en 4 ans un bond qualitatif à la vie de tout Burkinabè. Parce qu’il s’est d’abord investi dans les secteurs sociaux de base, dans les structures, sur la qualité de vie des Burkinabè. C’est cela qui peut faire réduire la pauvreté. Alors que pour faire reculer les frontières de la misère, il faut forcément une justice sociale qui prône une répartition équitable des richesses. Et Sankara avait mis l’accent sur les réformes dont notamment la politique agricole et agraire. Pour cela, il avait su trouver des formules simples du genre : « consommons ce que nous produisons ».

Lorsque vous prenez son discours du 4 Aout 1987, il avait tout campé dedans. Quand on nous dit que le sankarisme est un concept creux, je réponds que c’est archifaux. Il appartient maintenant à ses héritiers de savoir puiser tous les éléments nécessaires et suffisants pour une action politique. Voilà pourquoi nous prônons notre idéologie. Quand vous regardez les enfants, les femmes, les jeunes, les hommes, les vieux, tous aspirent à un changement mais dans un sens où il faut apporter des réponses concrètes à ces préoccupations.

Un autre fait majeur de cette commémoration. Elle s’est tenue après la fusion de certains partis sankaristes. On a l’UREFA et le FPS auquel vous êtes membre. Que devient donc l’UNIR/PS ?

Le Front progressiste sankariste dont vous parlez est en réalité une union de trois partis (CNRCMS, FFS et UNIR/PS). Selon la loi, une Union n’implique pas forcément la dissolution des partis. Ils gardent leur autonomie mais relative. C’est-à-dire que les trois partis ont désormais une seule direction politique. Pour le cas du FPS, nous avons un bureau exécutif national de 45 membres que je préside. Mais les partis gardent leur autonomie en attendant l’autre étape qui doit être la fusion.

En procédant ainsi, nous avons voulu jouer sur notre expérience. L’UNIR/PS est une fusion de plusieurs partis. Et par expérience, nous voulons donner du temps à nos militants à la base (NDLR, des trois partis) de se connaitre, de se fédérer avant d’aller à la fusion.

Ce processus prendra combien de temps ?

J’aurais vraiment souhaité que le 11 octobre passé, nous soyons déjà à la fusion au lieu de l’union. Mais on ne décrète jamais une fusion. Il faut lui donner les chances de s’installer. Car nous prônons une union crédible au profit d’une formation politique capable de survivre aux hommes que nous sommes. Tel est mon idéal.

L’objectif voulu est l’unité sacrée des sankaristes. Mais on assiste à l’existence de deux unions. Qu’est-ce qui empêche cette unité ?

Tout dépend des ambitions, des motivations des uns et des autres. Dans cette logique, on peut un jour ne pas avoir un seul parti sankariste. Comme quelqu’un le faisait remarquer au Cimetière des martyrs, Blaise Compaoré ou son petit frère peut créer un parti baptisé sankariste. Parce que la loi ne nous protège pas. Le système est très libéral au Burkina à telle enseigne qu’il est plus facile de créer un parti politique que de créer une association. A cause de cela, on voit des gens qui se disent sankaristes mais qui s’allient avec les assassins présumés du président Thomas Sankara. C’est inadmissible, immoral. Même du point de vue des projets de société que nous défendons, vous ne pouvez pas vous dire sankariste et prôner l’ultra-libéralisme.

Quel pourrait être le sort de ces partis à l’avenir ?

Rien. C’est pour cela que je mets l’accent sur la nécessité de créer une union crédible. Nous ne voulons pas d’une union de façade. Parce que les gens demandent une union, vous courez derrière tout le monde. Vous allez vous détruire de l’intérieur. C’est pour cela que nous ne courons pas derrière l’unité à l’UNIR/PS. Nous pensons qu’elle doit se faire parce que les uns et les autres ont les mêmes rêves, les mêmes objectifs et les mêmes valeurs à défendre. C’est seulement dans ces conditions que vous pourrez créer une union crédible.

La formalisation de l’union est la réalisation d’un engagement que vous aviez pris l’année dernière sur la tombe du président Thomas Sankara. Avez-vous aujourd’hui l’impression d’y être vraiment parvenus ?

La démarche est très lointaine. Elle a souvent été entrecoupée. Par exemple cette année, c’est le FFS et le CNRMS qui ont eu l’idée de relancer les tractations. Nous avons été conviés à un comité d’initiatives.

En 2012, nous nous étions déjà retrouvés autour d’une table avec 4 ou 5 partis sankaristes en vue d’aller aux élections couplées de 2012 ensembles mais nous n’y sommes pas parvenus. L’initiative de cette année a donné le FPS. Ce qui est une très bonne chose. Mais nous disons qu’il ne faut pas forcer l’unité. Trois autres partis qui étaient partie prenante n’ont pas accepté d’adhérer au FPS annoncent par ailleurs leur propre union. Ce qui veut dire qu’il existe deux entités qui pourront se retrouver pour discuter de l’avenir du sankarisme. Il nous sera plus facile d’aller vers les autres partis sankaristes et peut-être un jour nous retrouverons-nous autour d’une même table pour poser la problématique de ce grand parti sankariste dont on parle.

Certains observateurs ne vendent pas chère la peau de votre union estiment qu’elle ne fera pas long feu. Quelles garanties avez-vous que le FPS vivra longtemps ?

Il ne faut même pas vendre notre peau. Elle n’est pas à mettre sur le marché. Nous avons des idées à offrir au peuple burkinabè. Il ne faut pas s’ériger en chasseur et tirer sur l’union parce qu’on veut vendre sa peau. (Rire)

C’est une façon de parler. Mais nous sommes en train d’élaborer une feuille de route et nous avons pris la question de l’unité au sérieux. Comme je l’ai dit dans mon discours à la clôture du congrès des partis sankaristes, l’unité est une exigence collective du peuple burkinabè qui corrobore avec le contexte actuel de lutte que mène le peuple burkinabè. Nous sommes contraints d’aller à l’unité. C’est à ce niveau que nous pourrons distinguer l’ivraie du bon grain. Mais nous avons le devoir de défendre vaillamment toutes les idées du président Thomas Sankara. Lors du Symposium en 2007, nous avions déjà dit qu’il fallait accepter revisiter les pensées du président Thomas Sankara mais avec un regard critique. Personnellement je suis de l’école qui ne s’écarte pas de la théorie léniniste-marxiste. Pour cela, nous voyons les choses sous une vision dialectique. Nous disons de façon pragmatique qu’il y a 27 ans que Sankara n’est pas là. S’il était là aujourd’hui, peut-être dans le sens des mutations que nous connaissons, ses idées aussi pouvaient s’adapter. Les Sankaristes doivent évoluer avec leur temps mais pas en se déformant. Parce que pour nous, le sankarisme doit être un courant avant-gardiste pour aller dans le sens d’un idéal. Pour cela, nous devons travailler à avoir des structures pérennes. Nous devons avoir des partis politiques renforcés un peu partout. Je pense en suite que nous avons découvert que nous avons aujourd’hui les mêmes projets de société. Donc il n’y a plus d’antagonisme dans notre discours. Nous avons aussi réglé la question de la direction politique. Cela était aussi un garde-fou important à mon avis. Maintenant il nous faut des actions concrètes. Cela nous incombe et c’est ce que nous élaborons dans notre feuille de route. La première réunion est annoncée pour le 26 octobre. Au cours de cette rencontre nous allons faire le bilan général et tracer notre feuille de route. Nous allons aussi œuvrer à renforcer nos relations avec les autres partis.

Si toutefois l’UREFA vous invite à son congrès du 25 octobre, répondrez-vous présents ?

Pourquoi pas ? Nous les avons invités à notre congrès et ils étaient au cimetière avec nous. Donc s’ils nous invitent, nous y serons.

Vous avez pris part aux côtés du CFOP au dialogue initié par le président du Faso. Quel sentiment vous a animé lorsque le chef de l’Etat a annoncé la fin du dialogue ?

Le compte-rendu a d’abord été fait par Assimi Kouanda en tant que co-président du cadre de dialogue. Il a ensuite demandé au Chef de file de l’opposition qui était avec lui de confirmer ce qui a été fait. Quelqu’un a tout de suite demandé à connaitre la nature possible des autres formes de dialogue qu’il entend utiliser. Personne n’a pu donner une réponse. Nous sommes restés là pendant une minute à se regarder, à se poser des questions.

C’était comme la minute de silence pour le deuil du dialogue qui avait été amorcé. C’est en ce moment que j’ai revu l’image de Blaise Compaoré, le 25 aout quand il nous recevait. Cela m’a amené à aller lire le livre de Ram Ouédraogo, intitulé « Ma part de vérité ». A la page 71, il décrit l’homme comme un machiavélique pour ne pas dire maniaque. Je me suis dit si c’est lui notre chef d’Etat, tout ce qu’on dit, tout ce qu’on pense de lui de bien ou de mauvais peut-être n’est pas faux. Il est un homme controversé. Je suis resté à me poser des questions. C’était ma première fois d’aller à Kossyam. Je n’avais jamais franchi l’avenue Pascal Zagré. J’ai eu la conviction en lisant la lettre du 23 septembre du chef de l’Etat que cette fois-ci, comme en 1999, il avait dit aux Burkinabè qu’il avait compris, c’était la 2e fois qu’il semblait avoir compris. C’est ce qui m’a effectivement amené à la présidence avec les autres collègues en me disant que l’opposition y va dans le souci de préserver la paix, la cohésion sociale en vue d’une transition démocratique parce que le Chef de l’Etat dit cette fois-ci qu’il est soucieux de toutes ces questions. Mais je me suis rendu compte qu’en réalité, il était un véritable boulanger qui s’apprêtait non seulement à nous rouler dans la farine mais à en faire un pétrin qu’il allait mettre dans un four et nous ressortir comme du pain bien cuit.

Certains restent quand même convaincus que vous avez été roulés…

Ceux qui disent cela n’ont peut-être pas tort mais nous ne sommes pas naïfs. Certains ont parlé de piège. Mais lorsque vous tendez un piège et que la proie ne tombe pas dedans, vous avez deux options : soit vous tombez vous-même dans le piège, soit vous le reprenez.

On raconte que c’est par téléphone que le président du Faso vous a informés de la fin du dialogue. Est-ce vrai ?

Tout à fait. C’est par l’interphone. Cela dénote du mépris qu’il a eu vis-à-vis du Chef de file de l’opposition politique, de sa délégation et de ceux-là qui avaient porté un espoir sur le dialogue pour notre peule. On le voyait venir.

Le 1er jour, nous avons noté dans le communiqué de la présidence que le Chef de l’Etat allait recevoir la majorité et l’opposition mais on a été surpris d’apprendre que juste après l’opposition, il recevait le Front républicain. C’est là que nous avons commencé à nous poser des questions.

Mais comme la bonne foi ne se présume pas, nous avons tout de même poursuivi le dialogue. Dès à la sortie de la première rencontre, j’ai lancé cette formule bien connue au Chef de file : « veni, vidi, vici » ce qui signifie « nous sommes venus, nous avons vu, nous avons vécu ». Nous avons tous pouffé de rire.

Mais pour la majorité, c’est l’opposition qui a fait capoter les négociations…

J’assume l’entière responsabilité de mes propos. Mais Assimi est un menteur. Quand je le vois en train de parler à la télé et quand je cause avec lui, je me demande si en politique, on est vraiment obligé de mentir. Je me pose des questions parce que dans mon école politique, on nous apprend la droiture. Même devant la mort, il faut défendre la vérité.

Mais est-ce qu’il ne joue pas le rôle que son parti lui a confié ?

En jouant ce rôle, il mène tout le Burkina à sa perte. Pour cela, il faut les arrêter à temps parce qu’ils sont en train de nous amener dans le gouffre. Je ne pense pas qu’il faut diriger l’Etat du Burkina Faso dans la démagogie, dans la désinformation et surtout ne pas faire croire à l’opinion que les autres ont dit ci ou ça. Nous sommes mieux placés pour assumer ce que nous avons fait et dit devant le chef de l’Etat. Nous sommes de grandes personnes. Ce n’est pas à lui de venir interpréter nos propos.

Nous avons dès le début demandé au chef de l’Etat, qui a eu l’initiative du dialogue, d’élaborer un canevas. Il a proposé un facilitateur. Nous avons salué cette disposition pour nous rendre compte en 48 h après que c’était le jour et la nuit.

Mais est-ce que l’opposition n’a pas été naïve ?

Ce n’est pas de la naïveté. Je pense que si c’est par la ruse, la duperie, la tromperie et la démagogie qu’il faut gérer le Burkina Faso, c’est qu’effectivement tout le monde est naïf au Burkina Faso. Et le peuple, comme le dit Mussolini, est entubé par des hommes forts qui s’appuient sur le régiment de sécurité présidentielle, l’économie du Burkina Faso pour instaurer leur diktat.

L’Opposition avait dit avant le dialogue que Blaise Compaoré est la cause de la crise que vit le Burkina. Mais pourquoi avoir accepté de négocier avec la majorité tout en laissant le centre du problème ?

Le problème pour nous, c’est Blaise Compaoré. Lorsque nous sommes allés aux négociations initiées par Jean-Baptiste Ouédraogo, nous lui avons fait comprendre ainsi qu’à la délégation du CDP que nous ne sommes pas par principe opposés au dialogue surtout s’il va permettre de trouver une solution à la crise. Nous sommes toujours sur cette position. Mais si c’est pour des compromissions nous ne sommes pas d’accord.

Lors de ces négociations, la majorité n’avait pas le pouvoir pour parler au nom de Blaise Compaoré. Ce qui a provoqué la fin de ces négociations. Mais cette fois, c’est Blaise Compaoré qui a eu l’initiative, et nous nous sommes donc dit qu’il y a eu une avancée. Car s’il a initié le dialogue et nous a demandé de parler avec sa majorité, c’est peut-être parce qu’il va instruire sa majorité de parler en son nom. Parce que la question complexe est l’article 37.

N’était-ce pas une erreur de votre part de n’avoir pas exigé que le Chef de l’Etat notifie clairement que la majorité parle en son nom ?

Quand il a parlé de facilitation et que la majorité a rapidement parlé de modération en proposant Arsène Boegnessan Yé, nous avons estimé que c’était ridicule. Nous ne pouvons pas avoir récusé le CCRP et aujourd’hui accepté celui qui est Ministre d’Etat pour avoir effectivement dirigé ces réformes. Le Chef de l’Etat a promis de réfléchir mais il n’est jamais revenu sur la question.
Deuxièmement, les TDR que nous avons demandés avaient pour objectif que le Chef de l’Etat exprime clairement que le dialogue le concernait. Il faut aussi noter qu’en termes de TDR, le 24 septembre, il a préféré une lettre dite de projets d’ordre du jour où il y a trois questionnements pour les débats. Il s’est dérobé. Si le dialogue n’a pas prospéré, c’est parce que nous étions en train d’écrire le cadrage. Si on s’était entendu sur la question, on allait aller dans le fond des débats. Maintenant lorsque dans le cadrage, nous avons posé des questions pertinentes sur ce qui fait l’objet même du dialogue et que le chef de l’Etat dit qu’il va trouver d’autres formes de dialogue, vous comprendrez qu’il n’en voulait pas. C’est pour cela que nous parlons de mauvaise foi.

En allant à ce dialogue, quelles étaient les concessions que l’opposition était prête à faire ?

Il y a des questions qui, de mon point de vue, ne sont pas négociables. Il s’agit notamment de la révision de l’article 37 de la Constitution en vue de sauter le verrou limitatif des mandats présidentiels. Le sénat n’est pas une question qui nous préoccupait. Le gouvernement a lui-même fait l’expérience de la question. En ce sens qu’il a forcé pour modifier la constitution et l’introduire. Mais il s’est rendu compte qu’il ne pouvait pas le mettre en application. Le chef de l’Etat a, entre temps, demandé un état d’opérationnalisation, mais personne ne sait aujourd’hui où est-ce qu’il en est. Toujours est-il qu’ils sont revenus en catimini à l’Assemblée nationale, modifier les textes et les adapter à l’unique chambre qu’est l’Assemblée nationale qui fonctionne avec les prérogatives du Sénat. C’est ridicule. Et c’est comme les mossi le disent : « vous êtes en train de cuir une tête et sans attendre qu’elle soit bien cuite, vous ajoutez les pattes ».

Vous avez indiqué lors de la commémoration du 15 octobre que les Sankaristes étaient déterminés à « barrer la route à Blaise Compaoré pour la présidentielle de 2015 ». De quels moyens disposez-vous ?

La désobéissance civile. Si d’aventure, il engageait le peuple pour un référendum sur la révision de l’article 37.

Mais en 2011, l’expérience avait mal tourné…

Oui mais nous ne sommes plus en 2011. Nous sommes en 2014. Il y a de nouvelles forces qui émergent. Il n’y avait pas le MPP en 2011. Ce qui signifie que le CDP a, à un moment donné, implosé. Au regard de la lutte que mène le peuple lui-même, on remarque que le pouvoir est de plus en plus fragilisé. En 2011, lorsque nous disions que Blaise Compaoré devait dégager, nous lui avons aussi adressé une lettre ouverte pour lui signifier que c’était lui le problème. Nous avions également dit dans ce courrier que l’article 37 n’était pas négociable. Nous avions aussi dit qu’il devait avoir le courage de faire un message public pour rassurer les populations qu’en 2015, il n’allait plus se présenter. Cela devait nous amener à une transition pacifique et c’est lui qui allait tirer les dividendes.

Je voudrais féliciter lefaso.net pour le travail qui est fait de façon très déontologique. Je constate aussi que votre journal est universel et est lu partout dans le monde. la contribution que vous apportez dans l’information mais surtout la sensibilisation à travers l’opinion plurielle a permis aujourd’hui d’avoir au Burkina, un peuple informé. Alors qu’un peuple informé est un peuple conscientisé et là il sait où il va.

Quand vous regardez toutes les luttes se mènent, il n’y a pas un dirigeant qui peut s’asseoir comme un potentat dicter même à ses bases ses propres caprices. Cela est à mettre à l’actif de la presse. Maintenant il faut regretter que malgré tout cela, on ait à faire une minorité qui croit qu’elle est suffisamment forte pour écraser la majorité. Pour cela, je voudrais utiliser votre tribune pour interpeller les uns et les autres à regarder l’intérêt supérieur de la Nation parce que personne n’est contre la paix. Tout le monde aspire à la paix. Mais on ne peut pas faire la paix sur l’injustice, sur la dictature. On ne peut pas consolider la paix quand les gens ont faim et soif. Il y a aujourd’hui des problèmes d’insécurité à tout bout de champs. On parle d’incivisme. Mais nous avons dit lors de notre dernier congrès que les manifestations sont objectives et subjectives d’une insurrection populaire parce que les conditions sont réunies pour refaire une révolution. Souhaitons seulement que cela soit contenu dans les différents mécanismes et qu’on puisse aboutir en 2015 à une transition apaisée

Propos recueillis par Jacques Théodore Balima

Source : http://www.lefaso.net/spip.php?article61376

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