Les éditions du Millénium, rue 28, 132, Ouagadougou

Récit – témoignage, 94 pages

Septembre 2015, 7500  FCFA


Présentation de l’ouvrage (4ème de couverture)

« On ouvrit la porte de la dernière cellule et l’on m’y enferma.

Une véritable cage d’oiseau. Deux mètres sur deux, telles étaient les dimensions de ma nouvelle cellule. Un espace de quatre mètres carrés, dans lequel on a entassé plus de quinze personnes. Une petite couverture située au niveau du plafond coulé dans le béton constitue la seule bouche d’aération. Dès que la porte se referma sur moi, je fus d’abord frappé par une forte odeur ammoniacale. (…). Tout comme le sol, les murs étaient couvertes d’une forte couche de crasse qui vous indispose aussitôt par leurs pestilentielles émanations.

(…) je combattus énergiquement l’envie de fumer qui me prit. Je ne voulais pas me laisser aller. Je repris en moi toutes les énergies nécessaires afin de m’auto-suggérer l’idée selon laquelle, c’est là, en ces lieux-ci, que j’étais né et où j’avais grandi. C’est là que j’ai toujours vécu, accoutumé à ces odeurs et à cette crasse. Ces délinquants ont toujours fait partie de mon univers.

Fort d’une telle vision des choses, me voici armé pour faire à ma nouvelle condition. »


Présentation de l’auteur (4ème de couverture)

valere-some-3Ancien dirigeant de la FEANF (Fédération des étudiants d’Afrique noire en France), ancien membre du Bureau Politique du CNR, et ministre de l’Enseigne­ment supérieur et de la recherche scientifique dans le gouvernement de Thomas Sankara. Leader de l’ULC(R) sous la Révolution. Dans ces pages il raconte les moments les plus abominables qu’il a passé entre les mains de ses tortionnai­res lors de sa détention dans les geôles du Front « populaire », après l’assassinat du Président Thomas Sankara

Au-delà, des ressentiments que l’on peut éprouver vis-à-vls de ses tortionnaires, le but de l’auteur est de dénoncer ces pratiques dégradantes qui portent atteinte a la dignité humaine, afin qu’elles soient bannies à jamais au pays des hommes intègres.

Notre complément

Valère Somé est une personnalité marquante de l’histoire du Burkina Faso. Ami de Thomas Sankara, bien avant que n’éclate la révolution il a contribué à la préparation de la prise du pouvoir le 4 août 1983. Il a notamment créé, et dirigé l’ULC (Union des luttes communistes), devenue par la suite l’ULCR (Union des luttes reconstruites reconstruites), une organisation se réclamant du marxisme léninisme. Il est resté toujours fidèle à Thomas Sankara, tout en conservant un esprit critique. Il se présente volontiers comme un idéologue. Il a vécu de nombreuses années en exil, dont une partie en France avant de rentrer au Burkina, où il a participé à la vie de différents partis politiques.


Nos commentaires

Lorsqu’on sort d’un tel ouvrage difficile d’écrire une chronique littéraire. Valère Somé raconte ses détentions, les tortures qu’il a subies, la solidarité des camarades, les douleurs, le sadisme des tortionnaires. Il se fait le porte parole d’autres victimes dont il reprend les témoignages avec leur autorisation.

Nous voulons juste inciter à lire ce livre. Il ne faut pas que toutes ces horreurs tombent dans l’oubli. Tout le monde doit savoir, particulièrement au Burkina Faso où les tortionnaires ne semblent pas être inquiétés par la justice. On trouvera à la fin de cette chronique des passages de ces témoignages, qu’ils figurent au moins sur le net.

J’en suis sorti en colère. La torture devrait être pour tout homme normalement constitué, tout pays démocratique, un acte inhumain, insupportable et en aucun cas resté impuni. Le Burkina Faso s’est magnifiquement débarrassé de son dictateur Blaise Compaoré. Mais il reste tant à faire.  Il est loin d’avoir soldé son passé. Les tortionnaires se promènent dans les rues en toute tranquillité. Certains occupent même les plus hautes fonctions de l’Etat. Nous avions déjà dénoncé (voir http://thomassankara.net/mousbila-sankara-mes-tortionnaires-du-rsp-regiment-de-securite-presidentielle-temoignage-video/) le chef de corps du RSP, le régiment de sécurité présidentiel, Boureima Kéré et Gilbert Diendéré. Tous deux sont en prison mais pour la tentative de coup d’État de septembre 2015, pas pour les tortures dont ils sont responsables semble-t-il.

Cet ouvrage porte des accusations graves et précises cette fois contre Jean Pierre Palm, ancien chef de la gendarmerie, nullement inquiété mais aussi contre Salif Diallo qui n’est autre que le président de l’Assemblée nationale! Comment un pays démocratique peut-il laissé perdurer une tel scandale. De deux choses l’une, soit les accusations sont contestées, soit elles sont exactes. Dans les deux cas, une enquête doit être rapidement diligentée, ce qui ne semble pas être le cas. Se retrancher derrière le fait que les victimes n’aient pas porté plainte ne peut constituer une excuse. La torture, dans un pays, ne concerne pas que les victimes, mais le pays tout entier, et ses institutions en particulier. Les victimes ne portent pas plainte pour des raisons qui les regardent. Ce n’est pas une raison pour qu’aucun procédure judiciaire ne soit engagée.

Cet ouvrage témoigne de tortures subies par l’auteur mais aussi par d’autres victimes dont certaines en sont mortes :

  • Valère Somé
  • Firmin Diallo
  • Guillaume Sessouma (décédé sous la torture)
  • Basile Guissou
  • Salvi Charles Somé
  • Mme Saran Sérémé
  • Guy Yogo
  • Rasatou
  • Train Raymond Poda
  • Moumouni Traoré
  • Drissa Touré (torturé pendant la Révolution) à l’initiative de Jean Pierre Palm,  selon Valère Somé
  • Mousbila Sankara est cité dans le livre aussi, comme compagnon de détention. Il a témoigné aussi des tortures subies

L’auteur cite aussi les tortionnaires dont les noms doivent circuler le plus possible sur tous les supports possibles. De tel tortionnaires doivent être indexés, connus et poursuivis. Leurs actes ne doivent pas tombés dans l’oubli. Ils doivent être poursuivis sans tarder :

  • Jean Pierre Palm, ex chef d la gendarmerie puis de la sureté nationale sous la Révolution,
  • le maréchal des logis  Dipama
  • Le gendarme Pierre Dabiré  » il a excellé dans le zèle de nos tortures« 
  • Salif Diallo, ancien chef de cabinet de Blaise Compaoré, plusieurs fois ministres, aujourd’hui dirigeant du parti eu pouvoir et président de l’assemblée nationale depuis les élections qui ont suivi l’insurrection
  • Le livre évoque au moins une douzaine de tortionnaires sans que leurs noms soient cités

Valère Somé ajoute dans une note page 82 : »Nombreuses sont les victimes du capitaine Palm, qui s’ils le voulaient, pourraient témoigner« .


Table des matières

Avant propos                                                                                          1

Une nuit blanche                                                                                      1

Sous l’épreuve de la torture                                                                     5

Le cachot d’isolement                                                                             24

La tentative d’évasion                                                                             30

Et vient la libération                                                                                 45

De nouveau, sous les verrous                                                                  57

Sur le chemin de l’exil                                                                               83


Extraits

  1. tortures subies par Valère Somé et Firmin Diallo pages 8 et 9

« Il me fit agenouiller sur le gravier de granite et muni d’un gros bâton ramassé à tout hasard il m’obligea à me déplacer dans cette posture. Chaque fois que je m’arrêtais, il m’assenait des coups sur les épaules mais surtout sur les tendons des pieds…

Durant quelques instants, il s’activèrent autour de trois tables qu’ils disposèrent côte à côte avec un espacement calculé. Ils vinrent vers nous par la suite et nous ligotèrent les deux mains et les deux pieds avec une corde qui avait du être préalablement bien trempée dans de l’eau. La corde nous pénétrait dans la chair. Puis il passèrent une barre de fer sous nos aisselles après avoir placé nos bras autour des genoux. Ainsi mis en brochette, ils nous suspendirent sur les tables. Il nous laissèrent un moment suspendus, la tête en bas, après nous avoir arrosées à l’eau froide…

Plus les minutes passaient, plus les cordes pénétraient profondément dans notre chair sous la pesanteur de nos propres corps. La douleur était insupportable. Plus nous nous agitions à la recherche d’une bonne posture, plus la corde nous resserrait, telles des menottes autour de nos poignets, nous arrachant des cris aigus.

2. Tortures subies par Saran Sérémé.

Saran Sérémé avait quitté le CDP quelques années avant l’insurrection. C’est elle qui a organisé la manifestation des femmes deux jours avant l’insurrection. Valère affirme, page 65, qu’elle lui a donné l’autorisation de témoigner des tortures qu’elle a subies.

page 66 : Aucune partie de son corps ne fut épargnée. On usa de mégots de cigarettes, de brins  d’allumettes allumées, de la flamme des bougies, pour brûler tous on corps, même ses parties les plus intimes. On usa du poignard commando, et d’un grillage spécial venu, dit-on de Cuba, pour labourer son corps n’épargnant même pas son visage.

Le témoignage continu en citant très précisément, Salif Diallo actuel président de l’Assemblée nationale comme ayant pris part à ces tortures.

3. Témoignage de Guy Yogo pages 68 et 69

Cette fois le récit est entre « , signifiant que l’auteur cite Guy Yogo.

« En me conduisant vers une villa, j’aperçus Saran Sérémé, étendue, totalement nue, visages et membres maculés de sang. Un sergent achevait d’éteindre sa cigarette sur ses seins.

Aussitôt arrivé.. on me déshabilla totalement. Il y avait parmi le groupe de commandos un civil à qui visiblement tous obéissaient. Il fit un signe de tête et un sous-officier qui se faisait appeler « Le Professeur » s’amena vers moi. Il m’ordonna d’ouvrir la bouche et y enfoui le canon de son pistolet. D’un geste brusque il me déchira la joue droite, à partir de la commissure labiale, avec le canon du pistolet.

Puis retournant le pistolet il me gifla avec la crosse et me brisa quatre dents. Il m’obligea ensuite à m’étendre sur le sol et commanda à une équipe de cinq commandos de me passer à tabac.

Ils se défoulèrent sur moi, s’aidant de leurs bottes ceinturons et bâtons. Il s’y employèrent avec rage jusqu’à ce que je perdis connaissance.

Lorsque je revins à moi, je me trouvais dans une autre salle en face d’une autre équipe de 5 commandos. C’était le « 2ème équipe ». Ils étaient munis de branches épineuses fraîches, de matraques etc.

Ils me rouèrent encore de coups, jusqu’à ce que je vomisse du sang. Ceux qui me transportaient, me tenaient par les mains et les pieds suspendus au-dessus du sol.

Je fus frappé de nouveau à perdre connaissance.

Après on m’entraîna dans une autre chambre où je fus accueilli par des coups de poings, de pieds, balancé contre le mur. Je vomissais du sang.

On passa alors à la séance de brûlures. le « professeur dirigeait les opérations…

Avec des allumettes, des mégots de cigarettes, ils brulèrent toutes les parties de mon corps, n’épargnant même pas mes parties les plus intimes. Les parties les plus visées étaient le sexe et les fesses… »

 

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