par Amelie GUE

publié en octobre 2015 sur http://www.reporterbf.net

Des témoignages poignants ; le Burkina à l’ère des tortures sous le « Front populaire », c’est ce que raconte le dernier livre de Valère Somé, ancien membre du Bureau politique du CNR, et ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique dans le gouvernement de Thomas Sankara. Intitulé ‘’Les nuits froides de décembre, l’exil ou… la mort’’, l’ouvrage de 92 pages a été dédicacé le 10 septembre au Centre national des archives, à Ouagadougou.

Une nuit blanche ; Sous l’épreuve de la torture ; Le cachot d’isolement ; La tentative d’évasion ; Et vint la libération ; De nouveau, sous les verrous ; Sur le chemin de l’exil ; ce sont là les parties qui constituent le livre. Un livre qui se veut un témoignage, un livre qui raconte l’histoire « réelle » des périodes de détention et de torture de l’auteur et ses camarades. Ce livre qui était en gestation depuis la sortie de l’œuvre « Thomas Sankara, l’espoir assassiné » en 1990, verra finalement le jour « grâce » à Jean Pierre Palm.

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En effet, lors de la publication du livre sur Thomas Sankara, Valère Somé annonçait pour bientôt, la sortie de cette œuvre dans laquelle il parlerait des circonstances qui l’ont amené à prendre le chemin de l’exil. Mais depuis, plus de nouvelles. Cela explique-t-il dans l’avant-propos, « Parce qu’entre-temps mon ami et camarade Guillaume Sessouma allait connaître un sort plus triste que ce que j’ai connu lors de ma détention à la Gendarmerie nationale ». L’auteur a voulu par la suite mettre une dose de fiction dans son récit « pour ne pas identifier les acteurs, puisqu’ils sont encore vivants ». Projet qu’il a laissé tomber. Les raisons ? Le 18 juillet dernier, sur les ondes d’une radio de la place, Jean Pierre Palm l’a traité de « menteur » usant, dit-il, de mensonge et calomnie. « Quand le bourreau refuse de se repentir, il n’appartient pas à la victime de se taire », argue Valère Somé qui affirme s’être retrouvé dans l’obligation de publier l’écrit tel qu’il a été conçu depuis 1989, sans aucune modification, sans un ajout. « Contre ceux qui veulent travestir l’histoire, il convient de rétablir les faits. Et j’ajouterai : « sans état d’âme ».

C’est ainsi que le livre permettra au lecteur de mettre des noms sur certains acteurs.

Jean Pierre Palm, commandant de la Gendarmerie nationale, qui à l’époque, explique l’auteur, a été celui qui a ordonné et supervisé ses tortures et celles de Salvi Charles Somé, Firmin Diallo, et Basile Guissou. « Lorsqu’ils m’abandonnèrent inanimé, tout mon corps était en feu. Le mal s’était installé dans mon corps et ne se laissait pas localiser. J’entendis néanmoins Firmin de l’autre côté, pris en main par « le vrai », en train de crier. De tels cris ne peuvent, en aucun cas, être assimilés à des pleurs. Ce sont des exutoires aux douleurs. Ce sont des cris sans larmes ».

Basile Guissou et Alain Coéfé seront présentés comme les porteurs d’une pétition signée de quatre membres de l’organisation. En plus d’eux-mêmes comme signataires, ont été cités Roch Kaboré et Blaise Kyelem. « Cette pétition, dans ces circonstances, est une indexation de l’organisation comme responsable des manifestations en préparation. (…) Il y eut une vague d’arrestations dans le milieu des élèves et des étudiants. Ceux qui étaient arrêtés furent conduits d’abord à la Direction de la Sûreté nationale où ils croupissaient dans les sous-sols ».Livre Roch Kaboré, alors Directeur de la BIB, aurait aussi été celui qui a intercédé en faveur des épouses des suppliciés, auprès du premier responsable du « Front populaire » Blaise Compaoré. Les différents faits décrits dans le livre se déroulent également, à une époque où Halidou Ouédraogo était conseiller de Blaise Compaoré, Djibrill Bassolé alors capitaine, adjoint de Jean Pierre Palm.

Salif Diallo, un nom qui revient dans les témoignages

Celui qui était désigné comme étant le bras droit de l’ancien Président Blaise Compaoré, au temps de la pluie et du beau temps de leurs relations, est cité dans plusieurs témoignages du livre de Valère Somé. Il est présenté comme le tortionnaire en chef. Suite aux interpellations des élèves et étudiants après la marche du 19 mai 1988, « Salif Diallo, à l’époque, Directeur de cabinet du Président Blaise Compaoré, dirigeait personnellement les séances de tortures, y prenant même une part active ; lui un civil», commente l’auteur. « Il voulait coûte que coûte soutirer à ses victimes l’aveu que j’étais le principal organisateur de la manifestation ». A en croire l’auteur, Salif Diallo n’aurait pas épargné même une femme comme Saran Sérémé. Il décrit dans le livre une scène des plus surréalistes entre les deux personnages. Malgré ces sévices, indique l’auteur, « Saran Sérémé, l’héroïne, résista aux diverses manœuvres, et n’avoua rien ».

Un autre cas où Salif Diallo est indexé, celui de Guy Yogo, étudiant en 3e année de médecine. « Quant à Guy Yogo, pour lui arracher les aveux, on lui fera avaler quatre de ses dents. Des sévices subis, il restera plus de six mois aveugle. Sur la disparition tragique du Professeur Sessouma Guillaume, Valère Somé ecrit : « C’est Salif Diallo, en personne, escorté par des commandos du « Conseil de l’entente », qui a défoncé la porte de Guillaume Sessouma, pour l’extraire de son lit et le mettre dans le coffre de sa fameuse « Peugeot 504 » blanche, pour l’amener au « Conseil de l’entente ».

« Plus jamais ça ! »

Malgré toutes ces tortures et sévices, que lui et ses camarades ont décrits avoir subi, Valère Somé dit n’avoir aucun ressentiment vis-à-vis de ses tortionnaires. « L’homme qui porte la haine en lui, se détruit. C’est pour dire aux jeunes de savoir se surpasser et que la haine ne construit pas une famille, elle ne construit pas un pays ». Même son de cloche chez Firmin Diallo et Mousbilla Sankara, camarades d’infortune de cette période aux mauvais souvenirs. « Nous les côtoyons tous les jours, il n’y a pas de haine. Nous avons dépassé cela. Pour construire ce pays, il faut que nous soyons capables de dépasser ce que nous avons subi », a signifié Firmin Diallo.

Et l’auteur de l’ouvrage d’expliquer le bien-fondé de la publication de son ouvrage : « Ce qui m’importe le plus en publiant ce témoignage, c’est, au-delà des acteurs, de dénoncer une pratique ignoble, dégradante, qui attente à la dignité humaine. Je ne l’ai pas fait pour me venger, pour que certains soient punis, je n’ai même pas l’intention de déposer une plainte quelconque. Juste qu’en lisant ce livre, chacun sache qu’il ne faut plus jamais cela au Burkina ». Pour ceux qui se posent des questions sur le rapport qu’il pourrait y avoir entre la sortie de l’œuvre et les élections, étant donné que certains acteurs politiques sont cités, l’auteur affirme qu’il faudrait décontextualiser. De ses dires, cette sortie n’est que la réponse à l’attaque de Jean Pierre Palm qui l’aurait traité de tous les noms et aussi menacé de mort à plusieurs reprises. ‘’Les nuits froides de décembre, l’exil ou… la mort’’ est disponible dans les librairies au prix de 7 500 F CFA.

Amelie GUE

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