ISBN : 978-2-343-09041-2

Editeur : L’Harmattan, collection Études africaines

Essai, juillet 2016, 208 pages


Présentation de l’ouvrage (4ème de couverture)

Le capitaine Thomas Sankara n’aura présidé aux destinées de la Haute-Volta, devenue sous sa présidence le Burkina Faso, le pays des hommes intègres, que quatre années (de 1983 à 1987). À 38 ans à peine, il fut assassiné par son compagnon d’armes, le capitaine Biaise Compaoré, lequel aura tout tenté pour effacer l’œuvre révolutionnaire accomplie par son prédécesseur.

Le génie, l’œuvre et la pensée du président Sankara commencent à resurgir des ténèbres et à se désengager des falsifications qui tentaient d’en dénaturer et d’en minimiser l’impact. Comme par enchantement, le Burkina Faso, dans sa pauvreté et son sous-développement, aura vécu le miracle de la reconquête de sa dignité perdue. La société burkinabée aura été transformée dans un élan de mobilisation générale sans précédent, pour la réalisation des objectifs ambitieux d’une révolution démocratique et populaire authentique.

Aujourd’hui, après la fuite du président Compaoré, les langues se délient enfin au Burkina Faso, en Afrique et en France. Le leader africain fait l’objet de témoignages dithyrambiques et élogieux.


Présentation de l’auteur (4eme de couverture)

Présentation de la quatrième de couverture : Djilali Benamrane est économiste de formation. Il a exercé dans la fonction publique, dans un cadre national puis international, et au sein des administrations onusiennes. Son expérience du fonctionnement des économies et des sociétés s’est enrichie, grâce à de longs et fructueux séjours dans plusieurs pays africains. Aujourd’hui à la retraite, il milite dans des milieux associatifs en France.

Notre complément : Nous connaissons bien Djilali Benamrane depuis de nombreuses années. Nous attendions avec impatiente ce témoignage qu’il nous avait promis. Nous avons collaboré ensemble au sein de la société, lors de la préparation du sommet mondial de la société de l’information lorsque j’animais l’association Coopération Solidarité Développement aux PTT (voir http://www.csdptt.org). Nous nous sommes de nouveau côtoyés au sein de l’association SURVIE et surtout de l’association BPEM (Biens Publics à l’échelle mondiale) qui en est une émanation. Nous avons coordonné ensemble, avec le regretté François Verschave  le livre Télécommunications, entre bien public et marchandise, novembre 2015,  378 p., publié aux Editions Léopold Mayer voir une présentation à http://csdptt.org/article388.html. Il est aujourd’hui militant actif d’ATTAC.

Djilali Benamarane a publié :

La bureaucratie : un mal qui ronge l’Algérie, L’Harmattan, janvier 2015, 198 pages

L’ONU, source ou frein au droit public international ?, L’Harmattan, février 2014,  172 pages

Le marché bancaire hors contrôle, Urgence d’un pôle financier public et associatif sous contrôle citoyen, L’Harmattan, octobre 2013, 284 pages

 


Nos commentaires

Djilali Benamarane a travaillé au Burkina Faso comme expert du PNUD, détaché auprès du ministère du plan. Il nous livre ici un témoignage particulièrement riche de ses années passées au Burkina pendant la révolution.

Il ne cache pas son admiration pour Thomas Sankara qu’il ne tarit pas d’éloges. Intelligent, créatif, bourreau de travail, sa grande sensibilité à la misère et la révolte qu’elle suscite en lui, source probable de son énergie qui apparait sans limite, leader charismatique, visionnaire, attentif, à l’écoute etc… Il n’est pas le seul. Sauf que c’est la première fois que cela vient d’un « expert » qui plus est issu lui-même du tiers monde puisqu’il a commencé sa carrière d’économiste en Algérie. Et surtout, même si l’auteur ne se met pas en avant, on devine dans ce livre qu’il l’a côtoyé de près, qu’il a collaboré souvent avec lui, préparé par exemple des réunions avec les experts internationaux ou voyagé en sa compagnie à travers le pays notamment de la préparation du plan quinquennal. Il confirme par exemple le souci permanent de Thomas Sankara de discuter en direct avec les populations pour connaitre leurs besoins mais aussi avec les cadres locaux pour évaluer avec eux l’arbitrage possible entre ce qui est possible et ce qui ne l’est pas en matière de satisfaction de leurs besoins. A ce propos l’auteur ajoute (p. 125) qu’ « il restait attentif à la prolifération de projets locaux qui pouvaient s’imposer aux autorités locales, pas toujours vigilantes, pour discerner les arrière-pensées de sources de financement intéressés et refuser des propositions d’opérations peu utiles aux populations, voir contreproductives » rapportant dans la phrase qui suit l’organisation mise en place pour s’assurer que leurs micro-projets des ONG « s’inscrivaient bien dans la logique des plans des localités où ils intervenaient ».

Il nous rend compte du mépris assez général des experts qui ne comprenaient pas qu’un dirigeant d’un pays si pauvre se permette de tenir tête aux bailleurs internationaux et de refuser les accords qu’ils leur proposaient. Mais il précise cependant que quelques-uns d’entre eux circulaient parfois avec lui lors de tournée de détente en ville.

Pourtant l’admiration de Thomas n’est pas aveugle. Ainsi reconnait-il par exemple que la joute verbale Mitterrand Sankara, à laquelle il consacre un chapitre, a tourné finalement à l’avantage de François Mitterrand. Une opinion courageuse alors que de partout s’exprime une admiration sans borne du discours de Thomas Sankara à François Mitterrand. Il faut bien sur saluer le courage du Président burkinabè. Mais peu de ses admirateurs gens ont pris le temps de lire la réponse de Mitterrand qui ne se laisse pas démonter et prend le temps d’argumenter longuement (voir http://thomassankara.net/seul-le-combat-peut-liberer-notre/). On aurait aimé cependant qu’il soit moins enthousiaste à propos de la décision de Sankara de se lancer dans la construction des retenues d’eau sans études technique, sans doute pour aller vite. J’ai pour ma part entendu des critiques, de mémoire, une retenue n’aurait pas tenue, mais surtout une telle décision mérite quelques explications.

Jusqu’ici, selon les travaux régulièrement publiés, toutes les mesures et réformes lancées par Thomas Sankara seraient désordonnées et improvisées. La plupart des ouvrages parus jusqu’ici n’ont pas, ou trop peu, fait l’effort d’en faire apparaitre une cohérence globale autre que les grandes orientations connues, à travers notamment les mots d’ordre « compter sur ses propres » « produisons consommons burkinabè »…

Le seul livre consacré à la politique économique, celui de Pascal Zagré, paru en 1994, intitulé Les politiques économiques du Burkina Faso (voir la présentation à http://thomassankara.net/les-politiques-economiques-du-burkina-faso-un-livre-de-pascal-zagre/) laisse transparaitre cependant une certaine cohérence, mais il n’évoque la planification que lorsqu’il traite de la période 1966 – 1975.

Or Djilali Benamrane nous fait comprendre que cette cohérence générale, l’articulation des différentes grandes réformes, l’arbitrage des choix se fait pourtant lors de l’élaboration de la planification. Il était bien placé, puisque expert auprès du ministère du Plan. C’est l’un des grands apports de cet ouvrage. Et l’on découvre ici combien l’investissement de Thomas Sankara veille à cette cohérence, qu’il personnifie lui-même, d’autant plus qu’il est à l’origine des différentes réformes. Or ce n’est que 30 ans après l’assassinat de Thomas Sankara qu’on commence à découvrir les textes officiels la réforme de l’éducation, qui a d’ailleurs été rejetée (voir http://thomassankara.net/le-projet-de-reforme-de-leducation-elaboree-pendant-la-revolution/). Et nous recherchons ceux encore la réforme agraire.

On retiendra donc, grâce à cet ouvrage, que ce qui a été engagé durant la révolution résulte bien d’une politique pensée globalement mais qu’il faut sans cesse arbitrer du fait de la rareté des moyens. Et la planification est l’instrument majeur de son élaboration.

Djiali Benamrane revient sur des aspects relativement bien connus comme la recherche de la sécurité alimentaire, souvent connue mais pas sous ce terme et la libération de la femme. Mais deux chapitres ont particulièrement attiré notre attention.

Le premier est le compte rendu d’une rencontre à l’université entre « la crème des économistes tiers-mondistes venus d’Afrique d’Europe et au-delà » que l’auteur qualifie un peu plus loin de « notables tiers-mondistes », « imbus de leurs titres académiques et de leurs multiples publications, habitués à plus d’égard » (P.94). En effet, ils ont dû attendre « dans une chaleur torride des étés sahéliens», dans un amphithéâtre non climatisé. Sankara se lance dans une introduction un peu humoristique pour détendre l’atmosphère puis se lance dans une longue intervention pour exposéerles contradictions auxquelles il doit faire face pour développer son pays, non sans une critique acerbe de l’aide au développement. Jouant d’une modestie calculée, il se joue de son auditoire dévoilant peu à peu ses connaissances des questions économiques.

Dans le chapitre suivant, Djilali Benamarane rend compte de la suite de cette rencontre consacrée au FCFA. C’est la première fois qu’est dévoilée sa position, alors que la sortie est à l’ordre du jour, puisque la question n’est guère abordée ni dans les discours ni dans les interviews. On y découvre sa position très critique. ll s’étonne du manque d’arguments convaincants de la part de ses pairs lorsqu’il engageait la conversation sur ce sujet. Il nous fait part de son incompréhension de l’acceptation des dirigeants africains de cette monnaie liée à l’ancienne colonisation. « Il se référait au droit international, qui précisait que l’accession à l’indépendance d’un pays dépendant signifiait l’acquisition automatique de l’exercice de sa souveraineté monétaire et donc du droit de battre souverainement sa monnaie » (P. 105).

L’autre passage particulièrement éclairant tout autant que passionnant, c’est lorsque l’auteur relate la préparation de la rencontre avec une mission de la Banque Mondiale dirigée par le vice-président en personne, « le maitre à penser des programmes d’ajustement structurel (PAS) qui commençait à sévir en Afrique ». On y découvre que cette réunion fut préparée par un « brainstorming » avec « les meilleures connaisseurs disponibles de la question » (P. 131), ce que l’auteur qualifie de « galop d’essai nocturne » (P. 132). Et cette préparation a consisté en « un jeu de rôle improvisé afin d’essayer d’anticiper les stratégies supposées des interlocuteurs de la Banque et du FMI ». Voilà donc révéler une des méthodes de travail de Thomas Sankara, moderne, pertinente, rapide, il n’avait jamais beaucoup de temps, et efficace. Le gouvernement entendait obtenir un financement pour la réhabilitation de la ligne de chemin de fer et son extension vers le nord du pays, ce à quoi s’opposait la banque mondiale, opposée à tout soutien à une multinationale publique franco-ivoirienne, qui lui préférait le financement d’une route qui aurait bénéficier aux transporteurs privés qui auraient dans la foulée été soutenus pour en bénéficier, au détriment de la compagnie de chemin de fer ivoiro-burkinabè parapublique.

A l’issue de la réunion, un mémorandum fut préparé par une équipe restreinte. Elle fut exposée le lendemain devant la délégation de la Banque mondiale mais seulement à la fin de la réunion, jouant de l’effet de surprise, alors que les formules de politesse avaient été échangées. On ne peut ici rendre compte en détail de de la préparation de la rencontre ni du contenu du mémorandum, mais elle est remarquablement bien racontée.  Toujours est-il que la mission de la Banque se retira dès la présentation du mémorandum, dont elle nia toujours l’existence pour rencontrer différents ambassadeurs « d’importance ». Et le vice-président de la Banque prétexta une réunion urgente pour quitter le pays. On connait la suite. Aucun accord ne fut signer et le gouvernement, faute de financement conséquent, se lança dans la bataille du rail.

Voilà donc un livre qui en appelle d’autres. Les publications sur la Révolution sont déjà nombreuses. Ce sont souvent des témoignages partiels ou souvent des livres politiques. Mais ce livre nous donne envie d’en savoir plus et que d’autres collaborateurs se mettent à l’ouvrage pour témoigner à l’image de ce qu’a fait Alfred Sawadogo dans son ouvrage intitulé Le Président Thomas Sankara, chef de la révolution burkinabè, 1986 – 1987, portrait (voir la présentation à http://thomassankara.net/le-president-thomas-sankara-chef/).

Djilali Benamrane écrit bien, d’un style fluide, et possède l’art de faire des phrases asses longues mais synthétiques, souvent très éclairantes, mettant en perspective différentes éléments en réalité complémentaires. On aurait bien sur aimé quelques anecdotes personnalisées mais aussi quelques documents qui auraient appuyé les témoignages. Sans doute bien difficile près de 30 ans après. Pour notre part, nous classons cet ouvrage parmi les plus importants écrits jusqu’ici sur Thomas Sankara.

Bruno Jaffré

 


Table des matières

Sommaire…………………………………………………………………………………………. 7

Quelques considérations préalables……………………………………………………………. 9

Introduction……………………………………………………………………………………… 17

Les hantises et les grands défis de Sankara…………………………………………………. 27

L’option assumée pour le modèle de développement planifié………………………………. 45

La sécurité alimentaire : première urgence………………………………………………….. 51

Révolutionner le secteur de l’éducation……………………………………………………… 65

Transformer le secteur de la santé…………………………………………………………… 79

Questions générales d’économie………………………………………………………………. 93

La question spécifique du franc CFA………………………………………………………… 103

Un débat sans fin sur la légitimité ou la folie du remboursement de la dette…………… 111

Méfiance et vigilance à l’égard des aides au développement…………………………….. 123

Relations tumultueuses avec les institutions de Bretton Woods…………………………. 131

Des rapports de méfiance avec des partenaires bilatéraux, dont la France……………. 143

Quid de la culture, des sports et des loisirs ?……………………………………………… 177

Créer une justice à la mesure des défis…………………………………………………….. 185

Conclusion………………………………………………………………………………………. 195

En guise de post-face…………………………………………………………………………. 201

Éléments bibliographiques……………………………………………………………………… 203

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