Retour des mots d’ordre : La revanche posthume de la révolution


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Retour des mots d’ordre : La revanche posthume de la révolution

Un village, un poste de santé primaire ; un ménage une parcelle ; le projet Sourou ; la vaccination commando ; l’opération deux millions de tonnes de céréales, les trois luttes…Voilà des résolutions qui laissent de marbre ceux qui n’avaient pas l’âge de comprendre dans les années 80 et surtout ceux qui sont nés après octobre 87.Et pourtant, ces mots d’ordre résonnent encore dans les têtes de bien des Burkinabè, avec une petite dose de nostalgie pour certains ou de mauvais souvenirs pour d’autres. Mais que sont-ils devenus aujourd’hui, ces mots d’ordre ? Et bien, force est de constater qu’il y en a qui renaissent de leurs cendres.

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Jamais un régime politique n’a fait naître autant de slogans que celui du Conseil national de la révolution (CNR), qui est arrivé au pouvoir le 4 août 1983. Après des généraux et ensuite des colonels, l’heure des capitaines venait de sonner. Jeunes et formés aux idéaux révolutionnaires, les nouveaux maîtres de la Haute-Volta adoptent une flopée de résolutions, dont les tournures riment avec les missions de services secrets et qui embrassent tous les pans de la société : de l’éducation à la santé, en passant par le logement et l’autosuffisance alimentaire. Des préceptes dont le nombre le disputait aux slogans révolutionnaires, pour, semble-t-il, réveiller une paisible population, dont le goût de l’aventure ne se limitait qu’à la projection d’un séjour en Côte d’Ivoire pour cultiver le café et le cacao. Cependant, si ces préceptes, concoctés par les révolutionnaires, faisaient leurs effets, leurs libellés étaient parfois amusants et faisaient marrer plus d’un, mettant souvent en doute l’atteinte de l’objectif visé, sans compter les abus de ceux qui étaient chargés de l’exécution des tâches d’utilité publique, notamment les élements des Comités de défense de la révolution (CDR).

A la première conférence nationale de cette structure, la tête de proue du régime de l’époque, Thomas Sankara, s’insurgeait contre ceux qui s’époumonaient à les prononcer alors qu’ils n’avaient pas le cœur à la tâche : « Les slogans et autres mots d’ordre sont indispensables ; mais nous ne devons pas mettre la forme avant le fond. La révolution ne se mesurera pas au nombre de slogans ni au nombre de ténors ou de stentors dans les cris. Nous ne sommes pas des CDR pour simplement crier, mais pour poser des actes. C’est pourquoi nous devons bannir de nos manifestations les slogans creux, lassants, inutilement répétitifs et franchement irritants. On arrive à des manifestations et on vous crie 25 fois « La patrie ou la mort »… Ça commence à être trop. Les CDR-magnétophone, de côté ! ».

S’il y a un mot d’ordre qui résonne encore dans la tête des Burkinabè, c’est celui concernant la bataille du rail. Face au refus de crédits, opposé par les pays occidentaux, le gouvernement a dû faire appel au travail volontaire de la population et à l’investissement humain. Dans les années 84-85, l’Etat burkinabé décida donc de construire une voie ferrée reliant Ouaga à Kaya, soit cent kilomètres, pour permettre l’exploitation de la mine d’or de Tambao. Une entreprise pour laquelle une bonne partie du peuple s’enflamma. Paysans, fonctionnaires, étudiants, élèves, garçons et filles, tous furent appelés à participer à ce projet d’intérêt national. C’était au lendemain de la Révolution, et le pays vibrait d’un élan populaire pour le développement. Une statue en bronze de l’artiste Ali Nikiéma, à la place de la bataille du Rail, en face du siège du CBC (Conseil burkinabè des chargeurs), a immortalisé ce projet.

Sur un socle carrelé, le héros de ce combat avance entre des rails, une traverse posée sur l’épaule. Il porte un short et une tunique usée, une gourde attachée à la ceinture, une masse dans la main gauche et une clé à molettes dans la poche, et semble animé d’un courage qui l’emmène droit à Kaya. Certes, aujourd’hui le train ne roule pas à grande vitesse sur cette ligne, qui n’a pas été posée par des spécialistes. Les passants l’enjambent allégrement sans les mesures de prudence élémentaires habituellement requises quand l’on est devant une voie ferrée. Actuellement, ce train toussotant, qui ne passe que deux fois par semaine pour aller à Kaya et qui ne transporte que des marchandises, ne semble inquiéter outre mesure. Mais aux dernières nouvelles, cette voie de communication sera bientôt requinquée, si l’on se fie aux promesses d’une société minière britannique, Weatherly International PLC, qui compte exploiter le manganèse de Tambao. Avant le prolongement du rail, cette société compte transporter 400 000 tonnes de manganèse par an de la zone d’exploitation à Kaya et un million de tonnes par an, une fois le chemin de fer construit jusqu’à la mine. La compagnie s’engage également à faire les réparations nécessaires sur ce réseau ferroviaire Ouaga-Kaya, qui a subi des dégradations compte tenu du fait qu’il n’est pas exploité, et à en assurer l’entretien régulier.

Un autre mot d’ordre qui a été remis au goût du jour est « Produisons et consommons burkinabè ». Pour l’expliquer, Thomas Sankara disait, entre autres, : « Celui qui ne vous a pas nourris ne peut rien exiger de vous. Or, nous sommes là à nous faire nourrir tous les jours, chaque année et nous disons « A bas l’impérialisme ». Et pourtant, la reconnaissance du ventre est là…Il y en a qui demandent où se trouve l’impérialisme. Regardez dans vos plats ; l’impérialisme est dedans. Le haricot ou le riz importés que vous mangez, c’est ça, l’impérialisme ». Considéré en son temps comme un concept idéologique, ce mot d’ordre s’impose aujourd’hui comme une logique économique dans le contexte de la vie chère.

Alfred Yambangba Sawadogo, ancien directeur du Bureau de suivi des ONG sous la Révolution, a donné lors d’un panel son éclairage sur la politique d’autosuffisance alimentaire appliquée sous le CNR. « Les plats locaux avaient commencé à avoir droit de cité à la présidence du Faso lors des cocktails offerts aux hôtes de marque. Ce fut le cas quand le président reçut les évêques de l’Afrique de l’Ouest, conduits par son éminence le cardinal Paul Zoungrana. Tous les plats étaient du terroir, et ce fut ainsi par la suite : les spécialités typiquement burkinabè figuraient en bonne place. Fini le caviar, les champagnes et autres douceurs importées. Depuis que ces plats sont entrés à la présidence du Faso, personne n’a plus eu le complexe de les consommer. Par le truchement d’un restaurant populaire, tenu à l’époque par le ministère de l’Essor familial et de la Solidarité, situé près de l’hôpital Yalgado-Ouédraogo et dénommé Yidigri, des plats du terroir étaient proposés aux clients à des prix imbattables ».

Le domaine de l’habitat à Ouagadougou n’était pas non plus en reste. L’une des premières mesures concernant Ouagadougou a été de fixer de nouvelles limites à la ville. Le décret pris dans ce sens a élargi le territoire communal en englobant certains villages et leurs zones agropastorales (Cissin au sud, Dassasgo et Wayalghin à l’est, Kossodo au nord, etc.). Le programme populaire de développement (PPD), d’octobre 1984 à décembre 1985, consacré à ces lotissements, a permis de mettre, en peu de temps, à la disposition de la population plus de 64 000 parcelles loties à Ouagadougou et plus de 120 000 dans toutes les villes confondues.

Et beaucoup de cadres moyens doivent d’avoir un logis aux projets de cités, réalisés à cette époque. Vingt ans après, ces projets continuent de faire des petits. Samedi 12 juillet 2008, les heureux bénéficiaires des 144 logements de la phase pilote du programme 10 000 logements sociaux, sis au secteur 19 de Ouagadougou, ont reçu leurs clés des mains du Premier ministre, Tertius Zongo. A chasser les mots d’ordre pertinents, ils reviennent donc au galop. Est-ce pour leur pertinence ou parce que nos dirigeants actuels en ont été aussi les acteurs et en sont aujourd’hui les continuateurs ? La question reste posée, mais beaucoup se demandent pourquoi avoir jeté ces mots d’ordre aux oubliettes pour les ressusciter après que le loup est entré dans la bergerie.

Issa K. Barry

Source : L’Observateur du 4 aout 2008 http://www.lobservateur.bf/spip.php?page=article_archive&id_article=8759



 


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