Sankara était assassiné il y a 22 ans. L’indépendant du 20 octobre 2009


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15 octobre 1987 Voici les assassins du Président Thomas Sankara

Le 15 octobre 2009, le Président du Faso Blaise Compaoré a fêté ses 22 ans s’accession au pouvoir. En effet, il est arrivé au pouvoir après le coup d’Etat militaire sanglant qui a coûté la vie au Président Sankara. En 22 ans, il n’a pas été en mesure de dire au peuple burkinabè qui a tué son prédécesseur.

En octobre 2007, plutôt que de commémorer le 20ème anniversaire du décès du Président Thomas Sankara, celui qui était considéré comme son frère, le Président Compaoré et ses partisans ont fêté l’accession au pouvoir sous l’appellation « 20 ans de renaissance démocratique au Burkina ». C’était la première fois qu’il fêtait avec faste son accession au pouvoir, alors que la procédure judiciaire initiée par madame Sankara n’a pas abouti. L’absence de tout procès ou de toute enquête de la part du gouvernement burkinabé a été condamnée en 2006 par le Comité des droits de l’homme des Nations unies. Si cette condamnation constitue une première mondiale dans la lutte contre l’impunité, elle est insuffisante, puisqu’aucun acte n’a été posé dans ce sens.

Mais le 28 août 2008, Prince Johnson, un ancien seigneur de la guerre au Liberia a témoigné devant la Commission Vérité et Réconciliation mise en place en novembre 2005 par la présidente élue Ellen Johnson Searleaf. Près de 500 personnes y étaient présentes. Ce jour-là, il a dit que le Président Sankara a été assassiné par des éléments de Charles Taylor dont lui-même faisait partie. Prince Johnson est reconnu pour sa cruauté. C’est lui qui a fait filmer ses hommes en train de torturer le Président Samuel Doe en 1990. « Taylor ne s’est pas évadé de prison. Il a été libéré (par les Américains) dans le but de venir au Liberia pour nous aider à nous défaire d’un régime dictatorial » a affirmé Prince Johnson. Taylor s’est alors rendu au Burkina Faso pour la formation de ses hommes. « Quand nous avons été là-bas (au Burkina Faso), on nous a dit que nous serions arrêtés si nous ne coopérions pas pour renverser Sankara parce qu’il était opposé à notre plan (pour renverser Doe). On nous a demandé de rejoindre une unité spéciale des armées burkinabé pour le destituer. C’est comme ça que Thomas Sankara a été renversé », a-t-il ajouté sans donner le nom de celui qu’il nomme « ON » et les identités des éléments qui composaient cette unité spéciale.

Tout ce qu’on sait, c’est que Charles Taylor a longtemps séjourné au Burkina et a reçu le soutien du Burkina dans les guerres civiles au Libéria et en Sierra Leone. Plusieurs rapports de l’ONU le prouvent. Pour une première fois, une des personnes qui a participé à l’assassinat du Président Sankara a témoigné à visage découvert. Ce témoignage donne une piste sur l’identité des exécutants du coup d’Etat du 15 octobre 1987. Les Libériens n’ont pas agi seuls, ils ont eu des complices nationaux. Qui est (sont) le ou les commanditaire(s) de cet assassinat ? Le mystère demeure.

Aussi, pourquoi les nouveaux maîtres de Ouagadougou ont mis beaucoup de temps avant de se présenter, et dans quel intérêt ont-ils dit que Sankara est : « décédé de mort naturelle » ? Que cherche-t-on à cacher dans la mort de celui qui a été enterré à la hâte au cimetière de Dag-Noën par des prisonniers comme le racontent des témoins ? Les exécutants de Sankara n’ont pas agi seuls. Ils ont sûrement été encouragés par des bras extérieurs.

Thomas Sankara dérangeait énormément des personnes à travers le monde. On se rappelle son discours au sommet de l’Organisation de l’Unité africaine à Addis-Abeba où il a demandé aux pays africains de ne pas payer la dette. Par ailleurs, les grandes puissances comme la France ne le portaient pas dans leur cœur. Thomas Sankara les qualifiait d’impérialistes. La mort de Sankara pouvait les arranger. Sur le plan interne, elles étaient nombreuses les personnes que la révolution dérangeaient. Les résultats de cette politique ont pourtant été sans appel : réduction de la malnutrition, de la soif (par la construction de puits et retenues d’eau), élargissement de la couverture sanitaire, réduction de l’analphabétisme, etc. Il a aussi institué la coutume traditionnelle et la plantation des arbres pour lutter contre la désertification.

Sankara s’est investi pour la réintégration des femmes dans la société à l’égal des hommes. Sankara a aussi posé des actes dans le sens de la lutte contre la corruption et la réduction du train de vie de l’Etat. Il est un des rares présidents à vendre les luxueuses voitures de fonctions de l’État pour les remplacer par des Renault 5. Il effectuait ses voyages à l’extérieur en classe touriste et ses collaborateurs étaient tenus de faire autant. De nombreux fonctionnaires burkinabè qui par leurs actes empêchent les jeunes générations d’avoir accès à des logements sont propriétaires terriens grâce à la politique de logement de Sankara. Cette politique n’arrangeait pas tous les Burkinabè. C’est après la mort de Sankara par exemple que la corruption a atteint son paroxysme au Burkina. Les personnes qui se rendent coupables d’enrichissement illicite, de prélèvements de pots-de-vin, de surfacturations, d’affairisme, de clientélisme ont aussi leur part de responsabilités dans la mort de Sankara. Il a fallu le tuer pour instaurer ces pratiques mafieuses.

PB

source : L’indépendant du 20 octobre 2009 http://www.independant.bf...


La guerre des anniversaires Deux ans après

Au centre de cette guerre, l’héritage d’un seul homme : le Capitaine Thomas Sankara, Héros national. Le régime Compaoré, toujours en quête de légitimité à l’intérieur se sent obligé de détruire toutes les traces d’un homme. Ce que les héritiers du héros national ne peuvent admettre. C’était cela. Les adeptes de Blaise Compaoré l’ont compris. Et Blaise Compaoré et ses adeptes veulent faire disparaître une image qu’ils traînent depuis 20 ans. Résultats, ils multiplient les contradictions et s’enfoncent un peu plus de jour en jour.

Le 15 octobre 1987, étiqueté comme point de repaire de la « renaissance démocratique » est une date polémique. C’est le jour où les Burkinabè ont dû s’arrêter dans leur dynamique. C’est aussi le point de départ d’une cacophonie.

La mort de Sankara, aux dires de son frère et ami n’a jamais été voulue par lui, il n’en était même pas informé. Répondant à une question sur ce sujet au journal Jeune Afrique dans son édition du 4 novembre 1987, Blaise Compaoré déclare ceci : “Lorsque je suis arrivé au Conseil de l’Entente après la fusillade et que j’ai vu le corps de Thomas à terre, j’ai failli avoir une réaction très violente contre ses auteurs”. Pourtant, dans la même soirée du 15 octobre 1987, les injures à l’endroit de Thomas Sankara sont sans bornes : “traître à la révolution”, “renégat”, “autocrate, etc. “ Sankara est brusquement apparu clairement comme un paria aux yeux des auteurs de la renaissance.

Curieusement, quelques années plus tard, le CDP propose d’élever « le renégat, le traître, l’autocrate » au rang de héros national. Comment un traître peut-il devenir un héros ? C’était juste pour escompter le pardon que Blaise Compaoré s’apprêtait à décréter. C’était l’occasion rêvée pour effacer le souvenir douloureux de la multitude de meurtres qui a suivi le coup d’Etat du 15 octobre 1987.

Renaissance démocratique ou remise en cause d’importants acquis ?

Incertitude, insécurité, coût de la vie galopant, c’est dans ce contexte que les partisans de Blaise Compaoré ont fêté la « tragédie » du 15 octobre. N’est-ce pas là l’apologie du crime ? La date du 15 octobre est infalsifiable. Ce jour, il y a eu des meurtres.

Quelques mois avant, les militaires ont organisé la chasse aux policiers. Les populations rurales, éprouvées par milliers (plus de 90 000, selon les chiffres officiels) par les inondations, voient poindre les signes d’une famine prévisible dont les conséquences accentueront la pauvreté et la misère.

Tous ces phénomènes n’émeuvent point. Le faste est inégalé. Un colloque avec 500 participants venus d’Europe, d’Amérique, d’Asie et d’Afrique, un cours d’histoire à la gloire des putschistes du 15 octobre à Pô et un meeting à Bobo-Dioulasso. L’on oublie vite que depuis 1998, le règne de Blaise Compaoré est le résultat d’un compromis.

Suite à l’assassinat de Norbert Zongo, il fallait faire des concessions, sinon la rue était sur le point d’en découdre avec le pouvoir. Le compromis a abouti à l’organisation d’une Journée nationale de pardon le 30 mars 2001. Ce jour, Blaise Compaoré dit assumer tout ce qui s’est passé depuis les indépendances. Mais aucun coupable d’un seul crime n’est désigné. Voulait-on vraiment l’apaisement ?

Six ans plus tard, le faste de la renaissance démocratique nous démontre le contraire. L’arrogance du pouvoir a repris le dessus. Ce jour, une coalition de partis politiques et d’organisations de la société civile qui se réclament de l’idéal de feu le Président Thomas Sankara avait décidé de commémorer l’anniversaire de son assassinat. Le constat était que Blaise Compaoré et son parti majoritaire, qui disposent de moyens colossaux, s’étaient appuyés sur la puissance de l’Etat pour les en empêcher. Ils ont exercé des pressions multiformes sur les administrations en charge de la gestion de certaines salles et places publiques (Maison du peuple, salle de conférences du Conseil burkinabè des chargeurs, stade municipal, etc.) pour entraver les manifestations de la coalition. La Télévision nationale a refusé la diffusion de ses spots publicitaires.

Deux ans après, les sankaristes ont reçu le strapontin de chef de file de l’opposition, mais ils sont toujours victimes de toutes les pressions et leur unité tant souhaitée lors de la commémoration des 20 ans de la mort de Thomas Sankara reste un idéal. Aujourd’hui, le régime Compaoré est prêt à franchir un nouveau palier. Il veut modifier la Constitution pour faire sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels. N’est-ce pas là un facteur de conflit ? Il est clair que deux ans après la célébration de la renaissance démocratique, l’ère est toujours à l’escalade. C’est le retour d’une logique qui a prévalu depuis 1987 et qui a fait beaucoup de cadavres.

Aziz Vincent LEGMA

Source : http://www.independant.bf/...


Assassinats du 15 octobre 1987 Thomas Sankara était-il vraiment le diable ?

Vingt-deux ans sont passés entre le 15 octobre 1987 et le 15 octobre 2009 que nous venons de commémorer. Les vainqueurs ont fait croire que le Président Thomas Sankara était le diable et qu’ils étaient venus sauver le Burkina.

Ce pour quoi Sankara a été tué

Le premier communiqué du Front Populaire lu à la Radio nationale disait : « Le Front Populaire regroupant les forces patriotiques décide de mettre fin au pouvoir autocratique du Capitaine Thomas Sankara et de mettre fin au processus de restauration néocoloniale entamés par des traîtres à la Révolution d’Août ». Le nouvel homme fort du régime Blaise Compaoré interrogé quelques jours après a dit : « Par rapport à ce qui s’est passé, comme vous le savez Thomas Sankara c’est un ami, mais j’aime aussi mon peuple. Je dois reprocher à Thomas Sankara d’avoir par moment méprisé justement les intérêts de mon peuple. Je lui reproche aussi d’avoir pensé que ma liquidation physique allait permettre de poursuivre ce qu’il considérait comme un objectif fondamental, celui d’asseoir son pouvoir personnel ».

Retranscription faite à partir de la chanson de Smokey « A qui profite le crime ? », cette chanson a été censurée. Le rappeur a même reçu des menaces. Notre confrère L’Opinion a donné sa lecture de la fin de la Révolution : « Moment d’exaltation, certes, mais à peine 4 ans de vécu, l’on était déjà dans l’impasse, les premiers responsables ne s’accordent pas. Et certains se demandant si la Révolution ne s’était pas vite essoufflée. Toujours est-il que des dérives telles le désir manifeste de tuer le secteur privé et les initiatives individuelles, la confiscation de la liberté d’opinion, les licenciements abusifs et à la pelle, l’arbitraire des tribunaux populaires de la Révolution (TPR), les exactions des comités de défense de la Révolution (CDR) vont finir par rendre le régime impopulaire. Cette situation conduit à l’avènement du mouvement de la rectification, le 15 octobre 1987, qui voit le Capitaine Blaise Compaoré devenir le président du Front Populaire, nouvelle instance dirigeante et chef de l’Etat », in L’Opinion N° 626 du 14 au 20 octobre 2009. Ce sont là autant de raisons qui ont amené la chute du Président Thomas Sankara.

De la responsabilité ?

Thomas Sankara est responsable de ce qu’on lui reproche en tant que premier responsable de l’Etat burkinabè de l’époque. Ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est que les mêmes comités de défense de la révolution accusés d’exactions sont majoritairement mutés en comités révolutionnaires sous le Front Populaire. De l’arbitraire des Tribunaux Populaires de la Révolution, le ministre de la justice de l’époque c’était Blaise Compaoré. Thomas Sankara l’outrepassait-il pour donner des ordres aux présidents de ces tribunaux ? Des magistrats célèbres tels que Komi Sambo Antoine, Juliette Bonkoungou, Fidèle Oui, Frank Compaoré ont dirigé ces TPR, mais ont été ou sont aujourd’hui des acteurs de premier plan du régime Compaoré.

Le Président Blaise Compaoré aurait pu nous convaincre que Thomas Sankara était vraiment un autocrate, si le pouvoir ne l’avait pas intéressé. S’il avait quitté le pouvoir dès l’instauration de la démocratie ou après les deux septennats. Que nenni, Blaise Compaoré est au pouvoir depuis 22 ans, faisant fi des règles démocratiques élémentaires dont l’alternance. Personne ne sait quand il s’en ira. Thomas Sankara avait-il la volonté d’instaurer un tel pouvoir ?

Tout concorde à dire que c’est pour le pouvoir et pour les intérêts de la France que Thomas Sankara a été tué. C’est invraisemblable, quand le Président Sankara est accusé d’avoir entamé un processus de restauration néocoloniale. La France était-elle aussi présente sous Thomas Sankara que sous Blaise Compaoré aujourd’hui ? La mainmise de la France sur le Burkina est-elle plus réelle aujourd’hui qu’au temps de Thomas Sankara ?

Le discours anticolonialiste et anti-impérialiste était inacceptable par la France. Cette dernière n’admettait jamais un capitaine fougueux dans l’une de ses ex-colonies. Voici la réponse de François Mitterand à Thomas Sankara qui lui pose des questions par rapport à la visite de Jonas Savimbi et de Peter Bota en France : « C’est quand même un peu dérangeant le Président Thomas Sankara. Il vous titille. Il vous pose des questions. Avec lui, ce n’est pas facile de dormir en paix. Il ne vous laisse pas votre conscience tranquille. J’admire ses qualités qui sont rares. Il pense trop....je l’encourage mais pas trop ».

Ainsi donc, François Mitterrand voulait dormir en paix et avoir la conscience tranquille. C’est pourquoi... La Révolution avait nationalisé toutes les sociétés et entreprises qui étaient détenues par des capitaux étrangers. La plongée du régime Compaoré dans le libéralisme a permis à certaines sociétés de retourner dans les mains des capitaux étrangers. En cinquante ans d’indépendance, le Burkina à l’instar de nombreux pays africains, a besoin des privés étrangers pour montrer comment on peut rentabiliser nos sociétés. On appelle cela de l’investissement privé. Chaque jour, les sociétés et les sites miniers sont bradés à vil prix. Dans le domaine minier, les royalties n’atteignent même pas 25%, mais la fierté et la satisfaction se lisent toujours sur les visages de nos autorités à chaque inauguration d’une mine. Pour le commun des Burkinabè, c’est de l’exploitation pure et simple au nom du sous-développement technologique. Que dire des inconvénients sur les populations et leur environnement ? On a aussi payé pour cela. C’était une parenthèse de notre dépendance.

Nabi Youssfou

Source
 : http://www.independant.bf/...



 


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