Blaise Compaoré sauve la vie de Thomas Sankara


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L’article ci-dessous est le premier article d’une série de quatre articles publiés dans le mensuel AFRIQUE EDUCATION en 2007. Cet article et ceux qui vont suivre contient de nombreuses affirmations non référencées et quelques erreurs. Non des moindres, Zaye Zerbo n’a pas nommé Sankara premier ministre mais secrétaire à l’Information. Par ailleurs Thomas Sankara n’a jamais créé le Front Populaire. Ce nom a été revendiqué par les assassins de Sankara. Cette série d’articles ouvre cependant de nombreuses pistes sur l’assassinat de Sankara.

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BURKINA FASO : Blaise Compaoré et les dessous de l’assassinat de Thomas Sankara

Par Koffi Sylvain SASSE

« Pour changer cet état de choses, j’ai tout fait, j’ai vu des prêtres, des ONG pour faire des forages, pour creuser des puits. Rien... Je ne peux pas comprendre qu’un gouvernement laisse les gens dans une telle misère... Je souhaite que mon action serve à convaincre les plus incrédules qu ’il y a une force, qu ’elle s’appelle le peuple et qu’il faut se battre pour et avec le peuple ». Isidore Noël Thomas Sankara Président fondateur du Front populaire 2° Secrétaire Général du Haut commandement de la jeunesse africaine Président du Faso assassiné le 15 octobre 1987 Thomas Sankara.

Le 15 octobre 2007, ce sera le vingtième anniversaire de l’assassinat du très catholique révolutionnaire burkinabé, feu le capitaine Isidore Noël Thomas Sankara par son demi-frère Blaise Compaoré dont il a été le témoin de mariage. Ce dernier sabota par son acte hautement criminel, le contingent secret des réservistes panafricains qui aurait pu combattre aux côtés des frères sud-africains de l’Um-khoto we sizwe (la lance de la nation) de Nelson Mandela. Aussi, faut-il souligner que ce crime a empêché définitivement, l’organisation du vingtième anniversaire de l’exécution de l’un des pères de la Révolution cubaine, Enersto Guevara de la Serra, qui devait être célébrée en grande pompe à Ouagadougou au Burkina Faso. La situation géopolitique d’alors, caractérisée par d’intenses activités subversives des blocs capitaliste et socialiste, avait permis à l’époque, aux commanditaires de cet assassinat, de semer la confusion au sein des opinions publiques et de donner l’impression que ce meurtre a été l’œuvre des actions des deux blocs. Avec la mort du pape Jean Paul II, les confidences de certains anciens fonctionnaires de la Sainte Alliance, des auditions recueillies par la Commission vérité-réconciliation sud-africaine de Desmond Tutu, des aveux de certains agents de l’ex-KGB retournés, les documents inédits vendus au marché noir de Sovolosky à Moscou (Russie) par les espions soviétiques au chômage, les révélations des militaires burkinabé du camp para-commando de Pô, de leurs frères d’armes ivoiriens et togolais, permettent de nos jours de remonter jusqu’aux vrais commanditaires de cet assassinat.

Contrairement aux dires des médias du Nouvel ordre mondial de l’information et de la communication (Momie) qui s’étaient appropriés le monopole de la vérité sur l’assassinat de Sankara, le crime politique du 15 octobre 1987 n’est qu’un complot préparé par la Françafrique et exécuté par l’actuel chef de l’Etat du Faso. En raison de l’émergence de la conscience historique africaine, noire et tiers-mondiste, du départ de l’un des grands parrains de la Françafrique, le président français Jacques Chirac, de l’accession au pouvoir du xénophobe Nicolas Sarkozy, de l’imminente mise en accusation de Blaise Compaoré par le Tribunal pénal international plus spécialement, le Tribunal spécial sur la Sierra Leone (TSSL), AFRIQUEDUCATION a décidé de ne rien cacher aux peuples burkinabé et africains. Votre Magazine livre dans ce numéro, la première partie de cette saga Compaoré.

Blaise Compaoré sauve la vie de Thomas Sankara

En effet, pour comprendre les mobiles et manœuvres de l’assassinat du capitaine Isidore Noël Thomas Sankara, père du social-christianisme politique africain, un flash back s’avère nécessaire. Tout remonte au 25 novembre 1980 quand le chef de l’état major général des forces armées voltaïques d’alors, le colonel Saye Zerbo, prend le pouvoir à l’issue d’un coup d’Etat contre le général-président, Sangoulé Lamizana. Erreur ? Irresponsabilité ou amateurisme politique ? Patriotisme ? Personne n’en sait rien. Le nouveau putschiste, le colonel Saye Zerbo, sans consulter la Françafrique, c’est-à-dire la Cellule africaine de l’Elysée, nomme un jeune officier qui manipule à la perfection la rhétorique socialo-révolutionnaires, comme premier ministre : il s’agit du capitaine Isidore Noël Thomas Sankara.

C’est la panique à la fameuse Cellule africaine de l’Elysée en raison de la popularité de cet officier dans l’armée, dans la société civile et dans la gauche civile catholique, plus précisément, dans ce qu’on appelle aujourd’hui en géopolitique, le social-christianisme politique (en jargon vaticaniste, les théologies de la libération). Cependant, la fameuse cellule africaine prend en patience ses inquiétudes, tout en espérant que par un coup de baguette magique, le premier ministre Sankara reverrait sa copie révolutionnaire. Peine perdue. Chez ce dernier, c’est le principe allemand de Keine verboten (aucun interdit) dans la conduite des actions gouvernementales.

Seize mois plus tard, ce que Jacques Foccart, Guy Penne, Jacques Chirac, François Mitterrand, Maurice Robert de l’ex-SDECE (service de documentation et de contre espionnage extérieur, ancêtre de l’actuelle DGSE), Bob Denard et autres redoutaient, s’est réalisé. Le premier ministre Sankara sort du gouvernement par une déclaration sans ambages et menaçante : « Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple ». Il se réfugie dès lors à Dédougou, une province burkinabé, en attendant des lendemains meilleurs et le 7 novembre 1982, coup de théâtre à Ouagadougou la capitale : le colonel Somé Yorian Gabriel (il a même le nom d’un archange) renverse le président putschiste Saye Zerbo à l’issue d’un coup d’Etat. Le capitaine Sankara est rappelé illico de nouveau par les putschistes et accepte de rentrer dans le gouvernement à condition que les décisions au sein du Conseil supérieur du Peuple (CSP) se prennent à la majorité. Le président Jean Baptiste Ouédraogo que les militaires ont installé au pouvoir à l’issue de ce coup d’Etat de Somé Yoriam Gabriel, accepte ses exigences et le nomme à nouveau premier ministre. L’Elysée est de nouveau très vexé et déstabilisé par ce que certains considèrent au Quai d’Orsay comme « les provocations voltaïques ». Car, ce n’est pas la seule présence de Sankara dans ce gouvernement qui irrite l’Elysée, mais la forte présence de révolutionnaires au sein de son gouvernement, qui de surcroît, réclament des réformes sociales très radicales et une rupture des magouilles de la Françafrique. A cette peur de l’Elysée, s’ajoute celle du président Félix Houphouët-Boigny de Côte d’Ivoire qui s’inquiète de voir un régime révolutionnaire s’installer dans un pays limitrophe. Plus grave, le nouveau premier ministre Sankara ne cache pas ses amitiés avec les camarades frères progressistes, révolutionnaires, et anti-apartheid entre autres, le colonel Kadhafi de Libye, le lider maximo Fidel Castro, les camarades José Edouardo Dos Sa,tos d’Angola, Samora Machel du Mozambique, John Garang du Soudan, Sam Njoma (ex-leader de la SWAPO) de Namibie, et surtout, le chef militaire de la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud, Chris Hani dont il fit don de Kalachnikov, et Win-nie Mandela.

Jacques Foccart et ses réseaux de la Cellule africaine de l’Elysée se trouvent alors dans le trouble sur la conduite à tenir face aux révolutionnaires voltaïques. Alors que les grands stratèges africanistes français étudient les voies et moyens pour ramener les révolutionnaires de Ouagadougou à la Françafrique, Guy Penne, conseiller spécial aux affaires africaines du président français, François Mitterrand, s’invite dans ce Centre de réflexion des africanistes français. Dépourvu pourtant de toute vision objective sur la situation politique intérieure de la Haute Volta (future Burkina Faso), il devance ses aînés et se livre dans un one man show médiatique le 14 mai 1983 au Quai d’Orsay : « J’irai bientôt à Ouagadougou dégommer le premier ministre (Sankara) ».

Mais arrivé à Ouagadougou le 16 mai 1983, Guy Penne qui s’est vanté deux jours auparavant devant les médias français et internationaux basés à Paris comme si la mère patrie l’Afrique était la propriété privée de ses parents et de sa loge maçonnique, a vite révisé ses certitudes : il s’est rendu compte que la Haute-Volta d’alors n’était pas la Côte d’Ivoire, la Centrafrique, les Comores, le Congo, le Sénégal, etc. en raison des confidences que lui fait l’ambassadeur de France sur place : « l’homme n’est pas qu’un simple premier ministre, il bénéficie de partisans au sein de l’armée et de la gauche civile ». Eberlué par les propos de son ambassadeur, Guy Penne s’exclame : « Alors, il faut l’arrêter ».

Et le 17 mai 1983, à deux heures du matin, le traître-antipatriote, le capitaine Jean Claude Kamboulé, commandant d’une division de blindés, encercle le domicile du capitaine Thomas Sankara sur instruction du colonel Somé Yoriam Gabriel avec approbation du président Jean Baptiste Ouédraogo. Ce dernier avait donné son accord suite à la promesse de Guy Penne d’accorder une aide française de vingt-deux milliards de francs cfa sans condition à leur pays, s’ils arrêtaient Sankara selon les confidences de certains anciens fonctionnaires du Quai d’Orsay. Le capitaine Kamboulé réalise rapidement son boulot et arrête Sankara.

Une grande réception est organisée à leur honneur entre autres le chef d’état major, Somé Yoriam Gabriel, et Jean Claude Kamboulé. Ceux-ci sablent le Champagne en compagnie de Guy Penne et l’ambassadeur de France. Par la suite, ils sont nommés ministres par le président Jean Baptiste Ouédraogo pour cette arrestation de Sankara. Certains whisky-coca (nom donné aux agents opérationnels de la DGSE et de la DST) qui se souviennent de cette affaire murmurent aujourd’hui que : « Guy Penne a une mémoire très courte de demander l’arrestation de Sankara malgré la mise en garde de l’ambassadeur de France à Ouagadougou suite aux rapports de nos antennes sur place... Il a donc créé la catastrophe vol-taïque ». Mais quelles que soient les allégations des acteurs des faits, force est de constater que Guy Penne a sous-estime la popularité de Sankara et provoqué par ses maladresses de courtisan mitterrandien un retournement de la situation politique intérieure voltaïque. Car, le capitaine Blaise Compaoré qui était en voyage au moment de l’arrestation de Sankara, a appris la nouvelle dès son retour au pays. Il s’exile sine die dans la garnison des para-commandos de Pô. Le capitaine Blaise Campaoré qui était un ami, le demi-frère de Sankara exige la réhabilitation de ce dernier faute de quoi, il menace de marcher sur la capitale avec ses para-commandos. Le 20 mai 1983, la population profite de cette déclaration du capitaine Blaise Compaoré qui le galvanise, organise les marches de protestation devant l’Ambassade de France à Ouagadougou.

Pourtant, le président Jean Baptiste Ouédraogo minimise ces contestations populaires et les considère comme des mouvements de quelques excités irresponsables, partisans des capitaines Blaise Compaoré et Thomas Sankara. Erreur monumentale. Car au cours de ces manifestations qui ont duré trois jours, les groupes révolutionnaires sont créés spontanément et exfiltrés vers le camp des para-commandos de Pô, soit 1.200 jeunes selon les sources de la DGSE et 3.000 à 5.000 jeunes selon les révélations de certains acteurs des faits aujourd’hui en vie. La France est informée de cette exfiltration des futurs jeunes révolutionnaires vers le camp para-commando par ses différentes entités d’espionnage. En réaction, elle livre cinq tonnes d’armes au président Jean Baptiste Ouédraogo. Et au même moment, le traître antipatriote, le colonel Somé Yoriam Gabriel, informé de cette exfiltration de jeunes ouagalais vers la garnison de Pô, décide d’appliquer la théorie d’Adolph Hitler en 1933.

En vrai ignorant de l’histoire, Somé Yoriam Gabriel propose d’exterminer tous les militaires y compris ses jeunes ouagalais des casernes de Pô. Mais, compte tenu des précédents historiques, de la situation des noirs dans le monde, de la lutte anti-apartheid et de l’assassinat de 400.000 noirs, métis, Afro-Allemands et Américains dans les camps sataniques et occultes de concentration nazis, le capitaine Blaise Compaoré prend dès lors au sérieux, ce plan d’extermination des para-commandos de Pô que proposait le colonel Somé Yoriam Gabriel au président Jean Baptiste Ouédraogo. Il décide en vrai stratège militaire de les devancer. Et le matin du 4 août 1983, le capitaine Blaise Compaoré et ses troupes marchent sur la capitale. Ils tuent au passage un automobiliste et s’emparent de sa voiture comme des brigands et quelques heures plus tard, le gouvernement est renversé. Le président Jean-Baptiste Ouédraogo est aussitôt arrêté. La cargaison d’armes envoyée par la France est pillée par les foules en liesse. Le capitaine Thomas Sankara est libéré et son demi-frère et ami Blaise Compaoré lui remet le pouvoir sur un plateau d’argent. Et à 22h45 de ce 4 août 1983, le capitaine Sankara prononce son premier discours radio-télévisé : « Peuple de Haute-Volta, aujourd’hui encore, les soldats, les sous-officiers de l’armée nationale et les forces paramilitaires se sont vus obligés d’intervenir dans des affaires de l’Etat pour rendre à notre pays son indépendance et sa liberté, et à notre peuple, sa dignité ».

Une page se tourne. Une autre est ouverte, celle de la Révolution. La Révolution bolivarienne (chère aujourd’hui à Hugo Chavez du Venezuela) panafricanisée sous le nom de « sankarisme » et qui a cette spécificité de se baser sur le dogme révolutionno-clérical c’est-à-dire le social-christianisme politique. Elle a pour fer de lance le Front populaire. Et le 9 août 1983, conformément, à la devise du pouvoir révolutionnaire éthiopien (« nous allons détruire les traîtres et mettre sous contrôle non seulement les traîtres, mais aussi, la nature »), le nouveau président Sankara et ses camarades du Front populaire exécutent l’agent de la Françafrique, le chef d’état major, le colonel Somé Yoriam Gabriel, pour garantir la pérennité de la Révolution. Le capitaine Jean Claude Kamboulé qui avait arrêté Sankara auparavant, a quant à lui, pris la fuite vers la Côte d’Ivoire. Au sein des trois services spéciaux (CIA américaine, DGSE française et la Sainte alliance du Vatican) du Bloc capitaliste qui combattaient le communisme, cette exécution de l’agent de la Françafrique est très prise au sérieux et qualifiée de danger voltaïque. Elle est également considérée par ces trois services secrets comme une menace à l’endroit du Bloc capitaliste même si, le programme du Front populaire burkinabé n’est autre que le social-christianisme politique. Cette inquiétude des trois puissants services d’espionnages, va servir de prétexte à la Françafrique et à leurs commis africains pour réaliser ce qu’ils cherchent depuis : dégommer Sankara (selon les termes de Guy Penne) via les infiltrations, les chantages par les femmes ivoiriennes, les mensonges et les campagnes psychologiques (Black Propagande), la traîtrise, et l’achat de certains camarades révolutionnaires de première heure comme Blaise Compaoré.

Prochain article : Burkina Faso : Blaise Compaoré et la coalition CIA-DGSE-Sainte Alliance,

Source : AFRIOUEDUCATION n° 228 - Du 16 au 31 mai 2007 - http://www.afriquecducation.org

Cet article fait partie d’une série de 5 articles traitant de l’assassinat de Thomas Sankara publié dans le même mensuel :

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  • Blaise Compaor sauve la vie de Thomas Sankara
    24 février 2014, par André LAGAM

    A mon humble avis,l’Afrique a perdu sa dignit:Les traitres davant sont des hros aujoud’hui(Boigny, Mandela).C’est lamentable !A mon humble avis,l’Afrique a perdu sa dignit:Les traitres davant sont des hros aujoud’hui(Boigny, Mandela).C’est lamentable !A mon humble avis,l’Afrique a perdu sa dignit:Les traitres davant sont des hros aujoud’hui(Boigny, Mandela).C’est lamentable !

  • Blaise Compaoré sauve la vie de Thomas Sankara
    25 juin 2010, par Sirima

    Ce n’est pas rendre service à Thomas Sankara que de laisser passer des erreurs graves comme c’est le cas dans cet article sans les corriger. Par exemple, Sankara n’a jamais été premier ministre de Saye ZERBO. Il a plutôt été à l’époque ministre de l’information. Il y a bien d’autres faits relatés qui méritent d’être revus. Quelqu’un comme Bruno Jaffré qui est au parfum de beaucoup de choses ne devrait pas laisser passer tant d’erreurs.

    • Blaise Compaoré sauve la vie de Thomas Sankara
      26 juin 2010, par Bruno Jaffré

      Bonjour
      Merci pour votre vigilance... mais l’erreur que vous avez relevée est soulignée en introduction de l’article (en italique)


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