Par Remi Campana

Entre petites escroqueries journalières, que je devais à ma couleur de peau, coupure électrique à répétition et eau froide pour se débarbouiller, l’Afrique était bien exotique, mais pas toujours dans le bon sens du terme, sauf pour quelques écervelés romantiques et idéalistes incapable de s’intégrer dans leur culture primale et ainsi avoir la prétention dans choisir une d’adoption. Le pays des hommes intègres de Thomas Sankara me semblait bien loin .Avait-il jamais existé un jour ?

Mettant mon amertume au placard et dans l’attente de mon entretien, je m’habituais à l’heure africaine. Par prudence ou par sagesse, j’avais donné mon RDV à 10h dans l’espoir peut-être de voir mon invitée se présenter à 12h. Je me retrouvais ainsi bloqué dans l’un des quartiers d’Ouagadougou, à Gounghin, dans la plus « chic » boulangerie du quartier. Où viennoiseries caoutchouteuses se marient très bien aux capsules d’expresso aromatisées au lait en poudre, au goût délicieux et imperceptible de tout, sauf de lactose. La demoiselle avec qui je me devais de partager ce moment de tendresse n’était pas une Burkinabè, mais une Camerounaise. Un petit modèle comme il se dit ici. Quand je la vis arriver, elle me fascina. Dénotant par sa démarche rapide, contraire à la nonchalance des filles d’ici, habillée comme une Européenne au style provocant, elle faisait la joie ou la haine des hommes frustrés de la regarder sans la posséder. Quant aux femmes du pays, leur « petite sœur » devait avoir mal choisi sa couleur, pour si peu partager leurs quotidiens.

Suzanne Sem Mbang dit Suzy Bona (nom d’artiste) vient se joindre à ma table, son français parfait, sans le moindre accent, me surprend. Rajouté à cela quelques petits gloussements et mouvements d’épaules, ce joli top model, plus petite que minuscule, à l’allure d’un moustique, devait bien avoir l’âme d’une mante religieuse, avec ces 26 ans imperceptibles. Elle avait l’image d’une adolescente de 16 ans et arrivait à me donner quelques frissons. Après avoir commandé un gargantuesque petit déjeuner, notre demoiselle pouvait commencer à répondre à mes questions :

– Thomas Sankara, en ce qui me concerne, bien sûr que je l’adore. C’était un héros africain comme Patrice Lumumba, Cheikh Anta Diop, Kwame N’krumah, ou Nelson Mandela, De plus, je pense comme lui ; et n’oublier pas son pays comme son histoire est lier au mien, il a fait une partit de ces études avec son « meilleur » ami Blaise Compaoré, à Yaoundé, pour parfaire sa formation d’officier à notre Ecole militaire inter-armée (EMIA) donc vous voyez le Thomas ces pas un inconnu chez nous non plus. Maintenant pour rentrer dans le vif du sujet, c’est triste ce que je vais vous dire, pourtant c’est la vérité, l’Africain a besoin du bâton pour avancer.

Laissez-lui le temps de réfléchir, il vous plantera un coup de couteau par derrière. C’est à tous les niveaux, que nous sommes corrompus. Le petit qui ne pense qu’à survivre, vous lui balancez un petit billet de mille francs et il fera tout pour vous escroquer ou le voler, ne pensant qu’à un bénéfice à court terme, qu’il ce réjouie à posséder sans comprendre ce qu’il aurait gagniez à travailler avec le « toubabou » (le blanc), encore lui ces pardonnable il est bête et sournois. Quant à nos richards, eux ils ont tout, et bien non, ils ne sont jamais rassasiés. Ils feront tout pour en avoir plus, et comme ils n’ont aucune confiance en leurs frères noirs, les connaissent trop bien, alors ils planquent tout leur argent chez vous les occidentaux. Regardez le Cameroun, mon pays, nous avons une vieille momie comme président (Paul Biya) depuis 30 ans. Les gens râlent, pourtant personne ne bouge. Parce que tout le monde se demande qui va le remplacer ? Ce sont là, les ornières des Africains, le drame de l’Afrique. Quant à vous, les Blancs avec vos droits de l’homme et toutes vos bêtises, vous êtes incapables de nous comprendre. Avec vos sempiternelles repentances, vous vous faites bouffer sur votre propre terre par toutes les poubelles de l’Afrique que vous avez accueillies, au lieu de voir nos richesses intellectuels, je vous dirais que je préfère voir personnellement nos voleurs chez vous que chez nous, c’est aussi cela le revers du colonialisme, et à agir son réfléchir vous allez vous faire bouffer et disparaitre, je vous rassure nous les camerounais nous ne sommes plus annibales (rire), mais bien plus cartésiens que vous les français. C’est pour cela que j’admire Thomas Sankara, en plus d’être un très bel homme, il voulait à coup de poing, mener une politique moderne et ouvrir les esprits de tout un continent pour que nous voguions vers des horizons nouveaux. Malheureusement, il a échoué, sa vision été trop avant-gardiste par rapport à ce que nous sommes, et est difficile de nous faire changer.

Ce miroir déformant me chagrine et me blesse beaucoup .Prenez l’exemple de l’excision, avec cette thématique, je vous prouve que nous sommes encore des barbares, non civilisés. Vous trouvez normal que sans hygiène, dans des pays tels le Burkina, le Sénégal ou même le Nord du Cameroun (et je pourrais en citer d’autres), on mutile des jeunes filles de 5 à 10 ans regroupées comme du bétail, ou une par une. Devant un trou creusé dans le sol, avec un couteau de boucher ou une lame de rasoir passée au feu (qui sert pour le groupe), sans anesthésie, le clitoris et parfois, les lèvres de l’enfant sont retirés pour le plaisir d’un homme. Je trouve cela immoral. La vie des jeunes filles et de femme est détruite. Lors de l’acte sexuel, la pénétration est souvent horrible et elles ne doivent rien dire, juste subir. Celles qui ont plus de chance, et dans la plus grande discrétion, pourront se consoler avec un amour au féminin. Avec le poids de la culpabilité, car chez nous l’homosexualité est un tabou. Etant une jeune femme africaine, si je peux témoigner et militer pour changer les choses en éveillant des consciences, alors j’aurais réussi ma vie.

-Maintenant pour répondre à la deuxième partie de votre question, je me retrouve au Burkina Faso pour un travail sur Thomas Sankara avec « Hangar 11 » (une résidence d’artistes de la ville).Pour la réalisation de mon projet, je dois collaborer avec un artiste-photographe burkinabè, si vous avez une connaissance, elle est bienvenu ? Je dois faire une série de photos ou je réinterprète les coiffures africaines traditionnelles à ma sauce, auxquelles je rajoute une vision de modernisme personnelle. Sur chaque cliché, il aura les trois âges (enfance, adulte, vieux) et la coiffure se déformera avec ces trois visions de la vie. J’espère faire une chouette série et la faire tourner en Belgique et en France. Je reprends ici un concept que j’avais déjà exploité en 2012. J’avais créé des coiffures autour des leaders africains.

Dans la coupe Thomas Sankara, j’avais réinterprété le bonnet du capitaine. Cette coupe a eu beaucoup de succès au Cameroun et en République démocratique du Congo(Zaïre) .Malheureusement, l’Afrique n’étant pas l’Occident, je n’avais pas déposé mon modèle de coupe de cheveux, autrement aujourd’hui, je serais riche (elle rit).
De plus je dois vous faire une confidence je suis lesbienne a 80 pour cent et a 30 pour cent hétéro, je sais je n aime pas les chiffres rond de 100 pour cent. Ici vivre son homosexualité au Burkina est plus facile et cela encore avec l’aide de Sankara, qui a dépénaliser ma sexualité, bien sur le regard des gens reste mauvais, a la différence du Cameroun ou vous pouvez être tuée pour cela, de plus j’ai découvert ma muse, ma moitié dans ce pays ces elle que vous pourrez voir sur ma futur photo sur la coupe Joséphine Baker mon modèle, bien que je dois repartir dans mon pays pour la fin de l’annee, je désire revenir très vite ici, et voir plus tard avec elle à vivre notre vie de couple je l’aime, elle m’aime, et notre espoir et de partir pour un pays comme la France, et nous marier chose impossible ici, que vos lecteurs et vous mêmes me souhaite bonne chance.

Pour conclure en date du 07 janvier 2015, Suzy Bona est repartit au Cameroun, elle espère revenir très vite au Burkina, avant de partir, elle a eu une vie très active ici sur plusieurs projets artistiques, le plus louable est sa participation au moyen métrage de l’artiste plasticienne Julie Jaroszewski, qui raconte l’après révolution survenue au BURKINA dans l’année 2014 ou un jeune garçon trouve une épave de voiture, la vend à un sculpteur pour acheter une tenue militaire a l’image de T. Sankara et devenir le futur héros de son pays, Suzy Bona a travaillé sur le film comme maquilleuse, coiffeuse, et consultante pour les décors, et pour finir je lui souhaite bonne chance pour sa vie futur, avec tout mes souhaits de bonheur.

Propos recueillis le 03/10/2014 à la « boulangerie Sessika» de Ouagadougou

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