Une écriture « populaire » au service d’une cause révolutionnaire : les Chroniques du Burkina, de Jean-Hubert Bazié  1985.

 

Gisèle Prignitz, U.P.P.A. 

 

   Colloque de l’APELA, « le sujet de l’écriture africaine », Toulouse

 

Résumé

A travers le regard d’une jeune héroïne peul venue à la capitale, le roman passe en revue les acquis de la révolution burkinabè dont le panégyrique se déroule sur le mode de l’enthousiasme sankariste des années 1984-1985. Mais le ton militant se veut aussi proche des réalités africaines. Il adopte donc le mode d’expression « populaire », ce qui rencontre une problématique qui reste actuelle : celle de l’intellectuel qui sait manier un français académique mais qui fait le choix de la variété marquée par l’oralité. Cette « orature », pour reprendre un concept de Claude Hagège, s’exprime de deux façons :

        par le biais de la parole africaine, caractérisée par le recours aux proverbes, aux mythes, aux genres du conte et de la chanson, à une construction rhétorique inspirée de la dialectique de la palabre (cf. études de Paré Joseph)

        par le rythme et la syntaxe de l’oral, voire la coloration « argotique » (Prignitz 1996) d’un vocabulaire de connivence.

Or les Chroniques du Burkina de J.-H. Bazié sont la transcription d’une série d’émissions de radio diffusées en 1984 et 1985, au cœur de la dynamique et des grands chantiers de la révolution burkinabè : les TPR, la bataille du Rail, les Trois luttes… et l’idéologie comme activité pédagogique. Ces « explications » de texte de la parole du Guide ont à la fois valeur de témoignage sur une instance du pouvoir qu’ont été les médias et sur le rôle de l’écriture dans ce contexte anti-élitiste. S’agit-il d’une esthétique stalinienne ? Pourtant la langue de bois n’est pas le trait dominant du style des Chroniques. Quels en sont les caractères ?

Nous n’avons pu retranscrire l’interview de l’auteur, mais nous essaierons de voir les liens que cette écriture entretient avec un organe de presse qui était dans la mouvance sankariste, le journal « satirique gouvernemental » l’Intrus, et les chroniques en registre populaire « le coin des enfants », tenues par le même rédacteur, dans le journal La Clef – que nous rapprocherons de notre objet d’étude.

Références

Banégas, Richard, Insurrections populaires et révolution au Burkina Faso, I.E.P. Bordeaux, 1993, 148 p.

BARROT, Pierre & Drame, Seydou, Bill l’espiègle, ou l’extraordinaire aventure d’une pompe à eau en Afrique, éd. Lieu commun, Paris, Edima, 1993, 256 p. [Bill]

Bissiri Amadou, à paraître dans Caliban, 2000, « De Sozaboy à Pétit Minitaire : par delà la traduction, les enjeux », colloque « Seuils » sur la littérature africaine anglophone, Toulouse le Mirail du 5 février 1999.

Blachère, Jean-Claude, 1999, « Les maux du langage dans l’œuvre de Kourouma », in Ch. Albert, Francophonies et identités culturelles, Kartala, p.137-146.

CELLARD, Jacques, 1995, « De la langue de bois », in G. Cahen dir., « Le plaisir des mots, Autrement n° 153- février 1995, série Mutations, p.99-102

Guingane, Jean-Pierre, « Yirmoaga tu me fais rigolement », in Notre Librairie n° 101, avril-juin 1990, p. 92-95.

Ken Saro-Wiwa, Sozaboy, « Pétit minitaire », roman écrit en anglais « pourri » (Nigéria) traduit par Samuel Millogo et Amadou Bissiri, Actes sud, 1998.

NAPON, Abou, 1998, « Les procédés morpho-syntaxiques utilisés par les francophones ouagalais non-scolarisés », in QUEFFELEC éd., Alternances codiques et français parlé en Afrique, Aix-en-Provence, P.U.P., 321-329.

Paré, Joseph, Ecriture et discours dans le roman africain francophone post-colonial, Editions Kraal, Ouagadougou, 1997.

Prignitz, Gisèle, 1996, « Rhétorique révolutionnaire pendant les années Sankara au Burkina Faso », table-ronde organisée par le groupe GIRAF en novembre 1995, Pau : UPPA, p. 65-82. & « regards- croisés » : étude stylistique du roman de P. Barrot et S. Drame, Bill l’espiègle, p.90-94.

SANKARA, Thomas, « Oser inventer l’avenir », la parole de Sankara », présenté par David Gazunki, Paris, Pathfinder & l’Harmattan, 1991, 290 p.

SAWADOGO, Issiaka, 1990.- Essai d’explication du phénomène du renouveau du paysage lexical francophone au Burkina Faso du 4 août 1983 au 15 octobre 1987, Mémoire de maîtrise, Ouagadougou

Soubias, Pierre, 1999, « Entre langue de l’autre et langue à soi », in Albert, Christiane (sous la direction de) Francophonie et identités culturelles, Karthala, p. 119-135.

THOM, F., La langue de bois, Commentaire Julliard, Paris, 1987, 225 p.

 

 

Jean-Hubert Bazié, journaliste, novelliste et fervent admirateur de Sankara, célèbre dans ses Chroniques une entreprise (celle de la révolution) qui est encore en 1985 un chantier, et qu’il appuie et diffuse à travers des causeries hebdomadaires à la radio. Son propos est très ouvertement de soutenir la politique de Sankara à laquelle il croit (toujours aujourd’hui, du reste) et, dit-il, de façon indépendante ; de même le journal l’Intrus, qu’il a animé naguère et repris depuis peu, était un organe voulu par Sankara et, selon lui, n’était pas censuré.

Il m’a confié lors d’une rencontre à Ouagadougou en novembre dernier que c’est sa femme, professeur de français – qui a rédigé d’ailleurs des rubriques en français « populaire » (scolaire), « le coin des enfants », dans un autre journal, la Clef, aujourd’hui disparu -, qui l’a poussé à écrire ces Chroniques ; elles résultent donc d’un texte écrit avant sa diffusion à la radio. Son style est très vivant, à l’image de la langue et de l’expression burkinabè. C’est ce témoignage de la culture et de la francophonie africaine qui m’a intéressée. Par souci pédagogique, il adopte un français populaire, accessible à tous, sans lequel il risquait de manquer « la communication ».

Il est constitué de 33 chroniques, à raison d’une par semaine assez régulièrement pendant neuf mois (du 4 février 1985 au 31 octobre 1985) en deux tomes publiés en juin 85 et en janvier 86. Un troisième tome devrait sortir bientôt (2000) après une période où l’écrivain a vécu traqué puis relativement prudent, et à l’écart de la vie politique[1].

Le jeu entre oral et écrit

Je me contenterai de soulever la problématique de la transposition de l’oral dans l’écrit, ce qui touche à l’engagement du sujet de l’écriture et suppose une transformation du matériau vivant dont cette œuvre se fait le témoin : la parole – et l’entreprise – révolutionnaire.

On peut d’abord se demander pourquoi l’auteur, Jean-Hubert Bazié, a éprouvé le besoin de transposer sur le papier ce qui avait été l’objet d’émissions radiophoniques, ou plutôt de causeries. Le premier motif est certainement de garder une communication particulièrement appréciée du public : conserver l’éphémère, prolonger un moment de communion avec les auditeurs. Ces chroniques étaient en effet très suivies car elles aidaient, sous une forme agréable et imagée, à suivre les étapes de l’idéologie révolutionnaire et à y voir un peu plus clair dans les grands chantiers qui modifiaient sensiblement la vie quotidienne et leur perception de la société.

L’orateur-scripteur emploie le français, signe qu’il respecte la ligne adoptée à l’époque, bousculant la répartition antérieure qui se faisait de manière hiérarchisée : langue parlée africaine / langue écrite française. Il rend au français la place que lui accorde l’époque révolutionnaire. Il révèle ainsi son je(u) : il s’agit bien d’une entreprise militante, comme j’ai pu le montrer ailleurs (1996 : 66) à propos des T.P.R. (tribunaux populaires de la révolution) – dont il est d’ailleurs question à chaque chapitre :

La révolution a voulu gommer au maximum les différences ethniques et s’est servi du français pour mettre à égalité les citoyens, allant même jusqu’à lui confier la mission de rassembler le peuple sous l’égide d’un enseignement de masse dont les chevilles ouvrières avaient à peine eu le temps d’en apprendre les rudiments… le recrutement des enseignants se faisant sur la base d’une épreuve d’idéologie. Le français joue un rôle véhiculaire et symbolique : il tend à incarner un idéal politique et social. C’est aussi que les accusés […] ne partagent pas les mêmes valeurs, mais ont en commun un statut social dont le maniement du français est l’apanage. Les protagonistes sont en mesure et ont le devoir de parler français, mais pas un français académique, puisque la connaissance est remplacée par l’intuition, reflétant le style le plus vernaculaire, car spontané, sans souci de beau langage…. (Prignitz, 1996 : 66)

D’autre part , il s’agit de répondre à une attente du public. Le plaisir qu’ils avaient eu à suivre cette exaltation des acquis de la révolution, ils veulent le retrouver dans la ferveur de l’écrit : il s’agit de partager un moment exceptionnel de l’histoire. La révolution a été en effet un mélange d’état de siège et de kermesse populaire à l’échelle d’un pays, ce que traduit l’enthousiasme de la fête présente dans le périple de l’héroïne, Pauline, à travers le Burkina, sur les pas des autorités parcourant le pays en tous sens.

Il y a donc un souci démonstratif et explicatif aussi, car les événements n’étaient pas toujours « lisibles ». En bon pédagogue, le journaliste fait suivre l’exposé oral d’une transcription écrite. Ainsi il donne une traduction populaire des décisions officielles

Le président du Faso a supprimé, par décision les termes de loi, décret, arrêté au Burkina. En lieu et place nous avons respectivement (nouveaux termes : zatu, kiti, raabo). Zatu, c’est affaire de président. En haut de en haut. Kiti, c’est affaire de président plus ministre. En haut de en haut, plus en bas de en haut. Raabo, c’est affaire de ministre, haut-commissaire, préfet. Affaire de en bas de en haut plus en haut de en bas. (p.70)

Il donne d’ailleurs une déclaration d’intention au début de chacun des deux volumes:

Ces (11) 22 Chroniques ont été diffusées sur les antennes (ondes) de radio-Burkina, de (février à avril 1985) d’avril à octobre 1985. Puissent-elles par cette édition, contribuer à faire connaître et apprécier davantage le peuple burkinabè dans sa lutte quotidienne et courageuse pour un avenir meilleur !,

qu’il assortit de ces deux courts poèmes, dont les vers hyperboliques donnent une image mythique de la révolution dans leur construction baroque :

Pour pousser en Afrique / les graines de la jeunesse / ont souvent besoin / des champs de la témérité / et des orages de la folie

Restons jeunes / soyons téméraires / soyons fous (tome 1)

Le désert est en train de verdir / Les vieillards ont abandonné leurs cannes / L’enfant a poussé, et tel un rônier / Se dresse fièrement face aux ouragans de l’avenir / la révolution grandit, riche de ses défis / Plongeant ses racines dans l’histoire combattante de notre peuple / Et brandissant ses branches victorieuses / Comme les poings fermés de tous ses fils. (tome 2)

Un militant et un humaniste

Au delà de la mission que s’assigne l’auteur, il y a une individualité qui cherche à s’exprimer, et qui le fait à travers un personnage féminin sans beaucoup d’épaisseur, mais pas totalement désincarné, qui commente les scènes qui émaillent cette épopée. Elle incarne une voix, un regard, une conviction. Il existe aussi, en dehors de ce prétexte ou de ce porte-parole, un personnage collectif, qui est à mainte reprise nommé Dawa, l »homme » en mooré, le représentant du peuple sous la forme de figures d’hommes de la rue. Mais souvent la place de l’énonciateur est vide et l’impersonnel domine, sous forme d' »il y a », d »‘il paraît », d' »un enfant », « la vieille », alias la pauvreté (p. 54).

Exemple p. 55 : Dawa a pu ainsi affirmer que les femmes nous ont offert le plus beau défilé jamais vu dans ce pays.

Mais il y a aussi des personnages secondaires, parents, voisins, compagnons de route de Pauline, identifiés parfois par un prénom. On peut donc s’interroger sur la personnalité de qui émane cette voix, ce qui pose en même temps la question du destinataire.

Enfin, les ressources du style sont mises en jeu pour rendre le discours agréable, expressif, prendre la fable plaisante et l’apologue digeste. En montant un véritable scénario de film, la quête du guérisseur de la part d’une jeune femme rappelle le Journal romain de Nano Moretti. En recourant au pastiche, aux détails pittoresques ou truculents, il assure de très remarquables changements de registre, qui vont du plus imagé au plus épique. Témoin ce détail du « pagne du 4 août », célébré comme le bouclier livré par Héphaïstos à Achille dans l’Iliade:

C’est un pagne qui parle, même à ceux qui ne savent pas lire. C’est l’histoire illustrée du Burkina révolutionnaire. Le pagne est frappé en son centre des armoiries du Faso : daba, kalach, livre et l’étoile au milieu de la roue dentée soutenue par deux épis, tendus comme les bras de la paysannerie ouverte au monde ouvrier et à l’histoire nouvelle. Et enfin notre devise : « La patrie ou la mort, nous vaincrons ». Tout autour s’épanouit le PPD et les victoires du peuple dans tous les domaines : agriculture, élevage, santé avec la vaccination commando, communication avec les rails, les rails qui s’avancent obstinément vers le Sahel. (p. 51).

Mais dans ce panégyrique de la révolution, derrière l’acteur et le locuteur, apparaît une autre figure plus imposante : celle du Guide charismatique, Sankara, dont la parole est répercutée, conservée. Le côté messianique du P. F (Président du Faso) apparaît nettement dans plusieurs caractères. R. Banegas (1993) parle même d’Etat théologien, dont le code moral est fondé sur le volontarisme (p.101), l’ascétisme (p. 102), la recherche de la pureté (104), la rédemption (105) et se rapproche du jacobinisme, en référence à la « mystique populiste » où le peuple est la valeur, l’instance suprême.

Ainsi, retraçant le discours du P.F. lors d’une visite en province il mêle sa voix aux paroles citées en forme de parabole :

le P.F. a dit aussi : gare aux vieux, aux vieillards fatigués qui, au lieu d’encourager les jeunes à travailler, passent leur temps sous les arbres, à l’ombre de caïlcédrats à distiller des paroles de découragement qu’ils projettent dans les oreilles des gens de bonne volonté, comme des scorpions balanceraient le dard de leur queue au « soubaga foronfo » au piment fort de sorcière (p. 13 dernier paragraphe)

Il impulse le dynamisme national : il est partout, le moindre de ses déplacements en province est commenté, il y a un usage abondant du discours rapporté.

Du reste les chutes des 33 chapitres sont soigneusement ménagées

L’ère du gaspillage est révolue ! Le P.F. a dit que les bosquets et les bois sacrés étaient des réactions passives de nos ancêtres pour préserver la nature. Mais qu’il nous faut passer à la phase active en semant, en plantant, en rationalisant les coupes, la distribution et la consommation du bois. » […] ex. fin du chapitre 2, tome 2, p. 15

On passe sans transition à la réflexion du « compagnon de Pauline » qui applique les enseignements à la situation quotidienne d’une certaine Fati :

elle saura que le foyer à trois cailloux est dépassé et elle libérera son génie créateur pour améliorer les foyers améliorés et tirer le maximum d’énergie du peu qu’elle a. A moins de s’orienter vers d’autres sources, le biogaz, par exemple. Cette énergie qu’on obtient en utilisant les ordures et autres excréments : ceux des porcs, comme ceux des hommes.

Les Chinois le font déjà. Pourquoi pas nous !

On peut citer aussi la fin du chapitre 17, p. 79 où se trouve, faisant suite à la mention du « vocabulaire succulent » d’un accusé, 

Chrisyamba est né dans la chefferie et veut mourir chef. C’est son droit le plus absolu, mais le cadre est, avouons-le, mal choisi. Dans la RDP, il n’y a plus de chefferie.

cette formule dithyrambique :

le TPR, le Tribunal populaire de la révolution est passé du stade de l’artisanat à celui de l’art.

A défaut d’exégèse, il rapproche les citations et les comparaisons qui viennent à l’esprit du public :

Avant cela, le président a causé pendant quelques minutes. Ses paroles étaient « formées comme glace ». Il fallait les faire fondre avant de les boire pour se désaltérer. Les statisticiens diraient qu’il a présenté un tableau de la situation à double entrée. Les Mossi diront : a gomma ni pagdo (« il a parlé avec des sous-entendus ») p. 17

Trois formulations de la même image sont utilisées : « il parle à mots couverts », ce qui est le langage indirect prisé par les Africains, affirme-t-il plus loin, en soulignant les paroles citées d’un « comprenne qui voudra » – équivalent de notre « il n’y a pire sourd que celui qui ne veut entendre » rapproché également de la maxime évangélique :

p.18 « Que celui qui veut voir voie, et que celui qui veut entendre entende ». Chacun est juge de la situation :

d’où transition sur le TPR. Il transcrit même la frustration du public, comme dans l’Evangile on souligne l’hostilité des docteurs de la loi et des pharisiens à Jésus. Ces explications de textes ou gloses s’accordent avec le caractère de paraboles qu’offre le discours sankariste, comme autant d’applications à la situation vécue

Comment se fait la transposition ?

L’écrit tend à mimer l’oral sous forme d’abord d’intrusion directe du discours oral :

 p. 6 le compagnon de Pauline constata qu’un juge en civil est un homme comme les autres, mais que le Président du Faso en civil c’est toujours le P.F. « dè »

L’interaction entre acteurs est souvent dramatisée dans des scènes qui trouvent un ancrage dans la vie quotidienne des lecteurs. Mais ceux qu’il faut convaincre se retrouvent mentionnés :

Les Colombes [2] et les Petits chanteurs sont là pour prouver aux sceptiques et incrédules et aussi aux pourris que la musique n’est pas une affaire de ratés, un domaine exclusivement réservé aux hommes et aux grandes personnes. p. 23

L’effet d’oral vient aussi de l’utilisation de formules frappées, non dépourvues parfois de menace :

il n’y a pas de somnifère pour les valets insomniaques de l’impérialisme p. 78

ou encore « le glas a sonné » pour « ces gros culs » que sont les

bourgeois compradores. Des valets locaux [3] de l’impérialisme (T1 p. 35)

On en trouve encore qui sont là assis à claironner comme la bouche d’un âne en récréation : « il n’y a qu’à, il n’y a qu’à ». […] « Le il n’y a qu’à…isme, c’est fini, terminé ». (p. 31)

La période révolutionnaire fut une pépinière de slogans :

Les malins malins ! A bas ! (p. 32)

La terre est à ceux qui la travaillent. le Propriétaire de la terre c’est le Faso et non plus quelques individus. (p. 31)

repris, dans ce contexte, par les enfants, non sans effort :

Le petit Dabiré a rapporté à un ami, mais il a eu de la difficulté à prononcer un mot. Il a dit individu, puis indivu, puis invidudi et il a fini par laisser tomber, parce que tout le monde riait de lui.

L’anecdote culturelle trouve sa place de façon circonstancielle pour appuyer l’inscription du discours dans la tradition locale (orale bien entendue, relayée au besoin par la sagesse d’un vieux – en l’occurrence « le vieux Moussa, retraité de l’armée coloniale et recyclé à l’époque comme garde sanitaire »), relatant le déplacement du P.F. à Kaya, l’énonciateur rappelle l’étymologie du lieu :

Il paraît que le conquérant français en traversant le Sanmatenga, rencontra une femme qui étalait son mil germé sur le granit (le timpiiga). Il lui demanda le nom du pays. La jeune femme ne comprenant pas, répondit : M’yargda mkaya ». Ce qui veut dire : « j’étale mon mil germé » ; croyant qu’on lui demandait ce qu’elle faisait là. L’interprète ayant saisi le dernier mot écrivit Kaya. D’où le nom qui resta au chef lieu de Sanmatenga. (p.10-11)

C’est souvent le vieux Sékou Tall, bien connu des Burkinabè, qui est cité, par exemple p. 36 à 42, où la toponymie est développée à l’appui d’une

philosophie de l’optimisme débordant, du sourire téméraire dans le stoïcisme, [qui est] le caractère de l’Africain en général, du Burkinabè en particulier, qui aspire farouchement à la paix,

tant il est vrai que :

l’Afrique en général et le Burkina Faso en particulier croient au caractère intangible de l’interdépendance des peuples. (p. 42)

On ne répugne pas non plus à faire appel à la tradition du dakiré/rakire, ou « plaisanterie parentale », qui consiste à agresser verbalement son voisin de façon quasi rituelle pour désamorcer les conflits ethniques. Ici c’est par l’intermédiaire d’un personnage (qui peut être Samo, car il existe une relation de parenté à plaisanterie entre Samo et Mossi, Gourounsi et Bissa, Gourmanché et Yarsé, Peul et Bobo) :

Le compagnon de Pauline trouvait les mossi vraiment bizarres. Il paraît que si tu proposes à un moaga le bonnet de la chefferie pour un jour, en échange de sa mise à mort le lendemain, il choisira le bonnet. Pour lui, un jour de chefferie pour mourir le lendemain vaut mieux que vivre longtemps dans la roture. (p.12)

Toujours conformes au comportement attendu de l’énonciateur, les observations, les réflexions qu’il consigne sont empreintes de familiarité : le lecteur-auditeur doit pouvoir s’y retrouver, ce qui explique les clins d’œil :

on compte quinze carreaux de miel du Nassara (le blanc) qu’on lui remet, enveloppés dans un morceau de papier d’emballage de ciment ou une page de papier de qualité des œuvres du Grand Leader [4]. Chroniques p. 61

De plus le multilinguisme – donnée sociolinguistique réaliste et incontournable de l’authenticité africaine – est présent par le recours aux citations, calques, emprunts et autonymes qui apparaissent comme autant de références culturelles :

N’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur les raisons de la similitude dans le sens de la langue et de la pensée des peuplades en Afrique, lorsque par exemple le Bambara de Bélédougou (Mali) nomme son fils Gnama ou Sununkun, alors que cet enfant, au cœur du Burkina Faso, se verrait appeler Tampouré chez les Mossi, et Nguture au milieu Peulh ? […] deux noms donc similaires en leur contenu philosophique […] c’est la Terre. La signification : c’est le sens de la vieille et Sainte écriture. « Souviens-toi que tu as été poussière et que tu redeviendras poussière »

Enfin l’écrivain recourt à la fonction métalinguistique du langage pour commenter sa propre démarche ; il pratique une méthode réflexive, qui donne un rôle programmatique à son écriture : (p. 40)

il nous revient maintenant que nous avons l’écriture et sommes conscients du rôle tampon que doit jouer l’Afrique au sein des nations, de nous engager à être responsables, totalement responsables.

Conclusion

Au fil des semaines le chroniqueur dresse un portrait de la Révolution en marche avec une ferveur dont les formules de commentateur sportif – ou les images de prédicateur – disent l’étendue :

Il se passe quelque chose d’extraordinaire à Ouagadougou. Une fermentation invisible dont les spécialistes disent qu’elle donnera du bon jus, ou du bon dolo – pour les alcoolos. Tous les après-midi, depuis quelques jours, les femmes envahissent l’Avenue de l’Indépendance en d’innombrables grappes humaines à ne pas cueillir. Jeunes filles ou âgées, le front haut, allure martiale, en chantant, elles préparent notre fête : l’an II de notre Révolution. (T2 p.51)

Ce faisant, il recourt à une rhétorique qui n’a rien à envier aux canons recensés et à leur panoplie de figures comme l’hyperbole (cf. F. Tom). La marque africaine qui la rapproche de la palabre est certainement la prise en compte de l’allocutaire qui figure dans la multiplication des images du sujet, l’interaction des locuteurs et les références culturelles. Pour autant son rôle ne se réduit pas à celui d’un griot dont la personnalité s’efface derrière une parole transmise : il peut faire preuve de créativité, voire de lyrisme poétique, comme dans ce panégyrique à la Bataille du Rail :

La chaîne de la solidarité était là, vivante, joyeuse, dynamique, gaie. La sueur lui coulait du front comme la rosée un matin du 4 août. Un vent de liberté soufflait sur la plaine et courait à travers les karités qui s’étendaient à perte de vue, comme une chance extraordinaire.

En outre on assiste, à l’époque de la publication de ces Chroniques atypiques, à une éclosion de littératures nouvelles, dont le « basculement » (selon le mot de P. Soubias), d’une pratique académique de la langue, non « appropriée », vers une créativité qui ne recule pas devant les transformations infligées à « la langue de l’autre », allant jusqu’à la « coloniser », peut être situé « autour de 1980 » (1999 : 129) :

Il s’est produit dans la francophonie […] une sorte de rupture idéologique et conceptuelle qui fait qu’on ne conçoit plus la possession de la langue de la même façon. On la fondait auparavant sur la capacité à respecter sa grammaire, on la fonde maintenant sur la capacité à jouer avec les structures de la langue pour en tirer, éventuellement, des mots ou des constructions que les grammairiens n’avaient pas prévus.

Joseph Paré, 1997, met l’accent sur la spécificité de la création littéraire africaine, qui puise à

« deux expériences différentes du récit : la première semblant occuper le premier plan, la tradition romanesque occidentale, la seconde plus profonde et travaillant la première, la longue pratique du récit oral » (F. Lambert, Préface)

Ainsi l’orature dans le roman africain oblige à un changement de perspective sur

les aspects de la création romanesque qui témoignent des innovations majeures, à partir desquels il est possible de penser une herméneutique de l’hétérogénéité, de l’hybridité (Paré, 1997 : 6).

En effet certains procédés de style qui marquent les textes africains récents peuvent être interprétés comme porteurs d’une nouvelle conception « des pouvoirs et des fonctions du langage » (Blachère, 1999 : 142).

On retrouve des traits comparables dans la traduction française (de Samuel Millogo et d’Amadou Bissiri) du roman de Ken Saro Wiwa, Sozaboy, (Pétit minitaire) [5]. Cette problématique est particulièrement intéressante car la langue employée par les traducteurs est une langue populaire, dévolue au parlé, et donc subvertissant les habitudes qui attribuent à l’écrit une langue plus académique. La traduction en français rend une utilisation courante, vernaculaire, « naturelle » de ce qu’est le français parlé en Afrique, particulièrement présent dans l’œuvre considérée, qui sert ici d’autres intentions.

A l’intérieur même du texte, se lisent des indices d’un engagement dans l’écriture, auquel nous invite le chapitre 15, par exemple, éloge pourtant mitigé[6] de l’héritage savant des colonisateurs arabes et européens,

nantis du privilège d’évolués : ils savaient lire et écrire. (p. 65)

Liant révolution et écriture, il suggère que l’art de convaincre est un devoir révolutionnaire, rejoignant sur le plan idéologique le mot d’ordre civilisateur des temps révolus.

Références

 

Banégas, Richard, Insurrections populaires et révolution au Burkina Faso, I.E.P. Bordeaux, 1993, 148 p.

BARROT, Pierre & Drame, Seydou, Bill l’espiègle, ou l’extraordinaire aventure d’une pompe à eau en Afrique, éd. Lieu commun, Paris, Edima, 1993, 256 p. [Bill]

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Blachère, Jean-Claude, 1999, « Les maux du langage dans l’œuvre de Kourouma », in Ch. Albert, Francophonies et identités culturelles, Kartala, p.137-146.

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SANKARA, Thomas, « Oser inventer l’avenir », la parole de Sankara », présenté par David Gazunki, Paris, Pathfinder & l’Harmattan, 1991, 290 p.

SAWADOGO, Issiaka, 1990.- Essai d’explication du phénomène du renouveau du paysage lexical francophone au Burkina Faso du 4 août 1983 au 15 octobre 1987, Mémoire de maîtrise, Ouagadougou

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Lexique

Tome 1

Chapitre 1 Sahel premier lieu du périple

L’impôt de capitation L’impôt de capitation c’est fini Chroniques p. 8

CDR Les CDR sont là pour ça

Poésie (sur la bataille du rail) : « la sueur lui coulait comme la rosée un matin de 4 août » Chroniques p. 10

Chapitre 2 La rumeur de l’anticommunisme : que veut dire « être communiste » ?

Chroniques p. 16 quartier non loti

Acquis révolutionnaires : T.I.C.

Magasins OFNACER

Cité du 4 août

Tom Sank / NewYork vous savez là où il y a le siège de l’O.N.U. là où le président a appelé un chat un chat Chroniques p. 19

Chroniques p. 24 Le cédériste

Chroniques p. 25 chéri coco

karatéka

Chroniques 27 Les coins louches, les boîtes de nuits où on fait des conneries, les coins où on coince les enfants des parents dans le noir.

Chroniques 28 les dégagements, les suspensions

Chroniques 29 bouffer Chroniques 32 s’il venait à l’idée des cancaba et autres crève-la-faim de remettre tout ça en cause, ils n’auront qu’à tirer dedans, par la troupe

Chroniques 33 les gens de « en haut de en haut »

les 2e classe et autres recrues, les « lacrou » comme on les appelle, la troupe qui souffrait avec le peuple avait compris

Chroniques 34 il était façon façon. Et ces gros culs comme les appelait le peuple

Chroniques 35 compradores. Des bourgeois compradores. Des valets locaux de l’impérialisme

Chroniques 36 allés en grève

Chroniques p. 53 waker celle qui a « waké » sa concurrente

Chroniques 54 popote : Il y avait celle qui refusait de laisser un sou de son salaire entrer dans la « popote » et celle qui laisse tout à son mari dilapideur.

condiments Il y avait celle qui tient la bourse comme un libanais et celle qui dépense mille francs sur mill cinq cent (sic) que son mari lui donne pour les condiments et empoche le reste. Il paraît qu’on appelle cela « je retiens un ». Chroniques 54

farafin (noir ?) Il y a avait les grands dames avec hauts talons et des cheveux défrisés jusqu’à… on ne dirait pas que c’est cheveux pour « farafin« . Chroniques 54

Syntaxe : Et puis aussi, il y avait celles qui touchent à la fin du mois et celles qui ont, marqué sur leur carte d’identité, « profession : ménagère » ; comme la mère du frère de Pauline qui n’a jamais appelé son mari par son nom ni son prénom, à plus forte raison le tutoyer ! Chroniques 54

Exemple de raisonnement conciliant (dialectique) p. 57 : Pauline pensa à ce que les gens disent, à tous les préjugés à vaincre. D’aucuns disent des femmes qu’elles « acceptent aisément les idées nouvelles car elles sont ignorantes ; qu’elles les répandent facilement, parce qu’elles sont légères et qu’elles soutiennent longtemps parce qu’elles sont têtues ». Il y en a qui prétendent que la femme c’est l’enfer. Ils n’ont pas tort. D’autres disent qu’elle porte la moitié du ciel. Ils ont raison. […] Tout de même ! Qui a dit que « Dieu n’a créé les femmes que pour apprivoiser les hommes  » ?

en pagaille Chroniques p. 64 beaucoup de fonctionnaires vont fuir la ville pour ce qu’ils appellent encore « la brousse » ou « HV en pagaille ».

broussard Avant, HV… quelque chose, c’était l’immatriculation des véhicules. HV pour Haute-Volta, et 01 pour Ouagadougou, la capitale. La capitale en tête. Première. Donc, plus le chiffre qui accompagnait HV était important, plus on te regardait comme un phénomène, un « broussard ». Chroniques p. 64-65

mélanger On avait même donné ce qualificatif aux avions, aux coucous » qui allaient dans nos localités reculées, dans nos brousses. Mais la Révolution du 4 août est venus tout mélanger. Elle a brouillé les cartes et classé Ouaga on ne sait plus où. Quinzième par là. Chroniques p. 65

chicotte La vieille vendeuse de galettes du quartier Accart-ville a dit, que depuis que le blanc est venu avec la chicotte, on n’avait pas construit de bâtiment digne de ce nom à Léo. Chroniques p. 65

chapitre 9 La sagesse populaire

wère-wèrè Chroniques 85 Ceux qui croyaient que CDR c’est wère-wèrè, ils commencent à avoir les yeux rouges comme piment qui est rentré dedans.

tampouré Le Burkina Faso n’est plus un « tampouré », c’est-à-dire une poubelle où n’importe qui vient jeter ses ordures Chroniques 85

tapettes Celui qui reste dehors pour dire que lui il a chaussures italiennes cirées jusqu’à on peut se mirer dedans, que lui il porte gandoura et qu’il ne va pas « se mélanger » avec « hommes avec tapettes », c’est tapettes qui va juger lui. (gens de « en bas de en bas ») Chroniques 86

87 Pauline a remarqué que « zoreilles des gens c’était comme zoreilles de éléphants » quand ils ont entendu, que c’est CDR qui va proposer  élection des ambassadeurs du Burkina Faso dans le monde. Chroniques 87

93 lenga Résultat net : au moins un milliard de bénéfices, sans compter les « à-côtés », les retombées, les « lenga » comme on dit. […] Mais ça, on publie pas « dè« !

97 fin du chapitre en petit français

ex. Ca c’est femme « dè » ! Nous on était fiers jusqu’à… Le Président a dit à Sassou Nguesso  que c’est Ambassadrice pour nous au Ghana.

Femme Burkinabè c’est pas zéro dans révolution. Nous on content ça. Voilà.

Chapitre 10 TPR du chien de Morat

Tome 2

Chapitre 1- TPR à Dori

Chroniques p. 5 les féodaux se permettaient de posséder presque  des quartiers entiers sur lesquels le peuple de Dori avait construit ses maisons

concordance des temps

« refusard »

p. 6 dè

les gens venaient de prendre le lenga au cabaret d’à côté. Chacun soulevait fort-fort, était content aussi fort-fort, et suait fort-fort. Chroniques p. 6

7 camarade président

Chroniques p.8 tu touches, tu viens, tu déposes ton salaire […] chaud chaud Si le mari vient, qu’il ose programmer l’argent d’Abiba Sampano, là ce sera chaud chaud. Chroniques p.8

rond La femme aussi ne pourra pas programmer des boucles d’oreilles en or ou des pagnes wax quand le rond n’est pas suffisant. Chroniques p.8

Chroniques p.9 passage du standard au petit français (variations):

Comme au niveau du plan familial, une fois les priorités déterminées, une fois les grands choix arrêtés et les grands orientations tracées, celui qui aura refusé de participer au grand débat démocratique n’aura plus droit à la parole pour dire qu’il n’est pas d’accord. Parce que, on ne peut pas suivre cinq routes à la fois. Même le mille-pattes il moyen pas. Avec ses mille pattes, il suit une seule la route. Discutation de Plan quinquennal c’est mille façons de réfléchir. Plan quinquennal, c’est route pour avancer. Une fois discutation terminée mille pattes il suivit un seul la route pour partir vite vite loin loin et bien bien, bon bon. Le Plan quinquennal c’est le mille pattes en marche sur une seule route.

Chapitre 2- Chroniques p.11 Silmandé, tourbillon

cramé

Chroniques p.(légende)12 éléments militaires

soumbala

b.c/  bonnet / roture

13 tout le monde est chef parce que le pouvoir est au peuple, aux « nimbouidan« .

soubaga toronto, au piment fort de sorcière

français oral transcrit

Chroniques p.14 le camarade-président a causé « dè« 

Chroniques p.15 génie créateur elle saura que le foyer à trois cailloux est dépassé et elle libérera son génie créateur pour améliorer les foyers améliorés et tirer le maximum d’énergie du peu qu’elle a.

Chroniques p.16 dawa des « dawa » fuyant le soleil, étendus sur des nattes ou sur des morceaux de cartons. Il y a des dawa, plus le thermomètre monte, plus ils font des affaires. Si vous voulez les voir, allez au marché du soir, à « zabredaaga ». On s’appelle lui vendeur de « galace ».

façon façon Tu vois des barres en pagaille dans leurs caisses en bois façon façon.

tu continues ton pied la route

Chroniques p.17 a gomma (il a parlé) ni pagdo (à mots couverts)

Chroniques p.18 ils prennent les autres pour des nez percés. Quand ils ont mal à la tête, ils disent que c’est la tête des autres qui fait mal.

Chroniques p.19 pierre à lécher

Monument génie créateur libéré cf. 15

Chapitre 4 – Chroniques p.21 zone non lotie

enlever

Chroniques p.16 le lundi passé

Chroniques p.31 prononciation d’individus

Chroniques p.32 slogan les maliens malins à bas

hymne national

Chroniques p.34 anango

Chroniques p.35 série verbale : Il a bousculé C. Goh mettre en quatrième position dans le classement.

dakiré Pauline a pensé que c’est un arrangement entre « dakiré » Chroniques p.36

Chroniques p. 38 wend n’wani panga

Chapitre 8

Chroniques p.44 sunkaam sans oublier le sunkaam, l’inévitable arachide des braves Bissa

cousin cousin

Chroniques p. 45 Quelques « wanblés », et autres « kuinés » (nullards) ont ainsi eu profiter pour se faire déposer au camp. cancaba Le général […était] plus résistant que de jeunes cancabas. Le « né vers » était plus solide que certains « né le… ».

Chroniques p. 46 comme a dit l’autre En tout cas, ce n’est pas le scorpion, la vipère, ou le boa qui ont manqué. On en a tué. « On a mourti leur » comme a dit l’autre

Chroniques p. 49 (légende) zomkom Les ambassadeurs et le président du Faso buvant le zomkom à Kamboinsin 1985

Chroniques p. 51 le pagne du 4 août / (cf. bouclier d’Achille dans l’Iliade)

vaccination commando Tout autour s’épanouit le PPD et les victoires du peuple dans tous les domaines : agriculture, élevage, santé avec la vaccination commando, communication avec les rails, les rails qui s’avancent obstinément vers le Sahel.

Chroniques p. 52 kantiiga : Deux années révolutionnaires sont supérieures aux huit premières années réactionnaires de la décennie de la femme pendant lesquelles l’homme et la femme indistinctement frappaient du coude contre le sol ou le mur, en signe de soumission à la féodalité et à la réaction. Le « kantiiga » comme disent les Mossi, le kantiiga se repose depuis deux ans.

Chroniques p. 53 notre gandaogo Georges Ouédraogo

Il paraît que le dimanche passé, au Stade du 4 août, les yeux ont fait masse sur Tshala Muana la femme qui danse comme la tentation ou Mbilia Bell comme une sirène.

Ces admirateurs qui ont arnaqué le vieux ou la vieille, le frère ou la sœur, pour avoir les cinq cent francs du billet d’entrée.

Chroniques p. 58 rabilé Le plaisir, ce n’est pas seulement quand on saute un bon poulet au rabilé, ou quand on avale une bonne bière bien frappée. Tiga a compris que le plaisir peut aussi être l’absence de douleur, physique ou morale.

soumbala Tiga qui aime les bonnes choses s’était tapé une dizaine de brochettes toutes chaudes arrosées d’arôme qui avait un parfum de soumbala beaucoup plus que d’autres choses. […]

senti Il s’était « senti ».

Walbissum Le lendemain, il avait été illico presto, dare dare comme dirait l’autre, au marché aux plantes où il s’était (acheté) du wal bissum – le lait de tourterelle, en mooré – pour se soigner. Le walbissum, c’est cette plante merveilleuse à la sève laiteuse dont les chercheurs n’ont, paraît-il, pas réussi jusqu’à présent à isoler l’élément actif pour en faire des comprimés. Chroniques p. 58

Chroniques p. 60 concordance : Le ministre Joséphine avait auparavant demandé aux femmes d’aider à transformer la famille féodale et phallocratique en une famille burkinabè révolutionnaire où l’homme et la femme recevraient une éducation sans préjugés et sans discrimination. Les femmes sont rentrées à la nuit tombante. Le voisin avait dit à la voisine qu’il la tiendra à l’œil dès janvier prochain, et que le salaire vital ne devra pas se transformer en « wax vital » pour lui servir à s’acheter des mèches, ce qu’on malin a appelé des cheveux démontables.

piquer une indigestion Les récoltes sont tellement prometteuses qu’on se demande si les greniers ne piqueront pas une indigestion !

Chapitre 14

Chroniques p. 61 C’est une maisonnette de huit tôles

miel du Nassara on compte quinze carreaux de miel du Nassara (le blanc) qu’on lui remet, enveloppés dans un morceau de papier d’emballage de ciment ou une page de papier de qualité des œuvres du Grand Leader. Chroniques p. 61

Le jour où vous verrez Boureima faire crédit à un cancaba sans le gnon, le flous ou les ors comme on le dit, c’est ce jour là il aura plu. Chroniques p. 61

Chroniques p. 62 Tout le monde laissait des bons, payables à la fin du mois

Chroniques p. 63 tanka Parmi ces petits malins qui aiment manger cadeau, il y a ceux que le président du Faso avait déjà condamnés : ceux qui sont tellement endettés, tellement surendettés qu’à la fin du mois, ils n’ont dans leur enveloppe de paie qu’un billet de mille francs et quelques « tankas ».

Chroniques p. 64 kalabulè Tom a dit qu’il n’aime pas la magouille, le kalabulè et le vol. dégagé ledit douanier (véreux qui) a été dégagé par le Conseil des coordonnateurs du Faso.. La morale révolutionnaire a fait un bon qualitatif.

Chapitre 15

Chroniques p. 69 se chercher : comme on dit, « ils se cherchent ». Mais ils se sont tellement montrés, qu’ils ne peuvent même plus se cacher. Et Fatou s’amuse à voir les ventrus aux dix villas maigrir à vue d’œil. Elle voit leur bedaine, leur « œuf colonial » revenir à des proportions plus raisonnables

Chroniques p. 70 le président du Faso a supprimé, par décision les termes de loi, décret, arrêté au Burkina. En lieu et place nous avons respectivement (nouveaux termes) : la zatu en fulfuldé [djaapu] loi

kiti en jula « jugement » kiti bom, kiti so, c’est le tribunal. Kiti taa baga, le juge

raabo en mooré : ce qui plaît qui est voulu ou librement accepté. ( licet, placet) (traduction en petit français)

Chroniques p. 71 vaccination commando / Quant aux dircab, kaput ! Bye bye. Les CDR ont « bouffé » les dircab.

Chapitre 17

Chroniques p. 75 deuxième bureau. Dawa a remarqué des paquets de graisse, grosses comme des canaris de dolo : « tik-bangdo » !

Chroniques p. 77 L’ami guérisseur a expliqué à la cousine que les plaies qu’elle a sur la peau sont dues à un arbre, qu’elle a rencontré la nuit. Soit l’arbre se déplaçait, et le choc aurait donné ce résultat ; soit elle aurait dormi au clair de lune et l’arbre errant qui serait un génie aurait déplacé de l’air dans son mouvement.

Pauline aurait pu y croire, si le guérisseur ne s’était pas mis en tête de se faire passer pour un devin, alors qu’il n’est qu’un faux-type, c’est-à-dire un charlatan

La ‘couse » n’est pas mariée.

Génie

Chroniques p. 78 Le P.F a dit le mercredi de la semaine dernière au sommet impromptu du Conseil de l’Entente à Yamoussoukro qu’il ne faut pas que les caïmans, les gueules tapées et autres cousins germains de ces sales bêtes pensent que le Burkina Faso va les protéger des masses populaires qu’ils ne cessent de triturer depuis belle lurette. Le PF a fait comprendre aux haut de en haut à Yamoussoukro, qu’il n’y a pas de somnifère pour les valets insomniaques de l’impérialisme

Chroniques p. 79 Chrisyamba est né dans la chefferie et veut mourir chef. C’est son droit le plus absolu, mais le cadre est, avouons-le, mal choisi. Dans la RDP, il n’y a plus de chefferie. Avec ces les assises de Ouagadougou, le Tribunal populaire de la révolution est passé du stade de l’artisanat à celui de l’art.

Chroniques p. 81 un cra. Bewouindé a consulté des charlatans. Il a consulté jusqu’à

Chroniques p. 84 dodo / les djos

Chroniques p. 87 gâter mon nom

Chroniques p. 92 Le marche de Ouaga avec son potopoto ses yamayama et ses qu’est-ce qu’il y a ? C’est fini

Chroniques p. 93 Les tôles sautées /  Qui est fou ? On sait qui peut quoi

Chroniques p. 94 miches de pain / de la cigarette dans la poche de sa chemisette, de la cigarette pop

Chroniques p. 96 gandado

Chroniques p. 98 Dawa, siphonné, avise un étranger de passage et l’indexe : ne le laissez pas partir ; il est en train d’emporter six âmes […] le prétendu mangeur d’âmes

 


 

[1] Faisant reparaitre épisodiquement l’hebdomadaire satirique l’Intrus, dont un personnage dessiné est resté célèbre : Yirmoaga, (« l’homme du terroir ») type populaire de citadin naïf au français basilectal.

[2] Les « Colombes de la révolution » et les « Petits chanteurs au Poing levé » sont des groupes musicaux d’enfants suscités par la révolution.

[3] La langue de bois née de la phraséologie marxiste-léniniste n’a rien à envier à celle de 1789, d’après J. Cellard, qui cite « les vils satellistes des despotes ». « Les grenouilles des marais », qui annoncent les vipères lubriques) ont pris « le manteau du patriotisme » sous lequel les contre-révolutionnaires dissimulent « le poignard de la perfidie« . (1995 : 101)

[4] Il doit s’agir des œuvres du Guide suprême de Corée du nord, Kim il Sung, dont les discours de propagande – beaucoup plus que celles du Leader Maximo cubain, connu aussi – étaient largement diffusées dans les établissements scolaires comme dans les librairies, fussent-elles populaires, c’est-à-dire réduites à des étals de marché. D’où leur usage en feuillets recyclés à l’emballage.

[5] Roman écrit en anglais « pourri » (Nigéria) en 1985 et traduit par Samuel Millogo et Amadou Bissiri en 1998, publié à Actes Sud.

[6] par ailleurs prédateurs d’une Afrique indomptée.

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