Écrit par Boureima OUEDRAOGO

Cet article prémonitoire a été publié en octobre 2014 sur http://www.reporterbf.net

Voici 27 ans que le Président Thomas Sankara a été assassiné. Son ami et camarade, principal bénéficiaire de cet odieux crime, a dû enjamber son cadavre pour s’installer au palais présidentiel. Depuis, que de vaines tentatives, les unes plus cyniques que les autres, de ternir l’image d’un homme qui a tant aimer son pays au point de sacrifier sa vie pour lui. 27 ans après, le mythe continue et il continuera sans nul doute. Comme quoi, la valeur d’un homme d’Etat n’a rien à voir avec le temps qu’il a fait au pouvoir. Ça devrait inspirer ceux qui s’accrochent contre vents et marées à leur fauteuil au risque de plonger leur pays dans le chaos. Ironie du sort, son successeur qui n’a pas réussi à le faire oublier ni par soitoire n action, encore moins par les dénigrements et toutes les accusations, estime qu’après 28 ans de pouvoir, il a encore des rêves et des chantiers pour le Burkina Faso. Waouh ! Il avait pourtant déclaré qu’il était seulement mu par une volonté de rectifier la dérive droitière de Thomas Sankara. Sankara a donc payé de sa vie sa trahison de la Révolution. ! Que risque donc son successeur qui a totalement liquidé et enterré la même Révolution ? On ne sait même pas s’il est encore révolutionnaire ou s’il est passé dans le camp des réactionnaires.

Cela fait donc 27 ans que feu le Président Thomas Sankara a été sauvagement assassiné et accusé de tous les péchés d’Israël. Cela fait 27 ans aussi que certains se battent contre son ombre qui continue de hanter leur sommeil. Cela fait 27 ans que sa veuve et ses orphelins tentent d’obtenir de la Justice de leur pays la vérité, ne serait-ce que sur le lieu exact de sa sépulture, étant entendu que nul n’a la preuve que la tombe qui lui fait office de dernière demeure, abrite effectivement les restes du Président Sankara. Oui, 27 ans que des vivants se battent en vain pour avoir raison sur un mort. 27 ans de tentative de falsification de l’histoire, d’usurpation, de déni de justice, etc. Cela fait 27 ans que l’on a tué Sankara pour qu’il n’instaure pas un pouvoir personnel et pour permettre à Blaise Compaoré d’instaurer un pouvoir absolu et de transformer le Burkina Faso en un patrimoine familial.

Bref, en ce 15 octobre 2014, les orphelins et la veuve de Thomas Sankara, tout en saluant l’engagement de tous ceux qui se réclament vouloir perpétuer la mémoire et l’œuvre du Président Sankara, renouvellent leur engagement à poursuivre le combat pour la justice et la vérité. Les sankaristes se retrouveront également au cimetière de Daghnoën pour rendre hommage au Président Sankara et ses compagnons tombés il y a 27 ans. Des déclarations inonderont les médias. Mais à la différence des années antérieures, cet anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara intervient dans un contexte de grands défis pour les Burkinabè. Le pays est à la croisée des chemins. Confronté par la ferme volonté des rectificateurs de la Révolution de rectifier, cette fois, la Constitution pour se maintenir au pouvoir et le refus d’une partie du peuple de cautionner cette forfaiture, le pays retient son souffle.

Le plus grand défi qui se pose actuellement au Burkina Faso, c’est surtout de retrouver le sens de la patrie, du patriotisme, du sacrifice collectif et individuel au service de la nation. Il s’agit de délier le destin personnel des dignitaires de celui de la nation. Il faut restaurer l’Etat burkinabè en le mettant au-dessus de tous les citoyens, y compris le président du Faso. En cela, tous les patriotes, tous les démocrates sincères, les amis et partenaires du Burkina ont le devoir historique de barrer la route à la marche à reculons et à pas forcé vers la « monarchisation » et la patrimonialisation de l’Etat. Le Burkina Faso ne saurait être la propriété de quelque groupuscule familial ou réseau de coterie que ce soit. Le Burkina Faso doit rester le bien commun de tous ses filles et fils.

A tous ceux qui s’estiment dignes de l’héritage politique, économique et culturel de Thomas Sankara, ce combat contre l’instauration d’un pouvoir à vie est le vôtre. Il ne s’agit pas d’aimer Sankara ou de détester ses tombeurs, il s’agit de s’engager dans un combat qui, d’une manière ou d’une autre, est celui de la liberté, de la justice et du progrès, de la démocratie. Il s’agit de rejoindre les rangs des forces du progrès contre ceux de l’immobilisme, de l’impunité, de la corruption, de la gabegie et du culte de l’indispensabilité. Il s’agit surtout de créer les conditions pour une paix durable fondée sur les valeurs de la république et la volonté commune de tous les fils de ce pays de vivre ensemble en paix, dans l’égalité et la fraternité. C’était cela la révolution sankariste. Elle est toujours d’actualité.

Ces derniers mois ont donné à voir une jeunesse burkinabè qui reprend de l’initiative et qui en impose aux politiques. Cet avènement progressif d’une jeunesse consciente des défis qui se posent à leur pays est un signe manifeste qu’une nouvelle Révolution est possible. Cette Révolution ne se réalisera pas par les canons mais par le génie et la détermination de cette jeunesse mobilisée aux côtés de certains aînés et qui entend peser désormais dans la gouvernance quotidienne de leur société. En ce 27e anniversaire de la mort de Thomas Sankara, l’on peut au moins dire que son œuvre commence à porter ses fruits. Peut-être aussi que cette jeunesse réussira à lui rendre justice ! Hommage au héro national, hommage au Camarade Président !

Boureima OUEDRAOGO

Source : http://www.reporterbf.net

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