Présentation

Depuis maintenant une dizaine d’années, je travaille régulièrement au Burkina Faso avec un groupe d’acteurs. L’an passé, une première étape de travail nous a réunis autour d’extraits du film d’Abderrahmane Sissako. Depuis trois semaines, l’équipe s’est reformée et nous continuons de questionner la réalité économique de l’Afrique, à partir d’improvisations. Improvisations auxquelles tous ces acteurs sont rompus grâce à la pratique régulière des spectacles de sensibilisation.

Cette matière servira de base au texte que je composerai avec Aminata Traoré. Tout comme pour Médée de Max Rouquette, Ray Léma signera la musique des chansons du spectacle.

Les coulisses du pouvoir, un président et la première dame reçoivent à la résidence un investisseur étranger. À cette occasion, un groupe de jeunes artistes est invité au palais afin d’égayer la soirée de leurs chants. En fait très vite cette rencontre va dégénérer. C’est par le biais de la farce politico-économique que les travers et dérives du monde seront exposés.

L’Afrique et ses maux (dette, corruption, prostitution, ajustement structurel, projets culturels de façade…) nous révèlent de façon criante les dérives du monde contemporain. Rions ensemble pour mieux comprendre et s’insurger.

Jean Louis Martinelli

PS : On notera que le spectacle se termine par le discours deThomas Sankara sur la dette, mis en musique et interprété par les musiciens.

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Bande annonce



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Distribution

Mise en scène Jean-Louis Martinelli
Ecriture Jean-Louis Martinelli à partir d’improvisations avec les comédiens
Musique Ray Lema

Scénographie Gilles Taschet
Lumière Jean-Marc Skatchko
Costumes Karine Vintache
Assistante à la mise en scène Florence Bosson

Avec :
Bil Aka Kora – Jack
Malou Christiane Bambara – Kayuré
Jannette Gomis
K. Urbain Guiguemde – Urbain
Nongodo Ouedraogo – Nongodo
Nicolas Pirson – Monsieur Nick
Odile Sankara – La ministre de la culture
Moussa Sanou – Le Président
Blandine Yameogo – La Première Dame
Wendy – Wendy
Avec la participation de Yiomama H.Lougine

Remerciements à Aminata Traoré pour sa contribution

Production : Théâtre Nanterre-Amandiers, Traces Théâtre, Napoli Teatro Festival
Avec le soutien de l’Institut français.

Le spectacle est créé le 22 juin 2013 au Napoli Teatro Festival.

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La génèse du spectacle

L’été 2001, quelques mois avant de prendre la direction du Théâtre Nanterre-Amandiers, j’effectue mon premier séjour au Burkina Faso. J’étais alors parti, accompagné de Guillaume Delaveau, avec sous le bras des textes de deux auteurs : Max Rouquette et Bernard-Marie Koltès.

La ministre de la culture (Odile Sankara) sermonne le  President (Moussa Sanou). Photo Bruno Jaffre

Il s’agissait de répondre à la demande d’un homme de théâtre de Bobo-Dioulasso que je ne connaissais encore pas : Moussa Sanou, lequel avait adressé une demande de «formation» auprès de l’Institut Français, alors dénommé AFAA.

Aujourd’hui, quelques semaines après avoir quitté la direction des Amandiers, c’est à Ouagadougou que je vais retourner pour remettre en chantier ce qui sera mon dernier spectacle à Nanterre : Une nuit à la présidence. Ainsi, ces douze années auront été bornées par deux Voyages en Afrique, titre d’un autre spectacle réalisé notamment à partir du texte de Jacques Jouet : Mitterrand et Sankara.

Peu à peu, pas à pas, une aventure s’est développée, des rencontres se sont faites et c’est bien cette continuité, cette approche mutuelle durable qui nous a permis d’aborder ensemble, comme seules des compagnies permanentes, troupes ou bandes peuvent le faire, la création d’Une nuit à la présidence. Ainsi, c’est avec Moussa Sanou, auteur, acteur, animateur de la Compagnie Traces-Théâtre, Odile Sankara fut la Médée de Max Rouquette et le «Théâtre simple» de Jacques Jouet, Ray Léma, ici accompagné de son «fils» Bil Aka Kora, qui a composé les musiques des chants de Médée’, dont Blandine Yameogo était la chef des chœurs, et Nongodo Ouedraogo, le second Jason, que s’est recomposée l’équipe de ce spectacle.

Dès juin 2012, à l’occasion du Festival Sya Ben qui s’est déroulé à Bobo-Dioulasso, j’ai pu animer un stage qui regroupait une dizaine d’acteurs et chanteurs. Au cours de ces quinze jours, j’ai tenté, assisté de Florence Bosson, de mettre en espace une partie du film Bamako d’Abderrahmane Sissako. Puis très vite, après de nombreuses discussions, nous avons décidé d’écrire notre vrai-faux procès du capitalisme financier. Après ce stage, dont on peut voir des images sur le site du Théâtre, Malou, Wendy et Urbain ont rejoint l’équipe.

K. Urbain Guiguemde et Nongodo Ouedraogo (photo Bruno Jaffre)

Ainsi, ce projet est-il l’aboutissement, sans pour autant, bien sûr, signifier la fin de mon travail en Afrique, de ces douze années de rencontres régulières. Et ce sont bien les rapports de confiance, qui peu à peu ont pu s’instaurer, qui nous permettent d’aborder par le biais de l’improvisation, dans un premier temps, les questions des rapports de notre histoire commune, et ce sans complaisance de part et d’autre. Il fut beaucoup question dans un passé proche de la Françafrique, de la décolonisation…

Mais au fur et à mesure des discussions et dans le sillage du film Bamako puis des lectures et conversations avec Aminata Traoré, il nous est apparu que les problèmes qui se posent à l’Afrique aujourd’hui ont franchi un nouveau cap. Certes, l’héritage de la colonisation n’est pas à évacuer, les préjugés mutuels à faire passer aux oubliettes, mais a l’heure de la mondialisation, l’Afrique apparaît comme un véritable révélateur de ce que le capitalisme financier est à même de mettre en œuvre de plus terrible et de plus cynique sur notre planète. Ainsi donc, Une nuit à la présidence se révèle, lors des premières ébauches, telle une farce brechtienne, un cabaret politique ayant pour toile de fond un palais présidentiel africain dans lequel se joue le devenir de millions de personnes exclues de tout processus de décision.

Depuis le centre de l’Afrique, nous appelons à un autre état du monde ici en France et en Europe. Oui, le Burkina Faso est aujourd’hui voisin de la Grèce. La marche du monde, son organisation économique, nous englobe. À maints égards, ce peut être une chance, si nous savons nous regarder. Les exclus d’Europe le sont pour les mêmes raisons que ceux d’Afrique qui viennent souvent grossir les rangs des premiers.

Qu’y peut le Théâtre ? Me dira-t-on. Pas grand-chose peut-être. Mais si. Dire, parler, énoncer, faire fiction, faire se lever la rue et les chants du monde non pour l’apaiser mais le traverser plus libres. Car il s’agit bien toujours et encore, quel que soit le sujet abordé, de questionner le théâtre. D’aucuns voudraient nous faire croire qu’à force de nous préoccuper trop du monde ou de la politique, nous nous éloignerons de l’Art et de ses plus nobles préoccupations formelles et esthétiques. Bien au contraire, qu’en serait-il de l’interrogation sur l’homme placé hors du monde. L’intime et le pulsionnel sont profondément agités par les conditions de l’existence, par le politique donc, et n’est-ce pas Racine d’ailleurs, qui nous le dit chaque fois! Quel rôle faire échoir à l’artiste et à l’Art? Ici ou au Burkina Faso? C’est aussi cette question qui est abordée dans Une nuit à la présidence.

Cette question qui, douze années durant, m’aura animé, à la tête de ce théâtre, à savoir comment lisser un lien entre ici maintenant, hier et ailleurs. Ces allers-retours, ont, je le crois, nourris notre imaginaire commun, notre réflexion et peut être modifié, transformé notre regard, ouvert nos oreilles.

Jean-Louis Martinelli, janvier 2014

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Journal de la création en vidéo en 3 épisodes

Episode 1



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Episode 2



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Episode 3



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Nos commentaires

Cette pièce commence sous le ton comique, d’ailleurs bien réussi, une dispute entre le président à et sa femme, tous deux, finissant par se réconcilier rapidement, l’essentiel étant qu’ils restent au pouvoir.

Mais la pièce vire rapidement à la dénonciation de la françafrique. Illustration de ce que dit lui-même Jean Louis Martinelli, les textes ayant été construit à partir d’improvisation des acteurs, tous burkinabè, et d’Aminata Traoré, ancienne ministre de la culture, auteure de nombreux essais, le spectacle donne prétexte a des descriptions de situation dramatiques, une jeune fille laissée chez son oncle qui abuse d’elle et la chasse, amenée de se prostituer pour survivre, la jeunesse au chômage, dont le seul choix est d’affronter tous les dangers pour aller au nord, les paysans, cultivateurs de coton qui n’ont presque plus rien lorsqu’on leur retire le prix des intrants, les villageois chassés de chez eux par les multinationales qui exploitent l’or. Quelques unes des drames que vivent une partie des burkinabè de nos jours.

Les responsables : les dirigeants corrompus, qui se servent plutôt qu’il ne servent leur pays, pour reprendre une expression de de Thomas Sankara, et leurs complices cyniques, les investisseurs du nord, souvent donneurs de leçon, venus signer des contrats, sans scrupule sachant que le peuple n’en aura guère de retombées, et le président non moins cynique qui tentent d’augmenter sa cote part en retrouvant un accent social.

L’affrontement entre un jeune burkinabé révolté contre le blanc qui abuse de la jeunes femme, et l’investisseur qui le prend de haut l’accusant de « ne pas avoir assez de couilles pour se révolter » atteint une violence exacerbée, d’autant plus que l’on emploie un langage cru, gros mots, insultes, mépris… Cette partie est dans doute la plus forte dans la mesure où elle nous dérange au plus haut point. La période qui vit l’Afrique est bien cette impasse où la révolte parait difficile, mais plus pour longtemps, à l’image du peuple du Burkina qui reprend le chemin de la rue et du combat, alors qu’il y a peu, les plus avancés se lamentaient il y a encore pu du manque de perspective.

La fin du spectacle est clairement celle inspirée par Aminata Traoré, ancienne ministre de la culture, démissionnaire en plein milieu d’un mandat du président Alpha Oumar Konaré. C’est Odile Sankara qui joue ce rôle faisant la leçon au président, dénonçant les dérives du pouvoir et rappelant au président leurs années de combat communes. On pense évidemment au film Bamako d’Abderrahmane Sissako, mais la dénonciation déclamée, avec talent par Odile Sankara, nous parais cependant moins pertinente que celle du film où les mécanismes étaient décrits de façon plus fines. Notons outre Odile Sankara, les excellentes performances, des acteurs, notamment Moussa Sanou, le président, Blandine Yaméogo la femme du président mais surtout Nongogo Ouedraogo qui nous fait un numéro d’alcoolique particulièrement réussi.

Sankara.... (photo Bruno Jaffre)

Enfin le spectacle se termine par l’évocation de Thomas Sankara, dont le portait est imprimé sur le teeshirt d’un des comédiens, avec notamment de larges extraits de son discours sur la dette chantés par les comédiens, sur un musique de Ray Lema.

Bruno Jaffré

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