Nous vous présentons ci-dessous un témoignage des exactions et tortures qu’ont eu à subir ceux qui ont refusé de renier leur attachement à Thomas Sankara et à la Révolution. après le 15 octobre 1987. A part ce que raconte Valère Somé dans son ouvrage avec retenu, ces témoignages sont rares car la plupart des gens qui ont eu à subir ces traitements inhumains tentent soit d’oublier soit craignent encore les représailles. Mousbila Sankara est un oncle de Sankara. Lorsqu’il est rentré au pays, il est arrivé au Burkina avec son linceul prêt à mourir. Il est de ceux qui ont été libérés les derniers puisqu’il a passé environ 4 ans dans les geoles de Blaise Compaoré. On notera que Mousbila Sankara fait état de la présence de Jean Pierre Palm lorsqu’on le torturait. Ce même Jean Pierre Palm a été ministre des Sports au Burkina Faso quelques temps à partir de la fin 2005.

On notera que Mousbila Sankara n’est pas le seul à le mettre en cause pour fait de torture. Dans une Témoignage publié dans un numéro spécial de l’Evènement en octobre 2007, Valère Somé déclare : «Nous avons été internés à la gendarmerie où on nous torturait sous la supervision de Jean-Pierre Palm. Ils m’ont dit qu’ils allaient me torturer jusqu’ à ce que je perde l’usage de la main droite. Effectivement, je ne pouvais plus tenir un bic avec cette main et mes pieds étaient également presque paralysés à force d’être ligotés. Le nouveau patron de la gendarmerie Jean-Pierre palm et son frère Jean Marc voulaient ma mort. Préparant son voyage pour la France, Jean-Pierre Palm a donné des instructions pour qu’à son retour, il ne trouve pas Valère Somé»

La rédaction du site.


Cet article a été publié dans L’Intrus N°0093-99 (Nouvelle série) courant juillet 2001

El Hadj Mousbila Sankara est un Ingénieur des Télécommunications à la retraite. Ancien Ambassadeur du Burkina Faso en Libye, l’homme semble avoir gardé de son passage dans le monde de la diplomatie, un sens aigu des contacts et des relations tout autant que de la pondération. Ce père de famille rangé, musulman pratiquant, passionné de cyclisme, promène sa haute silhouette de croyant dans un véhicule utilitaire et plus souvent sur une motocyclette d’âge. Homme d’expérience, de conviction de foi qui respire la vérité, il est de ceux qui ont dit «non» à la supercherie sanglante du 15 Octobre 1987 dès qu’elle s’est révélée à eux. Mal lui en a pris, car il le paiera cher, très cher ce refus de sa compromettre l
L’Intrus l’a rencontré et il a accepté de parler. Dans les lignes qui suivent, il dit comment ils (car il n’était pas seul) ont subi les pires misères dans l’enfer du Conseil de l’Entente. Nous nous rappelons encore une victime, Basile Guissou qui avait le dos labouré de plaies recouvertes de sparadrap et qui répondait alors de manière sybiiine aux journalistes de la Télévision Nationale : « ça va. Regardez vous même I Tout va bien l» Le problème, c’est que la caméra et les regards ne pouvaient pas voir sous les habits I Et cela arrangeait les tortionnaires et leurs commanditaires qui veillaient sur leur silence I
Nous sommes convaincus que El Hadj Mousbila SANKARA qui porte sur tout le corps des cicatrices de toutes sortes (marquage au fer, traces de couteau etc…), ne nous a pas tout dit. Mais il nous a assez raconté pour que nous puissions nous faire une idée de ce que de nombreux militants de la Révolution d’Août partisans réels ou supposés du président assassiné ont subi sous nos cieux aux lendemains de la forfaiture. Aujourd’hui encore, il rencontre… dans les rues de Ouagadougou, ses tortionnaires du Conseil…

Question: Du poste d’Ambassadeur à la prison, comment cela s’est-il passé ?

Réponse : Cela ne fut pas difficile parce que mon poste n’était pas un poste d’ambassadeur au sens classique du terme, n’étant pas moi-même de la diplomatie. J’ai eu à faire cette représentation dans le cadre de la politique révolutionnaire. La Lybie aussi constituait un cas. Les rapports étaient tels que je n’ai pas été tellement dépaysé quand j’ai été mis en prison. Pourquoi je le dis ? C’est parce qu’il fallait rester tout le temps en éveil. Imaginez les bombardements des Américains, les embargos en tous genres. J’ai vécu cela et quand je suis revenu au Conseil de l’Entente, j’ai estimé que le danger était le même. J’ai partagé les mêmes dangers que le Colonel Khadafi. Bien sûr, en Lybie, j’étais libre de me lever aller à la Mosquée, mais si l’on peut venir vous bombarder sans que rien ne se fasse, c’est que du point de vue danger, être à Tripoli ou à Ouaga, c’est la même chose.

Question : Concrètement, quand vous étiez à l’Ambassade, vous a-t-on demandé de rentrer et dès votre arrivée on vous a coffré ? Comment cela s’est-il passé ?

Réponse : On ne m’a pas demandé de rentrer Le 15 Octobre 1987 je n’étais pas à Tripoli. J’étais en mission aux Nations Unies à Ne York et la nouvelle est tombée quand j’y étais. Bien sûr, j’ai cherché ensuite à rejoindre mon poste. Une fois sur place, j’ai entendu les premiers moments que c’était un accident et que ce qui s’est passé n’était pas approuvé par la majorité. Mais par la suite, je me suis rendu compte que cela avait été planifié. Surtout après la déclaration du premier responsable qui Reconnaissait les faits et les endossait. C’est à partir de ce moment que j’ai rendu ma démission et souhaité que l’on envoie quelqu’un me remplacer. Je n’ai pas vu quelqu’un venir. Alors, j’ai ramassé mes affaires et je suis rentré. J’ai été ensuite aux Affaires Etrangères leur remettre leurs comptes, leurs documents de souveraineté et suis parti chez moi.et on est venu me chercher à l’improviste. C’est tout.

Question : Est-ce qu’on vous a expliqué pourquoi on vous a amené en prison ?

Réponse : Non.. Même quand on me frappait, même quand Jean-Pierre PALM me faisait torturer – je le souligne bien parce qu’il était là – on ne m’a jamais dit pourquoi on me faisait subir des tortures. C’était comme un mauvais jeu : On me sortait, on me frappait. Quand ils en avaient assez, ils me laissaient. C’était tout.

Question : On vous frappait !

Réponse : Oui ! On nous sortait, on nous faisait marcher sur les genoux, sur les mains. Toutes les fois, on me frappait Les gendarmes se mettaient à cinq ou six et on me bottait. Je souligne qu’il arrivait que le matin, l’Adjudant chef qui nous avait en charge en arrivant le matin n’était pas au courant de ce qui s’était passé. Faisait-il l’ignorant ? Je pense plutôt qu’il ne savait rien, parce que souvent, quand on nous maltraitait, on ne nous ramenait pas dans le lot. Au début, nous croyions qu’il faisait de l’hypocrisie, mais par la suite, nous nous sommes persuadés qu’il n’en était rien. Même au niveau de la Gendarmerie, le commandement n’était pas unifié. Des gens pouvaient venir faire ce qu’ils voulaient alors que le premier responsable (le Commandant de la Compagnie) chargé de notre garde n’en savait rien.

Question : Où étiez-vous détenu ?

Réponse : J’étais détenu d’abord dans un logement qui .avait été le domicile de Bassolet. Ils l’appelaient « Salle Bassolet ». Après, on nous a amené dans une salle dans laquelle logeait Nézien Badembié. On l’appelait « Salle musique ». Après, on nous a. transféré dans une salle appelée « Salle C ». Une fois qu’on nous sortait pour la torture, on ne nous ramenait pas dans la salle où nous étions en groupe. On nous mettait dans des isoloirs jusqu’à ce que nous tenions debout. C’était ainsi.

Question : Vous rappelez-vous quelques-uns de vos compagnons d’infortune ?

Réponse : Oui. Parmi les ministres, il y a Basile Guissou, Valère Somé, Saydou Traoré. Certains d’entre eux ont été sortis tôt. Ensuite j’étais avec, des Officiers, des Sous-officiers, des militaires du rang. Il y avait Bassirou Sanogo qui était ambassadeur à Alger. Il y avait Zoungrana Alain qui était Consul à Paris. Oh les libérait au fur et à mesure. Parmi ceux qui ont joué les prolongations (si vous me passez l’expression), il y avait les Passaté, Kouka, le lieutenant Youssouf Dapré… Nous étions nombreux ! Il y avait Tindano : Paix à son âme ! Il n’est plus de ce … (une ligne manque dans la photocopie dont nous disposons)… exhaustifs. •

Question : Ces maltraitances ont duré combien de temps ? Des semaines ? Des mois ?

Réponse : A la Gendarmerie, cela a duré des mois (Soupirs). Nous en avons gardé des séquelles.

Question : N’y a-t-pas eu des camarades qui en sont sortis invalides ?

Réponse : Si ! Il y a eu des invalides. Moi par exemple, voyez ce doigt (il montre son auriculaire), il n’est plus là ! La phalange est coupée… J’ai une dent qui, me manque… J’ai tout le corps qui porte des traces de tortures. Il y a un de nos compagnons qui a perdu un œil, c’est visible. Il y en a qui ont eu des côtes cassées… Vous savez, cela date de plus de dix ans ! Le corps s’est reformé, mais ce qui est coupé est coupé. Pour ce qui est de la douleur… A un certain niveau, c’est sûr et c’est certain qu’on la sent.

Question : Pourquoi vous a-t-on torturé ? Est-ce ; a dit ce qu’on vous reprochait ?

Réponse : Je vous ai dit qu’à la Gendarmerie… Puisque je n’ai rien fait. Je n’étais pas là ! Et je suis venu seul ! Je ne sais pas. Il n’y a que ceux qui faisaient… Il n’y a que Palm et puis son chef d’Escadron Badiel et éventuellement les tortionnaires qui étaient là dont je connais certains… Non, je ne sais… Je ne sais pas !

Question : A votre sortie, vous avez eu à vous soigner ou vous a-t-on soigné avant de vous sortir ?

Réponse : C’est en deux temps. Quand j’ai quitté la Gendarmerie, quelques deux mois après on m’a reconduit au Conseil de l’Entente. Je n’ai pratiquement pas eu le temps de m’asseoir. J’ai été ramené là-bas et les tortures ont continué de plus belle, avec privation de nourriture. J’en suis sorti vraiment handicapé, parce que là-bas, la torture était nettement supérieure en cruauté à ce que j’avais déjà subi. A la limite, à la Gendarmerie, j’étais comme dans un palace. Je peux dire en comparaison qu’en arrivant au Conseil., de l’Entente, j’ai regretté les tortures de la Gendarmerie. Quand ils m’ont sorti de là, il fallait que je me fasse soigner. Je peux dire que ça va, puisque je suis là, vivant !

Question : Que pensez-vous de la « Journée du pardon » ?

Réponse : (Rires). Vous savez, quand vous cheminez ensemble, s’il y a des gens qui portent des charges, d’autres qui dirigent un attelage et qu’à un moment donné on dit : « Arrêtons-nous pour nous reposer », la réaction n’est pas la même chez tout le monde. Celui qui porte une charge, ce qu’il cherche, c’est que d’abord on l’aide à décharger son fardeau. Celui qui surveille l’attelage cherchera l’endroit où il pourrait attacher son âne, et celui qui marche tout simplement et qui n’a rien s’assoit tout de suite. D’autres encore diront : « On peut continuer ».

La « Journée du pardon » est une étape. J’avoue que pour moi, le moment du pardon n’est pas encore arrivé. Les conditions ne sont pas réunies en ce qui me concerne. Rappelez-vous tous ceux qui étaient là-bas : que ce soit au présidium ou parmi les organisateurs, je n’ai pas vu une victime qui puisse être prise comme exemple de quelqu’un qui a accepté le pardon.

Si on prend les chefs d’Etats, ils ont été tous réinstallés dans leurs droits avec des conditions nouvelles d’existence. Les hommes d’Eglise, eux, tous les matins ils prêchent le pardon. C’est de formation et on peut même dire que c’est une déformation professionnelle. Je n’en discuterai pas.

Mais là où je peux m’étendre parce que c’est un domaine que je connais, c’est celui des musulmans. Parce que là, je sais que quand on commet une faute, avant d’être pardonné, on doit réparer. Même si c’est une vie qui a été enlevé, il y a « le prix du sang » qui est prévu. Même si vous n’avez pas de l’argent pour rembourser, vous pouvez travailler pour rembourser ou alors vous engager auprès des ayant-droits de la victime, avant que le pardon ne soit donné. La seule exception, c’est la suivante : Si je décide d’aller à la Mecque, je ne peux le faire avec la haine qui habite mon cœur. Je dois pardonner pour faire mon pèlerinage. Mais cela n’exclut pas que si c’est quelqu’un qui me doit et qui me doit réparation, qu’il vienne le faire. Le pardon, dans ce sens, c’est pour dire que l’on s’est trompé et qu’on ne va plus recommencer la faute commise. Or, je n’ai pas vu de réparation en ce qui me concerne. Je vous ai parié de mes détentions. Pendant ma détention, mon bureau, mon domicile ont été perquisitionnes. Aucun état n’a été fait de tous les objets qui ont été enlevés. Quand on débarque chez vous et qu’on lit votre courrier… Il y a des préjudices qui ne peuvent pas être quantifiés. Mais même ce qui peut être quantifié, je souhaiterais l’avoir d’abord.

Ma condition de détenu a influé énormément sur mon existence. Je ne sais pas comment on peut le quantifier. Et ceux qui ont posé ces actes-là, à travers ces actes, ont acquis des positions sociales, du bien matériel. S’ils veulent toujours en jouir, il n’y a pas de pardon.

A la limite, je souhaiterai que, avant de demander pardon, Blaisé Compaoré nous dise que c’est son dernier mandat à défaut de démissionner immédiatement. Qu’il reconnaisse que ça ne va pas, qu’il accepte d’arriverai au terme de son mandat en cours et qu’il quitte, la scène politique. Cela, c’est à son niveau. Quant à tous les autres qui grouillaient autour…. J’ai dit qu’on me torturait. Blaise n’était pas là avec une cravache. Mais il y avait des gens qui le faisaient en son nom. Ceux-là ont acquis du bien à travers leurs actes zélés, ils ont eu de la promotion, il faudrait qu’ils quittent ces postes et cèdent les biens acquis en tant que tortionnaires pour qu’on sache que ces genres de biens ne sont pas utilisables, ne sont pas consommables, ils sont condamnables. S’ils veulent en jouir et conserver leurs privilèges, c’est difficile. Je n’étais pas prêt le 30 mars, et jusqu’aujourd’hui, je ne sais pas ce qui a vraiment changé.

Question : Apparemment, on vous a torturé sans raison. Pourtant, vous êtes un Sankara I « .

Réponse : Ce n’est pas apparent ! Réellement, on m’a torturé, sans raison. Bien qu’étant un Sankara, je n’étais pas le plus près de Thomas Sankara de son vivant ! Quand je partais au Palais de la Présidence du temps de la Révolution et que je trouvais que quelqu’un a mangé et que le Président n’est pas là, si je demandais s’il est venu manger, on disait « Non, c’est Biaise qui est passé » ! Chaque fois que je téléphone et que je demande à voir le Président, Thomas me disait : « Il faut voir Biaise ».
Et si Blaise faisait un déplacement à Tripoli, les échanges que nous faisions montraient que, vraiment, lui ou Thomas, c’était pareil’. » Il y avait donc des gens qui étaient plus près de Thomas que moi ! Moi je n’étais qu’Ambassadeur et de façon circonstancielle. Donc, j’estime que si l’on m’a torturé parce, que j’étais Ambassadeur, je n’étais pas le seul ambassadeur ! Et le nom Sankara seul ne surfit pas, parce que je ne suis pas le seul Sankara ! C’est pourquoi je dis que j’ai été torturé pour rien !

Question : On dit que ceux qui refusent le pardon sont des gens mauvais. Comment réagissez-vous à ce raisonnement ?

Réponse : Nous ne refusons pas le pardon, nous posons des conditions. J’ai vu dans un journal le Colonel Saye Zerbo qui fait des rêves et qui résume tout en disant que « Voilà, thomas Sankara n’a eu que ce qu’il mérite. Qu’on ne doit pas le plaindre et chercher quoi que ce soit ! » Mais lui, Saye Zerbo, moi j’ai été licencié sous son règne pour fait de grève I C’était un droit. J’avais fait la grève pour exiger la libération de Soumane Touré qui est aujourd’hui leur ami et j’avais été licencié. C’est dans ces conditions-là que j’ai été obligé d’aller ailleurs ! Est-ce qu’il peut dire aujourd’hui que suite aux licenciements opérés sous son règne, des gens ne sont pas mort par manque de moyens pour se soigner ? Peut-il mesurer les douleurs dont il a été l’origine ? Autant donc il exècre Thomas Sankara, autant il doit savoir que sous son régime, il y a eu des détenus politiques des licenciés, pire, des cadavres issus des conséquences des décisions qu’il a prises. Quand on veut moraliser, on doit tenir compte de tout cela.

Question : Vous êtes, aujourd’hui un militant sankariste. Quel est aujourd’hui le sens de votre engagement ? On reproche beaucoup, de choses à Sankara aujourd’hui !

Réponse : Je trouve même qu’on ne lui fait pas assez de reproches ! A la vérité, nous avons touché à tous les domaines. Pour moi, le Sankarisme, c’est un forme d’activité politique qui crée les conditions dans lesquelles le maximum de Burkinabé doit bénéficier di minimum acceptable dans la Santé l’Education, la Sécurité. Le Sankarisme consiste à ramener nos conditions de vie à nos réalités qu’il faut organiser et gérer de telle sorte que la majorité puisse en profiter. Et cela, je ne peux pas changer de philosophie; J’ai parlé d’une grève à laquelle j’avais pris part pour exiger Ia libération d’un camarade syndicaliste Ce camarade n’étais pas du même bord politique que moi (à l’époque, les partis politiques étaient suspendus) e nous n’étions pas dans le même syndicat. Mais il avait parlé au nom de travailleurs, il avait été sanctionné e nous l’avions soutenu. C’était un acte désintéressé guidé par les principes J’ai pris part au mouvement du 4 Août pour la recherche de la vérité, de Ia justice, de la probité, la promotion du travail… Quand on a tué Thomas et ses camarades, on disait que c’était pour approfondir ces valeurs. Au coup d’Etat, je n’ai pas condamné tout de suite ce qui s’est passé. J’ai regretté les décès, mais je n’ai pas condamné à partir du moment où on disait que c’était pour approfondir ce que nous faisions. Les putschistes ont déclarer leur programme : Première année du Front Populaire Information, Deuxième année du Front Populaire Organisation, Troisième année : Action… La troisième année ne les a pas trouvés. Ils ont laissé passer leur rectification qui a disparu avant même’ qu’ils ne finissent leurs trois principes.

La première année a plutôt été celle de la désinformation et de l’intoxication. Le reste n’a été que du vent. Ce qui veut dire que l’acte du 15 Octobre 1987 n’a aucun objet s’il s’agit de l’approfondissement de notre Révolution. L’activité politique que je mène actuellement ne peut se faire que dans le sens de confirmer mes premiers engagements. Si j’ai été au Bloc Socialiste et si j’ai interrompu ma participation, cela relève des limites de chacun. A un moment donné, j’avais trouvé que mes actions ne pouvaient en aucune manière aboutir à un changement correcte et j’avais arrêté. Actuellement, sous le couvert d’autres regroupement, je pense qu’à travers l’UNIR/MS* (Union pour la Renaissance/Mouvement Sankariste) je pourrai traduire mes aspirations en action.

Question : Vous avez donc subi des violences. Votre famille en a pâti. Quand le Collège de Sages a été mis en place, n’avez-vous pas tenté de faire corriger cette injustice ?

Réponse : J’avais d’abord essayé de déposer une plainte contre ceux qui m’ont torturé. Mes conseillers m’ont dit que les présidents en exercice ne pouvaient pas être poursuivis au pénal. Ils ont utilisé tout un langage qui me persuadait que mon dossier avait toutes les chances de ne pas être étudié. J’ai estimé que les avis que j’avais reçus étaient des avis autorisés et je m’y suis conformé. Donc, quand le Collège de Sages a été mis en place, je n’ai fait que reprendre ce document et je le leur ai présenté en leur demandant sous quelle forme mon cas pouvait être examiné. Ils ont pris mon dossier. Quand la Commission de Réconciliation avait été mise en place, celle que Ram (OUedraogo NDLR) préside, j’ai été aussi reçu, ils m’ont demandé des compléments d’information que je leur ai donnés. Entre temps, il y a eu la Journée Nationale du Pardon à laquelle je suis resté indifférent parce que je ne vois pas en quoi elle me concerne, dans la mesure où je ne vois pas un acte qui me montre que les gens regrettent ou qu’il y a une réparation. J’ai entendu les engagements, les promesses… Je ne vois pas cependant en quoi cela peut modifier ma condition.

Question : Aujourd’hui, nous sommes à plus de cent jours du 30 mars, Journée déclarée du Pardon par Blaise Compaoré. Est-ce que vous pouvez nous faire un bilan à votre niveau ?

Réponse : Je ne parlerai que par rapport à mon dossier. Je n’ai rien vu ! Et même si quelque chose bouge, cela n’est pas porté à ma connaissance. Le cas que j’ai soumis est resté, comme le disent les juges, « en l’état ». J’entends qu’à certains Conseils des ministres, des décisions sont prises, mais je ne les vois pas traduites dans les faits. Je ne peux pas dire que je ne m’attends pas à quelque chose, puisque c’est moi qui ai déposé le dossier, mais je crains que si un jour on en venait à la mise en œuvre de certaines décisions, la partie méchante des hommes ne réagisse pour détruire et rendre les choses plus aiguës.

Question : Quand vous circulez en ville, ne vous arrive-t-il pas de rencontrer vos tortionnaires ? Comment réagissez-vous ?

Réponse : Cela dépend. Il faut souligner que pendant qu’on me torturait, il est arrivé que des gens versent des larmes. Quand tu tombes sur ces gens-là dans la circulation, c’est la compassion, même si vous n’échangez pas. Mais il y en a par contre qui jouissaient quand ils vous maltraitaient. Ceux-ci, quand ils vous rencontrent, ils sont gênés. Quand des gens comme eux circulent librement et que vous ne savez pas ce qui les habitent, vous voyez que c’est étrange !

Question : Les regroupements politiques se font dans l’Opposition. Pensez-vous que cela puisse changer quelque chose ?

Réponse : Les partis d’Opposition ne sont pas encore assez motivés à mon goût. L’évidence de la nécessité du regroupement est telle qu’à mon avis ils devraient avoir plus d’allant. Quand on voit les échéances électorales et la pratique sur le terrain, sans le regroupement, ils ne seraient que des faire-valoir. Regroupés, ils peuvent constituer une force à laquelle on fera attention.

Question : Quel souvenir particulièrement positif retenez-vous de la période révolutionnaire ?

Réponse : J’ai beaucoup de souvenirs positifs. Toutes les actions qui ont été posées et qui rentrent dans le cadre de l’émancipation, de la connaissance du Burkina à l’extérieur… A la limite, tous nos engagements ont été justes. Même si dans la pratique, dans la mise en œuvre de nos engagements nous avons commis des fautes, soit par ignorance, soit par zèle, je n’ai pas vu un seul de nos engagements qui n’ait pas été juste.

Question : Pouvez-vous nous dire ce que vous regrettez le plus ?

Réponse : D’abord, ce sont les pertes en vies humaines qui ont eu lieu dans le cadre politique, sous le CNR. Nous aurions pu nous passer de cela. Thomas lui-même pensait qu’on pouvait changer tout le monde. Cette philosophie aurait pu nous conduire à une meilleure situation. Nous devons demander à Dieu de nous pardonner cela, ainsi qu’aux familles. Cela ne doit plus se faire. Ensuite, il y a la destruction de certains biens, dont ceux de L’Observateur. Le CNR aurait du diligenter une enquête à ce sujet et mettre tout en œuvre pour retrouver les responsables et prendre les sanctions qui s’imposent. Nonobstant les réflexions qui auraient pu nous guider, il y a que ceux qui vivaient de cet outil de travail ont eu des difficultés qui ont pu les conduire à des drames. Quand on sait l’importance d’un journal, surtout l’un des premiers de notre pays, cela fut regrettable. La Révolution fut un grand chantier. Les mots d’ordre étaient justes et aucune autorité n’a lancé un mot d’ordre de destruction de la presse ! Il y a eu malheureusement des gens pour le faire. Si ce fut des gens du pouvoir, ce fut une mauvaise chose et nous devons assumer ces fautes tant que la lumière ne sera pas faite. Il faudrait que les choses soient clarifiées et qu’au besoin, cette faute soit réparée et le journal dédommagé. C’est pour que cela ne se répète pas. Et pour que cela ne se répète pas, il faut retrouver les coupables et au besoin, les sanctionner.

Question : Quel est votre vœu le plus cher aujourd’hui ?

Réponse : Que le capitaine Biaise Compaoré lui-même observe une pause dans sa fuite en avant. Nous nous connaissons bien. Les Burkinabé, il a eu l’occasion de s’en apercevoir, n’ont pas adhéré à son Front Populaire. Ce fut un avènement comme le CMRPN (Comité Militaire de Redressement pour le Progrès National), le 4 Août et autres engagé par une partie du peuple. .Mais la puissance de feu qui a été utilisée pour le mettre en marche était telle que tout le monde s’était tu. De telle sorte que quand les gens se taisent, ils ne vous disent pas exactement ce qu’ils pensent. Ils peuvent vous conduire dans une mauvaise direction et très loin. Je lui demande d’observer une pause, de revenir à la vraie démocratie. Qu’est-ce que la vraie démocratie ? Il faut qu’il accepte de ne plus demander le renouvellement de son mandat, que les gens se libèrent de la peur qui les amène à dire « Je vais me faire liquider par Hyacinthe, par X ou Y ». Une fois que la peur aura quitté les gens, la vraie démocratie viendra. Parce que si la vraie démocratie ne vient pas, les vrais coups d’Etat ne finiront pas. Parce qu’aucun pouvoir ne peut être garanti par aucune pression, par aucun environnement extérieur. Même quand les gens ne voudront pas faire des coups d’Etat, le jour où ils seront dans l’obligation de se défendre, ils vont réagir. Et cela sera du désordre. La vraie démocratie c’est pour Blaise Compaoré, ne plus demander le renouvellement de son mandat, ne plus demander au peuple de renouveler sa confiance à quelqu’un qui ne la mérite pas. C’est faire fonctionner correctement la justice, pour que ceux qui ont commis des fautes payent, pour que la peur du gendarme soit une réalité pour tous ceux qui ne sont pas capables de se guider à travers la conduite personnelle.

Question : Les partisans de Biaise prétendent qu’il a été élu démocratiquement !

Réponse : Qui était candidat ? N’est-ce pas un candidat aux présidentielles qui a fui le pays ? Est-ce honorable pour un candidat de dire qu’il a eu pour adversaire quelqu’un comme Frédéric Guirma ? Je n’insulterai pas le capitaine au point de croire qu’il accepte cela. Il sait que cela n’est pas bien. Il sait que s’il y a des élections sans le fusil et sans les moyens de l’État, il pourrait passer, mais pas avec ce score. Lui-même il sait. Pourquoi Ioge-t-i I entouré de fusils ? Même si les gens disent des paroles mielleuses à son endroit, ils savent que c’est faux. Pourquoi tout le monde est à côté de Biaise ? Que chacun aille dans son village faire sa vraie politique à lui-même et il verra s’il franchira le cadre du marigot situé derrière sa cour ! Chacun est derrière Blaise Compaoré, profitant du pouvoir en place et des moyens de l’Etat, de la sécurité militaire, de la sécurité financière, de tout et de tout ! Le CDP est un conglomérat de partillons CD… PD… SG … quoi et que sais-je encore ? Tout celà, c’était simplement pour le pour voir. C’est par peur d’affronter le « Boss » que chacun se tait. Même quand certains démissionnent du CDP, ils prétendent que c’est pour soutenir le président. Ce n’est pas la peine ! C’est attristant !

Question : Un dernier sentiment à exprimer ?

Réponse : Ce sera par rapport à la lutte du Collectif. Il faudrait que Blaise accepte que le Collectif est une réalité et que c’est avec le Collectif qu’il doit discuter des problèmes posés par le Collectif. S’il le fait, on aurait avancé. Je ne peux pas dire que la crise va, disparaître, mais s’il rencontre le Collectif, ne voyant en Halidou (Ouédraogo NDLR) , son ex-conseiller, mais le représentant attitré, de la. Société civile et surtout, de ce grand regroupement, symbole d’une conscience vive qu’est le Collectif, et que l’on joue cartes sur table, ce sera déjà mieux. Parce qu’on a d’autres chats à fouetter, on a le développement de ce pays à assurer, et on ne peut pas le faire s’il y a des conflits de ce genre qui perdurent.

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