Editorial de Mutations du 15 octobre 2012

«Notre lutte pour la démocratie et l’émancipation nationale a eu ses précurseurs et je voudrais que dans notre rétrospective commune pour bâtir le futur, nous puissions élever à la dignité de héros nationaux ceux là même qui, aujourd’hui absents, ont lutté pour l’indépendance, la République, la démocratie et pour la Révolution. On peut citer parmi eux Ouezzin Coulibaly, Phillipe Zinda Kaboré, Nazi Boni. Dans la même dynamique, je préconise d’y associer Thomas Sankara qui, au-delà des limites de son action, particulièrement au plan des libertés fondamentales, demeure comme je l’avais souligné dans mon appel du 19 octobre 1987, un camarade de lutte pour l’avènement de la Révolution démocratique et populaire. En leur souvenir et pour perpétuer l’esprit de notre peuple, nous élèverons un mémorial.» Ainsi parlait le président Blaise Compaoré dans son message à la nation du 11 juin 1991, date de la promulgation de la Constitution qui a instauré la IVe République. Le président Compaoré a désigné pour le Burkina ses héros au nombre de quatre. Le mémorial en question trône à Ouaga 2000. Certains de ces héros ont donné leur nom à des édifices publics. Mais le sort réservé à l’un de ces héros, en l’occurrence Thomas Sankara, n’est pas de nature à perpétuer sa mémoire et à ancrer ses souvenirs dans l’histoire de notre pays.

Le Héros de la révolution repose toujours au cimetière de Dagnoen. Les centaines, voire les milliers de visiteurs qui tiennent chaque année à visiter ce qui fait office de sépulture du président Sankara ne manquent pas de s’étonner de voir que l’homme qui s’est tant donné pour sa patrie et pour la cause des peuples en lutte partout dans le monde ait été enterré dans ces conditions. Outre ce confinement au mépris, il y a que rien ou presque n’est fait pour honorer ces illustres personnalités qui ont pourtant été élevées au panthéon de l’immortalité. Comme si l’élévation à la dignité de héros nationaux n’obéissait qu’à une simple formalité, la République n’entreprend aucune initiative pour justifier sa décision. Jusque là, il faut reconnaitre que certains médias, notamment les médias d’Etat ont du mal à afficher les images de certains héros. Certaines archives de la révolution et de son leader ont été purement et simplement détruites pour effacer les traces de l’homme.

L’indifférence de l’Etat est si frappante au point qu’on est en droit de se demander à quoi sert d’être reconnu héros au Burkina? Un « héros national » doit être respecté comme tel. Son image doit être défendue par tous les moyens par l’Etat qui l’a hissé à cette tribune. C’est pourquoi, l’on s’explique difficilement le silence des autorités lors de l’affaire Ismaël Sankara, le prétendu fils de Thomas Sankara.

Un Etat responsable et soucieux de son image et de celle de ses héros aurait pu monter au créneau pour condamner de telles cabales. Mais hélas. Le nom de Sankara reste tabou dans les institutions de la République et ceux qui les représentent. Pourtant, Sankara fait partie du quotidien des Burkinabè ; il est évoqué dans tous les milieux, y compris dans le milieu des affaires qui ont vu en lui un catalyseur. C’est peut-être trop demander au pouvoir en place. Il ne peut pas avoir dit que la politique de Sankara était mauvaise et en même temps lui tresser des lauriers. La vraie reconnaissance de Sankara se fera après ce régime, quels que soient ses successeurs, sankaristes ou anciens collaborateurs du régime. Ils ne feront que matérialiser ce qui existe déjà dans le cœur de millions de Burkinabè et de personnes à travers le monde.

Source : MUTATIONS N° 15 du 15 octobre 2012. Bimensuel burkinabé paraissant le 1er et le 15 du mois (contact : mutations.bf@gmail.com)

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