burkina24com. Affaire Thomas Sankara : Diendéré mis en examen pour attentat, assassinat et recel de cadavres

publié le 8 décembre 2015

Les choses se précisent quant à la mise en examen pour complicité du Général Gilbert Diendéré dans le cadre de l’instruction du dossier de l’assassinat du président Thomas Sankara. Trois chefs d’inculpation pèsent désormais sur l’auteur du putsch du 16 septembre 2015. Il est en effet poursuivi pour attentat, assassinat et recel de cadavres, selon RFI.

Le Général Gilbert Diendéré est déjà incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction des armées (MACA). Près d’une dizaine de personnes ont été inculpées dans le cadre de cette affaire. Le gouvernement burkinabè, dans un communiqué ce 7 décembre 2015, a salué cette évolution dans le dossier que le Président de la transition Michel Kafando avait promis de faire avancer lors de sa prise de pouvoir en novembre 2014.

Burkina24

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Le Pays 8/12/2015 Me Prosper Farama à propos de la mise en examen de Diendéré : « Blaise Compaoré doit aussi être inculpé» (extrait)

Publié le mardi 8 decembre 2015 sur http://lepays.bf/

Le général Gilbert Diendéré a été inculpé dans l’assassinat du capitaine Thomas Sankara. Selon Me Prosper Farama que nous rencontré hier, 7 décembre 2015, il est logique que cet officier supérieur de l’armée nationale burkinabè soit inculpé au regard du rôle qu’il a joué dans la tragédie du 15 octobre 1987. Mais avant d’aborder le dossier Thomas Sankara, Me Farama a répondu à quelques-unes de nos préoccupations sur l’actualité politique nationale.

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Le dossier Sankara vient de connaître un nouveau rebondissement avec l’arrestation de Diendéré. Quel commentaire en faites-vous ?

Pour moi, ce n’est qu’une simple logique. Depuis le début de cette affaire, j’ai toujours dit que l’un des dossiers les plus aisés à instruire était celui-là. Puisque l’on connaît tous les acteurs ou presque, les commanditaires et les commettants dans ce dossier. Vous prenez le cas de Blaise Compaoré. Il n’a jamais nié qu’il connaissait les éléments qui ont assassiné le capitaine Thomas Sankara. Sauf que pour sa défense, il dit que le 15 octobre 1987, Thomas Sankara avait envisagé de l’arrêter et que certains éléments de l’armée étaient obligés de prendre les devants pour éviter cette situation. C’est dire qu’il reconnaît que des éléments ont agi dans son intérêt et peut-être pour son compte. A partir de ce moment-là, il suffisait de lui demander qui sont ces éléments-là. Vous prenez le Général Diendéré lui-même, je ne pense pas qu’il ait nié une fois le fait d’avoir été présent à cette intervention. Il dit bien qu’ils étaient partis uniquement pour arrêter le capitaine Thomas Sankara. J’ai même entendu dire qu’ils auraient réagi parce que le camp d’en face avait été le premier à tirer. Il est évident que Diendéré est allé sur le terrain et qu’il a participé aux opérations. Je pense que ce sont les pesanteurs de l’ancien régime qui faisaient qu’on ne pouvait pas l’inculper dans cette affaire.

Que doit-on faire de Blaise Compaoré dans ce dossier-là ?

Il doit aussi être inculpé ; c’est la même logique. Toutes les personnes qui reconnaissent avoir participé, directement dans cet assassinat doivent être entendues et inculpées. Maintenant, une chose est de les inculper, une autre est de prouver leur culpabilité. L’inculpation n’est qu’une présomption d’innocence. Pour moi, tous les noms qui ont pu être cités dans l’intervention du 15 octobre 1987 devraient être inculpés par le juge d’instruction ; à commencer par Blaise Compaoré lui-même.

Est-ce que le Burkina Faso a les moyens d’entendre et d’inculper Blaise Compaoré ?

Toute justice a les moyens d’action. Il y a des procédures de coopération internationale en matière de justice. Même si Blaise Compaoré ne réside pas sur le territoire burkinabè, il est possible de lui demander de comparaître volontairement, quitte à ce qu’il refuse pour que la procédure qui sied en la matière soit mise en branle. Maintenant, s’il y a des réticences au niveau de l’Etat dans lequel il réside, on en prendra acte et on avisera. Pour le moment, on ne peut pas présager de ce qui peut être fait et de ce qui ne peut pas être fait.

Combien de personnes ont été au total inculpées à ce jour ?

Je n’ai pas le nombre exact mais elles valent 10.

Quels sont les rôles de chacun ?

C’est, soit d’avoir participé directement à l’assassinat, soit d’avoir posé des actes de complicité, des actes ayant aidé ou favorisé cet assassinat.

Sait-on où se trouve présentement Hyacinthe Kafando ?

Personnellement, je ne sais pas.

Son nom a été cité, n’est-ce pas ?

Bien sûr ! Avant sa disparition, il était requis pour être entendu par le juge d’instruction. Il est recherché dans ce dossier et c’est la raison pour laquelle il a disparu. Quand on n’a rien à se reprocher, on ne se soustrait pas à la justice. On va volontairement répondre.

Il était question d’un test ADN dans l’affaire Sankara. Où en est-on aujourd’hui ?

Le rapport balistique est rentré mais celui du test ADN, pas encore, à ma connaissance en tout cas.

Y a-t-il des explications ?

Là, il faut vous adresser au juge d’instruction. C’est lui qui conduit cette procédure. Il est mieux placé pour vous renseigner.

A l’heure actuelle, est-ce que tout indique qu’il y aura un jugement très prochain de l’affaire Sankara ?

Il y a des avancées notables, comparativement à celui de Norbert Zongo. On a des inculpés dans le dossier Sankara ; c’est déjà fondamental. Cela veut dire que la procédure avance. A cette allure, je pense qu’on aboutira à un jugement.

Quelle est, selon vous, la grande leçon à tirer de toute cette procédure ?

La grande leçon que je tire malheureusement dans cette affaire Sankara, comme de bien d’autres dossiers qu’on a qualifiés de « dossiers pendants » au Burkina Faso, c’est le fait que notre justice a du mal à se déterminer par rapport aux bords politiques. On a vu que la justice vacille en fonction de la situation politique du moment. C’est-à-dire qu’il aura fallu par exemple qu’il y ait la Transition pour que certains dossiers connaissent un début de solutionnement. C’est regrettable. Pour moi, la justice, c’est une institution qui doit rester indépendante du pouvoir politique.

Propos recueillis par Michel NANA

Source : http://lepays.bf/me-prosper-farama-a-propos-de-la-mise-en-examen-de-diendere-blaise-compaore-doit-aussi-etre-inculpe/

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Fasozine 06/12/2015 Dossier Thomas Sankara: le général Diendéré inculpé

L’ancien patron du Régiment de sécurité présidentielle, le général Gilbert Diendéré, a été inculpé pour «complicité» dans l’assassinat en 1987 du président Thomas Sankara. Lieutenant au moment des faits, Gilbert Diendéré était commandant en second du Centre national d’entrainement commando.

La dépouille du père de la révolution a été exhumée au mois de mai dernier du cimetière où il reposait pour savoir si c’est bien lui et pour tenter d’établir les circonstances exactes de son assassinat le 15 octobre 1987, lors du coup d’Etat qui avait porté Blaise Compaoré au pouvoir. Une dizaine de personnes sont également inculpées pour la même affaire.

Dans le livre de Ludo Martens «Sankara, Compaoré et la révolution burkinabè», le général Diendéré avait donné sa version des faits sur le décès de l’ancien président. Voici ce qu’il expliquait : « Nous savions que Sankara avait une réunion au Conseil à seize heures et nous avons décidé d’aller l’arrêter là-bas… Peu après seize heures, la Peugeot 205 de Sankara et une voiture de sa garde sont arrivées devant la porte du pavillon ; une deuxième voiture de la garde est allée stationner un peu plus loin. Nous avons encerclé les voitures. Sankara était en tenue de sport. Il tenait comme toujours son arme, un pistolet automatique, à la main. Il a immédiatement tiré et tué un des nôtres. A ce moment, tous les hommes se sont déchaînés, tout le monde a fait feu et la situation a échappé à tout contrôle. Des personnes qui l’attendaient à l’intérieur du bâtiment sont venues à sa rencontre ; d’autres sont sorties quand elles ont entendu des coups de feu. Parmi ceux qui sont tombés, il y avait Patrice Zagré, un homme avec qui nous avons beaucoup travaillé et dont tout le monde a regretté la mort. Les gardes de corps de Sankara dans la deuxième voiture n’avaient pas réagi ; ils ont simplement été désarmés. » (NDLR : on trouvera la présentation de cet ouvrage à http://thomassankara.net/?p=135).

Gilbert Diendéré est actuellement incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction des armées après une tentative de putsch contre les autorités de la Transition en septembre dernier.

Source : http://www.fasozine.com/dossier-thomas-sankara-le-general-diendere-inculpe/

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