Publié le Mercredi, 25 Novembre sur Humanite.fr

Propos recueillis par Marc de Miramon? envoyé spécial à Ouagadougou

Ancien ambassadeur du Burkina Faso en Libye (1983-1987), proche de Thomas Sankara, Mousbila Sankara a été emprisonné et torturé pendant quatre ans par le régime de Blaise Compaoré. Pour l’Humanité, il revient sur son parcours, le chaos libyen, et analyse les évènements récents de son pays : la chute de Compaoré, le coup d’État de Gilbert Diendéré, et l’échéance présidentielle du 29 novembre où il bat la campagne pour soutenir le candidat de l’UNIR / PS, maître Bénéwendé Sankara.

Ouagadougou (Burkina Faso), envoyé spécial.

Quel a été votre parcours avant la révolution sankariste ?

Mousbila Sankara. Avant de prendre contact avec les acteurs politiques, j’ai principalement évolué dans le milieu syndical burkinabé, de 1969 à 1980. En 1980, il y a eu le deuxième coup d’Etat de l’histoire de notre pays commis par le colonel Saye Zerbo qui a reçu le soutien d’un nombre significatif de travailleurs. Malheureusement, la bonne volonté de ce colonel a été émoussée par la réalité du terrain et les luttes de tendance ont conduit à une rupture entre ces mêmes travailleurs et le régime. Le droit de grève a été supprimé.

Nous avons malgré tout poursuivi la grève et de nombreux responsables syndicaux, dont moi, ont été suspendus et poursuivis. J’ai pu quitter le pays et c’est de l’extérieur que j’ai appris le renversement du régime par l’aile progressiste de l’armée, qui a pris le pouvoir sous le nom du CSP, le Comité du Salut du Peuple. Le commandant Jean-Baptiste Ouédraogo en était le président et le capitaine Thomas Sankara a été nommé peu de temps après Premier ministre. Compte tenu de leurs divergences, le 17 mai 1983, le capitaine Sankara a été arrêté et le capitaine Blaise Compaoré, qui faisait partie de la même tendance, est rentré en dissidence. Nous avons décidé de les soutenir.

Les circonstances ont guidé ce rapprochement : nous nous battions pour notre liberté à exprimer nos droits syndicaux et le 4 août 1983 ils ont renversé ceux qui nous harcelaient et nous torturaient. J’ai accepté ensuite le poste d’ambassadeur du Burkina Faso en Libye.

Mousbila Sankara war in den Achtzigern Botschafter in Libyen

Comment avez-vous rencontré Thomas Sankara ? Quels étaient vos liens avec lui ?

Mousbila Sankara. Nous sommes de la même famille, même si nous sommes parents éloignés, mais je le connaissais avant la révolution. Le nom de famille Sankara, on le trouve au Centre, au Nord et un peu à l’Ouest et aujourd’hui, grâce aux migrations, partout dans le pays. C’était quelqu’un de très curieux, et il était très intéressé par ma petite bibliothèque. Lui-même de confession chrétienne, il me posait des questions sur l’islam et la culture musulmane. Plus tard, il a suivi de près nos luttes syndicales. Il venait s’enquérir de l’état de nos négociations, prendre connaissance de nos tracts, etc.… J’ai pu constater qu’il développait une véritable vision politique, et cela nous a encore rapprochés. Par contre, je n’avais quasiment aucun contact avec Blaise Compaoré. Je savais simplement que lui et Thomas étaient très liés.

Le poste d’ambassadeur en Libye est à l’époque extrêmement sensible puisque la France et les Etats-Unis sont alors en conflit avec le régime du colonel Kadhafi, accusé entre autres d’avoir des visées sur le Burkina Faso, ancienne colonie française. Comment avez-vous vécu cette période ?

Mousbila Sankara. Je suis arrivé en poste à Tripoli à la fin de l’année 1983. Avant cela, des contacts existaient entre des agents de liaison libyens au Burkina Faso et nous. Donc j’étais une figure connue des milieux diplomatiques au sein de la capitale libyenne. Là bas, j’ai pu constater à quel point la France et la Libye étaient en confrontation sur le dossier tchadien. Les Français soutenaient le président Hissène Habré et les Libyens appuyaient Goukouni Oueddei (alors à la tête du Front de libération nationale du Tchad, le FROLINAT, ndlr). Le Tchad était profondément divisé. Or, Thomas Sankara entretenait de très bonnes relations avec le colonel Kadhafi mais également avec Hissène Habré. Compte tenu de cette situation, j’ai travaillé avec l’ambassade de France à Tripoli pour essayer de trouver une solution politique à ce conflit, d’être des modérateurs entre Thomas Sankara et François Mitterrand.

Mais la France devait être extrêmement contrariée des bonnes relations entre Sankara et Kadhafi ?

Mousbila Sankara. Oui, ils ont même protesté lorsque nous avons établi notre représentation diplomatique. Thomas leur a répondu : « vous aussi vous avez une ambassade, pourquoi nous n’aurions pas ce même droit ? Si pour l’intérêt de votre peuple, vous la maintenez ainsi qu’un centre culturel, des écoles françaises, nous le pouvons également ». Il a été très clair, catégorique. Malgré le travail que nous avons effectué avec l’ambassadeur de France, la réalité du terrain tchadien était extrêmement difficile. La France est ensuite intervenue militairement pour chasser les Libyens de la bande de territoire qu’ils occupaient au Tchad.

Etait-il facile pour un diplomate de travailler avec le régime de Kadhafi ?

Mousbila Sankara. En tant qu’individu, c’était dur. Et en tant que diplomate, encore plus difficile. Car les Libyens n’avaient pas une diplomatie classique. Quand vous êtes nommé à un poste comme celui-ci, votre premier réflexe est de vous documenter, et le cas libyen n’était documenté nulle part. C’était un régime très opaque, le bureau des Affaires étrangères n’était pas dirigé par un ministre mais par un comité, un ensemble de personnes, et l’information circulait très mal entre eux ou ils faisaient semblant de découvrir à chaque fois une situation dont vous aviez discuté la veille avec un autre interlocuteur. Rien n’était jamais acquis.

La France a fait la guerre à Mouammar Kadhafi en 2011, le pays est aujourd’hui détruit, livré aux milices, et les métastases de ce conflit n’en finissent pas de s’étendre à l’Afrique subsaharienne. Que cela vous inspire-t-il ?

Mousbila Sankara. Quand j’étais en Libye, compte tenu de ma religion musulmane, de ma culture, j’étais avec le peuple, le Libyen lambda. Nous avions là bas des milliers d’émigrés burkinabés, maliens, tchadiens, tunisiens, algériens etc.… Pourtant, personne ou presque ne songeait à franchir la Méditerranée car chacun trouvait sur place ce dont il avait besoin. La Libye était la vache à lait de l’Afrique. Le drame a commencé avec les sanctions de la communauté internationale, suivi des bombardements de 1986. Les gens ne pouvaient plus rien envoyer à leurs familles restées au pays. Quant l’intervention de Sarkozy est venue détruire l’Etat libyen en tant que tel, il fallait bien que tous ces immigrés aillent quelque part. Malheureusement, vous n’êtes pas capables, vous Européens, de voir le problème dans sa complexité. Partout où les gens n’arrivent plus à vivre, ils chercheront à aller ailleurs, et pour l’instant, leur « ailleurs », c’est chez vous. Même si vous bétonnez, ils perceront le béton. La solution c’est d’accepter qu’on a mal fait et aider les populations à rester chez eux. Il vous a fallu trois siècles pour vous construire et élever votre niveau de vie. C’est devenu un mirage pour nous. Or, les perspectives d’avenir doivent se construire sur place, au niveau local. Rares sont ceux qui se sentent à l’aise loin des leurs, de leurs familles.

Dans les semaines qui précèdent le renversement et l’assassinat de Thomas Sankara, vous êtes donc toujours en poste à Tripoli…

Mousbila Sankara. Oui, mais pas ce jour là (le 15 octobre 1987, ndlr). J’étais parti quelque temps plus tôt à l’Assemblée générale de l’ONU à New York, et c’est de là-bas que j’ai appris sa mort. Blaise s’était rendu à Tripoli le 31 août 1987 pour représenter le Burkina Faso à l’occasion de la fête du 1er septembre célébrant la prise de pouvoir du colonel Kadhafi. Nous avons échangé à propos du climat délétère qui régnait alors au Burkina. Des tracts anonymes circulaient et qui illustraient de profondes divisions au sein des responsables de la révolution burkinabé. Il m’a juré que ces tracts n’étaient pas de son fait mais du Parti communiste révolutionnaire voltaïque (PCRV)[[ Le PCRV est une structure politique clandestine soupçonnée d’avoir joué un rôle dans la déstabilisation de la révolution sankariste.]], qui tentait de les opposer, mais qu’ils ne parviendraient pas à leurs fin. Le PCRV n’a pas changé depuis. Ils sont toujours dans la clandestinité, ils prônent en permanence des idées séduisantes mais qui ne sont jamais applicables dans le monde réel. La caricature des trotskystes, en quelque sorte. Pour en revenir à Blaise Compaoré, il m’a dit ensuite qu’il allait réunir la presse afin de mettre un terme aux rumeurs et rétablir la vérité sur ses excellentes relations avec Thomas Sankara.

Quand j’ai appris le coup d’Etat, j’ai appelé Blaise. Il m’a dit qu’il avait été débordé et qu’il cherchait à rétablir la situation. Il a ajouté : « ne rentre pas, car si nous sommes tous arrêtés ou tués, ce sera sans issue ». Mais il s’est bien gardé de m’informer la mort de Thomas. C’est seulement quand j’ai appelé Tripoli que j’ai enfin été mis au courant. Blaise Compaoré m’a ensuite demandé de l’aider à lui fournir de l’aide et des équipements, ce que j’ai fait. Blaise n’était évidemment pas débordé du tout. C’est lui qui gérait tout, et il a fini par l’assumer publiquement une semaine plus tard. Tout cela n’était qu’une tromperie.

Comment les Libyens ont-ils accueilli le coup d’Etat et l’assassinat de Thomas Sankara ?

Mousbila Sankara. Ils étaient divisés. D’abord, la perte de la personne les a marqués car certains étaient fiers de Thomas Sankara. Mais ils avaient leur politique. La Libye voulait quelqu’un qui puisse leur permettre un accès à certaines zones qu’ils convoitaient, comme la Côte d’Ivoire, le Togo et le Niger, et Thomas était réticent. Ils ont donc cherché à voir comment ils pouvaient tirer leur épingle du jeu face à cette situation nouvelle. Quand je suis rentré à Ouagadougou, je me suis rendu compte que je ne pourrais pas travailler avec Blaise Compaoré qui assumait alors être à la tête des officiers qui avaient renversé la révolution. Je suis rentré en Libye, j’ai envoyé une lettre de démission. Ils ont retiré ma voiture, coupé mes téléphones et mon télex et rendu ma situation ingérable. J’ai finalement réussi à faire partir mon épouse et je suis rentré au Burkina. Ils m’ont accueilli à l’aéroport au mois de décembre, et ils m’ont arrêté le 14 et jeté en prison.

Votre détention a été extrêmement dure, pourquoi avez-vous été torturé ?

Mousbila Sankara. J’ai subi des tortures pendant quatre ans. Et je n’ai jamais compris pourquoi. De temps en temps, mes tortionnaires me posaient des questions auxquelles je n’avais pas de réponse. Puis au bout de deux ans, on m’a transféré au Conseil de l’entente [[Cœur du pouvoir à Ouagadougou, où Thomas Sankara a été assassiné.]] et là cela a été une toute autre musique. On m’a accusé d’être un adversaire du nouveau régime et de travailler en intelligence avec Boukary Kaboré [[Surnommé « le Lion », proche de Thomas Sankara et héros de la guerre entre le Mali et le Burkina Faso, Boukary Kaboré a refusé de reconnaître la légitimité de Blaise Compaoré. Après son exil au Ghana, nombre de ses hommes ont été assassinés par le nouveau régime.]]. Ils m’ont torturé pour que je signe un papier lui demandant de se rendre, ce que j’ai refusé.

Vous avez été torturé par des éléments du RSP. Le général Diendéré, qui a tenté au mois d’octobre un coup d’Etat et qui dort aujourd’hui en prison, était-il présent ?

Mousbila Sankara. Oui. Gilbert Diendéré faisait partie de cette équipe de tortionnaire. Je les connaissais tous, vous savez. On a travaillé ensemble pendant quatre ans.

Si vous n’avez compris ni les raisons de votre arrestation et celles des tortures que l’on vous a infligé, avez-vous compris celles de votre libération ?

Mousbila Sankara. Non plus. Des organisations de défense des droits de l’homme ont tenté d’intervenir pour obtenir au moins la tenue d’un procès pour moi et mes codétenus. Nous étions une dizaine dans ma cellule. Des avocats commis d’office se sont occupés de notre dossier, et j’ai appris en 1991 que j’avais été gracié. Nous étions des lambeaux de personne : malades, handicapés… La plupart sont morts aujourd’hui. Quand je suis sorti, j’avais perdu la vue. J’ai déposé plainte contre Blaise et ses hommes pour séquestration et torture. On m’a répondu que les lois garantissaient l’impunité à Blaise Compaoré, et qu’un dépôt de plainte allait compliquer ma situation.

Comment avez-vous vécu la chute de ce même Blaise Compaoré en octobre 2014 ?

Mousbila Sankara. Pour moi, le départ de Blaise a constitué une surprise car les manifestations visaient avant tout à l’empêcher d’être à nouveau candidat aux élections. Mais la tournure des évènements l’a contraint au dernier moment à partir. Cependant, on n’a pas tenu compte du rôle joué par ceux qui ont provoqué la chute de Blaise Compaoré [[Les Sankaristes de l’UNIR/PS et les acteurs de la société civile, dont le Balai citoyen]]. La transition s’est organisée mais le RSP était toujours en place, comme l’a montré la tentative de coup d’Etat menée par Gilbert Diendéré.

Cette tentative de coup d’Etat a été qualifié de « stupide » par la plupart des observateurs, partagez-vous ce point de vue ?

Mousbila Sankara. Disons qu’elle apparaît stupide pour ceux qui ne connaissent pas notre histoire. Gilbert Diendéré tirait les ficelles dans l’ombre depuis le départ de Blaise, et il obtenait toujours ce qu’il voulait. Face à la détermination de ceux qui ont exigé la dissolution du RSP, il s’est rendu compte qu’il n’aurait aucun moyen de le reconstituer puisqu’il n’était plus dans le système. Alors il l’explique à ses complices du RSP, mais ceux là n’ont pas la finesse du milieu politique. Lui savait qu’un pouvoir militaire n’était plus possible mais il voulait créer une situation qui amène à la négociation afin d’éviter la dissolution du RSP. Et ce moyen, c’était de faire traîner la tenue des élections et d’appuyer un parti politique partageant cette vision et susceptible de maintenir le RSP. Il a été débordé par ses hommes qui ont cru possible de prendre le pouvoir. Pour une fois, Gilbert Diendéré a été mis devant le fait accompli. S’il n’assumait pas le putsch de ses hommes, cela voulait dire qu’il les abandonnait à leur sort, ce qui est difficilement concevable pour un militaire. Blaise n’était plus là pour corrompre et s’assurer la fidélité d’une armée qui n’a pas suivi le RSP.

Pour vous, le RSP a toujours joué le rôle de faiseur de rois au Burkina Faso…

Mousbila Sankara. Le RSP a officiellement été crée en 1996, mais la structure existait déjà sous le nom de Centre national d’entraînement commando (CNEC). Et ce sont les mêmes personnes qui ont renversé le commandant Jean-Baptiste Ouédraogo, qui ont tué le capitaine Thomas Sankara, et qui ont exfiltré Blaise Compaoré en 2014.

Quel a été selon vous le rôle joué par la Côte d’Ivoire dans ce coup d’Etat ?

Mousbila Sankara. Je ne veux pas raconter n’importe quoi, c’est une partie de l’histoire que je ne connais pas. Je sais que les rebelles ivoiriens sont passés par le Burkina Faso lors de la partition du pays en 2003. Je suis un pro-Gbagbo par principe, et je n’ai pas apprécié le sort que l’on a fait à ce pays. Cela m’a en quelque sorte enlevé toute ma dignité. J’évite même d’en parler, et de transiter par ce pays lorsque je voyage. Ceci dit, les problèmes fondamentaux du Burkina Faso ne trouvent pas leur source en Côte d’Ivoire. Si un gouvernement pose un problème, la question est réglée en France et aux Etats-Unis.

Les élections du 29 novembre sont présentées comme les plus libres et démocratiques de l’histoire du Burkina Faso. Partagez-vous ce point de vue ?

Mousbila Sankara. Ceux qui ont manifesté et obtenu la chute de Compaoré voulaient la fin d’un système de prédation économique, d’une impunité généralisée, et un processus qui permette de tirer les leçons de ce qui s’est passé. Mais l’occident, qui contribue massivement au budget de l’Etat, a réclamé l’organisation d’élections à l’horizon d’un an. En quelque sorte, les acteurs de l’ancien système ont évité le jugement qui les aurait chassés de la scène politique burkinabé et qui aurait permis l’émergence d’une nouvelle génération politique. Si un Roch Marc Christian Kaboré ou un Zéphirin Diabré (les deux favoris du scrutin, ndlr) est élu président de la République, ce ne sont pas eux qui vont ouvrir les dossiers des crimes économiques auxquels ils ont participé. La démocratie, on ne la mesure pas simplement à travers la capacité à s’imposer grâce à la supériorité des budgets de campagne. A l’UNIR / PS, nous y allons et nous profitons de cet espace pour expliquer à la population ce que nous pensons être juste pour ce pays. Nous savons qu’avec nos maigres moyens, une victoire relèverait du miracle. Mais nous partons résolument en campagne pour que la trace de nos convictions profondes ne s’égare pas.

Qu’est ce que cette élection peut changer pour le quotidien difficile des Burkinabés ?

Mousbila Sankara. Avec Roch ou Zéphirin, ça ne changera rien. On aura quelques nouveaux riches, c’est tout. Si pendant 27 ans ils ont été incapables d’amener Blaise à œuvrer dans le sens de l’intérêt général, qu’attendre d’eux aujourd’hui ? Qu’attendre d’un Zéphirin Diabré, ancien ministre des privatisations à un franc symbolique ? Thomas Sankara avait mis en place un système de démocratie directe avec des votes à main levée. C’est cela qui contribue à empêcher la corruption. Ce qui a été mis en place ici, c’est une démocratie marchande à l’occidentale.

Propos recueillis par Marc de Miramon

source : http://www.humanite.fr/ce-qui-ete-mis-en-place-ici-cest-une-democratie-marchande-loccidentale-590849

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