Le journaliste camerounais Alain Foka a édité en 2015 à la disposition du grand public, le volume 2 de la version vidéo de son émission Archives d’Afrique, entièrement consacré au père de la Révolution burkinabè.

Cette série documentaire d’environ 6h de temps est repartie en 4 parties.

Coffret Archive d’Afrique consacré à Thomas Sankara

Thomas Sankara, volume 2 Archives d’Afrique – Coffret de 4 DVD, © 2015

Partie 1 (1h32′) – Partie 2 (1h45′) – Partie 3 (1h25 ») – Partie 4 (1h04′)

Série documentaire produite, réalisée et présentée par Alain Foka pour Phœnix Médias Productions.

 

http://www.archivesdafrique.com/coffret-video-archives-dafrique-vol-2


La critique de Frédérique Lagny

Nul besoin de présenter le journaliste camerounais Alain Foka qui dirige et anime depuis de nombreuses années sur RFI l’émission « Archives d’Afrique ». Parallèlement à cette émission radiophonique, Alain Foka développe et produit un magazine documentaire du même nom qui fait appel aux archives en images. Après un coffret consacré aux « Indépendances » et à ses Pères fondateurs, Alain Foka s’est penché sur la vie de Thomas Sankara et les quatre années de la Révolution au Burkina Faso. Ce coffret sorti en janvier 2015, quelques mois seulement après l’Insurrection populaire burkinabè des 30 et 31 octobre 2014, revient sur les conditions de l’avènement de la Révolution au Burkina Faso en 1983, sur son développement et sur sa fin survenue avec la mort tragique de Thomas Sankara et de douze de ses compagnons le 15 octobre 1987.

Si de nombreux films, du très poétique « Thomas Sankara, l’espoir assassiné » (26′, 1991) de Balufu Bakupa-Kanyinda à l’excellent « Capitaine Thomas Sankara » de Christophe Cupelin (115′, 2015), ont contribué à nous éclairer sur la « présence », la pensée et la personnalité de Thomas Sankara, le coffret d’Alain Foka offre un éclairage salutaire sur les enjeux de politique intérieure et extérieure de la Révolution. Six heures d’archives en images commentées par Alain Foka et rythmées par une série d’interview de personnalités burkinabè actives sous la Révolution, structurent le récit en quatre parties. Alain Foka aborde successivement l’An I de la Révolution et les tribunaux révolutionnaires, les grands chantiers et la création du Burkina Faso, les adversaires de la Révolution et les dissensions internes, la chute programmée et l’assassinat de Thomas Sankara.

Au delà des grands moments qui ont marqués la vie et le parcours politique de Thomas Sankara comme sa visite à Harlem en 1984 ou son célébrissime discours sur la dette devant l’Union Africaine en juillet 1987, Alain Foka revient également avec précision sur certains épisodes parfois moins connus ou moins reluisants comme « la guerre de Noël » en 1985 avec le Mali de Moussa Traoré ou le renvoi de plus de mille instituteurs et enseignants considérés comme réactionnaires durant la première année de la Révolution.

Mais c’est surtout au travers de témoignages – comme celui de Maître Halidou Ouédraogo, premier procureur de la République pour les TPR (Tribunaux Populaires Révolutionnaires), d’Hama Arba Diallo (1939-2014), ministre des affaires étrangères récusé en 1984 et futur chef de file de l’opposition sous Blaise Compaoré ou encore celui de Luc Marius Ibriga, constitutionaliste, proche du pouvoir mais spolié par les TPR – que sont apportés de nombreux éclairages sur les dysfonctionnements de la Révolution auxquels Thomas Sankara a dû faire face.

D’autres témoignages de personnages moins connus, amis proches, collaborateurs ou conseillers de Sankara, comme Alouna Traoré, seul rescapé du massacre du 15 octobre, Abdoul Salam Kaboré, médecin militaire et ministre de la santé sous la Révolution en 1983, ou encore Fidel Kientéga, ami intime du Président, contrebalancent avec émotion et grâce les difficiles moments vécus par Sankara alors entièrement habité par l’intérêt supérieur de son pays.

Les véritables tours de force qu’auront été la « vaccination commando » ou la « Bataille du rail » [1] n’auront pas sauvé le visionnaire politique que fût Thomas Sankara. Pourtant, la modernité de son analyse quant à la politique dévastatrice élaborée au début des années 80 par le FMI en direction du continent Africain – « (…) ces bailleurs dont les bâillements suffiraient à faire surgir la richesse chez les autres peuples (…) » – reste la meilleure preuve de sa lucidité[2].

Dans la quatrième partie, Alain Foka revient avec force détails sur les prémices et les conditions de la chute de Thomas Sankara comme la distribution de tracts venimeux dans lesquels Sankara est taxé de misogyne, de dévoyé et de drogué, ou de publications gratuites, tel que « L’intrus« , propices à attiser le climat délétère qui régnait dans les rues de Ouagadougou en 1987. Il évoque également le mea culpa que Sankara fera dans un discours de toute première importance à Bobo-Dioulasso à l’été 1987 à l’aube de l’an V de la Révolution. Un discours peu relayé par les médias burkinabè (certains déjà acquis au camp adverse), puis soigneusement ex-purgé de l’Histoire officielle sous le Front Populaire de Blaise Compaoré. En revanche, le rôle joué par la France et notamment par la voix de Guy Penne, conseiller aux Affaires africaines de François Mitterrand est très, trop, discrètement évoqué. On aurait aimé une analyse plus profonde des liens qui unissaient et unissent toujours ce petit pays sahélien sans ressources à la France des années 80. En outre, la reconstitution relativement maladroite tournée au Cameroun de la terrible journée du 15 octobre 1987 au Conseil de l’Entente affaiblit considérablement la dialectique narrative du magazine soudain presque ravalé au rang de feuilleton de « télé-réalité ». À noter aussi l’utilisation répétitive de mêmes images d’archives telles que plans de foules, tournées de Sankara dans les campagnes ou encore rares images de Mariam Sankara et de ses enfants, pour illustrer des « épisodes » parfois antinomiques ou très éloignés dans le temps qui brouillent la compréhension de certains passages. Le volume trois notamment, souffre de cette surexploitation illustrative qui affaiblit le rythme et la clarté des propos d’Alain Foka.

Si l’on se laisse volontiers séduire par le discours d’Alain Foka retraçant l’épopée extraordinaire que furent ces quatre années de la Révolution, on regrettera cependant le manque de précisions du générique quant aux archives utilisées. Hormis la mention de l’INA et de certains médias de télévision, elles sont en effet toutes rassemblées sous l’appellation « Fonds média Phœnix production ».

Enfin, le prix de 80 euros soit environ 50.000 francs CFA pour l’achat de ce coffret est rédhibitoire sur le continent Africain. Il aurait peut-être fallu l’éditer dans une version moins luxueuse afin d’atteindre un public plus large.

Frédérique Lagny,

Bobo-Dioulasso, Burkina Faso, 11 janvier 2017

[1] 80 km de rail construits à mains nues entre Ouagadougou et Kaya, un projet qui devait relier la capitale au Niger voisin sitôt abandonné sous le Front Populaire de Blaise Compaoré inféodé aux diktats du FMI ; l’exploitation de ce rail, par ailleurs construit hormis ce tronçon sous la colonisation et avec le travail forcé des populations, fut d’ailleurs rapidement concédé à l’homme d’affaires français Vincent Bolloré dans les années 90. La récente guerre en Côte d’Ivoire a en outre, laissé sur le carreau bon nombre de cheminots burkinabè, licenciés pour cause de fermeture des frontières et finalement spoliés de leurs droits par le groupe Bolloré. Bolloré rail a été condamné par les tribunaux français en 2007 pour manquements au droit du travail.

[2] Voir le film de Michel K. Zongo, La sirène de Faso dan Fani http://thomassankara.net/sirene-de-faso-fani-film-de-michel-k-zongo/


BIOGRAPHIE Alain Foka

Foka Alain

Diplômé de Sciences Po Paris, du Centre de formation des journalistes de Paris (CFJ) et de l’École supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA), Alain Foka, né au Cameroun en 1964, commence sa carrière de journaliste à France Inter où il présente des flashs d’informations. Puis il rejoint simultanément Europe 1 et La Cinq en tant que reporter pour fonder en 1992 la société Phoenix Productions Médias avec laquelle il a réalisé une cinquantaine de documentaires pour Planète, France 2 et TF1. Depuis 1994, il est également journaliste à RFI où il a produit et animé de nombreux magazines documentaires dont Afrique Plus, Le débat Africain et plus récemment Archives d’Afrique.

http://www.rfi.fr/emission/archives-afrique

http://www.archivesdafrique.com/

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