ISBN : 978-2-343-12704-0

Editeur : L’Harmattan

1 septembre 2017, 464 pages, format 15,5 x 24 cm


Présentation de l’ouvrage (4ème de couverture)

Excepté quelques rares pays comme le Sénégal, l’Afrique noire est malade de son armée. L’irruption éhontée de cette dernière sur la scène politique démontre à souhait son manque de formation, son impréparation à faire face à ses devoirs et obligations, son immaturité, et son manque de professionnalisme. Le complexe d’infériorité déguisé en complexe supériorité de ses cadres vis-à-vis de leurs homologues civils participe de cette fuite en avant inacceptable. L’on est par exemple fier de se réclamer du statut militaire tout en abhorrant servir l’armée. Dès lors, les subterfuges tels que « l’armée regorge de compétences qui demandent à être mises au service de la nation » sont légion. Dans une telle posture, ni l’armée n’est commandée, ni les postes civiles usurpées ne sont bien gérés. La compétence réelle manque tout simplement.

En très grand mal d’imposture, les pseudo-intellectuels et intellectuels faussaires aident l’armée dans cette forfaiture permanente, notamment sous la révolution sankariste. Ils aident à sa politisation, toute chose qui reste contraire aux règles de neutralité qu’elle se doit d’observer de manière stricte. L’armée ne peut et ne doit être partisane en créant ou en adhérant à un parti politique sous peine de remettre en cause le contrat social. La démocratie est à ce prix car, les partis politiques sont, par essence, partisans et cause de division de la société, si des règles précises ne gouvernent leur mode de fonctionnement. Le verbe le « partire » ne signifie-t-il pas diviser ?


Présentation de Lona Charles Ouattara (4ème de couverture)

Le député Lona Charles Ouattara

Aviateur après des formations en Angleterre, à l’ENAC et à l’université d’Aix-Marseille, le Saint-Cyrien Lona Char Ouattara est Titulaire des doctorats d’anglais et d’aéronautique, et est ingénieur en Télécommunications et en aéronautique option avionique. Successivement Chef d’État-major du 1er RIC, chef adjoint des moyens opérationnels de l’armée de l’air, chef des opérations aériennes de l’ONU et directeur logistique de l’OIAC, le Colonel Lona Charles Ouattara est actuellement député 2e Vice-Président de l’Assemblée nationale de son pays le Burkina Faso.


Table des matières

Préface                                                                          5

Introduction                                                                     9
Première Partie    Daba et encrier                                              15
Chapitre  1        Les sortilèges                                               17 
Chapitre  2        Le secret                                                    29
Chapitre  3        Le choc                                                      45
Chapitre  4        La survie                                                    59
Chapitre  5        Frayeurs d'enfance                                           65 
Chapitre  6        L'écrivain public                                            71
Chapitre  7        Lougouzanga et Gane                                          79

Deuxième Partie    L'enfant soldat                                             103
Chapitre  8        Barrière de pluie                                           105
Chapitre  9        La vie d'un collégien                                       119
Chapitre 10        Les difficultés s'annoncent                                 143
Chapitre 11        Où mène la liberté                                          151
Chapitre 12        La corniche Mac Mahon                                       173
Chapitre 13        L'ESM de Saint Cyr                                          209

Troisième Partie   L'Officier                                                  249
Chapitre 14        La guerre des pauvres                                       251
Chapitre 15        Hors des sentiers battus                                    289

Quatrième Partie   Convictions politiques                                      319
Chapitre 16        Le devoir de l'officier                                     321
Chapitre 17        Le refus                                                    363
Chapitre 18        Quête d'espérance                                           417

Conclusion - mélancolie                                                        427

Annexe                                                                         429   

 


Nos commentaires

Bien que le titre le suggère, ce livre n’est pas un livre sur la révolution burkinabè. Tout juste apporte-t-il quelques informations sur le rôle des militaires, surtout d’ailleurs durant la période 80 82, plus que sur la prise de pouvoir des révolutionnaires en août 1983.

Mais le terme révolution ne saurait se restreindre à la seule prise du pouvoir. Le terme dessous pourrait signifier quelques révélations. Quant la présence ici du sous-titre « la mélancolie du pouvoir », cela reste bien mystérieux.

Une biographie de l’auteur

En réalité il s’agit de la biographie de l’auteur, partielle, car elle s’arrête à la mort de Sankara. La période qui suit n’est traitée qu’en quelques pages, alors qu’elle dure plusieurs décennies.

Pas grand chose sur le régime de Blaise Compaoré. Il est vrai que l’auteur a fait une très longue partie de sa carrière à l’étranger. Il ne traite ni du rôle de l’armée durant l’insurrection, ni durant le coup d’État de septembre 2015. On sait juste qu’il se fera élire député de l’UPC (Union du Peuple pour le changement) de Zéphirin Diabré, un chantre du libéralisme économique.

La première partie est intéressante à plus d’un titre. Elle est bien écrite et fait souvent penser à un roman, riche en anecdotes mais aussi en descriptions de la culture Sénoufo, de ses rites, ses croyances, son imaginaire. Un univers qui nous apparaît bien poétique tout autant que mystérieux.

L’auteur parait marqué par un épisode tragique. Son père se fait prendre sa femme jugée trop belle. Sur ordre du chef de canton, elle devra rejoindre un notable et vivre avec lui. Il sera donc éduqué par son père. On trouve aussi dans cette première partie, la plus longue, quelques scènes d’amour ou du moins d’initiation aux rapports sexuels.

On aurait aimé une explication, sur le fait que son père est peul (c’est ce que dit l’auteur d’entrée), alors qu’il va être éduqué comme un Sénoufo.

L’auteur a choisi de se raconter à la troisième personne sous le prénom de Lougouzanga.

Première originalité, il affirme très tôt avoir ressenti une aversion pour le travail de la terre. Et se retrouve choisi pour aller à l’école du Blanc ce que tous les parents redoutent pourtant à l’époque dans sa région, et ce contre la volonté de son père.

Toute cette partie du livre, particulièrement riche, est une description de la période coloniale particulièrement violente. Les travaux forcés, dont son grand père lui fait un récit particulièrement noir. Reproduisant par mimétisme ce qu’ont vécu leurs parents, les aînés de l’école se laissant aller à des penchants sadiques. Tout le récit est alors baigné de l’injustice qu’il rencontre à l’école, mais aussi dans sa vie. A l’opposé la culture Sénoufo transmet les valeurs d’honnêteté et de droiture.

Il côtoie Sankara lors de ses études

Il se révèle bon élève et parvient à être accepté au lycée Ouezzin Coulibaly à Bobo Dioulasso. Il découvre un monde tout nouveau, et les avantages dont bénéficient les quelques élus peu nombreux à l’époque, le confort, les habits, la nourriture, l’enseignement. Le lycée fait « figure de paradis terrestre pour les jeunes arrivants ». Et il ajoute : «Convaincus que c’est la France qui qui pourvoit à cette aisance, les jeunes gens à l’exception d’Isidore ne comprennent pas pourquoi on a voulu le départ de cette dernière d’Afrique en général et de Haute Volta en particulière ». Il confirme ainsi la précoce conscience politique de d’Isidore Ouedraogo. Ouedraogo n’est autre que le nom que portait à cette époque Thomas Sankara. Il ne récupérera ce nom originel de son père, à sa demande, qu’en fin de premier cycle. On croise alors quelques noms de futurs militaires qui joueront un rôle politique dans le futur.

Plusieurs d’entre eux se retrouvent en seconde à l’EPMA (école militaire préparatoire africaine) qui deviendra le Prytanée militaire. Il évoque l’influence qu’aura sur Thomas Sankara Adama Touré, dirigeant du PAI (Parti africain de l’indépendance). Ce parti marxiste jouera un rôle important dans l’avènement de la Révolution.

Il affirme que c’est grâce au PAI que Thomas Sankara pourra à l’issue du BAC se rendre à l’académie militaire d’Antsirabé, alors qu’il n’y aurait pas droit, vu son manque d’expérience militaire. Renseignement pris par quelques personnes qui l’ont cotoyé alors, dont un des dirigeants du PAI, une telle influence de ce parti sur l’armée semble largement surestimée. Deux acteurs de la révolution que j’ai interrogés, dont un ancien dirigeant du PAI réfutent cette version. Ce parti ne pouvait avoir une telle influence sur les décisions internes à l’armée

Avant de se quitter, notre auteur et Thomas Sankara, conviendront « amicalement de s’appeler réciproquement Bouillon et Bouilli en référence à des personnages de la littérature française ». Lougouzanga continuera ses études en France. Il en profite pour visiter quelques pays d’Europe. Il sera plus tard admis à Saint Cyr, où il raconte le racisme mais aussi la camaraderie, puis en Angleterre, après cependant un retour en Haute Volta.

S’il tient jusqu’ici à revendiquer son amitié pour Thomas Sankara, il se concentre dans la suite du livre surtout à lui porter des attaques. Il en est ainsi de son fait d’arme lors de la guerre du Mali de 1974, qu’il désapprouve car selon lui il aurait feint de ne pas avoir entendu un message signifiant qu’un accord a été trouvé pour attaquer une colonnes sur le repli. Selon lui le gouvernement est furieux Thomas Sankara est relevé de ses fonctions, mais il sera quand même accueilli en héros à cause du PAI et les organisations syndicales.

La préparation de la Révolution

C’est à cette époque que Thomas Sankara lui écrit pour lui proposer d’intégrer le ROC, Rassemblement des officiers communistes, selon l’auteur une appellation que Abdul Salam Kaboré réfutera, même si effectivement ses membres s’initient au marxisme. Lougouzanga refusera. D’ailleurs on comprend vite par la suite qu’il est très anti-communiste.

Toujours selon lui, ce serait sous la pression « orchestrée par le PAI » que l’armée lui confiera la tête du CNEC (Centre National d’entraînement commando), dont il attribue l’inspiration à Fidèle Guèbre. Le PAI serait donc de nouveau l’inspirateur des décisions de l’armée ! C’est peu crédible.

On croise, à cette étape du récit, d’autres protagonistes qui deviendront des acteurs politiques comme Henri Zongo et Jean Baptiste Lingani. Ce dernier s’avère un adepte des gris-gris. Il s’attache ensuite à raconter les conflits au sein de l’armée, à partir du coup d’État de 1980, alors qu’il rentre juste de ses études en Angleterre. Il raconte les positions des officiers de sa génération qui vont s’opposer sur des questions politiques, parfois avec les armes, ne cachant pas son opposition aux révolutionnaires.

Cette période se termine par l’avènement de la Révolution le 4 août 1983 par la victoire des révolutionnaires autour de Thomas Sankara. L’auteur s’oppose de plus en plus à Thomas Sankara. Pourtant, il affirme que celui-ci qui aime à s’entourer de ses amis, lui propose le poste de secrétaire général des CDR. Une version sujette à caution tant il s’agit d’une position clé, alors qu’il affiche des positions contre-révolutionnaires ! A moins qu’il ne les ai cachés jusqu’ici, mais il paraît peu probable que Thomas Sankara ne les connaissent.

Piégé par les révolutionnaires?

Il se voit confié alors la direction d’un chantier lancé par la Révolution. Il raconte qu’il se bat pour la réussite du projet, alors que les CDR font tout pour saboter son travail. Se sentant piégé, il finit par s’enfuir en Côte d’Ivoire. Il est longuement interrogé par les hommes des renseignements, dont des français, qui soupçonnent un espion. Il est finalement blanchi, en partie grâce au soutien d’un officier français de Saint Cyr.

On lui propose alors de rencontrer Jean Claude Kamboulé qui tente d’organiser l’opposition. Cette partie confirme s’il en était besoin que la Côte d’Ivoire abrite les opposants mais surtout les soutient aussi activement. L’ouvrage confirme donc, qu’à l’époque, Jean Claude Kamboulé prépare un coup contre le régime révolutionnaire.

Le livre se termine par quelques considérations sur une nécessaire réforme de l’armée. Charles Ouattara, l’auteur signe parfois d’ailleurs des tribunes libres dans la presse burkinabè sur le sujet, bien qu’il ait fait sa carrière militaire essentiellement à l’étranger à l’ONU.

Il faut saluer l’arrivée sur le marché de livres d’opposants à la Révolution. Il est bon de connaître leur version. Nous avons émis des doutes sur certaines affirmations. Au delà du témoignage, la qualité de ce livre résulte surtout dans la première partie, bien plus longue, où il raconte son enfance et ses études jusqu’au bac.

Bruno Jaffré

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