Discours du Capitaine Thomas Sankara prononcé le 22 avril 1985 lors de l’inauguration de l’inspection générale des Eaux et Forêts, dans le cadre de la semaine révolutionnaire du forestier. La lutte pour la défense de l’environnement et pour limiter la désertification a toujours été une priorité du Burkina révolutionnaire. Ce discours est le plus important prononcé sur cette question. Il y définit le contenu du mot d’ordre des « trois luttes ».

Ce discours a été publié par Carrefour Africain n°880 du 26 avril 1985.

 La rédaction


 

 Discours aux forestiers : trois luttes, trois victoires – 22 avril 1985

Camarades forestiers, camarades militants et militantes de la RDP, chers amis du Burkina Faso.

Cette semaine révolutionnaire que nous vivons, aujourd’hui même, a une signification particulière et le fait aussi qu’il se tienne en ce lieu est suffisamment évocateur et nous fait comprendre les soucis que les responsables du développement de notre faune et notre flore connaissent chaque jour. En effet, il y a seulement quelques années nous n’aurions pas pu nous retrouver en ces lieux dits “bois de Boulogne”, tant les arbres étaient nombreux, tant la forêt était réelle et dense. Aujourd’hui, nous voyons ces arbres rachitiques et peut-être aussi, si nous n’apportons notre soutien, sans lendemain.

C’est pourquoi, il me semble important que chacun de nous apporte son soutien aux camarades qui, à l’égal de ceux qui tiennent les armes pour combattre d’autres ennemis, se sont équipés eux pour régénérer notre environnement. Hier, le Burkina Faso était un pays vert, un pays couvert. Nous avions de jeunes forêts. Mais depuis que des hommes blancs ont essayé d’écrire et de décrire le Burkina Faso jadis la Haute-Volta comme ils l’ont baptisé, ils ont introduit la notion de forêt galerie pour maintenir la différence d’avec ces autres forêts où les Savorgnat de Brazza, les Livingstone jouaient au Tarzan pour reconquérir des zones et les terres des autres. Mais nous avions déjà la forêt.

À cette époque, là où la forêt n’avait pas conquis des espaces, c’était d’immenses et d’épais tapis que constituaient les hautes herbes. C’est ce qu’on appelait la savane. Le tout avait fini par créer un univers. Si ce n’était plus l’Eden qu’Ève, pécheresse dit-on, et Adam nous ont fait perdre, c’était une image et une réplique sur terre de ce paradis que ces deux individus n’ont pas su conserver. Et puis, à cette époque, l’homme vivait heureux. Il vivait heureux car il n’avait jamais faim. La nature venant compléter d’une manière riche et suffisante les efforts que lui-même faisait pour se nourrir. Il suffisait de tendre la main et de recueillir sinon cueillir des fruits. Il n’avait jamais soif, l’eau coulait abondamment. Dans le souvenir des peuples du Burkina Faso, dans notre histoire il y a à cette étape des souvenirs de traversées de rivières impétueuses. Ce qui signifie que les rivières étaient nombreuses dans notre région. L’homme ne connaissant pas la maladie comme nous la connaissons aujourd’hui. La nature procurait également les éléments pour se soigner. Les animaux parlaient à l’époque. Les animaux parlaient, vivant dans la promiscuité avec lui, dans un voisinage immédiat, chacun procurant à l’autre ce dont il a besoin, peut-être plus souvent, l’homme dominant l’animal, mais en tout cas l’équilibre existait. Aujourd’hui, nous avons cessé de parler de forêts et même simplement de forêts galeries.

Sankara remet un arbre

Depuis un certain temps, nous parlons, s’agissant de la destruction du Burkina Faso, de savane ; mais cela ne fait qu’une mutation, car entretemps de manière brutale, de manière choquante le terme savane a disparu pour faire place à un nouveau terme, le sahel. Le sahélisation nous a gagnés. Et puis il sera dit que le 13 mars 1985 est une date historique. Une date qui pour les écoliers et pour tous ceux qui aiment l’histoire événementielle, signifiera l’annonce, l’arrivée du désert. En effet, c’est le mercredi 13 mars 1985 que chacun, scientifique et profane, amoureux de la nature et déprédateurs invétérés, chacun de nous a compris que le désert avance, que le désert est déjà à nos portes, que le désert est déjà au-dessus de nous, il ne lui reste plus qu’à s’abattre sur nous. Quand, entre le soleil et les hommes du Burkina Faso, s’est établi un écran, un écran de tristesse qui a plongé notre univers dans les ténèbres. Ce jour-là ce fut un jour de réflexion. Ce fut peut-être un jour de prise de conscience.

Et cette tristesse sera éternelle et grandissante si nous ne développons pas une stratégie de lutte pour conjurer ce sort malheureux, pour conjurer cette fatalité, ce sort qui nous a été jeté par nous ne savons qui.

Aujourd’hui, nous constatons que le Burkina Faso n’est plus ce qu’il était. Nous constatons que les mares se sont asséchées, que ce qui s’appelait forêt a disparu. Nos ancêtres ont eu la clairvoyance de créer des bois, des bois sacrés, derniers refuges de l’écologie qu’ils regrettaient déjà. Ces bois sacrés leur avaient permis de professer la protection de la nature. En effet, les interdits, les tabous faisaient en sorte que l’on respectait la nature et permettaient à la nature de se reproduire de façon heureuse. Les arbres, les animaux n’étaient point détruits de façon sauvage, mais c’était largement insuffisant. Nous devons l’admettre. Aujourd’hui, nous constatons que la saison des pluies semble connaître un décalage. On parle même de perturbation écologique des saisons.

Beaucoup  se souviendront, c’est peut-être néocolonial, que chaque 14 juillet était accompagné systématiquement de pluies qui battaient les enfants. Le soir, la fraîcheur venue, l’on allait acclamer le gouverneur. Il n’y a plus rien de cela.

C’est peut-être heureux que le gouverneur soit parti, c’est même sûrement le cas et nous espérons que celui-ci en repartant n’a pas emporté avec lui la pluie du 14 juillet. Et s’il l’avait fait il nous appartiendrait de reconquérir notre pluie, notre droit.

Chaque jour, le désert avance et totalise pour notre région une vitesse effrayante de 10 000 mètres par an de conquête. Cette conquête est-elle le fait que les régions du sahel, Dori, Gorom-Gorom, Djibo ne sont plus des régions productrices de certaines semences que dans le temps nos cultivateurs allaient chercher là-bas ! Au contraire les populations qui y sont accompagnées de leurs bêtes, mais des bêtes efflanquées ayant perdu la moitié de leur valeur nutritive, ce cortège-là descend et aide à accélérer l’avancée du désert.

Chaque année la nappe phréatique baisse d’au moins six mètres. Six mètres, c’est ce qui suffit à rendre les méthodes traditionnelles de forage inopérantes. Six mètres par an c’est ce qui suffit à rendre indispensable, obligatoire, la lourde machinerie des immenses ateliers de forage qui équipent aujourd’hui certains services et qui vont de records en records, des forages de 50 mètres à 75 m, 100 m et même à 200 m et plus. Demain peut-être on forera le sol pour trouver l’eau à la même hauteur qu’on fore pour trouver le pétrole. Tant mieux si le pétrole et l’eau jaillissent ensemble.

Nous hommes sont responsables de cette situation, largement responsables de ce qu’il est. Nous en sommes responsables, mais n’en prenons pas conscience de façon collective. Nous sommes au Burkina Faso 7 millions d’habitants. En considérant que nous avons 7 millions de foyers, en considérant qu’une charrette tractée par un âne mesure 4 à 5 mètres, si vous faites la somme de la consommation annuelle du bois de chauffe au Burkina Faso et que vous la convertissez en nombre de charrettes mises bout à bout, elles vont du Cap jusqu’au Caire et les calculs les plus précis nous montrent qu’elles dépassent le Caire et vont au-delà de Tel-Aviv ! C’est cela notre consommation annuelle. Pouvons-nous nous permettre chaque année d’aligner un convoi de ce genre ? La responsabilité des hommes se situe dans son devoir de protéger la nature, mais saute aux yeux face à son irresponsabilité. Le mégot de cigarette que nous jetons par inadvertance peut provoquer ce feu de brousse dévastateur. Chaque fumeur doit se sentir à partir de maintenant responsable des feux de brousse. Chaque fumeur doit se sentir à partir de maintenant passible des peines qui sont attachées aux crimes que constituent les feux de brousse. Il n’y a pas qu’eux, il y a aussi les autres.

La paresse naturelle de l’homme fait que ce feu de brousse est utilisé comme méthode culturale pour aller vite et facilement, mais aussi comme besoin de résolution des carences des sols. La potasse qui s’y dépose aide à la fertilisation. Mais au bout d’un certain nombre d’années, même le paysan finit par se poser la question : est-ce que la potasse nécessaire obtenue par le feu de brousse suffit à compenser la pauvreté qu’il amène au sol en le calcinant ?dscn3764

La responsabilité de l’homme se situe aussi au niveau de la coupe du bois. Une coupe sauvage. Une coupe nécessaire tant il est vrai qu’aujourd’hui la cuisine a besoin d’énergie, et la source la plus facile pour nous reste encore le bois. Notre action de dégradation, de destruction et de perturbation de l’écologie se situe aussi dans le type d’élevage que nous avons au Burkina Faso. Élevage contemplatif, de cueillette, élevage qui n’est jamais assorti d’une comptabilité du coût du prix de revient de la bête, du troupeau.

Aucun éleveur ne sait combien lui coûte son troupeau. Il suffit d’avoir les éléments de la reproduction de ce troupeau et de le laisser dans la nature. Nous estimons que s’il est normal que l’homme use de tous les moyens pour vivre et survivre, s’il est normal que chacun de nous pense à vivre heureux, il est indispensable que nous nous posions aussi la question de ce que deviendront les générations à venir.

C’est donc un crime contre les générations du Burkina Faso, c’est-à-dire contre l’éternité même du Burkina Faso que de ne penser qu’à soi, c’est-à-dire tout pour soi et le désert pour les générations à venir. Nous combattrons ce genre de crime-là comme de l’exigence de notre société et de l’exigence de notre pérennité de notre révolution, de notre pays, de sa dignité et de sa liberté.

Mais nous situons également la responsabilité de la perturbation de l’écologie en dehors du Burkina Faso. Tous ces engins que l’on envoie dans l’espace pour aller chercher nous ne savons exactement quoi, cette guerre des étoiles à laquelle se livrent ceux qui ont fini de faire la guerre des villes sur terre, toutes ces nuisances, toutes ces pollutions que l’on déverse dans la nature, dans les mers ont certainement pour conséquence de perturber l’ordre établi des choses. Et cela ne se fait qu’au profit des grands déprédateurs que sont ces excités qui sont en train de se livrer à une espèce de java, j’allais dire à une espèce de danse sabbatique dans l’espace. Ce sont ceux-là que nous dénonçons. Il sont leur part de responsabilité mais hélas, c’est encore eux qui possèdent la science et la technologie suffisantes pour décrire de façon scientifique et rigoureuse les conséquences de leurs actes incalculables. Mais lorsque nos scientifiques, lorsque l’Institut burkinabè d’Énergie se sera mué en un grand centre de recherche, il dira certainement à la face du monde entier qu’un engin dans l’espace provoque très certainement un décalage des pluies. L’IBE dira un jour de façon très précise que le fait de dévaster l’Amazonie aujourd’hui a des conséquences sur notre Burkina Faso. Tout comme il prouvera de façon rigoureuse que les sociétés qui exploitent les forêts dans les pays frères et voisins du Burkina Fao, ces sociétés-là, non seulement ont pillé et sucé à sang nos frères qui sont allés travailler sur ces chantiers, mais aussi elles ont condamné les populations qui sont restées au pays car elles ont perturbé le cycle normal des pluies. La responsabilité ne s’arrête donc pasà nos frontières. C’est pourquoi nous voulons être solidaires de tous les peuples qui ont engagé un combat contre la désertification. Si au Mahgreb l’on plante des arbres, le Burkina Faso doit saluer l’acte comme étant positif. Chaque fois que des “canadairs” décolleront en France pour aller éteindre des feux provoqués par des pyromanes, ils expriment ainsi leur tristesse et leur déception dans une société qu’ils ont supportés péniblement ; lorsque des canadairs décolleront de Marseille pour aller éteindre des feux, nous au Burkina Faso nous applaudirons la lutte contre la désertification, contre le désert. Cette forme de cancer ne doit pas être l’affaire d’un seul peuple, mais de tous les peuples. Et pour qu’elle devienne effectivement et de manière victorieuse l’affaire de tous les peuples, il faut que tous les peuples entretiennent le dialogue. Ce dialogue de combat contre leurs ennemis. Le désert est un ennemi, il faut le combattre. Il y a à côté d’autres ennemis, il faut les combattre.

C’est donc dire que la lutte contre le désert ne peut se dissocier de la lutte anti-impérialiste. La lutte contre les formes de balkanisation et de domination. La lutte contre le désert est donc une lutte idéologique. Elle est une lutte politique avant d’être autre chose qu’une lutte pratique et technique. Avant d’être seulement un acte, l’acte de planter un arbre ou de s’abstenir de couper un arbre, doit être un acte politique, compris et consciemment compris, faute de quoi nous serons nous-mêmes les agents premiers de ce désert qui nous envahit. Il faut se réjouir peut-être que les perturbations amènent les dirigeants africains en particulier à se préoccuper du devenir de l’environnement. Cent discours des chefs d’État africains sont pour plus de 75 à 80 d’entre eux consacrés à la tristesse de la nature, à la sécheresse et à la lamentation pour obtenir des aides alimentaires. Eh bien, ne transformons donc pas les chefs d’État africains en commis pointeurs chargés d’inscrire leurs peuples à l’allocation aide alimentaire. Ne transformons pas les chefs d’État africains ou que les chefs d’État ne se transforment pas eux-mêmes en phraséologues qui, à qui mieux mieux rivalisent de rhétorique, rivalisent aussi de pathétique dans leurs discours et dans leurs implorations pour se faire aider, pour se nourrir. On finirait de cette façon-là par créer le prix du meilleur orateur de celui qui aura demandé le mieux les aides alimentaires et il y en aurait certainement parmi les chefs d’État africains qui auraient ce prix Goncourt s’il existait et qui constitueraient toute une bibliothèque de ce genre de prix tellement leur existence est conçue comme étant la forme la plus élevée du griotisme pour vivre. Mais c’est leur affaire. N’en parlons plus.

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La lutte contre le désert est donc une lutte politique et nous pensons qu’à travers ce phénomène, les États africains comprendront que l’unité africaine est une nécessité et non plus simplement un choix, un choix qui peut permettre, également d’autres choix. Hier, les Kwamé N’Krumah, lorsqu’ils laissaient cette idée d’unité africaine ont été combattus. Ils ont été combattus et même battus peut-être par la présentation qu’ils faisaient de cette idée juste et noble était empreinte d’une certaine idée de contemplation, d’encouragement, de catalyseurs de l’unité africaine, sont en train de se présenter à nous pour faire en sorte que chacun de nous cède un peu de sa souveraineté et de son chauvinisme afin d’effacer les cicatrices, qui existent et qui nous divisent, que sont les frontières. Oui, il faut refaire une autre conférence de Berlin, une conférence de Berlin qui va gommer ces frontières. Nous ne pouvons lutter contre la désertification qu’en effaçant les frontières. Nous ne pouvons lutter contre la désertification qu’en faisant de l’Afrique un seul et même continent. Les richesses, nous les avons. Le sous-sol est riche. C’est ce sous-sol-là qui fait vivre tant et tant d’industries à l’étranger. Le sol est riche. Les eaux sont abondantes. L’énergie nous l’avons à foison. Le barrage d’Akossombo, avec seulement une turbine en fonctionnement, suffit à alimenter en électricité, au-delà du Ghana lui-même, d’autres pays : le Togo, le Bénin… Et qu’est-ce que vous auriez vu si le Ghana avait mis en service 4 sur 6 de ses turbines. L’électricité aurait été gratuite au Burkina Faso.

Mais à un niveau interne, nous ne parlons même pas d’intérieur, car pour nous, la vision unitaire de l’Afrique est déjà en marche.

Au niveau internet sectoriel, c’est-à-dire au niveau du seul Burkina Faso, nous avons des luttes engagées. Nous avons des luttes engagées et je voudrais vous dire que le CNR a décidé d’engager trois luttes.

Une lutte tridimensionnelle.

Premièrement, lutte contre les feux de brousse. Est déclaré crime, l’acte de provoquer les feux de brousse et sera puni comme tel. Il n’y a pas de tergiversation. Je sais que les détracteurs diront que ces mesures sont draconiennes ; je sais que nos détracteurs diront que ces mesurent traduisent la nature répressive du CNR, mais je sais que nos détracteurs qui diront cela sont ceux qui, ici, à la Zone du Bois ou dans des villes similaires, ont des jardins arrosés chaque jour grâce à l’ONE qui leur produit l’eau. Je sais que nos détracteurs sont ceux qui ont les moyens de s’acheter les engrais qu’il faut, donc de ses créer un microclimat et par conséquent de ne point se poser de questions pour savoir ce que devient la nature en général, l’environnement en général. Je sais que nos détracteurs, pour dire que nous sommes des répressifs, sont des hommes qui ne savent pas, qui n’ont jamais cultivé, qui n’ont jamais semé, qui n’ont jamais entretenu un champ, qui n’ont jamais récolté et ne savent donc pas ce sue c’est que le feu de brousse et ses conséquences, mais qui répètent à la manière des perroquets ce qu’ils entendu ailleurs et, du reste, ces détracteurs-là, nous n’avons d’autre solution que de les confiner, de les rejeter dans le clan de ceux qui sont en train de concourir pour le prix Goncourt de la rhétorique misérabiliste. Le feu de brousse est donc un crime. Peut-être, certainement, admettrons-nous, tolérerons-nous des circonstances atténuantes pour les conditions dans lesquelles ce feu de brousse aura été créé, mais il sera de toute façon sanctionné comme crime. Il tombe donc sous la responsabilité de tous les villages, et principalement les CDR de tous les villages de surveiller leur territoire. Ou bien le responsable individuel sera démasqué et livré pour être sanctionné pour le crime commis, ou bien le village paiera. Il en sera ainsi et ce n’est qu’à cette condition que le Burkina Faso sera vert aujourd’hui et surtout encore plus vert demain pour les générations à venir. Chaque année, nous dépensons beaucoup d’argent, beaucoup d’énergie à négocier des dettes extérieures pour construire des sites antiérosifs, alors qu’hier, nous ne construisions pas de sites antiérosifs. C’était simplement les racines des arbres et des herbes qui maintenaient fortement l’humus, l’épais humus sur un sol, lui-même bien contrôlé malgré la force des torrents, malgré la force de ruissellement des eaux. Aujourd’hui, l’eau est fuyante au Burkina Faso Toute eau qui tombe au Burkina Faso s’enfuit vers d’autres pays, s’enfuit vers la mer. Nous retiendrons cette eau par notre lutte.

La deuxième lutte que nous engageons, la deuxième lutte que nous déclenchons sera contre la divagation des animaux. La liberté des animaux ne doit pas porter atteinte à la liberté des hommes. Le droit des cheptels ne doit point porter atteinte au droit des peuples. Celui qui laisse son troupeau en divagation pour se nourrir de façon libre, sur tout ce qui pousse sur le sol, commet un acte criminel de destruction de la nature et de condamnation des générations à venir. C’est pourquoi, eh bien, aux éleveurs en particulier, nous leur disons qu’à partir de maintenant et cela se vérifiera dès les cultures de cette année, dès les travaux champêtres de cette année, tout animal en divagation qui aurait détruit un arbre planté ou des céréales cultivées sera purement et simplement abattu. Et s’il se présente un responsable pour exiger des comptes pour cet animal abattu, eh bien, ce responsable ira répondre de son crime.

Désormais, chacun devra comptabiliser le coût exact, le coût réel de l’entretien d’un cheptel, et donc peut-être ramener son troupeau à des proportions scientifiques. L’efficacité du troupeau, la richesse du troupeau ne se mesurent plus au nombre de cornes, de paires de cornes ou de sabots, mais au poids des animaux et à leur utilisation pour amoindrir leur coût d’entretien. Utilisation pour les engrais : la fumure que ces animaux pourraient produire, utilisation pour l’énergie, pour les efforts de travail qu’ils peuvent fournir dans les champs par la traction des outils, des appareils, mais également utilisation rationnelle par l’exploitation complète de tout ce que l’animal peut produire. Il n’y a que de cette façon draconienne certes, mais salutaire, que nous pouvons éviter que les animaux ne soient des éléments de destruction de la nature.

Et puis enfin, la troisième lutte sera contre la coupe anarchique du bois de chauffe. La coupe du bois aujourd’hui, je vous l’ai dit plus haut, représente une procession du Cap en Afrique du Sud, vers le “ Mur des Lamentations” en Israël. Mais les jérémiades, nous les avons entendues. Les séminaires, les journées de réflexion, nous les avons également vus et entendus sur les foyers améliorés et sur tout ce qui peut limiter la consommation du bois. Avouons que rien ou presque n’a changé.

La Semaine révolutionnaire des camarades des Eaux et Forêts ne devrait pas être une journée de réflexion, une semaine de réflexion de plus, mais autre chose. C’est pourquoi, dans cette troisième lutte contre la coupe anarchique du bois de chauffe, nous décidons qu’elle deviendra une profession réglementée et organisée, il sera interdit de couper le bois. Il sera interdit d’en introduire dans nos grands centres urbains, Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et d’autres centres.

Tous les centres qui seront identifiés devront s’approvisionner en bois de chauffe auprès de détaillants agréés officiellement, lesquels détaillants se seront approvisionnés eux-mêmes auprès de demi-grossistes reconnus, ces demi-grossistes se seront approvisionnés auprès de grossistes reconnus. Et ces grossistes, désormais, n’iront couper le bois que munie d’une licence en bonne et due forme, établissant le quota annuel auquel ils ont droit en bois de chauffe. Ils se feront indiquer les espaces autorisés pour la coupe du bois par les agents, les combattants intrépides qui se mobilisent à partir de maintenant contre la désertification.

Cette coupe du bois, ce bois coupé sera transporté dans des véhicules spéciaux marqués de couleur spéciale, de telle sorte que se promenant le week-end dans nos brousses, les fonctionnaires ne soient tentés eux-mêmes de transporter du bois.

Désormais, tout véhicule transportant du bois sera arrêté et des amendes lourdes seront prononcées contre le propriétaire du véhicule.

Ainsi donc, nous connaitrons exactement pour nos villes au moins, quelle quantité de bois nous coupons annuellement. Nous connaitrons exactement quelle réglementation et quelle espèce de jachère nous pouvons organiser pour les terres et nous permettrons ainsi à la nature de se reproduire de façon harmonieuse.

Bien entendu, pour les populations des zones rurales, la liberté leur sera donnée de couper le bois autant qu’elles voudront. Mais ce bois coupé ne pourra servir, vous vous en doutez, qu’à l’utilisation familiale et non plus commerciale, car dans ces zones il sera interdit de vendre du bois.

Le spectacle du bois le long des routes est désormais interdit au Burkina Faso. Et le village où sera pris un fagot de bois vendu le long des routes, ce village répondra de son acte, le village répondra et en premier lieu le CDR sera sanctionné, et révolutionnairement sanctionné.

Vous direz, ou du moins nos détracteurs diront que nous aurons ainsi enlevé, arraché, privé à certaines personnes leur pitance.

La profession de bûcheron est devenue une profession bien établie chez nous. Le bûcheron pourra désormais couper du bois pour celui qui l’achète par tonnes, par quotas annuels, mais seulement en se rendant dans les espaces indiqués. Seulement là, il pourra couper du bois à longueur d’années s’il veut le faire.

Les tarifs seront étudiés en conséquence. Par stère ou par autre unité que le ministère de l’Environnement et du Tourisme définira. Désormais, la coupe du bois doit être réglementée et elle le sera. Et puis c’est de cette façon, c’est en rendant le bois rare que nous obligerons toutes les femmes, notamment des villes, à adopter le foyer amélioré et trouver les autres méthodes d’économie du bois.

Camarades, trois luttes : lutte contre les feux de brousse, c’est un crime. Lutte contre la divagation des animaux, c’est un crime. Lutte contre la coupe anarchique du bois, c’est un crime. Trois luttes, trois victoires, mais certainement des douleurs, des douleurs pour quelques individus qui refuseront, qui ne pourront pas s’adapter à la nouvelle dynamique, mais un succès pour tout un peuple.

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Chanter à longueur d’années, à longueur de décennies foyer amélioré, alors que le bois est abondant, n’obligera aucune femme à installer chez elle le foyer amélioré. Au contraire, toutes ces femmes pourront se réfugier derrière les habitudes culinaires, les tabous qui font que le foyer traditionnel a sa valeur mythique : les trois pierres. Eh bien ! Les femmes ont refusé le foyer amélioré parce que le bois n’est pas une rareté.

À partir de maintenant, le bois sera rare et la recherche de toutes les formes d’économie d’énergie sera un acte qui habitera chaque ménagère, chaque foyer, chaque couple ; l’homme, la femme calculeront désormais le budget spécial pour l’énergie. C’est de cette façon aussi que les ministres responsables, lorsqu’ils voudront vulgariser l’utilisation du gaz, rencontreront un écho favorable auprès de nos ménagères parce que le bois sera devenu une rareté et que l’on aura démontré que le gaz, en dernière analyse, coûtait moins cher que le bois, même si a priori le gaz apparait comme un luxe. C’est de cette façon que l’IBE, l’Institut Burkinabè d’Énergie, pourra aussi vulgariser de façon efficace les trouvailles géniales qui, hélas pour l’instant, dorment dans les tiroirs sous forme de mémoires, de thèses ou dorment sous les arbres, dans cet institut parce que dans les ménages, l’on n’a pas encore compris, dans nos villages, dans nos villes, nos populations n’ont pas encore compris le sens et l’importance de ces découvertes. C’est ce qui permettra peut-être l’énergie que nous avons en abondance : le soleil.

Et puis, nous considérons désormais comme un acte révolutionnaire, patriotique le fait pour une femme de chercher, de rechercher les méthodes culinaires les plus économiques. Si les crudités ne doivent point suffire parce que les aliments doivent être nécessairement cuits, la femme par son génie créateur libéré, et obligée de se libérer par nécessité, car là où le génie n’a pas été libéré, nous le contraindrons à se libérer. Eh bien, en brisant cette coque qui enferme le génie créateur de nos femmes, nous obligerons les femmes à créer, à découvrir des méthodes culinaires rapides et efficaces qui permettront de précuire les aliments pour que la cuisson soit rapide et qu’elle ne nécessite que deux ou trois brindilles. Faute de quoi, il faudra à chaque femme pour son couscous, pour son haricot, pour son maïs, pour le tô, deux ou trois charrettes de bois. Elles découvriront parce qu’elles seront obligées de le faire, et parce qu’elles peuvent le faire aussi.

À l’inverse, nous considérons comme un acte contre-révolutionnaire, réactionnaire, antipatriotique le fait pour une femme de refuser, par paresse, l’effort minimum de créer, de découvrir ce qui peut lui permettre de gagner du temps et d’économiser de l’énergie dans la cuisson des aliments.

Le fait pour une femme de refuser, par orgueil petit-bourgeois ou bourgeois, parce qu’elle dort sur un épais matelas de billets de banque volés et détournés que les TPR n’ont pas encore pu démasquer, mais cela se fera, parce qu’elle est entourée de ce cliquetis, de cette espèce trébuchante et de frou-frou de l’espèce sonnante, de refuser donc le foyer amélioré ou d’autres méthodes qui viendront, qui seront découvertes et vulgarisées est un acte antipatriotique.

La femme qui refuse le foyer amélioré parce qu’elle a les moyens de s’acheter la quantité de bois dont elle a besoin, peut-être même qu’elle a les moyens d’importer de Norvège ou de Suède du bois pour faire sa cuisine, cette femme-là sera une réactionnaire patentée à combattre : parce que c’est une femme criminelle, c’est une criminelle qui assassine les générations à venir, c’est une femme qui poignarde ces fœtus créés ou à créer. C’est donc une criminelle qui n’a aucun égard pour ceux qui viendront et qui ne pense qu’à elle, elle qui vit aujourd’hui.

Donc un succès pour d’autres peuples. Exigence aussi pour nous de dire ici et ailleurs que la lutte du peuple burkinabè ne saurait se dissocier des luttes des autres peuples. Exigence pour nous de réclamer des autres peuples qu’ils s’engager dans la construction d’écrans de défense contre ce désert qui avance.

À quoi servirait pour nous d’avoir un reboisement si les pays qui sont au nord, qui sont entre le désert réel et le semi-désert actuel que nous constituons, si ces pas ne veulent point et ne s’adonnent point à cet effort de reboisement réel. C’est un devoir pour nous d’exiger d’eux qu’ils fassent du reboisement. C’est pourquoi nous commençons par nous-mêmes.

Sankara plante un arbre
Sankara plante un arbre

Chacun de nous, chacun  de vous, tous ceux qui veulent et ceux qui ne veulent pas, nous devons désormais planter des arbres. Par famille, par village, par service. Et cela, nous le rendrons obligatoire non seulement pour les Burkinabè qui sont ici, mais même pour tous ceux qui vivent ici. Car lorsque l’ONEA leur fournit de l’eau, ils ne se posent pas la question de savoir comment nous avons pu obtenir cette eau. Pour avoir droit à l’ombre, pour avoir droit à l’eau au Burkina Faso, il faut protéger la nature burkinabè. Donc le reboisement est une exigence pour tous. Entrer au Burkina Faso exige, implique que l’’n accepte de planter au minimum un arbre. Ce qui veut dire que refuser de planer un arbre au Burkina Faso sera sanctionné, et pour les Burkinabè, cela conduira là où nous savons. Pour les étrangers, cela les reconduira chez eux.

L’étranger qui refusera de planter un arbre sera expulsé du Burkina Faso. C’est une loi que nous prenons au même titre que d’autres pays ont décidé d’imposer des cartes de séjour ou autres formes de contrôle. C’est normal.

Planter un arbre fait partie des exigences minimales pour être et durer au Burkina. Les arbres seront plantés partout et vous, camarades des Eaux et Forêts, il vous appartiendra de développer, de créer des pépinières populaires afin que partout on puisse en trouver. Si on demandait à chaque écolier, à une période donnée de l’année de venir avec une boîte d’allumette remplie de certaines graines précises et que l’on se mettait à reboiser, à créer des pépinières et à reboiser ou alors à planter des arbres, à semer partout, il y aura bien sûr une grande perte. Les coefficients de déperdition sont très élevés encore dans notre pays. Mais petit à petit, arbre par arbre, nous irons au bout de dix millions d’années vers la création de ce grand parc de 10 millions d’arbres que vous avez annoncé tout à l’heure. Même s’il faut dix millions d’années pour y aller, nous y serons. Et le peuple burkinabè sait désormais qu’il engage des combats de titans parce que d’autres avant nous, d’autres avant les grues, les organisations, les ingénieurs d’aujourd’hui ont conçu des pyramides. Les pharaons ont fait déplacer des tonnes et des tonnes de matériaux et les ont entreposés de faon scientifique dans une géométrie que nous continuons d’admirer aujourd’hui encore. Donc nous pouvons et nous le ferons. La bataille du rail doit être considérée simplement comme un exercice sur maquette en vue des grands travaux qui nous attendent. C’est cela la réalité au Burkina Faso. Désormais le ministère de l’Environnement et du Tourisme lancera un appel, suscitera les bonnes volontés et poussera ceux qui ne voudront pas bouger de beaucoup pour que nos villes soient embellies avec des fleurs, avec des arbres, des aires de repos, des aires de récréation. Les squares qui existent, les espaces verts à créer seront mis à la disposition de personnes morales ou physiques, celles qui l’ont déjà demandé, car une personne s’est déjà manifestée, et celles qui se manifesterons ou qui seront poussées à se manifester, ou conditionnées pour se manifester, afin que l’on voit par exemple le Square Yennega pris en charge par Petro-Shell, une société. Par exemple, cette fontaine qui existe à côté de la Places des Nations Unies, qui, avec son jet d’eau constituait une espèce de fierté de la ville de Ouagadougou jadis, et qui aujourd’hui tombe en ruine, se rouille. Eh bien, que cette fontaine soit prise en charge par la station qui existe à côté. Il faudra que cela soit exigé, exigé de façon gentille, amicale, mais exigé quand même de façon ferme. Que les ambassades qui sont ici, qui, chaque jour nous disent que le Burkina Faso est en train de devenir un désert, que ces ambassades prennent certains espaces : 2 m2, 4 m2, 40 m2, peu nous importe la superficie. Mais que chaque ambassade s’attache à entretenir cet espace, à y planter des arbres, à les entretenir réellement, à en faire une fierté. Que tous, dans tous les secteurs, les CDR créent leurs espaces verts, qu’elles qu’en soit la superficie. Dans tous les villages, nous voulons désormais qu’il existe des bosquets. Combien il y en avait, ces bosquets qui étaient la sonnette d’alarme que nos pères ont iré pour montrer, expliquer, s’inquiéter vis-à-vis de la désertification, de la sahélisation qui venait dans notre pays ? Ces bosquets, vous vous en souvenez, étaient à l’image de ce que les Grecs appelaient des lycées, un lieu de regroupement, de retrouvailles des savants, des érudits, des puissants de nos villages pour créer et approfondir et la philosophie et la mystique communautaire du village, pour éduquer chaque enfant, pour initier chacun de nous dans ces villages, dans le respect d’un certain nombre de règles. En détruisant ces bosquets, en détruisant aussi la philosophie qui en sortait, nous avons détruit les méthodes d’organisation coercitives certes : les masques qui frappaient les gens et vous imposaient e respect, les tabous qui interdisaient de consommer tel ou tel animal ou de tuer des animaux dans une certaine période de l’année. En détruisant donc ces bosquets et la philosophie qui en émanait, nous avons livré notre pays à l’invasion et à la calcination par le désert. Nous allons recréer ces bosquets. Nous imposons que dans tous les villages du Burkina Faso, renaissent de tels bosquets. Et désormais toute autorité du Burkina Faso, et chacun de nous est une autorité dans ses pérégrinations, doit s’imposer de voir, d’identifier effectivement ces bosquets. Il sera constitué de trois arbres dans certains endroits, mais ailleurs ce sera des forêts denses. C’est donc des exigences que nous posons. Des indications que nous faisons.

Et je répète que cela est valable pour ceux qui sont d’accord, que cela est également valable pour ceux qui ne sont pas d’accord. C’est valable donc pour tous et force restera aux protecteurs de la nature.

Camarades, je voudrais féliciter les camarades des Eaux et Forêts pour la cérémonie de ce matin, cérémonie qui occupe une place importante dans nos esprits et préoccupations de chaque jour, cérémonie qui constitue pour nous un espoir, espoir que n’aurons pas fait que parler, espoir que nous n’aurons pas fait qu’alimenter la presse, la télévision par les images du jour, mais que nous nous serons donnés pour mot d’ordre de reconstruire, de reproduire ce qui était au Burkina Faso. C’est pourquoi ma confiance est totale que les camarades des Eaux et Forêts, dans la rigueur de ce matin, par ce qu’ils nous ont présenté, pourront se hisser, se mettre à la hauteur de nos espérances. Qu’ils seront eux-mêmes se départir des attitudes négatives des agents des Eaux et Forêts d’hier, ceux-là même qui le jour s’en allaient rechercher les braconniers, dégustaient avec eux les têtes de chauve-souris si ce n’était les pattes de crapauds de brousse.

L’espoir est aussi que ces agents des Eaux et Forêts nouvelle vision se démarqueront de leurs prédécesseurs, certains étant de cupides agents qui spéculaient.

La patrie ou la mort, nous vaincrons !

 

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